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..." original dans la conception, il
est unique dans la réalisation puisqu'il s'agit
du premier "préfabriqué" en pierre de l'histoire
du Monde."
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Cet
article bref ne prétend pas exposer en détail
tous les aspects de la Chapelle Rouge d'Hatchepsout, mais
de vous proposer un panorama photographique de la chapelle
remontée, telle que j'ai pu la voir au printemps
2001, ainsi que des documents de l'ancien Musée
en plein air de Karnak.
Maât-Ka-Re Hatchepsout (XVIIIème
dynastie, vers 1479-1457(8 ?) est la fille de Aa-kheper-ka-Re
Thoutmosis I, et la femme de Aa-kheper-n-Re Thoutmosis II.
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Hatchepsout
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Elle fut la troisième femme de l'histoire égyptienne à monter
sur le trône de Pharaon non sans que cela soulève des
problèmes successoraux et politiques, que nous n'aborderons
pas ici, mais qui furent à l'origine d'une "damnatio
memoriae" qui devait la poursuivre jusqu'à ne
pas figurer sur la liste royale d'Abydos.
Quoi qu'il en soit, la reine Hatchepsout fut un grand souverain
bâtisseur, qui fit preuve d'une originalité hors du commun.
Le temple de Deir-el-Bahari en est l'exemple le plus spectaculaire,
mais on peut aussi noter la syringe au plan novateur creusée
dans la Vallée des Rois ( et il est vraisemblable qu'Hatchepsout
fut le premier souverain égyptien à être inhumé dans cette
Vallée).
La Chapelle Rouge fait partie de ces
édifices hors du commun: original dans la conception, il
est unique dans la réalisation puisqu'il s'agit du premier
"préfabriqué" en pierre de l'histoire du Monde. Depuis peu,
la Chapelle Rouge a été remontée par les soins du Centre
Franco-Égyptien d'Étude des Temples de Karnak (CFEETK) par
anastylose à partir d'environ 300 blocs pour l'essentiel
sortis du bourrage du 3ème pylône d'Amenhotep III et qui
étaient jusqu'à présent conservés sous forme éparse dans
le Musée en Plein Air du temple.
Cette reconstitution a permis de résoudre certaines des
questions qu'avait soulevé le monument. En particulier,
il est maintenant certain que la Chapelle Rouge a bien été
érigée dans l'antiquité. Hatchepsout commence la réalisation
de l'édifice à la fin de son règne (entre l'an 17 et 20).
La set-ib-Imen (lit : " Place du cœur d'Amon ", ou moins
correctement " Place favorite d'Amon ") est destinée à servir
de reposoir pour la barque sacrée du Dieu dynastique et
tutélaire de Thèbes. Elle sera achevée et montée, légèrement
modifiée, par son successeur et neveu Thoutmosis III. Celui
ci la fera ultérieurement démanteler pour poursuivre son
propre programme architectural.
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LA MOTIVATION DE LA CONSTRUCTION
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| Vue plan3 |
La Chapelle Rouge était initialement
destinée à remplacer un édifice datant d'Amenhotep I, la
Chapelle d'Albâtre (vue
7).
L'érection de la chapelle rouge entre dans le cadre d'un
vaste programme politique de la reine-Pharaon, essentiellement
axé sur son souci de légitimation.
Hatchepsout procède à l'occupation
progressive des principaux emplacements de Karnak : aménagement
au cœur du temple de chapelles d'offrandes, aménagement
des extrémités Ouest et Sud du temple, et édification de
la Chapelle Rouge. Le siège initial de la construction reste
débattu, mais il s'agit probablement de la " Cour des Fêtes
" de Thoutmosis II, entre les deux obélisques qu'Hatchepsout
avait fait ériger à cet endroit, en avant de l'ensemble
des salles appelé " Le Palais de Maât "(vue cr_plan3 ). Cet aspect a été bien
étudié par Gérard Homann, auquel je renvoie sur son
site , rubrique "Hatchepsout". D'autres
hypothèses sur la situation de la Chapelle rouge sur le
site
du centre de Karnak.
La reconstitution a nécessité la collaboration
de plusieurs spécialités: architecte, tailleur de pierre,
dessinateur, épigraphiste, photographe, ...car la compréhension
du monument restait difficile. Ainsi par exemple , la décoration
des blocs était peu contributive, car elle ne chevauche
presque jamais les joints verticaux, et jamais les joints
horizontaux.
Le remontage s'est donc effectué surtout grâce à l'étude
des encoches de leviers et des queues d'aronde destinés
à l'assemblage et à la manipulation des blocs (vue
2).
Heureusement, les parois comportaient
un fruit qui a permis de séparer les éléments des parements
intérieurs et extérieurs.
La Chapelle Rouge est construite à l'aide de blocs de quartzite
rouge (provenant du Djebel Akhmar, la "montagne rouge"
situé près d'Héliopolis) et de diorite grise (vue
10).
L'édifice a été entièrement prémonté au sol, " préfabriqué
". Il est intéressant de noter que ce procédé de montage
ne sera plus repris ultérieurement en Égypte, sans que l'on
sache vraiment pourquoi.
Une explication possible pour le cas présent serait la volonté
de ne pas priver le temple d'une de ses parties les plus
sacrées et les plus fonctionn elles pendant des mois de
travaux.
La Chapelle a la forme d'un rectangle de 17,30 x 6,30 mètres
(vue
6 et vue plan2).
En voici diverses vues internes et latérales: arrière
1, arrière
2,
avant
La façade du vestibule est haute de
7,70 mètres, tandis que celle du sanctuaire ne fait que
5,77 mètres. Elle contient trois portes de même dimension
et installées au même niveau. Voyez les vues latérale
externes Nord (vues
9 et 25)
et Sud (vue
10) ; la façade frontale (vue
19) ; l'intérieur (vues
11 , 26,
27).
La chapelle n'était pas couverte.
Son dallage est parfaitement jointif, sauf autour des blocs
centraux, lesquels sont de plus entourés par une rigole.
L'ensemble central était donc clairement destiné à recevoir
l'eau de lustration utilisée lors des cérémonies rituelles
(vue
4).
Au centre du vestibule trône une cuve
en diorite, actuellement excavée (vue
5), mais qui était probablement un bloc
plein
à l'origine, destiné à servir de support à la Barque Sacrée.
A partir du vestibule, il faut descendre
un marche de 20 centimètres pour entre dans le sanctuaire (qui est donc
légèrement en contrebas) , et il faudra remonter une marche
semblable à l'autre extrémité pour accéder au seuil de la
porte arrière du sanctuaire. La séparation est matérialisée
par une avancée du mur interne (vue
3)
Il est particulièrement riche, et souligné
par la trichromie utilisée (vues
1, 21).
On observe en effet l'association du gris-noir de la diorite,
d'un ocre-rouge qui recouvrait la quartzite afin de l'uniformiser,
et d'un jaune d'or dans les creux de gravure. En effet,
et même si cela peut étonner, tous les blocs de quartzite
rouge étaient peints de ce jaune, ce qui permettait d'uniformiser
la couleur de la roche en masquant ses veinures, et de concentrer
l'attention sur les représentations. La disparition de la
peinture montre effectivement la difficulté qu'aurait présentée
la lecture (vue
18) Chaque scène occupe le parement d'un seul bloc,
qui représente donc une unité décorative (vue
16, 22).
Il est probable que la décoration n'a pas été faite en atelier
en raison des risques à abîmer les bloc s ultérieurement
pendant leur manipulation, mais un montage en registres
horizontaux a pu permettre aux sculpteurs de travailler
avant que le montage de la chapelle ne soit achevé.
Le
premier registre :
En diorite, il figure un mur d'enceinte
à redans. Il est décoré d'une procession de femmes et d'hommes
androgynes, ou gras et au sein tombant (des " Dieux-Nils
"), symbole de prospérité (vues
1 ,21).
Ces entités sont identifiées par un nom au dessus de leurs
têtes : noms des Nômes (divisions administratives), noms
de fondations royales thébaines, noms de certaines entités
géographiques (" La Haute Égypte ") . Ainsi, toute l'Égypte
vient offrir ses productions à Amon. A l'intérieur, une
frise de laitues évoque le jardin d'Amon-Min
Au
2ème registre,
On trouve la scène de l'intronisation d'Hatchepsout. Ainsi
sont figurés l'entrée de la reine dans le temple, l'oracle
d'Amon confirmant le choix divin d'Hatchepsout comme souveraine
du Double-Pays, et le serment d'intronisation. Elle se fait
couronner puis pose la première brique de l'édifice.(vue
pose)
Au
3ème registre
Au sud, la figuration de la fête d'Opet, avec son évènement
principal : le transport de la barque sacrée d'Amon depuis
le temple de Karnak jusqu'à celui de Louxor. Au nord, c'est
la Belle Fête de la Vallée qui est illustrée, avec le transfert
de la barque d'Amon jusqu'au Temple-des-millions-d'années
de la reine à Deir-el-Bahari (vue
barque)
Au 4ème registre,
on trouve des scènes d'offrande aux divinités, notamment
à Amon, à Amon-Min (vues
15, 16,
17),
et à l'Ennéade ainsi
que la consécration des obélisques qu'Hatchepsout avaient
fait ériger dans la Ouadjyt, entre le 4ème et le 5ème
pylône (vue 22). La consécration du sanctuaire et l'intronisation
de la reine recevant différentes couronnes complètent
ce programme iconographique (vues
12, 13).
Au 5ème registre
c'est le retour de la barque sacrée Ouserhat lors de la
Fête d'Opet qui est représentée. Le retour de la barque
lors de la Belle Fête de la Vallée lui fait pendant (vue
20).
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Vue 20 |
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LA FONCTION DE LA CHAPELLE ROUGE
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Reposoir situé à l'intérieur du temple de la divinité, la
Chapelle Rouge a pour vocation première d'abriter la barque
d'Amon. Celle ci transporte une statue " mobile " du Dieu
soit vers sa barque sacrée de transport fluvial (barque
" Ouserhat "), soit vers un autre reposoir extérieur au
temple.
L'accès aux reposoirs intérieurs du temple était réservé
aux seuls prêtres qui y accomplissaient toute une série
de rites sur la statue divine. Au contraire, à l'extérieur
du temenos (enceinte) du temple, les reposoirs faisaient
partie du parcours public du Dieu, dont la sortie processionnelle
en grande pompe lors des principales fêtes comme la fête
d'Opet, ou la Belle fête de la Vallée représentait un des
temps forts de la liturgie thébaine et se faisait dans la
liesse générale .
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Vue 28 |
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..." Des problèmes de légitimité sont
manifestement à l'origine de la décision d'entreprendre
l'édifice et dans le choix du programme décoratif."
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Hatchepsout a choisi de mêler intimement
les aspects divins et politiques dans la Chapelle Rouge.
C'est ainsi que l'évocation des fêtes solennelles d'Amon
(fête d'Opet, Belle fête de la Vallée) est intimement mêlée
à la mise en scène du cheminement progressif d'Hatchepsout
vers son couronnement (vue
couronnement) qui occupe les assises les plus
élevées. Des problèmes de légitimité sont manifestement
à l'origine de la décision d'entreprendre l'édifice et dans
le choix du programme décoratif.
Hatchepsout montrait ainsi sa dévotion au Dieu Dynastique,
Amon, et le remerciait de l'avoir expressément désignée
et, pourrait on dire adoubée, comme Pharaon légitime devant
tout le peuple. C'est ainsi qu'il faut comprendre la frise
de rekhyt de la 4ème assise du vestibule (vue 28).
Elle représente en fait un véritable texte,
à lire: dw3- rekhy.(w)t-nb.(w)t ("Adoration de la part de
tous les Humains").
| NOUVEAU: Un article complémentaire
(en Anglais) avec plus de 100 photos supplémentaires,
certaines en haute résolution centrées
sur les blocs !
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Bibliographie
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1-LACAU P, CHEVRIER H : Une chapelle d'Hatchepsout à
Karnak. IFAO 1977
2-HATCHEPSOUT, femme pharaon. Dossiers d'Archéologie
N°187 S, Novembre 1993
3-GOLVIN JC, GOYON JC : Les bâtisseurs de Karnak, Presses
du CNRS, 1987
4-LAUFFRAY J : Karnak d'Égypte. Domaine du divin, Presses
du CNRS, 1987
5-RATIÉ S : La Reine Hatchepsout. Sources et problèmes,
Lugdunum Batavorum E.J.BRILL, 1979
6-LARCHÉ F : L'anastylose de la Chapelle Rouge, Revue
Égypte N°17, mai 2000 (numéro entièrement
consacré à la reine Hatchepsout)
7- Un site web incontournable sur Karnak, celui de Gérard
Homann qui m'a autorisé à
utiliser certaines de ses magnifiques reconstitutions
8- Renaud
de Spens a aussi quelques photos et a eu la gentillesse
de me signaler le site d'un des tailleurs de pierre qui
ont
participé à la réerection du monument,
Guillaume Boisansfrais dont le site
Karnakpierre vaut vraiment une visite.
9- Une page sur la reine Hatchepsout sur le site de Corinne-Bastet
10- L'article sur la chapelle rouge sur le site
archéologique de Karnak |
Texte original
et photographies par Thierry Benderitter
© Copyright Thierry Benderitter et OsirisNet 2001 |
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