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La tombe de Merefnebef fut découverte en 1997 sur le site de Saqqara par une équipe du Centre d'archéologie éditerranéenne de l'université de Varsovie, dirigée par le Pr Karol Myśliwiec. La découverte succédait à deux années de travail de repérage sur le terrain, notamment géophysique, suivi de sondages.

Le monument, composé d'une superstructure en briques crues et d'une partie taillée dans le rocher, se situe sur et dans un recessus d'une falaise qui court nord-sud à environ 120 m de la limite ouest de l'enceinte de la pyramide à degrés du roi Netjerykhet-Djoser. Elle appartient à un personnage jusque-là inconnu, un vizir du début de la VIe Dynastie (2350 - 2160 av. J-C ; Vercouter), qui portait les noms de Merefnebef, Fefi et Ounasankh.
Nous verrons que l'histoire du monument est complexe, avec des rebondissements dus à des problèmes familiaux et politiques.

Le mastaba, très fragile, est et restera fermé au public. Par l'entremise de Mme Christiane Hachet, directrice de la collection "Champollion" aux éditions du Rocher, j'ai pu entrer en contact en 2007 avec le Pr Karol Myśliwiec. Avec son accord, ce monument exceptionnel peut maintenant être admiré par tous sur OsirisNet.
Qu'ils veuillent bien tous deux trouver ici l'expression de ma gratitude pour la confiance qu'ils me témoignent ainsi.

  LA PUBLICATION DU MASTABA  
 


La publication de la tombe de Merefnebef est un modèle du genre. Elle associe un volume de texte (en Anglais) et un volume de planches. Le volume de texte (268 pages) est broché et comporte une couverture rigide ; l'ensemble est solide et facile à manipuler. Les 113 planches, de grande qualité, mesurent 29,5 x 41 cm ; elles sont contenues dans une élégante boîte rouge, dont les bords sont rabattables.
La publication est réalisée sous les auspices du Centre d'Archéologie Méditerranéeenne de l'Académie Polonaise des Sciences et du Centre Kazimierz Michalowski d'Archéologie Méditerranéenne de l'Université de Varsovie. Sous la direction du Pr Karol Myśliwiec, les auteurs décrivent cette tombe de Saqqara, très originale et fort bien conservée, qui fut découverte, fouillée et restaurée par la Mission Archéologique Polono-Égyptienne.

Les pages que vous allez lire sont publiées avec l'autorisation de l'auteur, que nous remercions d'autant plus vivement qu'il a bien voulu également relire le texte et fournir des photographies complémentaires.

Les personnes qui souhaiteraient en savoir plus sur ce monument peuvent commander la publication intégrale dans certaines librairies spécialisées comme Antinoë, Cybèle ou Archeobooks (note : les lecteurs d'OsirisNet bénéficient sur ce site d'une remise de 10% sur tous les ouvrages : il suffit de préciser OSIRISNET lors de la commande).
Vous aiderez ainsi la recherche égyptologique polonaise.
 
 

Le complexe funéraire de Nyankhnefertoum, voisin de Merefnebef, est également sur OsirisNet. Ne manquez pas de le visiter quand vous aurez fini ces pages : Nyankhnefertoum



LOCALISATION ET CONTEXTE ARCHITECTURAL DE LA TOMBE

Le monument se situe dans la partie ouest de l'immense nécropole de Saqqara, une zone longtemps ignorée par les archéologues. Et de fait, une vaste zone pratiquement vierge s'étale sur la carte entre la pyramide à degrés et le mastaba couplé d'Akhethotep et Ptahotep.


Pourtant, la zone entre l'enceinte de la pyramide de Djoser et la corniche rocheuse est apparue littéralement truffée de sépultures d'âge variable ( pl 002).

En surface se trouve, enfouie sous le sable, une vaste nécropole datant essentiellement de la période ptolémaïque, avec des éléments qui pourraient remonter d'un côté à la Basse époque, et déborder de l'autre côté sur la période romaine.
Ainsi, ce sont plus de 500 inhumations qui ont été mises au jour jusqu'en 2008. Dans la plupart des cas, il s'agit de momies volontiers enserrées dans un cartonnage, mais aussi de simples ossements dans le sable, ou encore de modestes cercueils anthropoïdes, en bois ou en terre cuite ( pl 024e). Beaucoup de corps étaient aussi déposés directement dans le sable, avec ou sans natte(s).

Les couches inférieures concernent les structures de l'Ancien Empire (et peut être aussi de la Premiêre Période Intermédiaire).
On y trouve de nombreux monuments, soit en briques crues, soit creusés dans la falaise. Tous ont été pillés sans doute rapidement après leur construction, car on ne trouve pas d'objets d'époques plus tardives.
Un cas particulier (qui fait l'objet de la publication Saqqara IV) est celui d'un mastaba découvert en 2003 au nord de celui de Merefnebef, qui appartient à un prêtre funéraire du nom de Niankhnefertoum (Temi), attaché aux pyramides de Teti et d'Ounas. Il semble avoir vécu peu après Merefnebef, et s'est inspiré de la chapelle de celui-ci pour sa propre tombe.

Le mastaba en briques crues et le puits funéraire de la tombe de Merefnebef se situent sur une avancée rocheuse du plateau, qui surplombe la zone où a été creusée la chapelle décorée.
Dans son dernier stade de construction, le complexe comportait deux lieux de culte : à l'ouest (en bas), la chapelle taillée dans le roc, et à l'Est (en haut), une construction plus petite, ajoutée secondairement. L'ensemble funéraire n'a jamais été terminé, nous verrons pourquoi.

Quelques étapes de l'excavation du complexe


LE TRAVAIL DE CONSERVATION

L'activité archéologique est systématiquement accompagnée par des travaux de restauration ( vue). Ceux-ci ont été effectués après que diverses analyses physiques, chimiques, pétrographiques, aient été effectuées dans des laboratoires en Pologne.
Pour protéger le monument et ses peintures uniques, il faut stabiliser les conditions climatiques dans la tombe.
Pour cela, un abri protecteur a tout d'abord été monté, qui recouvre entièrement la tombe. Les méthodes de conservation sont choisies en tenant compte de facteurs variés, et notamment des observations annuelles, ainsi que des résultats d'enregistrement d'un appareil qui reste à demeure lorsque la mission n'est pas là.
Si les phénomênes de désintégration des reliefs ont pu être contrôlés, l'extrême friabilité de la roche et la salinité rendent nécessaires des soins permanents, confiés à trois restaurateurs qui oeuvrent deux mois chaque année.


LE PROPRIÉTAIRE DE LA TOMBE

Ses noms
Trois sont attestés dans la tombe. Chacun d'entre eux est accompagné, le plus souvent, par une des épithètes "grand" (wr ou aA) ou "beau"(nfr)

  Merefnebef. Ce nom est très rare, puisque mentionné seulement une fois dans les archives de Neferirkaré. Sa traduction n'est pas évidente, mais doit probablement se lire "Il l'aime (lui, spécifiquement), son seigneur",ou "Son seigneur l'aime". [on pourrait aussi proposer "c'est l'aimé de son seigneur"]

Ounas-ankh = "(le roi) Ounas est vivant", un nom attesté à la fin de l'Ancien Empire.

  Fefi (Ffi), nom à la signification obscure, attesté à la fin de l'Ancien Empire et à la Premiêre Période intermédiaire.

Ses titres

On en compte 34.
1. "Gracieux de bras". Titre de signification inconnue.
2. "Supérieur des scribes des archives royales". Un des titres administratifs parmi les plus importants à la VIe Dynastie, seulement porté par les vizirs.
3. "Supérieur du lin".
4. "Sous-chef de la Grande Maison".
5. "Sous-chef des serviteurs du dieu du temple Meret de Teti"
6. "Prince héréditaire".
7. "Gardien du lin de la Grande Maison".
8. "Gardien des coiffures". Les porteurs de ce titre étaient en charge des perruques royales.
9. "Vrai gardien des coiffures". L'ajout de "vrai" est typique de la VIe Dynastie.
10. "Administrateur du domaine "Seba-Hor-Khenty-pet"".
11. "Comte".
12. "Serviteur du dieu".
13. "Confident des secrets". Merefnebef portait plusieurs titres basés sur ce modêle.
14. "Confident des secrets de commandement".
15. "Confident des secrets de tous les commandements".
16. "Confident des secrets de commandement du roi".
17. "Confident des secrets de tous les commandements du roi".
18. "Confident des secrets de la Maison du Matin". Ce titre est le plus important de ceux basés sur "confident" ; il est probable qu'il indique que le porteur assiste le souverain dans la préparation des rituels divins.
19. "Confident des secrets des secrets du roi dans ses places de culte". Ce titre, ainsi que celui qui le suit ne sont documentés dans aucune autre source ; il est possible qu'il s'agisse de variantes, peut être même purement graphiques, du titre "Confident des secrets du roi".
20. "Confident des secrets du roi dans toutes ses places de culte".
21. "Chef de Nekhen"( El-Kab).
22. "Gardien de la pyramide de Teti". Le possesseur de ce titre est chargé du service terrestre et religieux du roi défunt.
23. "Directeur du palais". Ce titre perd de l'importance après la IVême Dynastie, et il aura pratiquement disparu au début de la VIe ; il s'agit donc d'un facteur de datation de la tombe.
24. "Directeur des deux trônes dans la Maison de Vie".
25. "Prêtre lecteur".
26. "Prêtre lecteur en chef".
27. "Scribe".
28. "Compagnon (Ami)".
29. "Ami unique".Ce titre, très important et quasi exclusif dans les périodes antérieures, semble n'être plus en ce début de VIe dynastie qu'un titre de "classement" des nobles.
30. "Vrai Ami unique".
31. "Inspecteur des ateliers d'artisans de la Grande Maison".
32. "Inspecteur de la Grande maison".
33. "Celui-du-rideau, chef magistrat" "Celui-du-rideau" reste un titre obscur pour nous. Il pourrait s'agir d'une sorte de ministre de la Justice.
Voir photo pour 33 et 34

Sa famille

Les membres de la famille de Merefnebef, à l'exception de ses fils, sont nommés et leur lien de famille précisé, mais sans autre indication quant à leur(s) action(s) éventuelle(s).
a)- Sa mère s'appelle Tjeset. Elle est représentée deux fois dans la tombe (scènes 25 et 26).
b)- Ses femmes ou concubines : Iret, Metjout, Nebet, Sesheshet. La position de la dame Meresankh, représentée une fois, n'est pas claire.
c)- Ses trois fils
* Manefer, "le fils aîné". Ses représentations, noms et titres, ont été presque partout martelées.
* Mem l'ancien (?). Tout ce qui le concerne a été martelé.
* Merefnebef / Fefi (II) : ce fils, ayant hérité ces deux noms de son père, est le seul dont les représentations ont été préservées partout. Il porte de plus les titres associés à ces noms, et il y a tout lieu de croire que c'est lui qui a fait effacer les noms de ses frères.
Remarquons qu'aucune fille n'est mentionnée parmi les descendants du vizir.

LA PARTIE EST DU COMPLEXE

 Le mastaba 

Il a été construit en briques crues, sur la couche de gravats de 2,40 m d'épaisseur qui s'était accumulée sur la terrasse rocheuse surplombant la chapelle rupestre.
Quand le mur de soutènement s'est écroulé, à la fin de l'Ancien Empire, les briques et débris du mastaba et des fondations ont comblé la cour N°1 sous-jacente, et bloqué l'entrée de la chapelle ( pl 025a).

Le mastaba disparu mesurait environ 7,80 m de largeur nord-sud. De forme rectangulaire, ses murs de briques crues étaient épais (1,02 à 1,10 m), épannelés et peints en blanc sur leur face externe. Le centre du mastaba était rempli de sable, de débris rocheux et de gravier.

Le puits funéraire principal (N°1) se situe dans l'angle nord du mastaba et donne dans une chambre funéraire anépigraphe située 14,40 m plus bas. Nous y reviendrons page 6.

 La chapelle de l'est 

Il s'agit d'un ajout secondaire au mastaba, réalisé au niveau du coin nord-est du mur est ( pl 006), et fortement détruite aujourd'hui.
La chapelle mesurait 1,20 m (E-O) et 3,50 m (N-S) et était entourée de murs en briques crues. Il s'y trouvait une niche de 1,65 m de large pour 0,45 m de profondeur. Le sol en était blanchi, et l'avait été plusieurs fois de suite ( pl 081d).
Le matériel destiné à l'offrande a été retrouvé. Il comporte trois éléments en calcaire : une table d'offrande anépigraphe, une fausse porte et un linteau, tous deux décorés.
Sur la fausse porte se trouvent des représentations de Merefnebef en relief dans le creux.
Le linteau mesure 3,20 m de long ; il est taillé dans le mauvais calcaire local. Sa face antérieure est gravée dans le creux de huit représentations du défunt, symétriques par rapport à l'axe central et se dirigeant vers lui. Toutes sont identiques : Merefnebef est représenté marchant avec une canne et un sceptre xrp. Il porte une longue perruque, un collier Ousekh, et un pagne triangulaire descendant jusqu'aux genoux ( vue composite).
Devant chaque figure se trouve une colonne de texte : il s'agit de formules 'htp di nesou', associées à des titres du personnage.


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