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La tombe d'Iroukaptah à Saqqara


Un grand merci à Christian Mariais
pour ses photos
Elle fait partie d'un groupe de onze sépultures qui s'alignent immédiatement au sud de la chaussée d'Ounas, découvertes et fouillées en 1940 par Abd el-salam Mohammed Hussein. Son propriétaire est un fonctionnaire de rang intermédiaire - comme ses voisins - dont le titre principal est en rapport avec la boucherie au service du roi. Ce sont d'ailleurs les scènes de boucherie qui ont valu au monument le surnom célèbre de "tombe des bouchers".
La chapelle de la tombe est petite, mais remarquable, d'une part parce qu'elle est entièrement creusée dans la falaise, d'autre part parce qu'elle comporte une série de quatorze statues à des degrés variables de finition, dont certaines - fait exceptionnel pour l'Ancien Empire - ont conservé leur polychromie.
Remarque : ce monument est traditionnellement désigné comme "le mastaba" d'Iroukaptah, mais ce terme est abusif car le mot mastaba désigne une superstructure en briques crues ou en pierres, qui n'existe pas ici.

 Datation de la tombe et contexte politique 

Un large éventail de dates allant de la Ve dynastie à la Première Période Intermédiaire a été proposé, mais dans son travail consacré au monument, Ann McFarlane, qui a écrit la principale monographie sur le monument, propose la fin de la Ve dynastie, règne de Menkaouhor ou de Djedkarê, avant le règne d'Ounas et l'édification de sa chaussée. Il serait donc contemporain du mastaba de Ty et légèrement postérieur au mastaba de Niankhkhnoum et Khnoumhotep (lequel a peut-être servi de modèle à Iroukaptah car il existe plusieurs analogies).

La Ve dynastie dure environ 150 ans (environ 2500 à 2350 av. J.-C). Elle voit se succéder neuf souverains : Ouserkaf, Sahourê, Neferirkarê-Kakaï, Chepseskarê, Neferefrê, Nyouserrê-Any, Menkaouhor, Djedkarê-Isesi et Ounas. C'est une période de profonds changements, avec notamment l'ouverture des plus hauts postes à des hommes n'appartenant pas à la famille royale et la transformation progressive du pays en un état bureaucratique. Vers le milieu de la période, celui-ci aura tendance à se décentraliser, avec des nomarques (gouverneurs provinciaux) qui résideront dans leurs nomes et non plus à proximité de la Résidence royale.
Les rois du début de la Ve dynastie se sont fait enterrer à Abousir, conséquence indirecte de la construction dans cette zone par Ouserkaf de son temple solaire. De Sahourê à Nyouserrê, ils y bâtissent leurs complexes de pyramides, ce qui entraîne la constitution à proximité de plusieurs cimetières destinés aux membres de la famille royale, aux courtisans et à de hauts fonctionnaires. Un exemple éclatant est fourni par la découverte sur le site, en 2012, de la tombe de la princesse royale Sheretnebty (voir ICI) associée à celles de hauts fonctionnaires. Cependant, de nombreux dignitaires de la Ve dynastie se sont fait enterrer à Guiza ou Saqqara, par choix ou obligation.
La sépulture de Menkauhor, successeur de Nyouserrê, n'a pas encore été découverte, mais n'est pas à Abousir.
Djedkarê puis Ounas délaissent eux aussi Abousir et retournent se faire enterrer à Saqqara.

Sur le plan religieux, l'élément marquant de l'époque est l'émergence du culte d'Osiris - au plus tard à partir du règne de Nyouserrê vers 2430 - dont l'importance va aller en croissant. Elle change de manière drastique non seulement la destinée du roi, mais aussi celle de ses sujets, qui doivent tous passer devant le tribunal du Grand Dieu : c'est Osiris qui est maintenant le garant de la survie post-mortem et non plus le souverain. Selon Mathieu "l’apparition soudaine d’Osiris et de l’extraordinaire diffusion de son culte dans l’ensemble du territoire égyptien suppose l’existence d’une décision émanant d’un pouvoir central et tout puissant" ; dans le même temps, le contrôle de la Maat (la règle de justice permettant l'équilibre du monde), jusqu'ici entre les mains du roi, passe à Osiris.
Parallèlement à l'émergence d'Osiris on assiste au développement exceptionnel du culte de Rê, dont témoignent les nouvelles structures que sont les temples solaires, les deux dieux étant perçus comme complémentaires : Rê - diurne - solaire / Osiris - nocturne - lunaire. Cette idée sera reprise, bien plus tard, par les théologiens ramessides.

 Le personnage et sa famille 

Iroukaptah est le nom écrit correctement, comme on le voit sur la photo de la fausse porte, à droite, mais on trouve aussi qui omet le signe "a", n'utilisant que le signe ce qui transforme le nom en "Iroukptah". Le défunt est aussi appelé Khenou sur la fausse porte.

Il porte les titres suivants :
-"Prêtre-ouab royal"
-"Connu du roi"
-"Imakhou" (honoré, bienheureux, pensionné...)
-"Imakhou devant Ptah-qui-est-au-sud-de-son-mur"
-"Imakhou auprès du grand dieu

Ses fonctions essentielles sont en rapport avec la réalisation de libations et une activité de boucherie, dont la compréhension n'est pas évidente, et qui sont rendues par le titre "Celui qui fait libation, le boucher du repas du roi", ou bien encore "Celui qui fait libation, le boucher du palais". Ces titres sont inhabituels. Ils apparaissent en même temps que les réformes administratives majeures dont nous avons parlé, qui ouvrent la bureaucratie à de nouvelles couches de la société ; ils doivent aussi être rapprochés du nombre important de tombes du cimetière d'Ounas appartenant à des bouchers royaux.
Comme tous les personnages ayant leur sépulture au sud de la chaussée d'Ounas, Iroukaptah n'était pas un haut fonctionnaire de l'état, mais appartenait à un groupe d'hommes titulaires de fonctions en rapport avec le service personnel du souverain.

Les deux femmes qui accompagnent Iroukaptah dans sa chapelle sont vraisemblablement ses épouses, mais leurs noms ne sont pas mentionnés.
Deux enfants sont représentés, portant tous deux le nom de Ptahshepses, mais l'un est désigné comme "son fils aîné" et l'autre simplement par "son fils" ; il est vraisemblable qu'il s'agisse de deux fils portant le même nom plutôt que d'un seul personnage.

 Situation de la tombe et aspect général 

La chaussée d'Ounas mesure environ 750m de long ; elle joint la pyramide de ce roi à son temple bas situé dans la vallée, au bord du Nil (plan général et plan du cimetière d'Ounas); de nos jours le fleuve coule plus à l'est et ce temple bas est entouré (et en partie recouvert) de sable. À environ 200m de la pyramide, une vingtaine de tombes - pour la plupart anonymes – avaient été construites dans les décennies précédentes sur le trajet de la chaussée, presque toutes selon un modèle qu'on ne trouve qu'à la Ve et VIe dynastie, avec une chapelle formant un corridor orienté nord-sud, dont l'entrée se trouve au nord. Toutes furent plus ou moins détruites ou recouvertes lors de la construction de la chaussée. Elles se trouvent maintenant au sud de cette dernière et peuvent être divisées en un groupe ouest et deux groupes est, situés sur deux niveaux différents ; dans celui du haut se trouve la tombe de Neferherenptah (dite "tombe aux oiseaux") que nous traiterons prochainement (vue tb_549).
Une des plus petites tombes et peut-être la plus ancienne (elle date du début du règne de Nyouserrê), est celle de Nefer et Kahai, la plus grande est celle de Niankhkhnoum et Khnoumhotep (dite "tombe des deux frères").


La sépulture d'Iroukaptah se trouve dans le groupe ouest, à 9,5m sous le niveau de la chaussée d'Ounas et à 10,5m de son côté sud (pl_mf_38b et vue groupe). On y accède par l'escalier moderne qui court parallèlement à la chaussée (vue tb_610). La tombe est creusée à la base d'une petite falaise en calcaire stratifié qui la surplombe de 17m et comporte une cour. C'est une des plus grandes du groupe (13,45m du nord au sud) et elle diffère de toutes les autres par ses exceptionnelles statues engagées, taillées directement dans le roc ; par contre, les thèmes de la décoration sont limités et banaux pour l'époque sur le site de Saqqara (on les retrouve, par exemple, dans le célèbre mastaba de Ty), mais ils ont souvent conservé des couleurs extraordinaires.
Cinq puits funéraires s'ouvrent dans le sol du corridor, destinés à Iroukaptah et à des membres de sa famille.

 La cour  (pl_mf_38b)

• Le mur d'entrée, qui se trouve au nord, est formé de blocs calcaires appareillés ; on ne peut plus savoir quelle était sa largeur exacte, ni sa hauteur. Dans la zone qui borde l'entrée, le mur présente un retrait sur une longueur de 0,80m à l'ouest (côté droit) et d'au moins 1,15m du côté gauche.
• L'ouverture dans la façade mesure 0,55m de large, 0,85m de profondeur et comporte aussi un petit renfoncement de 20cm.
• On aboutit dans la cour proprement dite, qui est presque rectangulaire, mesurant 3,90m de long pour une largeur de 1,75m du côté nord et 1,60m du côté sud ; il semble qu'elle n'ait jamais été décorée.
Les murs est et ouest sont bâtis dans leur partie proximale et constitués par la paroi rocheuse dans leur partie distale ; là, ils gardent leur hauteur originale de 2,35m. De l'autre côté du mur est, les tombes ont été volontairement réensevelies par le Service des Antiquités.
Le mur ouest, lui, est mitoyen avec la cour de la tombe d'un dénommé Akhethetep, elle-même mitoyenne avec celle de Niankhrê (vue cm_09_01 et vue cm_09_02).

 L'entrée dans la chapelle 

Le mur sud, où se trouve l'entrée dans la chapelle, est entièrement taillé dans la paroi de la falaise. L'entrée s'ouvre en son milieu ; sa largeur est de 0,70m, sa profondeur de 0,75m pour une hauteur qui passe de 2m du côté extérieur à 1,96m du côté intérieur. Au-dessus de l'entrée, toute la façade est barrée par un linteau de 0,35m de haut. Dans le passage d'entrée, un rouleau portant sans doute le nom du propriétaire avait été placé au plafond, mais il a disparu.
On descend actuellement deux marches pour pénétrer dans la pièce, mais ce n'était pas le système d'origine. On voit bien sur la vue cm_16_01 que l'ouverture s'élargit (à 1,05m) au niveau de la première marche.

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