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| Dernière mise à jour
: 25/03/2007 |
Situé à Saqqara, au nord de la pyramide
du pharaon Téti (2321-2290, VIème Dynastie),
et au Nord-Est de la pyramide à degré
de Djoser (IIIème Dynastie), le beau et vaste
mastaba de Kagemni (encore appelé Memi)
témoigne de la puissance atteinte par les plus
hauts fonctionnaires à une époque où
le déclin de l'autorité royale commence.
Cette décadence sera encore plus marquée à la génération
suivante, comme en témoignera le magnifique mastaba
du successeur de Kagemni, Mererouka.
Le mastaba fut découvert en 1843 par Richard Lepsius.
Il a fallu attendre 1905 pour que von Bissing commence
sa publication des salles IV à VIII, qui sera achevée
en 1911. Si Firth refouille le monument dans les années
1925, il ne publie pas un compte rendu détaillé des
salles I à III qui restent donc non publiées (universitairement)
à ce jour.
Le mastaba est bien préservé dans ses
registres de paroi inférieurs, ayant conservé
en de nombreux endroits de vives couleurs, hélas
les registres supérieurs sont presque tous perdus,
sauf vers le fond de la tombe.
Il porte deux noms :
soit Ka-gem-n(j), transcrit par Kagemni et soit M-m-j, transcrit par Memi.
Les
titres que l'on retrouve dispersés dans la tombe
sont d'environ 50, dont certains restent de signification
imprécise, probablement purement honorifiques,
tandis que d'autres correspondent à des fonctions
effectives.
Sur la façade du mastaba, on trouve déjà
une longue biographie du très grand personnage
qu'était à son époque Kagemni (vue
1135 et voir texte plus bas).
On voit ainsi que sa brillante carrière commence
sous le roi lsési. Puis pendant le règne
du pharaon Ounas (dernier pharaon de Ve dynastie), il
est promu au rang de juge et de nomarque, fonction nouvellement
créée.
Puis c'est l'apothèose à la VIème
dynastie sous le roi Téti (2321-2290), puisque
Kagemni devient vizir et chef de tous les juges du pays.
Parmi
ses autres fonctions, on en remarque plusieurs qui ont
rapport avec le culte du roi Teti dans sa pyramide,
avec peut être aussi des fonctions de surveillance
de la construction de l'édifice. Il était
également inspecteur de la ville de la pyramide
"Les-places-de-Téti-sont-stables".
A ce titre il devait gérer l'attribution des
concessions funéraires attribuées par
le roi, incluant la sienne propre.
Kagemni avait aussi d'importantes fonctions religieuses:
Prêtre ritualiste en chef, il est aussi Grand
Prêtre d'Héliopolis.
Kagemni
est également célèbre du point
de vue littéraire. En effet, le fameux ''Enseignement
pour Kagemni", célèbre texte didactique
qu'on a coutume de dater de la VIe dynastie semble bien
le concerner, même s'il fait référence
à un vizir ayant servi le roi Snefrou (c'est
à dire le père de Khéops) à
la IVème Dynastie. Vous trouverez le texte hiéroglyphique
et une traduction en Allemand ICI
et une traduction Anglaise ICI.
Il n'y a rien en Français à ma connaissance sur le web.
Le
prestige dont jouissait Kagemni lui-même devait
être immense à son époque et on
a trouvé des traces d'un culte à sa personne
près de sa tombe.
La
famille de Kagemni reste difficile à cerner.
Son épouse Nebty-noub-khet (alias Seshesshet
) est bien identifiée. Peut être n'était
ce pas la seule. Par contre il y a une certaine confusion
au niveau de la descendance, certains personnages n'étant
pas nommés. Seul le fils aîné Téti-Ankh
est cité formellement. Nul doute que ce nom lui
a été donné par son père pour marquer sa reconnaissance
et son attachement à ce roi qui lui a permis une telle
ascension.
Le tombeau est de type mastaba et présente une
forme en "L", de 32 mètres de grand
côté, le grand bras du L est orienté
Est-Ouest, le petit bras Sud-Nord.
Le plan ci contre donne une bonne idée de la
complexité de ce vaste édifice dont certaines
salles sont encore non publiées.
Le mastaba a été réalisé
en calcaire, calcaire local pour la première
assise et pour la porte et ses jambages, calcaire blanc
de Tourah pour le reste et notamment le parement externe.
La face externe de l'édifice devait présenter
un blanc brillant quand le calcaire n'avait pas encore
été abîmé par le temps. De
toutes façons il a été arraché
à l'édifice il y a longtemps.
Les blocs utilisés mesurent jusqu'à deux
mètres de longueur pour une largeur et une épaisseur
ne dépassant pas une cinquantaine de centimètres.
Les blocs ont été très soigneusement
taillés, de sorte que le jointoyage au mortier
est parfois quasiment invisible.
Description générale:
Une fois entrés par une porte à redans (vue
1131), nous arrivons dans une première salle (I)
de petite taille. A mains droite on trouve une salle
longue (II) qui aboutit au fond à un escalier qui donnait
accès au toit. Sur le côté Ouest de celui ci et
au dessus de la pièce du serdab avait été ménagées
deux fosses en forme de cigare, qui auraient du contenir
des barques mais qui sont restées vides. Rappelons que
ces barques étaient à l'origine censées accompagner
uniquement les pyramides royales, comme celle retrouvées
aux pieds de la pyramide de Khéops ou d'Ounas.
• A partir de la salle I, une petite ouverture
donne accès à une salle III qui présente trois piliers
médians. A son extrémité Ouest se trouvait une ouverture
conduisant à une série de 5 magasins. Une nouvelle porte
à redans donne sur l'enfilade des salles IV et V.
• A l'Ouest de la salle IV, et enfouie dans
la maçonnerie sans aucune ouverture, se trouve le serdab.
Dans cette pièce on trouve habituellement une statue
debout du défunt qui vient se nourrir des offrandes.
Dans certains mastabas, une ouverture est ménagée dans
le mur pour que le mort puisse "voir" ce qui se passe
dans sa tombe, mais pas ici. Lors de la fouille initiale,
la pièce était vide.
• La salle V a la curieuse particularité
de comporter un banc, destiné aux personnes qui venaient
rendre le culte funéraire.
• La salle N° VI comporte un puits funéraire
d'époque tardive.
• La salle VII est celle destinée aux offrandes
puisqu'elle comporte à son extrémité Ouest la stèle
fausse porte qui assure le point de contact entre le
monde d'ici-bas et l'Au-delà. Elle comporte aussi une
table d'offrande au sol.
• La salle VIII ne semble avoir d'autre fonction
que d'étendre encore plus la superficie du monument,
sans doute pour se rapprocher de l'habitation terrestre
du vizir. Elle représente en fait une extension
excentrée de la salle des offrandes. C'est elle
qui conserve les couleurs les plus éclatantes.
• Dans l'épaisseur de la maçonnerie située
à l'angle Nord-Ouest de la chapelle, et donc près de
la salle des offrandes, s'ouvrait dans le toit puis
dans le sol le puits funéraire. Celui ci conduit à des
appartements funéraires souterrains strictement destinés
au défunt, auquel nul n'avait accès après les funérailles.
Ces appartements sont constituée d'une pièce en "T"
renversé comportant le sarcophage de Kagemni.
État actuel de la tombe
Outre le pillage datant de l'époque pharaonique, le
monument a souffert beaucoup lorsqu'il fut transformé
en carrière de pierre. C'est ainsi que les dalles de
toit originales ont complètement disparues. De même
la partie supérieure des parois, surtout dans les premières
salles, manquent. Les scènes restantes, réalisées
en relief levé, sont d'une grande qualité; elles
sont situées entre les vides des zones supérieures et
le bandeau de bas de paroi qui mesure environ 1 m de
haut. Celui ci est surmonté par deux bandes jaunes et
rouges, elles même cerclées de noir.
• Rappelons que l'organisation d'une paroi
de tombe égyptienne ne présente avec la
bande dessinée moderne que des affinités
superficielles, car son organisation syntaxique est
bien plus complexe et ne relève nullement d'une
intention narrative: le défunt, seul véritable
spectateur des images, y retrouve la totalité
d'un monde réel idéalisé, ramené
métonymiquement à des éclats de
réalité, ceux-ci organisés en correspondances
(antithèses, chiasmes etc.) qui mettent en jeu
l'espace d'une ou de plusieurs salles, voire celui de
la chapelle tout entière.
• L'ensemble des scènes, ciselées
en relief levé, ont été réalisées sur un fond bleu-gris,
qui n'est bien préservé que dans la salle VIII. Ailleurs
la disparition précoce des dalles de toit a exposé les
peintures à l'air et au soleil, les faisant ainsi disparaître
plus ou moins complètement. Les espaces vides, comme
ceux qui ont été ménagés
derrière les portes, étaient eux peint
en rouge piqueté de noir de façon à
imiter le granit, LA pierre dure et noble par excellence.
Remarquons que certains tableaux semblent avoir été
négligés, avec des sculptures maladroites
et hâtives. Il s'agit en fait de zones inachevées,
que l'on retrouve surtout dans les premières
pièces, les dernières à être
décorées (vue 1352).
• A l'Ancien Empire il n'est pas de coutume
de représenter des scènes divines ni même des Dieux,
comme on le verra si souvent par la suite.
Les thèmes que Kagemni a choisi sont assez stéréotypés
pour l'époque, entièrement tournés vers ses activités
terrestres et vers son culte, destinés à montrer l'abondance
de biens dont il jouissait, la fertilité de son bétail,
la richesse de ses champs... C'est ainsi que les scènes
agricoles, de chasse et de pêche, ainsi que celles de
transport de richesses diverses constituent l'essentiel
de ce répertoire.
Par chance, le tracé très précis des scènes nous
permet d'appréhender des détails nombreux. Tantôt il
s'agit de détails scientifiques, comme les techniques
de chasse et de pêche, ou l'identification des espèces
d'oiseaux ou de poissons. Ailleurs il s'agit de détails
émouvants comme ce petit veau qu'un bouvier fait traverser
en le portant sur son dos, et qui se tourne pour appeler
sa mère. Quelques scènes festives très
vivantes sont également retrouvées.
• Les scènes d'extérieur occupent
les premières salles tandis que les scènes
liées au repas funéraire se concentrent
dans la partie la plus reculée de la tombe. Les
inscriptions contiennent le titre des scènes,
la description des offrandes et leur provenance ainsi
que les titres de Kagemni.
Elles sont focalement ponctuées par les conversations
ou interjections qu'échangent les serviteurs
du maître. Ainsi il faut imaginer la chapelle
comme magiquement vivante, bruissant des activités
de cette vie quotidienne idéalisée à
laquelle Kagemni participe comme de son vivant. Il faut
savoir entendre, dans le silence des salles, les hommes
qui s'interpellent entre eux, il faut les "voir"
non pas figés dans la pierre, mais en train de
réellement FAIRE ce qui est représenté.
Tout un monde se découvre alors à nos
yeux.
L'entrée dans le mastaba se fait au niveau de l'extrémité Sud de la façade Est. De chaque côté
on retrouve les noms, les titres et des représentations du
défunt (vue
1135). Deux figures de Kagemni sont présentes sur
les jambages de la porte d'entrée et accueillent le
visiteur. Il est représenté debout, sceptre Sekhem de
pouvoir dans la main droite, et longue canne de fonction
dans la main gauche (vue
1132 et vue
1134).
Les textes d'accompagnement retracent les étapes
de la carrière de Kagemni et les bienfaits qu'il
a accomplis.
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BIOGRAPHIE DE KAGEMNI |
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Elle s'étale sur la façade,
aux deux côtés de la porte
d'entrée. Le texte lui-même
est ainsi divisé en deux parties
symétriques et complémentaires,
qui montrent également une nature
complexe. Dans le récit on ne trouve
plus, comme c'était le cas auparavant,
une distinction entre bienfaits idéaux,
fonctions pratiques remplies auprès
des pharaons, appel aux visiteurs. Les
trois genres sont fondus en un schéma
typiquement narratif qui tient compte
des étapes chronologiques de la
vie. L'esprit même du discours semble
dépasser la conception traditionnelle
de l'homme juste et pieux, pour décrire
la fonction d'une autorité récente
: le nomarque.
Original: PM III, p 521.
Édition: Urk. I 194-196; MIO 1
(1953), 210-226.
Commentaire: Junker, Pyramidenzeit, p.
54; Edel, Untersuchungen, § 53, p.
68-71 ; Janssen, Autobiografie, I Af 2
; IIS 1, V 2, Bl 29, Bz 37, Dv 1, Hc 12-13.
Traduction :
§ 113 '
Le vizir de l'État Kagemni dit:
"J'étais favori auprès
d'Isési. Je remplis la tâche
de fonctionnaire de l'État au temps
d'Ounas. Sa Majesté me récompensa
très généreusement,
[et quand je vins à la Résidence,]
Sa Majesté m'en récompensa
très généreusement.
La majesté de Téti, qu'il
vive éternellement, accéda
à la Résidence... [Sa Majesté]
apprit leur nom au Palais, alors Sa Majesté
ordonna toute chose que Sa Majesté
désirait [qu'on fit dans le tribunal
des Six. Quant] à toute chose que
Sa Majesté avait ordonné
de faire dans le tribunal des Six équitablement,
[elle se produisit par mon action équitablement.]
C'était avec un vif désir
que Sa Majesté voulait [que je
rendisse la justice] en toute chose ordonnée".
§ 114 'Le
vizir de l'État Kagemni dit: "[La
majesté de Téti, mon seigneur,
qu'il vive éternellement, me nomma
à la tête de] tout bureau,
de tout service horaire (a) de la Résidence.
Sa Majesté avait confiance à
l'égard de toute chose que Sa Majesté
avait ordonné de faire, [parce
que j'étais capable, parce que
j'étais apprécié
auprès de Sa Majesté]".
"[O vivants...
accomplissez] la justice pour le roi,
car c'est la justice que le Dieu aime.
Dites la Maat (au roi, [car c'est la vérité
que le roi aime. O vivants ...] vous ne
pourrez lancer des calomnies contre moi,
car le souverain connaît mon caractère
et ma conduite [et Sa Majesté a
confiance en moi plus qu'en tout sien
fonctionnaire qui se trouve dans ce pays,
car je suis] quelqu'un qui dit la vérité
et répète le bien en ce
que le roi aime. J'ai désiré
que le bien soit en moi auprès
du roi et auprès du dieu grand,
[et je voulais que ma condition d'imakhou
fût près des hommes et près
du dieu grand. J'ai jugé] les parties
de façon à ce qu'elles fussent
satisfaites, j'ai nourri le misérable,
[j'ai éloigné les maux de
l'affligé.]
Suivent des textes d'envoûtement
en état assez fragmentaire.
D'après Alessandro Roccati :
"La littérature historique
sous l'Ancien Empire Égyptien",
Ed du Cerf, 1982, p 139-141
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L'influence de la religion osirienne, qui se développe
à la fin de la Vème dynastie, est visible
dans la dernière partie notamment. Ainsi le "Dieu
Grand" auquel il est fait allusion est Osiris,
et des préoccupations -et une responsabilité-
morales qui n'existaient pas jusqu'alors font leur apparition.
Seuls subsistent les registres les plus bas, qui ont complètement perdu leurs couleurs.
1)- Sur le mur ouest face à
l'entrée
On y trouve une scène de pêche. Kagemni, dont il ne
reste que les pieds, était figuré debout
sur une barque de papyrus se glissant dans les denses
fourrés d'un marécages dont les plantes sont représentées
par des tiges droites, présidait à la
pêche dans les marais.
Devant lui évolue une petite barque, également
en papyrus, qui transporte trois hommes revêtus d'un
simple cache sexe -qu'ils ont d'ailleurs fait
glisser dans le dos pour ne pas être embarassés (vue
1138). Celui de l'arrière, accroupi sur ses talons,
dirige le frêle esquif.
Celui du milieu a lancé une ligne à plusieurs hameçons
et l'on voit plusieurs poissons d'espèces différentes
s'en rapprocher. A l'avant, un personnage debout fait
manifestement un effort considérable pour relever une
nasse lourde des poissons qu'elle contient. Parmi les
espèces représentées : Barbeau, Mulet, Mormyre, Clarias,
Synodontes, Tilapia.... Des perches du Nil (qu'on retrouve
de nos jours chez nos poissonniers) sont également parfaitement
identifiables, ainsi que des anguilles.
On remarquera jusqu'où l'artisan a poussé le détail
: sur les branchages immédiatement devant la barque,
on reconnaît une grenouille, une sauterelle et une libellule
(vue
1189 et vue 1344).
D'autres représentations de même type sont présentes
(vue
1193 et vue 1343).
Des animaux dangereux sont également présents
dans ce milieu hostile, où l'Ordre voulu par
Maat
ne règne pas; ainsi on assiste à une bataille
entre crocodile et hippopotames (vue
1190 et vue
1191) et on voit des crocodiles chassant des poissons,
l'un d'entre eux ayant fait une grosse prise (vue
1189). La composition rend très bien la panique
chez les victimes potentielles qui fuient en tout sens. Car au delà de cette lecture immédiate, il faut en imaginer une seconde, symbolique. Le marécage est la zone frontière entre le milieu inorganisé (où Isfet) et le milieu organisé par l'homme Égyptien, conformément à la volonté des dieux (c'est le milieu de la Maat). En chassant les animaux sauvages, ce sont aussi les démons que l'on chasse et que l'on empêche de pénétrer dans les parties les plus intimes de la tombe.
Ce motif de la pêche dans les marais sera repris
dans la traversée du gué de la salle III
et dans la scène de pêche de la salle IV.
Ainsi il reste cantonné dans les zones plutôt externes,
loin du lieu où se trouve la fausse porte et où se distribuent
les offrandes.
2)- Le mur Est
C'est celui où s'ouvre la porte d'entrée. A gauche,
autour de la porte, on retrouve les titres de Kagemni
(vue
1198). Sur la partie droite du mur se trouve des
serviteurs portant ou accompagnant des animaux divers,
allant du hérisson en cage aux veaux, en passant par
divers oiseaux. Des offrandes végétales sont transportées
par d'autres hommes.
Cette salle toute en longueur conduit vers l'escalier
de l'extrémité Nord. Elle n'est pas décorée.
Un bloc était placé sur le sol lors de ma visite (vue
1201).
(vue
1136 et vue
1137) La salle comporte trois piliers symétriquement
placés, mal conservés, sur lesquels on voit encore des
fragments de représentation de Kagemni et de son (ses)
épouse(s).
1)- Le mur Ouest
Nous retrouvons Kagemni, représenté en
hauteur héroïque, dans une scène champêtre
d'élevage et de surveillance des troupeaux.
On distingue deux registres (vue
1340 et vue 1341).
Au
premier registre, à gauche, un troupeau traverse
un gué. Un paysan monté sur une barque
fait traverser tout le troupeau en attirant la mère
d'un veau qu'il tient par une patte et par une corde.
Celui ci nage tout en tournant la tête vers sa
mère et en meuglant, ce qui attire cette dernière
et tout le troupeau (vue
1341 et vue
1194). A l'arrière du troupeau un bouvier lève son
bâton pour faire avancer les derniers boeufs récalcitrants.
Derrière lui un homme va faire traverser le gué à un
veau sans doute très jeune qu'il porte sur son
dos...et qui n'a pas l'air rassuré (vue
1195).
Le passage à gué est dangereux pour les bêtes mais aussi
pour les hommes. En effet si on retrouve la faune piscicole
habituelle, on retrouve aussi crocodiles toujours à
l'affût et hippopotames.
Au second registre des serviteurs s'occupent de la traite
des vaches qui sont entravées pour empêcher
l'animal de bouger (vue
1342) et pour tenir plus aisément à
l'écart les veaux non encore sevrés, qui
cherchent évidemment à téter leur
mère (vue
1341).
A droite, deux hommes sont assis face à face sur des
sortes de tapis végétaux. Ils fabriquent des fagots
de tiges de papyrus, même si on ne comprend pas bien
la nature des instruments qu'ils tiennent en main; néanmoins
l'action est indiscutable puisque le libellé hiéroglyphique
de la scène est "keni" qui veut dire fagot (vue 1341 détail).
Un autre serviteur assis dans une sorte de corbeille
sèvre un jeune cochon à qui il semble régurgiter
du lait dans la bouche. Rappellons au passage que le
cochon, dont on sait par les fouilles qu'il était abondamment
conservé, n'est presque jamais représenté dans les tombes,
sans doute considéré comme un animal impur. Il deviendra
d'ailleurs plus tard un animal relié au dieu Seth (vue
1322).
2)- Le mur Nord
Il est percé à son extrémité
droite par la porte menant à la salle IV. La
partie gauche (Ouest) du mur était décorée
de deux scènes symétriques montrant Kagemni
debout sur sa barque, qui chassait et pêchait
au milieu des fourrés de papyrus : il n'en subsiste
que les jambes et les pieds (vue
1136). Entre les deux représentations un
espace ménagé entre les tiges laisse apparaître
l'eau et de nombreux poissons.
Près de la vaste embarcation du maître
évoluent les petits bateaux des chasseurs d'hippopotames
et des pêcheurs.
Dans l'un d'eux sont embarqués trois chasseurs.
Deux sont armés de harpons, le troisième
d'un gourdin. Les hommes brandissent leur harpon tout
en tirant les cordes fichées dans le corps des
hippopotames. Les gros mammifères se débattent
et hurlent sous l'effet de la douleur (vue
1192).
La chasse à l'hippopotame
est un classique des scènes figurées dans les tombes
de l'Ancien Empire. Les Égyptiens n'ont jamais aimé
cet animal imprévisible qui pouvait être très
dangereux dans l'eau et qui de plus détruisait de nombreuses
cultures. Avec le temps, il deviendra un animal réellement
maléfique et assimilé au dieu Seth. Cela est abondamment
représenté sur les parois des temples d'époque Gréco-Romaine,
comme à Edfou par exemple. On ignore si sa chair était
consommée, en tous cas les vraies chasses à l'hippopotame
semblent avoir été exceptionnelles.
L'hippopotame mâle a également une valeur symbolique
négative. En effet, l'animal pouvait rester longtemps
immergé et remonter brusquement, il était susceptible
de renverser les embarcations et de tuer ses occupants.
Déjà à l'Ancien Empire il est l'image d'une force brutale
et incontrôlée, menaçant la création d'un retour au
chaos des origines. Lorsque les croyances funéraires
changeront et que le défunt devra circuler en barque
sur le Nil céleste pour accéder à son destin d'éternité,
l'animal n'en deviendra que plus dangereux. C'est pourquoi
il fallait soit le détruire en le harponnant, soit le
maintenir magiquement au fond de l'eau, et c'était le
rôle de certains objets réalisés en fritte
où l'on voit un hippopotame avec sur son dos une fleur
de lotus : surmonté de la fleur il était forcément sous
l'eau...(vue
, provenance insecula.com)
On voit ainsi le double aspect que pouvait revêtir un
animal dans l'imaginaire de l'Égyptien : d'une part
c'était un être vivant, qu'il cotoyait -en bien ou en
mal. D'autre part il lui attribue une valeur de réceptacle,
d'icône, pour incarner une force naturelle inexplicable.
L'animal devient ainsi l'hypostase du dieu auquel a
été attribué le phénomène.
3)- Sur le mur Est
Kagemni, dont il ne reste que les pieds, était
assis devant une troupe de quatorze danseurs, danseuses-acrobates
et femmes tapant dans les mains et exécutant
une figure difficile à imaginer : les corps sont renversé
vers l'arrière à l'horizontale tandis que les deux bras
et une jambe sont quasiment à la verticale : tel que
représenté, c'est la chute assurée... (vue
1197).
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