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Mastaba D64 : la partie décorée
appartenant à Ptahhotep
Ptah-hotep signifie littéralement (le Dieu) Ptah est satisfait
(ou est en paix). Ainsi le nom de notre personne est bâti
sur celui du grand dieu de la région de Memphis et
de sa nécropole. Il s’agit d’un nom porté
par plusieurs hauts fonctionnaires de la Vème Dynastie,
dont la plupart ont atteint le vizirat. Ceci en faisait les
hommes les plus importants du pays après le roi.
Ptahhotep partage avec son père Akhethotep (également
vizir) un grand mastaba double, dont il n’occupe à
vrai dire qu’une petite portion. Il persiste un petit
doute sur le fait que notre Ptahhotep ait été
vizir lui aussi. Le titre n’apparaît étrangement
pas dans la tombe mais on le trouve sur son sarcophage, et
il est quasiment sûr qu'il a occupé la fonction.
Dans sa chapelle, Ptahhotep est accompagné de ses deux
fils «aînés» dont l’un s’appelle
Akhethotep comme son grand-père, et l’autre Ptahhotep
comme lui. Tous deux occuperont des fonctions importantes
sous le règne d’Ounas, dernier roi de la Vème
dynastie et successeur de Djed-ka-Ra / Isesi.
Tout comme ses prédécesseurs, Ptahhotep porte
des titres nombreux, certains recouvrant des fonctions réelles
tandis que d’autres sont purement honorifiques.
Ptahhotep était notamment «Inspecteur
des prêtres de la pyramide de Isesi, des prêtres-Ouab
(= purs) de la pyramide de Nyouserra (et) des prêtres
de la pyramide de Menkauhor».
Parmi tous ses titres, Ptahhotep semble particulièrement
attaché à celui de «prêtre
de Maat» ainsi qu’à l’épithète
«celui qui aime Maat»,
ce qui indique qu’il remplissait d’importantes
fonctions judiciaires comparables à celle d’un
ministre de la justice (voir l'article sur la
déesse Maat). Cet intérêt particulier
pour Maat et ces probables hautes fonctions juridiques font
qu’il a parfois été identifié –
sans preuve – au Ptahhotep des fameuses «Maximes
pour Ptahhotep», un des textes sapientiaux les plus
célèbres de la littérature Égyptienne.
Parmi les autres titres portés par Ptahhotep nous trouvons
celui de «inspecteur des canaux»,
qu’il partage avec ses deux fils aînés.
On trouve aussi :
Premier après le roi
Bâton du peuple
Gouverneur de la Grande Maison
Directeur de la Grande Cour
Chef des secrets de tous les ordres du roi
et beaucoup d’autres.
| PTAHHOTEP : ANTICHAMBRE
ET CHAPELLE |
On entre dans la partie du mastaba réservée à
Ptahhotep en passant à travers une étroite ouverture
qui se trouve dans le coin Sud-Est de la salle à piliers.
Le niveau de la première petite pièce, effectivement
une antichambre, est plus basse de 30 cms par rapport à
la salle à piliers.. Le plafond étant lui à
la même hauteur, la pièce mesure 2,33 m de haut.
A droite, on trouve un récessus en forme d’étagère
; au niveau de son coin inférieur fut retrouvé
un récipient contenant de la peinture. On peut s’amuser
à supposer qu’il a été laissé
dans ce coin par quelqu’un (pourquoi pas le maître
Ptahenankh lui même) qui venait de terminer son travail
dans la chapelle.
On ne sait pas grand chose de la manière
dont se poursuit le mastaba à l’Est de cette
antichambre. Au XIXème siècle en effet Mariette
fit édifier un petit escalier pour les personnages
importants qui venaient visiter le mastaba. Cela a du se
faire au prix de quelque destruction. Le plan originel ne
pourrait donc être restitué que si on démolissait
cet escalier pour se retrouver au niveau d’origine
de la pièce.
Quoi qu’il en soit, on trouve près de la porte
de la chapelle un étroit passage qui s’ouvre
dans une salle en calcaire, encore plus petite que l’antichambre.
Elle conduit elle même à au moins deux autres
pièces qui étaient comblées de déblais
quand Davies les a examinées.
Un passage de 1 m seulement de large pour 2,2 m de haut
situé à l’extrémité Sud
de l’antichambre donne sur la chapelle de Ptahhotep.
Le niveau en est également surbaissé puisqu’il
est à 70 cms sous celui de la salle à piliers.
Par contre à la différence de l’antichambre,
le plafond est ici nettement surélevé.
Le plafond est constitué par deux immenses dalles
dont le côté visible a été rainuré
et peint en rouge vif pour imiter des troncs de palmier
qui auraient été disposés transversalement
d’un côté à l’autre (vue
2). Les murs quand à eux ont été
doublés de plaques de calcaire blanc, et ce sont
celles ci qui ont été sculptées et
peintes.
La partie la plus basse des murs est, comme ailleurs, édifiée
en pierres vaguement violacées de moindre qualité.
C’est de cette chapelle célèbre –à
juste titre- qui a donné son nom au mastaba entier
que nous allons maintenant parler.
Ses dimensions sont modestes : 5,3 m du Nord au Sud ; 2,3
m d’Est en Ouest ; et 3,75 m de hauteur (dont 2,75
m sont sculptés sur les côtés et les
fausses portes de l’Ouest sur toute leur hauteur).
Les reliefs en pierre levée et peinte sont par contre
admirables de finesse et peuvent rivaliser avec ceux du mastaba
de Ty, habituellement considérés comme les
plus beaux de tous les mastabas d’Égypte.
Il est à peu près certain que lorsque Mariette a découvert
le mastaba, au milieu du XIXème siècle, les
bas reliefs devaient avoir conservé une bonne partie
de leurs brillantes couleurs. La négligence administrative
associée à l’absence des plus élémentaires
méthodes de conservation pendant le demi siècle
suivant a conduit au résultat actuel : ce qui avait
survécu pendant des millénaires s’est
grandement perdu.
En raison de ses petites dimensions la chapelle de Ptahhotep
n’offrait pas la surface nécessaire pour le développement
de grandes compositions comme on les trouve dans certains
vastes mastabas des débuts de la Vème Dynastie.
L’avantage c’est que le propriétaire a
donc du faire un choix pour ne garder que les scènes
qu’il estimait importantes pour son devenir dans l’au-delà.
On évite ainsi les répétitions fréquentes
dans les monuments de plus grande taille.
En dehors des
représentations –indispensables !- de préparation
et d’apports des offrandes alimentaires, la chapelle
de Ptahhotep comporte aussi des scènes originales
qui combinent une observation attentive et une exécution
extrêmement soignée.
Toutes les représentations de la chapelle s’imbriquent
harmonieusement et judicieusement les unes dans les autres.
Que ce soit l’efficience fonctionnelle des scènes
de chasse dans le désert (vues 06,
07
et 08)
ou la remarquable fidélité et précision
des scènes de reproduction animales sur le mur Est
(vues 09,
10,
11
et 12);
ou encore la qualité de représentation des tables
d’offrandes et de leur garniture (par exemple, vues
13,
14
et 15).
Gigantesque puzzle habilement entremêlé, le décor
plein de vie et de bruit (car les sons écrits vivent
tout autant que les personnages gravés) est là
pour assurer sa fonction de vie pour Ptahhotep, fonction éternellement
renouvelée
Car il ne faut pas oublier que l’efficacité du
repas funéraire mentionné sur le mur Ouest (c’est
à dire là où le soleil se régénère
dans le monde souterrain) dépend intimement des activités
diurnes magiquement toujours exécutées par Ptahhotep
sur le mur Est où le soleil se lève.
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 Murs d'entrée Est et Ouest
(d'après "Tomb of Ptah-Hetep", ERA, London, 1896, par Paget et Pirie)
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L’épaisseur des murs d’entrée est
décorée de quatre registres symétriques
en rapport avec le transport des denrées vers la table
d’offrandes par les serviteurs du Ka. Il s’agit
essentiellement de bétail et d’oiseaux.
Le mur Est montre des bœufs au registre supérieur,
tandis que dans les trois registres inférieurs les
produits transportés sont divers (vue
03).
Sur le mur Ouest, les trois registres du bas sont identiques.
Par contre le registre du haut est plus original. En effet
il montre un condensé des produits d'une basse cour
et nomme les espèces animales : des oies à front
blanc (tjerep), des canards (pekhet), des pigeons (menout),
des oies grises communes (ra), des canards(set), d’autres
oies (ser).
Partie supérieure du
mur Nord
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 mur Nord - section du haut
(d'après "Tomb of Ptah-Hetep",
ERA, London, 1896, par Paget et Pirie)
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La portion Est est consacrée aux activités matinales
de Ptahhotep : toilette, musique, et c’est déjà
le moment pour le haut fonctionnaire d’écouter
les rapports journaliers de ses subordonnés.
C’est ainsi que nous le trouvons assis sur sa magnifique chaise
écoutant le rapport du personnage officiel au début
du troisième rang, tandis que ses serviteurs s’occupent
de son apparence extérieure. L’un ajuste sa barbe
et sa perruque, un second apporte des pièces de lin,
un troisième –expert en pédicurie- oint
ses pieds de parfum (vue
16). Derrière lui, un autre serviteur lui apporte
un boîte .
Sous le siège est représenté un animalier
qui tient en laisse trois chiens sloughis et un singe (vue
17).
Sur le registre du haut on trouve un harpiste ainsi qu’un
accompagnateur qui donne la cadence par ses battements de
main ou ses claquements de doigt.
Derrière eux quatre nains surveillent le collier et
autres bijoux du maître qui va s’en revêtir.
Les deux registres médians montrent six serviteurs
agenouillés dans une attitude de respectueuse soumission.
Le registre du bas porte trois autres musiciens : un harpiste,
une chanteuse et un flûtiste (vue
18). Devant eux, un privilégié a le droit
de se servir dans une large quantité de provisions
: il s’agit du maçon en chef Sethef, probablement
le constructeur de la tombe.
Partie inférieure du
mur Nord
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mur Nord - section basse
(d'après "Tomb of Ptah-Hetep", ERA, London, 1896, par Paget et Pirie)
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Situé à gauche de l’entrée quand on se
retourne, les scènes sont ici encore distribuées
en quatre registres où l’on retrouve les apport
d’offrandes mais aussi des scènes de boucherie.
Le registre du haut dit : «Apporter
les biens au responsable de la ville de pyramides…Ptahhotep».
Second registre : «Apporter les
tributs, les choses qui germent, et toutes bonnes choses par
les serviteurs du ka…».
Les troisième et quatrième registre comportent
les scènes de découpage du bétail, accompagnées
par la conversation entre les bouchers (il est d’ailleurs
curieux que ces scènes de boucherie soient celles auxquelles
sont souvent annexées des dialogues). Ainsi au troisième
registre, le cinquième homme qui tire sur la patte
d’un bœuf étend sa main vers le «chef
des prêtres-Ouab de Pharaon, le médecin Akhatarna
lui disant ‘Vois ce sang !’ », et
le prêtre de répondre «il
est pur». Car en effet il fallait qu’un
homme de l’art détermine si l ‘animal sacrifié
était pate ou non à la consommation. Sans doute
ne regardait il pas seulement le sang (qu'aurait t'il pu lui
apprendre?) mais aussi l'aspect extéreiur de la bête
et ses viscères.
Au quatrième registre, les deux hommes à gauche
coupent la patte avant d’un bœuf, tandis qu’un
de leurs compagnons proclame fièrement «Voyez
ce cœur !». Sur la droite un autre personnage
porte un grand récipient et ordonne aux bouchers affairés
: «Donnez moi ce sang !».
Richement décoré, le mur Est se divise en deux
grandes parties : au Nord, nous trouvons une grande figure
de Ptahhotep accompagné de «son
fils aîné Ptahhotep (II)» (vue
21). Comme tous les Égyptiens (et aussi plus tard
les Romains, eux aussi hommes de la terre) , il aime assister
aux travaux des champs «les activités
agréables accomplies par le pays tout entier».
Du côté Sud nous retrouvons Akhethotep en grande
taille, mais plus vieux, et cette fois accompagné de
«son fils aîné
Akhethotep» et qui supervise les «contributions
des forteresses et des villes du Sud et du Nord du domaine
funéraire…».
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Mur Est (clickez sur une des
4 zones pour agrandir)
(d'après "Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep at Saqqareh", EEF, London, 1900, par N de G Davies) |
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Le décor est très varié et évoque
la vie des champs et de la campagne dans des biotopes différents,
avec une population de paysans-pêcheurs et insiste sur
la multiplication des espèces animales avec plusieurs
scènes de copulation. Il s’agit là d’une
des responsabilités essentielles d’un haut dignitaire
de cette époque de veiller à la prospérité
de ses troupeaux qui représentent l’essentiel
de sa richesse. Il s’agit aussi d’évoquer
la fécondité de la nature et le renouvellement
de la vie en général.
Partie gauche ( = moitié Nord )
Les scènes sont distribuées en sept registres principaux,
parmi lesquels le 4ème et le 5ème sont subdivisés
en deux sous registres.
Ptahhotep est représenté en grande taille. Il
porte au cou un large collier formé de quatre rangs
de perles, avec un pendentif en forme de cœur. Coiffé
d’une perruque courte, il est vêtu d’un
pagne triangulaire et porte dans la main droite la canne insigne
de sa fonction, et dans la gauche le morceau d’étoffe
qui est l’avatar d’un rouleau plus ancien, titre
de propriété..
Au dessus de lui, le texte nous apprend qu’il contemple
«tous les agréables spectacles qui ont lieu dans
le pays tout entier». A la fin de l’inscription,
nous retrouvons la liste des titres du personnage.
Il est précédé par «son
fils aîné, qu’il aime, le sab-ad-mer (=
inspecteur des canaux) Ptahhotep». Le fils est
représenté à plus petite échelle
que son père, tenant en main un oiseau par les ailes,
et tenant de l’autre main la partie basse de la canne
paternelle : un moyen de partager un peu de son pouvoir et
de matérialiser la succession qui doit normalement
avoir lieu entre le père et le fils.
Seshemka, autre inspecteur des canaux, suit en retrait le
fils de Ptahhotep.
Premier registre
Quoique endommagé, on arrive encore à y reconnaître
la scène classique de passage d’un troupeau à
gué. Vient ensuite une scène de collecte du
papyrus, rassemblé en bottes puis transporté.
Les bottes constituées seront pour certaines utilisées
dans le 5ème registre pour la fabrication de petites
embarcations
Second registre
Il est entièrement dédié à des
jeux et des exercices physiques par de jeunes hommes, insistant
sur certaines prouesses techniques (vue
23). Il s’agit là non seulement d’une
représentation de distractions fréquemment pratiquées
mais aussi d’une image destinée à exalter
la force et la vitalité de la jeunesse, promesse de
renouveau pour Ptahhotep qui contemple ces scènes.
Troisième registre
C’est celui consacré au travail de la vigne,
avec une scène en continuité de droite à
gauche.
A l’extrême gauche un serviteur du Ka arrose un
pied de vigne qui s’épanouit en une vigne montée
sur treillis. Un homme et deux adultes la vendangent soigneusement,
recueillant les lourdes grappes («cueillir
les grappes») (vue
24).
Vient ensuite la phase de pressage, opération conduite
par 5 hommes. Pour être sûr d’extraire la
totalité du jus, le raisin est serré dans une
pièce de tissu tordue sur elle même. Un homme
en position acrobatique, et qui semble flotter dans l’air
écarte le plus possible avec les pieds les deux bâtons
l’un de l’autre pour extraire le maximum de jus
et ne laisser que le moût.
C’est ainsi que l’artiste Égyptien rendait
en deux dimensions la profondeur spatiale de la scène
qu’il voulait décrire (vue
25).
Quatrième registre
Divisées en demi registres, les scènes se situent
dans la frange désertique symbolisée par une
maigre végétation d’arbustes parsemant
des dunes. Une fois de plus les talents exceptionnels d’observateur
animalier et de précision dans la décoration
de l’artisan égyptien font merveille dans la
succession des petites saynètes vivantes du registre.
Nous voyons défiler ainsi les principaux animaux qui
peuplent ces franges du désert, qui sont délogés
par les chiens sloughis. Quelques espèces ont même
fait l’objet de tentatives de domestication, comme certaines
antilopes.
En dessous, et comme toujours se dirigeant de gauche à
droite, un chasseur, le «serviteur
du Ka, Iry» couvert pour se protéger de
la froidure des nuits, tient en laisse deux sloughis (vue
06), tandis qu’il observe une vache suivie de son
veau. La pauvre est dans une très mauvaise posture
puisqu’elle vient d’être saisie au mufle
par un lion (vue
08).
Un peu plus loin, une gazelle et un oryx ont eux été
attrapés et tués par les agiles sloughis.
Une petite scène émouvante et fort bien réalisée
se trouve près de l’angle du registre, à
droite : deux hérissons sont représentés
(à une échelle irréaliste par rapport
aux autres animaux). L’un d’eux sort de son terrier
et a attrapé une sauterelle (vue
26).
Cinquième registre
Diverses activités ont lieu sur les berges du fleuve.
Sur la partie gauche du haut, un homme prépare des
poissons pour le séchage. D’un geste précis,
il les ouvre avec son couteau en pierre ou en métal.
Dans un petit sous registre du haut, un enfant aide un homme à
fabriquer des cordages en tordant sur elles mêmes de
longues tiges de papyrus. Ces cordes sont destinées
à la construction de petites embarcations dont on voit
les stades successifs de réalisation. Ce travail nécessitait
l’aide d’artisans spécialisés qui
se faisaient souvent assister par leurs enfants à qui
ils transmettaient ainsi leur savoir faire nautique. Comme
tous les apprentis, le jeune garçon commencera par
de petites tâches subalternes. Ceci transparaît
dans la conversation d’un d’entre eux avec son
fils : «Ô vigoureux garçon,
porte (moi) les cordes» lui ordonne t’il.
Le jeune ainsi interpellé s’exécute :
il serre entre eux deux rouleaux et répond à
son père : «Ô père,
voici la corde pour (toi)».
Sixième registre
Les zones marécageuses près du Nil et de ses
canaux offrent refuge et nourriture à une grande variété
d’oiseaux que les Égyptiens capturaient à
l’aide de filets tractés (vue
28). Au signal donné par le scribe en chef Oupemneferet,
les hommes tirent de toutes leurs forces le plus rapidement
possible le filet dans lequel sont piégés les
volatiles. Ceux qui ne sont pas trop abîmés iront
dans la basse cour, les autres à la broche (vue
29).
Septième registre
Ce registre, le plus bas situé, décrit le retour
des bateliers qui, dans une joute amicale, se hâtent
de rapporter les produits du domaine : paniers pleins d’œufs,
d’oiseaux sauvages, de petit bétail (vue
30).
A l’extrême gauche, un homme d’âge
moyen est assis sur un tabouret bas, mangeant des produits
présents sur une table. C’est un personnage important,
un ami de Ptahhotep et peut être celui qui a décoré
ce mastaba. En témoigne le texte au dessus de lui :
«son mehenkh bien aimé
et fidèle, le chef sculpteur Ankhenptah».
Mehenkh est un nom familier donné aux architectes et
artisans en charge des tombes.
Avec son nom ainsi sculpté dans le calcaire, il se
garantissait une survie éternelle près du propriétaire.
Ce fait est d’autant plus remarquable que Ankhenptah
serait ainsi un des exceptionnels artiste à avoir «signé»
son œuvre (vue
31).
Partie droite (= moitié
Sud)
En symétrie parfaite avec la moitié Nord, les scènes
se répartissent là encore en sept registres,
dont cette fois seul le quatrième est subdivisé
en deux .
Ptahhotep apparaît de nouveau sur le côté
droit. Cette fois il est coiffé d ‘une perruque
noire plus longue et une fausse barbe courte. Son vêtement
reste un court pagne triangulaire. Il tient en main sa canne
de fonction.
Au dessus de sa tête se trouve un texte : «Voir
le tribut, les contributions des forteresses et des villes
du Nord et du Sud».
Cette fois il est précédé par son autre
«fils aîné, qu’il
aime, le sab-ad-mer Akhethotep». Le fils tient
la partie inférieure de la canne de son père
et de l’autre main un oiseau.
Ptahhotep surveille la présentation d’animaux,
soit capturés dans le désert, essentiellement
des herbivores dont on essaiera de domestiquer certains, soit
d’animaux d’élevage, surtout du bétail.
Premier registre
Six hommes sont en train de lutter, l’un d’entre
eux s’appelle Akhethotep et pourrait être le
fils de Ptahhotep. A droite, six autres hommes amènent
un prisonnier devant eux.
Second registre
Quatre hommes tirent deux traîneaux supportant des cages
contenant un lion et un léopard. A côté,
deux hommes portent dans des palanches des animaux ligotés
; entre eux, un homme tient sur son épaule une gazelle.
Enfin un dénommé Khoumhotep guide sa meute.
Troisième registre
C’est une continuation des scènes précédentes
avec un défilé d’animaux accompagnés
de six hommes (vue
32).
Quatrième registre
Il montre des bouviers avec du bétail. L’une
des vaches est en train de mettre bas. Le petit sous registre
du dessus montre du bétail entravé (vue
33).
Cinquième et sixième registre
Divers types de ruminants sont conduits vers Ptahhotep (vue
34, vue
09 and vue
10).
Septième registre
Le supérieur des greniers Kahep fait avancer des grues
(vue
12). Il est suivi sur deux rangées par, en haut
trois espèces d’oies puis un groupe de cygnes,
et en bas des canards, des pigeons et enfin des poussins (vue
11). Le texte d’accompagnement chiffre ces volatiles
à 600 000…
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Mur Sud
(d'après "Tomb of Ptah-Hetep", ERA, London, 1896, par Paget et Pirie)
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En symétrie avec la partie inférieure du mur Nord, le
mur Sud développe lui aussi une riche iconographie
en rapport avec la préparation et la présentation
des offrandes pour le repas funéraire de Ptahhotep
qui sera représenté sur le mur Ouest. Sur le
double registre du haut s’accumulent des quantités
impressionnantes de nourriture représentant la quintessence
de la production des domaines.
Les second et troisième registre sont dévolus
à un défilé de jeunes femmes, allégories
des domaines que contrôle Ptahhotep. Le texte d’accompagnement
nous donne le nom de ces domaines et, beaucoup plus important,
le nom des nômes (circonscription administrative) dans
lesquels ils se situent.
Le quatrième registre est consacré à
des scènes de boucherie. On a inscrit au dessus des
bouchers une partie des paroles qu’ils échangent.
Ainsi les deux les plus à droite, en train de découper
une patte avant : «Tire fort
!» «C’est ce que je fais !».
Le cinquième et sixième registre sont intitulés
: «Apporter les offrandes par
les serviteurs du Ka, serviteurs du grand auprès du
roi, Ptahhotep». Les personnes ainsi désignées
sont certainement de haut rang, et d’ailleurs on y trouve
un inspecteur du canal du nom de Ptahhotep, qui est probablement
le fils représenté sur le mur Est.
Ce mur est constitué de deux blocs massifs en calcaire,
occupant la moitié de la paroi et séparés
par une partie centrale.
Pour pouvoir réaliser la corniche de la partie haute,
à gauche, ainsi que le creusement des fausses portes,
les blocs ont du être creusés très profondément,
et on ne peut qu’imaginer la taille (et le poids) qu’ils
devaient avoir à l’origine.
Entre les deux stèles fausse portes qui se trouvent
des côtés droit et gauche, nous trouvons une
scène centrale où nous voyons Ptahhotep assis
devant sa table funéraire et un invraisemblable empilement
de denrées diverses (vue
13).
Il s’agit là de la représentation la plus
importante de toute la chapelle puisqu’elle résume
tout le reste : le défunt veut que sa table d’offrandes
soit toujours garnie, et pour pallier –l’inévitable-
abandon des mortels, il immortalise la scène dans la
pierre. Magiquement elle se répètera dans l’au-delà.
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Mur Ouest (clickez sur une zone
pour agrandir)
(d'après "Tomb of Ptah-Hetep", ERA, London, 1896, par Paget et Pirie) |
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Les offrandes du panneau central
Assis devant une table d’offrandes bien garnie, Ptahhotep est
revêtu d’une peau de panthère, qui est
rituellement celle du prêtre-Sem. La queue s’étend
sur la chaise tandis que la partie haute est élégamment
nouée autour de son épaule gauche. Il porte
à son nez un vase contenant probablement un parfum
dont il respire avec délice les effluves agréables
et revivifiantes (vue
13).
Au dessus de lui se trouve une liste une liste en relief donnant
ses titres de prêtre des pyramides de Djed-ka Ra / Isesi,
de Ny-ouser-Ra et de Men-kaou-Hor. Bien que son règne
soit plus tardif que celui des deux autres, le nom d’Isesi
est respectueusement placé en première position,
car sans aucun doute il s’agit du pharaon régnant
auquel notre Ptahhotep doit son rang et sa fortune. La colonne
de gauche reprend certaines de ses importantes fonctions ministérielles.
Au sommet de la partie centrale, entre les deux fausses portes,
se trouve une liste détaillée des offrandes
et des cérémonies en rapport avec elles.
En face de Ptahhotep, à main droite toute une série
d’officiants se déploient sur quatre rangs. Sur
le rang du haut, des prêtres lavent les tables d’offrandes
ou de sacrifice, brûlent de l’encens, et récitent
les formules rituelles. Les trois rangs du dessous ne montrent
que de hauts personnages venant apporter leur contribution
à l’offrande funéraire. C’est ce
que Ptahhotep espère bien qu’ils vont continuer
à faire après sa mort ! (vue
36).
La partie gauche du registre inférieur ainsi que les
offrandes situées sous la table n’ont pas été
peintes, mais le travail de sculpture est remarquable.
Juste sous la table, de chaque côté du pied,
nous trouvons une forme abrégée de la liste
d’offrandes, résumée par le hiéroglyphe
valant pour «des milliers de
pain, bière, tissu, vêtements, bœufs, antilopes,
oies»
La stèle - fausse porte Sud
Une large corniche à gorge surmonte la fausse porte qui est
traitée en relief.
Cette fausse porte est entièrement inscrite et décorée
selon l’usage, regroupant et résumant les éléments
de la carrière terrestre de Ptahhotep, avec énumération
intégrale de ses titres et fonctions (vue
04 and vue
37).
Après nettoyage Davies a retrouvé au pied de
la stèle une petite table d’offrandes basse très
simple, sans inscription, taillée dans la même
pierre servant aux assises inférieures des murs. Cette
table ayant été retrouvée solidarisée
à la roche par une fine couche de boue séchée
montre qu’il s’agit bien de celle originellement
en place. On l’aperçoit au pied de la vue
37a.
Cette stèle (car il s’agit bien de cela) est
traitée comme une porte dans une autre porte, chacune
ayant son linteau inscrit, celui de l’extérieur
étant plus travaillé que l’autre. Chaque
jambage porte deux colonnes de texte. L’espace entre
les deux architraves est presque entièrement occupé
par une représentation schématisée de
la table d’offrandes.
Les quatre jambages sont terminés par la figure de
Ptahhotep et son nom. Les deux du centre portent une représentation
usuelle du maître debout, mais les deux autres le montrent,
à gauche, assis dans une chaise surmontée d’un
dai et portée par quatre hommes,.et à droite
assis sous une autre structure en dai. Le texte d’accompagnement,
récité par un prêtre traité en
petite taille indique qu’il va chaque jour faire un
tour d’inspection au bénéfice du défunt.
Le texte du jambage externe gauche commence par :
«Entrer dans sa demeure d’éternité
en paix parfaite, étant dans un statut de bienheureux
devant Osiris…».
Le texte du jambage externe droit : «Traverser
l’eau en paix parfaite…, pris en mains par ses
pères…».
Les jambages du milieu portent les formules «hetep-di-nesou»
habituelles. : «Puisse le roi
donner une offrande invocatoire…».
La stèle - fausse porte
Nord
Cette fausse porte n’est pas inscrite comme il est usuel des
noms et titres du défunt. Mais étant située
au dessus des appartements funéraires souterrains,
elle est néanmoins parfaitement capable -comme son
homologue- d’assurer sa fonction de lieu de passage
entre une des parties immatérielles de l’individu
(le Ka) et les offrandes que les parents ou un personnel spécialisé
auront déposé dans la chapelle.
L’aspect d’ensemble du monument est cependant
inhabituel, et elle pourrait représenter l'aspect en
redans de l'extérieur du palais royal, qui peut
lui même avoir servi de modèle à celui
de la résidence terrestre du défunt.
Ainsi Ptahhotep aurait combiné trois symboles : un
passage vers l’au-delà, un passage dans le palais
de son souverain et un passage vers sa propre habitation terrestre.
La structure était à l’origine entièrement
colorée. Quand NdG Davies a fait ses relevés
au début du XXème siècle, les restes
de couleur était encore suffisant pour restituer la
teinte de chaque portion. Ceci a permis à Jon Hirst
de pratiquer une superbe reconstitution qui permet d’imaginer
la paroi comme personne n’a pu le faire jusqu'ici (voir
JJH
colour reproduction). Vous trouverez des détails
précis en comparant la
portion inférieure droite et la
portion au centre droit. Tous les patrons sont représentés
et se trouvent également utilisés ailleurs dans
la tombe.
Il est difficile de se rendre compte de la profondeur de la
sculpture, mais on peut en avoir une idée grâce à cette
photo, prise il y a plus d'un siècle.
Au centre, sous le linteau arrondi (qui est peut être
le seul à avoir porté une inscription, savoir
le nom du défunt), la «porte» est matérialisée
par une ouverture profonde dont les bords sont peints en imitation
bois. De chaque côté, les grands espaces verticaux
sont décorés de structures géométriques
rappelant des mâts de navires. Ces «mâts»
sont peints comme s’ils étaient attachés
à la base par des cordes passant à travers des
nœuds. Les espaces étroits sont emplis de motifs
ressemblant à des chaînes qui rappelleraient
celles utilisées pour les dresser ou les abaisser.
Ces nœuds sont serrés à leur sommet tandis
que les cordages s’affaissent en tas au pied.
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page créée
par Jon Hirst
(d'après EEF et ERA )
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