AKHENATON ET LA COUR A AMARNA


Amarna

1- Palais Royal
2- Appartements palatiaux privés du Roi
3- Grand temple d'Aton
4- Petit temple d'Aton.
5- Passerelle "d'apparition" surplombant
    la   voie processionnelle.
6- Bureaux administratifs et magasins
7- Caserne
8- Boulangeries et magasins


Voici donc la famille royale dans sa nouvelle capitale.

Akh-n-iten

Le roi et la reine ont tous deux entre 17 et 18 ans et ils ont modifié leurs noms. Aménophis IV est maintenant devenu Akhenaton, Akh-n-Itn, "Celui qui est utile à Aton" (on a aussi proposé, mais cela semble moins correct, "La radiance d'Aton") et il modifie un autre de ses noms de titulature en "Neferneferouré-Ouaenré" càd "Parfaites sont les perfections de Ra, l'Unique de Ra", et la reine Néfertiti s'appelle maintenant Neferneferouiten - Neferetiti, "Parfaites sont les perfections d'Aton - La belle est venue".

Akhenaton n'a hélas pas laissé de texte sacré canonique. Son "enseignement" à ses fidèles était oral surtout, aidé par des images mnémoniques.
Nous pouvons néanmoins nous faire une bonne idée de ses conceptions religieuses grâce d'une part à l'explicitation qu'il a donné des noms du dieu Aton, et d'autre part à deux séries d'hymnes, que l'on trouve gravés dans les tombes des courtisans à Tell El Amarna.

Les six filles d'Akhénaton
(noms et photo: Renaud de Spens)

Mérytaton (i-t:n:N5-mr-i-i-)
Mâketataon (i-t:n:N5-m:a-k:t)
Ânkhesenpaaton (anx-s-n:pA-i-t:n:N5)
Néfernéferouatontashery (i.e Néfernéférouaton la petite :
nfr-nfr-nfr-nfr-A&t-S:r-i-A17)
Néfernéférourê (N5-nfr-nfr-nfr-nfr)
Sétépenrê (N5-stp:p:n).

LES NOMS D'ATON


Les noms d'Aton

Akhenaton attache une très grande importance au nom qu'il a forgé -sur le modèle d'une titulature pharaonique, chose tout à fait inhabituelle- pour le dieu Aton.
En effet le nom exact du dieu n'est pas Aton, qui est une abréviation. Les textes parlent de Pa-Iten-Ankh, càd "L'Aton vivant", le Disque vivant. On remarque l'utilisation de "pa", article défini pour "L'".
Mais ceci n'est encore que l'abréviation d'un nom officiel et didactique beaucoup plus long, véritable explication théologique.
Ainsi de l'an 1 à l'an 9 du règne, ce sera "Ra-Horakhty-qui-se-réjouit-dans-l'horizon-en-son-nom-de-Shou-qui-réside-dans-le-disque" On voit figurer dans ce nom " développé " de l'Aton les noms de trois autres divinités classiques de l'Égypte, toutes à connotation solaire : Ra, le grand dieu soleil, le faucon Horus qui en est la manifestation figurative classique, et le dieu Shou qui représente l'air, l'espace entre ciel et terre.
Ensuite on peut remarquer que, pour la première et la dernière fois en Égypte, les noms divins sont inclus dans des cartouches, ce qui était exclusivement réservé au pharaon. [annexe 7] La signification est claire : Aton gouverne le monde comme un pharaon d'Égypte le fait du Double-Pays. Et c'est une manière de proclamer la consubstantialité d'Akhenaton et du dieu dont il est l'émanation : la royauté d'Aton dans le ciel est de même nature que celle d'Akhenaton sur terre. On peut considérer qu'il y a corégence entre Aton et Akhenaton.

Après l'an 9 et jusqu'à la fin du règne, Akhenaton change le nom du dieu en même temps qu'il radicalise sa politique mais sans changer de doctrine en faisant disparaître la forme animale du faucon Horus et le nom du dieu Shou, ne laissant subsister que Ra.

Ce gouvernement du monde par l'Aton-roi est également manifesté par l'iconographie du dieu.
On ne sait quel génial théologien a imaginé le célèbre aspect du disque rayonnant (vue 18), mais cette extraordinaire idée de représentation illustre parfaitement le propos : les rayons issus du disque se terminent par des mains et descendent sur toute la création. Ils embrassent l'univers entier auquel ils donnent vie par l'intermédiaire du couple royal, lequel est toujours le seul à recevoir le signe de vie ankh (annexe 10).

LES HYMNES


Outre le nom développé du dieu, deux séries d'Hymnes à Aton nous sont parvenus, gravés sur les parois de tombes de hauts dignitaires.
Le Grand Hymne à Aton, n'existe qu'à un seul exemplaire, gravé dans le couloir d'entrée de la tombe de Ay (vue 61 et 61b), tandis qu'on connaît 5 exemplaires du Petit Hymne à Aton.

Vue 61b


Ces hymnes, pour originaux qu'ils soient, ne sont cependant pas entièrement nouveaux dans leur inspiration. On a retrouvé en effet des exemples d'hymnes solaires écrits juste avant l'époque amarnienne qui sont dérivés de ce courant rationaliste dont nous avons parlé et qui prennent déjà comme thème de réflexion la seule réalité visible.

Ceux qui fréquentent l'Égypte pharaonique savent qu'il s'agit des textes parmi les plus célèbres de tout l'ancienne Égypte, et comme il est fréquent, cette célébrité alimente indirectement des idées reçues ou des rêves parfois bien éloignés de la réalité de la source.

On ne sait pas qui a rédigé ces hymnes à Aton, peut être le roi lui même. Mais en tout cas ils sont le reflet de la doctrine officielle. Ils s'adressent à trois personnes : au dieu Ra-Horakhty d'abord, dont Aton est la manifestation visible, mais aussi à Akhenaton et à Néfertiti mêlant inextricablement la louange divine à l'éloge royal.

Ils traitent successivement de deux thèmes : le cycle quotidien du soleil, et la révélation du dieu à son fils Akhenaton.
Ces hymnes prennent la forme de poèmes rédigés maintenant en langue vernaculaire. Akhénaton a en effet élevé la langue parlée du Nouvel Empire en un nouveau language écrit. Il s'agit là d'une évolution importante (et qui perdurera) puisque jusque là, les textes canoniques, et en particulier ceux gravés dans les tombes ou sur les parois des temples étaient rédigés en Moyen-Égyptien, langue qui n'avait plus cours depuis des siècles (pensons au latin dans nos églises...). Dans le souci général de naturalisme qui guide la nouvelle religion, Akhenaton ordonne que désormais tous les textes soient rédigés dans la langue courante que nous appelons néo-égyptien.

Les Hymnes étaient probablement des textes liturgiques destinés à être récité ou psalmodiés lors du culte dans les temples de la capitale. Ce sont des textes dont la haute élévation spirituelle est incontestable.
Alors écoutons les (dans les traductions de Grandet et Mathieu):
" Que ton apparition est belle, Aton vivant, seigneur de l'éternité !
quand tu es éblouissant, radieux, puissant,
ton amour est majestueux et grand !
tes rayons éclairent tous les visages,
ton teint étincelant vivifie les cœurs,
..." Ce qui n'empêche pas les Hymnes de représenter de magnifiques morceaux littéraires, notamment par l'approche universaliste qu'on y trouve pour la première fois"
car tu as empli le Double Pays de ton amour,
dieu auguste qui t'es formé toi même !
toi qui as fait l'univers et créé tout ce qui s'y trouve
hommes, troupeaux et tous les animaux
tous les arbres qui poussent sur le sol vivent quand tu te lèves pour eux.
Tu es la mère et le père de ceux dont tu as fait les yeux
Quand tu te lèves, ils voient grâce à toi
Dès que tes rayons ont éclairé le pays entier,
Tous les cœurs exultent de te voir
Car tu es apparu comme leur seigneur.
"

La démythologisation du grand drame cosmique nocturne

Nous voyons qu'Aton, qui s'est créé lui même, tient entièrement sous sa dépendance la vie du monde, qu'il renouvelle quotidiennement la création dont il est "père et mère". Il n'y a plus de "première fois" pour la création, cet aspect n'est jamais évoqué dans la théologie amarnienne. Le monde est recréé chaque jour -dans la journée- par le disque, lequel n'a aucune existence ou nature cachée.

Nous touchons là, aussi étrange que cela puisse paraître, le point fondamental de rupture entre les conceptions religieuses traditionnelles et la conception amarnienne : la démythologisation. C'est dans cette négation du fait qu'il se passe quelque chose la nuit et dans ses conséquences que réside vraiment l'hérésie amarnienne.
En effet jusqu'à ce moment la réapparition du soleil chaque jour ne pouvait avoir lieu qu'après un gigantesque conflit dans le monde de l'Au-delà.
Le soleil du jour, après avoir perdu sa radiance se couchait et continuait son périple nocturne dans sa barque en se rechargeant progressivement en énergie. Mais dans ce trajet nocturne, il devait affronter toutes sortes d'ennemis redoutables qui essayaient de faire chavirer la barque solaire et d'empêcher la renaissance du soleil au matin. C'est de cette manière imagée que les égyptiens avaient exprimé la tendance à la désorganisation spontanée du monde, que nous nommons l'entropie. Et pour aider le soleil à gagner chaque jour son combat, il fallait l'action combinée du roi rendant les cultes appropriés et des dieux, il fallait que règne la Maat.

Dans la nouvelle religion, tout cet aspect dramatique de la course solaire disparaît. Il n'y a plus d'Apophis ni de barque divine. Le soleil réapparaîtra obligatoirement, mécaniquement, demain comme il est apparu aujourd'hui. Que l'on fasse quelque chose ou que l'on ne fasse rien, il sera là, les jours et les saisons s'écouleront.
Le soleil a désormais une trajectoire non cyclique, qui s'interrompt la nuit, comme la vie qu'il véhicule à lui tout seul. Le Grand Hymne le dit clairement : "Te lèves-tu qu'ils (les hommes) vivent, te couches-tu qu'ils meurent. Tu es l'existence par toi-même, c'est de toi que l'on vit"; "dès que tu te couches dans l'horizon occidental, le pays est plongé dans les ténèbres, en état de mort".
La nuit c'est pour les hommes l'expérience de la mort. Toute la vie du monde se passe le jour, la nuit est considérée comme un état de non-vie où il ne se passe rien, qui ne sert à rien. néanmoins le roi précise que l'astre reste vivant dans son coeur.

Mais le voyage nocturne traditionnel du soleil avait une autre fonction majeure : réanimer les défunts dans la Douat, leur rendre la vie pendant le temps de son périple. Supprimer ce rôle, c'est ipso facto nier l'existence de tout le système traditionnel imaginé pour que les défunts aient une nouvelle vie dans l'Au-delà. Osiris, le dieu traditionnel des morts justifiés et régénérés n'a plus de place dans le nouveau système et disparaît.

Pour Akhénaton il n'y a pas d'autre réalité ni d'autre vie que celle, physique, baignée par les rayons d'Aton.

L'organisation de la société qui devait tendre à la réalisation de la Maat traditionnelle est remise en question.

La Maat n'a pourtant pas disparu, elle a en fait changé de nature. Certes elle est devenue une vision optimiste du monde, mais mécanique, implacable. Maintenant la Maat n'est plus l'œuvre collective de mise en ordre du monde que le roi doit présenter aux dieux (vue 17). Elle est partout, immuable, et seul le roi interprète sa volonté.

Vue 17


En fait, maintenant la Maat, c'est Akhenaton lui même ! Ainsi tous ses gestes et paroles deviennent sacrés, et les courtisans s'adressent à lui en le nommant "mon soleil", où comme dans la lettre d'Amarna N°138 "le soleil de tous les pays".

Akhenaton change de ce fait la nature même de la royauté égyptienne qui est maintenant un absolutisme sans limites, comme jamais le pays n'en a connu ni n'en connaîtra après lui. Ce qui doit faire mettre aux oubliettes cette légende tenace d'un roi doux, faible et pacifiste, poète rêveur imprégné d'amour pour toute l'humanité: elle est un contresens historique.

L'universalisme d'Aton

Ceci n'empêche pas les Hymnes de représenter de magnifiques morceaux littéraires, notamment par l'approche universaliste qu'on y trouve pour la première fois :
" Astre du jour, grand de prestige, toutes les contrées lointaines, tu les fais vivre, tu as placé le Nil dans le ciel pour qu'il tombe sur elles … le Nil du ciel tu le donnes aux contrées étrangères, tandis que le Nil vient de la Douat pour le pays d'Égypte "
" les langues sont différenciées et les races de même et les peaux séparées pour distinguer les peuples "


Ainsi, Aton est présenté comme un dieu universel, mais Akhenaton lui même est toujours resté un pharaon d'Égypte et n'est jamais devenu un prophète pour toute l'humanité. Akhenaton est le " Seigneur des deux terres ", tandis qu'Aton est " seigneur du monde ". On peut même se demander si le roi avait vraiment l'intention d'imposer le culte d'Aton dans toute l'Égypte? En tout cas, cela n'est écrit nulle part.
Le texte sur les pays étrangers se poursuit par :
" tes rayons encerclent les pays jusqu'aux limites de toute ton œuvre, étant Ra, tu atteints leurs limites afin de les subjuguer pour ton fils aimé "
On voit dans cette dernière phrase les limites de ce message universaliste : Aton est bien le dieu qui gouverne le monde, y compris les pays étrangers et les ennemis traditionnels de l'Égypte, mais ceux ci continuent à être considérés exactement comme avant. Et ainsi les scènes rituelles très classiques où l'on voit le roi (ou la reine) massacrer les-dits ennemis sont représentées à l'identique.
Certes il s'agit de scènes prophylactiques, à visée magique, sans rapport avec la réalité, mais elles sont toujours présentes.

De même, on a voulu déduire de ces textes et du non interventionnisme militaire du roi qu'Akhenaton était un souverain philosophe et pacifiste. Là encore, il n'en est rien !
Akhenaton, mal conseillé, n'intervient pas militairement en Asie pour redresser un empire égyptien en train de s'effriter. Mais son père Aménophis III avant lui n'était pas plus intervenu, préférant une diplomatie de l'or à des expéditions guerrières. Rien de neuf donc ici. Et la seule trace qu'on ait d'une expédition militaire qui a été menée contre de malheureuses peuplades nubiennes qui osaient se soulever, une fois de plus, contre l'Égypte a été réprimée avec autant de vigueur que d'habitude.

Mais revenons encore aux Hymnes.
Le lyrisme se poursuit par la louange du créateur : au matin, quand Aton se lève, la terre redevient habitable et est en fête, hommes, animaux et plantes rendent hommage au créateur par leur activité renouvelée.
C'est Aton qui tient toute vie sous sa dépendance puisque "il produit les germes chez les femmes et change la semence en être humain ". C'est aussi lui qui donne le souffle de vie, aussi bien à l'enfant dans le sein de sa mère qu'à l'oisillon dans son œuf.
A la fois lointain et proche, il est celui qui prend des millions de formes à partir de son unicité.

Le naturalisme Amarnien

Cette religion d'Aton apparaît comme une religion naturaliste, de contemplation de la nature, œuvre du créateur solaire unique. Ainsi, lorsqu'Aton se lève, on nous dit : " arbres et plantes verdoient, les oiseaux se sont envolés de leurs nids et tous les animaux dansent sur leurs pattes, le pays entier fait son travail ".
On voit ici s'exprimer ce contexte optimiste : toute la nature est une œuvre du créateur, et elle est donc intrinsèquement bonne.

Stèle Berlin Stèle Berlin Stèle Berlin Tête princesse,
Le Caire

On considère que l'ordre voulu par le créateur est l'ordre naturel des choses, et qu'il n'y a pas de raison de le modifier. Ceci explique le style si particulier des représentations amarniennes, dont nous avons parlé plus haut.
Non seulement on n'idéalise plus les représentations comme avant, mais on n'essaie plus de cacher les défauts et même on les accentue.
On voit aussi représentées des scènes de la vie quotidienne inouïes! Ainsi le couple royal en train de manger, ou tenant sur les genoux leurs petites filles et les embrassant (vues 5, 13, 16, 16bis).
On remarque toutefois que les canons généraux de la figuration égyptienne restent respectés notamment la perspective couchée, qui font qu'on reconnaît du premier coup d'œil ces scènes comme égyptiennes. De plus vers la fin du règne les outrances des débuts sont abandonnées, et les modèles qu'on a retrouvé chez les ateliers de sculpteurs nous donnent une vraie image du roi et de la reine (vues 3, 4, 6) tandis que la dolichocéphalie reste parfois présente (vue 40)

La fin des hymnes parle du rôle du roi lui même :
..." le roi est le seul intercesseur divin,le seul à avoir reçu la révélation d' Aton et qui puisse la transmettre."
" Disque vivant qui se plaît au ciel chaque jour pour enfanter son noble fils l'unique de Ra, et ce à son image, sans un instant de cesse "
" il n'est personne qui te connaisse excepté ton fils Akhenaton dont tu as fait qu'il soit conscient de ton dessein et de ta puissance "
et il conclut :
" tous ceux qui s'agitent depuis que tu as fondé le pays, tu les dresses pour ton fils issu de ta chair, le roi de Haute et Basse Égypte Akhenaton et pour la grande épouse royale, son aimée, la maîtresse du Double Pays, Néfertiti "

C'est extrêmement clair : le roi est le seul intercesseur divin, le seul à avoir reçu la révélation d' Aton et qui puisse la transmettre.

LE CULTE EN AMARNA


Offrande
Musée du Caire

Alors comment se passe la vie dans la nouvelle capitale ?
C'est bien sûr encore un chantier bourdonnant quand la cour s'y installe. Plusieurs temples dédiés exclusivement à Aton y sont bâtis, dont le grand temple, le principal. Il s'appelle " Gem-pa-Aton ", càd "Trouver" ou "Rencontrer l'Aton" (voir l'entrée du Grand Temple).
Il est très différent des temples dédiés à cette époque aux autres divinités, notamment à Amon. Mais il n'est pas d'un style entièrement nouveau car il est assez proche des temples solaires de la Vème dynastie, quelques 9 siècles auparavant. Ce rapprochement avec la Vème dynastie est encore prouvé par l'étude faite par Benoit Lurson sur la chaussée montante du complexe pyramidal d'Ounas (dernier roi de cette dynastie) : "j'ai vraiment été frappé par la grande ressemblance entre certaines scènes de cette chaussée (qui, de surcroît, s'inscrivent dans un répertoire commun aussi aux autres chaussées montantes de l'Ancien Empire) et celles qui montrent la cour rassemblée et prosternée autour d'Akhenaton. Je pense qu'il serait très intéressant de voir plus en détail si ces compositions d'Ancien Empire ont pu inspirer les artistes d'Akhenaton".

Dans un temple traditionnel, le cheminement se faisait de la lumière vers l'ombre, vers le saint des saints ou reposait la statue du dieu. Ici tout est à ciel ouvert afin que l'énergie vivifiante des rayons d'Aton puisse se répandre sur les centaines d'autels en plein air qu'on avait couvert d'offrandes animales, végétales et de fleurs et où le culte journalier était célébré.

C'est Akhenaton et Néfertiti eux mêmes qui rendaient le culte au soleil levant chaque matin. Et l'on peut voir des représentations du roi humblement prosterné devant la divinité qu'il a seul le droit de vénérer sans intermédiaire.
Il existe toujours des prêtres, et même un grand prêtre d'Aton, mais ils ne participent plus directement à l'offrande, à l'entretien de la puissance divine. Prosternés pendant le culte devant le couple royal (et non devant la divinité), leur rôle est purement administratif : ils gèrent matériellement le domaine d'Aton. C'est tout. On les appelle d'ailleurs " Domestiques du dieu ".
Le sens de l'offrande a radicalement changé : puisqu'elle ne sert plus à entretenir, à renouveler la vie divine chaque jour, l'offrande est devenue une action de grâce (vue 27). On offre à Aton une partie de sa création en signe de reconnaissance de sa bonté. On n'en attend rien en contrepartie. Une autre image fréquente est celle du roi faisant offrande des noms du disque solaire au disque solaire ! (vue 18)
L'apparition du roi à la "fenêtre d'apparition" enjambant la voie processionnelle principale (vue 64) est assimilée à l'apparition d'Aton dans le ciel. Voici une vue de l'endroit où était située cette fenêtre: vue 53.

Un autre aspect du culte, c'est la sortie processionnelle du roi lorsqu'il quitte son palais pour se rendre au temple. L'apparition du roi et de la reine est l'équivalent du lever d'Aton.
Ils sont toujours représentés montés sur un char et escortés de policiers et militaires (vue 48). Ces déplacements en char tiré par deux chevaux rendent compte d'un aspect important du symbolisme cher au souverain : le mouvement. Akhénaton et Néfertiti se déplacent sur leur char comme Aton dans le ciel et apportent le souffle de vie.
Ces sorties du couple royal remplacent les anciennes processions traditionnelles des autres dieux et notamment d'Amon lors des grandes fêtes. Mais ici, pas d'oracles, le dieu d'Akhenaton est un dieu silencieux dont seul le roi est habilité à révéler la volonté.
Plus de vrais prêtres, plus d'oracles... Akhenaton a trouvé là un moyen très efficace d'empêcher toute critique de son action!
Remarquons également que la pratique de la magie, si importante dans la religion traditionnelle, n'a rien à faire dans le système amarnien et disparaît.

Ceci nous montre, s'il en était encore besoin, que le roi n'est pas du tout le personnage faible et mou que certains se sont plu à imaginer.
Pour tenter d'imposer à l'Égypte des réformes si contraires à ses traditions, pour étouffer toute velléité de résistance dans le pays, il fallait une main de fer, et dans un gant de plomb. D'ailleurs il n'est que de regarder l'attitude de tous les personnages face au roi : jamais en Égypte on ne voit autant de gens courbés devant leur maître, ni autant de militaires et de policiers représentés (vue 1).
C'est aussi à Amarna qu'on a retrouvé la plus grande caserne de police jamais mise à jour en Égypte.
Le choix de l'emplacement de la capitale est également sans équivalent, avec ce cirque rocheux qui entoure la ville de toute part sauf du côté du Nil, constituant une protection naturelle (vue 41).

Une autre conséquence majeure du système, c'est que le nouvel ordre du monde est immuable, et que le roi est seul à le fixer.
Et ainsi disparaît la nécessité pour les hommes d'adopter une attitude conforme à la Maat. Il faut maintenant une attitude conforme à la volonté du roi! De même, les statues auxquels les égyptiens avaient de tout temps rendu un culte comme étant les hypostases où leurs dieux se manifestaient disparaissent. Akhenaton est très clair sur ce point : dans une harangue aux courtisans datant du début du règne, il dit expressément qu'il s'agit d'idoles de pierre sans aucune valeur. On imagine l'effet !
Dans sa religion, nul besoin de statue puisque le soleil est visible par tous. Les seules représentations iconiques admises sont celles du disque rayonnant et du couple royal, "statues" vivantes.
Ainsi chez les particuliers ce sont des effigies du couple royal qui vont remplacer les statues devenues inutiles. On en a retrouvé plusieurs exemples dans les maisons d'Amarna, dans de petits autels domestiques. Le culte des particuliers ne pouvant s'adresser directement au Dieu, c'est à ces effigies qu'il était rendu (vue 60).