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Le mastaba de Neferherenptah à Saqqara


Merci à
Christian Mariais
Bruno Sandkühler
Georges Engel
pour leur aide
Connue sous le nom de "tombe aux oiseaux" en raison du très grand nombre de volatiles gravés ou peints sur ses murs, elle fait partie d'un groupe de onze sépultures découvertes et fouillées en 1940 par Abd el-salam Mohammed Hussein. Comme tous les personnages ayant leur tombe au sud de la chaussée d'Ounas, Neferherenptah n'était pas un haut fonctionnaire de l'état, mais appartenait à un groupe d'hommes titulaires de fonctions en rapport avec le service personnel du souverain : il s'occupait de la coiffure du roi, de ses perruques et dirigeaient les autres coiffeurs du palais.
La tombe présente une histoire complexe et comporte trois niveaux, dont un seul est partiellement décoré.

La sépulture s'est constituée en plusieurs phases au cours de la Ve dynastie, nous y reviendrons. Elle n'a jamais fait l'objet d'une publication intégrale, le travail de référence restant celui de Hartwig Altenmüller, l'Institut Archéologique Allemand (DAI) ayant reçu l'autorisation de travailler dans cette tombe durant les années 70 du siècle dernier.

Nous avons présenté la situation de la tombe et le contexte général de l'époque (fin de la Ve dynastie) lors de l'étude de la tombe d'Iroukaptah Merci de vous y reporter.

Au sein du groupe de sépultures qui se trouvent au sud de la chaussée d'Ounas, celle de Neferherenptah appartient au sous-groupe ouest et se trouve en hauteur par rapport à celles d'Iroukaptah, d'Akhethotep, et Niankrê qui sont dans le groupe est. Comme toutes les tombes de cette zone, elle a subi les contrecoups de la construction de la chaussée d'Ounas.

 Le propriétaire 

En raison d’une interprétation erronée des textes trouvés dans la tombe, elle a été longtemps attribuée à un dénommé Ptahshepses, qui s'est avéré finalement être le fils du dernier propriétaire. Les inscriptions de cette tombe prouvent, sans contestation possible, que le propriétaire final du monument était bien Neferherenptah ("il est beau le visage de Ptah"). Il portait les titres de "Supérieur des coiffeurs du palais", "Surveillant de la perruque et des coiffeurs, "Connu du roi". Nous ne savons rien d'autre de lui ni de sa famille.

 L’architecture de la tombe 

Elle comporte trois niveaux superposés, avec des salles bien distinctes, ce qui n'apparaît pas du tout quand on visite le monument car le niveau médian et celui du bas ne sont plus accessibles - et sont de toute façon anépigraphes. Il faut examiner le plan établi par les chercheurs allemands pour arriver à comprendre l'ensemble (plan Altenmüller).

1)- Le niveau le plus bas

Il correspond à la salle du sarcophage à laquelle on accède par une rampe qui descend depuis le niveau intermédiaire. Le caveau mesure 4,20m (sud-nord) X 2,10m (ouest-est) et 2,10m de haut. À l'ouest se trouve une table d’offrandes de 4,20 X 0,80 X 0,78m. Le sarcophage, en calcaire fin de Toura, se trouve à l’est ; ses dimensions sont de 2,73 X 1,32 X 0,90m. Les parois sont épaisses de 30cm, ainsi que le couvercle qui a été trouvé déplacé sur le côté. Il n'est fait mention d'aucun reste humain.

2)- Le niveau médian

Il est aujourd'hui condamné. Tous les espaces qui le constituent sont taillés dans la pierre. La pièce centrale, orientée nord-sud mesure 8,90 X 2,00 X 2,40m (h). Il s'agit d'une salle destinée au culte ("Kultraum") sans plus de précision. Elle ne comporte ni texte, ni décor. À 1,40m au sud de l’angle nord-ouest se dressait une fausse porte de 2,10m de large sur 2,10m de haut et 30cm de profondeur, qui a disparu. Derrière elle, se trouve un serdab en forme de T de 2,10 X 0,70 X 1,90m.
Dans le sol en face de cette fausse porte s'ouvre une fosse de 1,00 X 1,10 X 1,70m de profondeur qui donne sur la descenderie de 2,73m de long qui relie la salle de culte au caveau du niveau inférieur.

Dans le coin nord-est aboutit un couloir de 1,80 X 0,80 X 2,10m qui s'élargit en un vestibule actuellement rempli de déblai avant de se poursuivre par un second segment de 1m de long qui s'ouvrait sur l'extérieur ; cette entrée - qui se trouvait donc plus bas que l'entrée actuelle - était surplombée d'un linteau. Les deux faces des couloirs sont chemisées de blocs de calcaire (le vestibule probablement aussi).

3)- Le niveau supérieur : le mastaba (plan supérieur)

C'est lui dont on visite la chapelle aujourd'hui, après avoir grimpé un escalier moderne. Les limites de cette construction ne sont pas totalement dégagées, le sable recouvrant à présent la partie sud, tandis que la limite nord est incluse dans le soubassement de la chaussée d’Ounas (vue cm_003). Les dimensions d’origine du mastaba sont estimées à 16,00 X 10,20m et sa hauteur à 4,40m.
• La face est du mastaba comporte deux niches, l’une au sud de 1,10m de large, 40cm de profondeur et 3,80m de hauteur, et l’autre au nord de 3,90m de large, 30cm de profondeur et 3,50m de haut (vue gm_43). Le couloir d'entrée dans la chapelle se trouve au niveau de cette dernière ; il mesure 0,8Om de large, 1,60m de long et 3,20m de haut, hauteur qui s'abaisse à 2,80m à l’endroit où se trouve le rouleau. Derrière ce rouleau se trouvait jadis une porte ouvrant vers la gauche. On constate sur la photographie ci-contre que les parois sont chemisées de belles plaques calcaires lissées, mais sans décor, et que le rouleau n'a pas été inscrit non plus.

• La chapelle mesure 6,15 X 1,30m et 3,50m de haut. Sa forme en L est due à la présence au sud-ouest, à 40cm du mur du fond, d'une niche de 2m de large et 0,80m de profondeur, qui abrite une fausse porte inachevée.
Derrière le mur sud se trouve un serdab de 5,15 X 1,30 X 2,50m, dont le plancher se trouve à 0,70m au-dessus du sol de la chapelle avec laquelle il communique par l'intermédiaire d'une fente (bien visible sur le mur du fond ici : vue cm_06).

Le serdab

Katja Lehmann a soutenu en 2001 sa thèse sous la direction du Pr Jan Assmann sur le sujet "Le serdab dans les tombes privées de l'Ancien Empire". En voici le résumé :
Le serdab standard est défini comme une salle à statue rectangulaire ou carrée, située dans la superstructure d'une tombe, ou souterraine, destinée à contenir au moins une statue du propriétaire de la tombe. Les serdabs ont été retrouvés dans près de 600 tombes de l'Ancien Empire, depuis la première dynastie jusqu'à la Première Période Intermédiaire [...] Un des résultats de l'étude a été de montrer qu'il circule beaucoup d'idées fausses en égyptologie quant à l'architecture, au contenu et à la place du serdab dans les tombes.
Le serdab représentait fonctionnellement une chambre funéraire pour la statue du ka du défunt. [...] Rien ne prouve que, dans les tombes privées, l'enterrement d'une statue du ka ait été indispensable au culte funéraire : le propriétaire de la tombe choisissait d'intégrer ou non un serdab dans son monument, ainsi que sa localisation.
Ainsi, le serdab privé apparaît comme une pièce facultative, qui a eu une évolution propre.
Dans les tombes pharaoniques, il est indispensable pour l'enterrement de statues du ka royal.
Vous trouverez dans la bibliographie les liens permettant de télécharger la thèse (en Allemand uniquement).


4)- Le puits

Un puits vertical, qui débutait au sommet du mastaba et traversait dans un premier temps la maçonnerie de celui-ci, atteint le niveau du sol à 5m de la niche extérieure nord et à partir de là s'enfonce de 12m dans la roche du plateau. Il présente une section carrée de 1,85m de côté. Au fond s'ouvre une galerie de 1m de largeur et de hauteur, qui se dirige vers le nord et aboutit, après un trajet de 2,20m, dans une salle inachevée, dont seul le mur ouest est aplani.
Cette pièce, qui devait devenir la salle du sarcophage, a été laissée en l'état, car, de manière fortuite sans doute, une brèche de 50cm s'est ouverte sous le ciseau des carriers, aboutissant à la salle du sarcophage du niveau inférieur dont l'existence avait été oubliée pour une raison inconnue.
Le propriétaire du niveau supérieur décida aussitôt d'abandonner son projet initial et d'exploiter la découverte qui venait d'être faite. Il fit communiquer les trois niveaux et ainsi, il se retrouvait propriétaire d'une tombe de grande taille, avec un sarcophage déjà en place. Quelle aubaine pour lui !

• La communication entre les niveaux supérieur et moyen
Dans le sol du côté nord de la chapelle supérieure (1) un premier puits vertical de 1m aboutit au contact du plafond de l'entrée initiale (niveau médian) ; de là, une galerie trapézoïdale de 2m de long aboutit dans l'angle nord ouest de la chapelle du niveau médian (2).
• La communication entre les niveaux médian et inférieur se fait par la descenderie dont nous avons déjà parlé plus haut.

5)- Signification de l’architecture de la tombe

L’agencement très complexe de la tombe de Neferherenptah témoigne de plusieurs phases de construction.

Phase 1
Dans un premier temps, une série de tombes rupestres est aménagée au niveau de la carrière qui se trouve au sud du complexe de Djoser. Parmi celles-ci se trouve la sépulture qui nous occupe, destinée à quelqu'un dont nous ne savons rien. Comme celle de ses voisins, elle comprend une salle de culte avec un vestibule et un caveau avec - peut-être un privilège - un sarcophage en pierre.

Phase 2
Cette première tombe n'a jamais été utilisée, car elle va être englobée dans la chaussée menant de la pyramide d'Ounas à son temple de la vallée. Le plafond du vestibule vers la chapelle, les entrées y afférentes ainsi que les passages, sont démolis. Les espaces vides sont comblés par des blocs pour servir de fondations à la chaussée, et toute l’installation va être ensevelie sous 1,50m de débris et de gravats.

Phase 3
Sur ce terrain surélevé, une 3e phase va voir l’édification d’un mastaba. Lors de l’aménagement du puits funéraire, les ouvriers tombent sur le caveau oublié de la tombe rupestre précédente. Le nouveau propriétaire, Neferherenptah, trop content de l'aubaine, décide de réemployer le sarcophage de pierre, c'est pourquoi il fait creuser deux galeries de communication.

Phase 4
La dernière phase est liée à la fermeture du mastaba. Sous Ounas, les fondations de la chaussée seront surélevées à leur niveau actuel, si bien que l’angle nord du mastaba disparaît dans cette chaussée et que l’entrée de la tombe se trouve enterrée. Il est même vraisemblable que l'ensemble du mastaba ait disparu sous les gravats, un sort commun à toutes les autres tombes voisines qui se trouvent au sud de la chaussée (dont celle d'Iroukaptah).

 Datation 

Le mastaba de Neferherenptah constitue un bon outil d’analyse pour la chaussée d’Ounas, tout comme cette chaussée peut servir d’élément de datation pour la tombe.
Ainsi la tombe rupestre du premier stade, rapidement enfouie, pourrait dater de la 1ère moitié de la 5ème dynastie (Kanawati suggère le règne de Nyouserrê), alors que le mastaba de la phase suivante a été construit dans le courant du règne d’Ounas, dernier roi de cette dynastie. La fermeture de la tombe s’est faite pendant la construction de la chaussée de la pyramide, donc plus tardivement sous Ounas, vers la fin du règne (?).

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