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LA
SALLE 3
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| Vue de la porte et des premières salles |
Elle est de même taille que la précédente: 7,45 X 3,55 m. Sa signification de sanctuaire du temple ne semble plus contestable suite aux travaux de Youri Volokhine. En effet, l'épithète Djhwty-stm doit se comprendre comme "Thot-le prêtre stm" et non "Thot-celui qui écoute". Les thèmes de la décoration vont tout à fait dans ce sens. Enfin, la pièce était à l'origine close : les deux ouvertures latérales dans les parois Sud et Nord n'existaient pas lors de la construction. Il ne peut en aucun cas s'y dérouler des communications oraculaires, comme cela avait été supposé jusqu'ici, car elle n'était pas accessible au public.
Cette salle est nettement mieux conservée que la précédente : reliefs et figures ont été pour la plupart achevés. Comme toujours, les artisans et leurs commanditaires privilégiaient cette partie la plus sacrée du temple : première construite et première décorée.
Ils étaient sculptés, mais étant à hauteur d'homme, leur dégradation a été telle qu'il ne persiste plus grand-chose de reconnaissable. Nous ne nous y attarderons pas et reproduirons la description de Mallet: "Dans chacun d'eux (les tableaux préservés), le nome personnifié (un homme debout, avec le petit sein pendant), tient devant lui, sur un plateau, les offrandes qu'il apporte au dieu principal du temple, Thot-setem, dont le nom est gravé en haut, à la suite des cartouches du roi. Tous ces personnages sont coiffés du klaft, surmonté du groupe, ou des hiéroglyphes, caractérisant le nome qu'ils personnifient. Mais ces signes distinctifs ont été effacés pour la plupart, laissant voir seulement le support qui les soutenait. Sur les parois de gauche, c'est-à-dire dans la partie du sud, figuraient les nomes de la Haute-Egypte, sur celles de droite, côté du nord, ceux de la Basse-Egypte. La place manquant pour les représenter tous, on parait avoir choisi ceux où prédominait le culte de Thot, en groupant autour d'eux ceux qui en étaient les plus rapprochés." Au dessus d'une inscription horizontale illisible aujourd'hui commencent les grands tableaux.
| MUR EST, A GAUCHE DE LA PORTE |
La paroi est divisée en deux registres comportant chacun deux tableaux. Ces derniers sont égaux en haut et inégaux en bas. Le roi y marche vers le Sud, c'est à dire vers la gauche.
Registre inférieur
• Premier tableau Ptolémée est coiffé de la couronne du Nord surmontée d'une couronne Hem-hem. Il présente au dieu devant lui deux vases. Le dieu est Amon "image vivante d'Horus fils d'Isis", coiffé de deux hautes rémiges. • Second tableau Le roi, coiffé cette fois du Pschent posé sur une perruque courte offre une bandelette d'une main et de l'autre sans doute un vase. Le dieu a le corps serré dans un suaire et porte en mains les attributs osiriens, le fouet et le crochet. Il est d'ailleurs bien identifié comme "Osiris Ounnefer, juste de voix"
Registre supérieur: Ici, dans les deux tableaux, nous retrouvons un culte rendu par Ptolémée à sa dynastie.
• Premier tableau Évergète est coiffé du Pschent. Il lève les bras en adoration devant "le divin père de ses pères Ptolémée, le dieu Philadelphe" divinisé. Ce dernier est représenté comme les dieux, assis sur un siège archaïque, le signe Ankh et le sceptre de puissance Ouser en main. Il est coiffé de l'Atef, et non d'une couronne royale car il est dans le monde des dieux. Derrière lui se tient son épouse Arsinoé ( "la mère de ses mères") coiffée d'une parure complexe incluant la couronne rouge du Nord. • Second tableau Cette fois Évergète offre d'une main un vase où brûle de l'encens qu'il y jette de l'autre. Il est coiffé de la même parure qu'Amon. L'offrande se fait "au divin père de ses pères Ptolémée, dieu Évergète" (son grand-père, Ptolémée III, fils de Philadelphe, père de Philopator) qui porte sur sa tête le Némès associé à un uraeus et surmonté d'une couronne composite et à "la divine mère de ses mères, Bérénice, déesse Évergète" à coiffe hathorique et tenant en main un sceptre lotiforme.
Il est constitué de deux registres, avec trois tableaux en haut et deux en bas.
Registre bas
• Premier tableau Le roi coiffé d'une simple perruque courte ornée de l'uraeus s'avance vers un naos. Dans celui ci se dresse le dieu Thot, portant sur la tête un disque lunaire. • Second tableau Beaucoup plus grand que le précédent il est malheureusement mutilé par la porte taillée en son milieu. Ptolémée s'avance, coiffé du Pschent, en lancant de petites boulelettes de résine dans un brûle-parfum. Devant lui se trouve une barque processionnelle ornée à sa proue d'un tête de bélier. Malheureusement, la porte passe juste à l'endroit où aurait du se trouver le naos, le dieu ne peut donc pas être identifié. D'après les inscriptions il pourrait s'agir encore de Thot, et référence est faite à l'ogdoade ; mais la barque ressemble beaucoup à celle d'Amon, et, de plus, nous sommes à Thèbes.
Registre
haut
• Premier tableau Ptolémée coiffé d'une couronne solaire à double plume offre (des vases?) à un dieu assis dont on ne voit plus que la coiffure amonienne et un sceptre Ouas; il s'agit de Montou, dieu guerrier qui était anciennement le dieu le plus puissant de la région thébaine avant d'être supplanté par Amon. La déesse (Raet-taouy?) "oeil de Ra" qui se tient derrière est représentée comme la reine au second tableau du registre supérieur, ce qui accentue encore l'effet recherché de fusion. • Second tableau Le roi est coiffé d'une étrange couronne associant un mortier à une Atef. Il tend un sistre vers la déesse assise devant lui (Maat? ou Hathor, ce qui serait plus logique) coiffée du Pschent.
• Troisième tableau Il ne reste rien du roi qui déversait l'eau d'un vase à fond plat (le texte en évoque quatre) devant Thot assis.
C'est la paroi de fond, la principale
du sanctuaire et de tout l'édifice.
Les scènes y sont comme toujours
sur deux registres (hors soubassement),
mais avec un nombre variable de
tableaux : 6 en haut contre 4 en
bas.
Registre inférieur
•
Premier tableau
Ptolémée
offre le contenu de deux vases Nou
à quatre dieux et déesse. Les deux
premiers sont le couple Noun-Amon
("père de Ra") / [Nounet]-Amonet
("mère d'Atoum"); les deux suivants
sont le couple Kekouy / Kekouyt.
Ces deux couples sont présents
dans la cosmogonie hermopolitaine.
• Second tableau
Évergète présente un objet non
identifié à Amon-Ra portant sa couronne
habituelle. Il dit au roi
, "Je te donne le Sud et le
Nord réunis (litt : dans
leur totalité)[ainsi que]
toutes choses (qui y sont?). On
remarque l'intéressante graphie
tardive des deux parties de l'Égypte,
symbolisées par leurs plantes
héraldiques respectives:
le lys (et non le lotus comme on
le lit souvent) pour le Sud
et le papyrus pour le Nord.
Derrière
Amon-Ra se tient Mout, debout.
• Troisième
tableau
Nous avons atteint
la zone médiane de la paroi,
et à partir d'ici les personnages
vont changer de sens (roi à
droite, dieux à gauche) afin
que l'offrant soit toujours dirigé
vers le coeur du temple, et que
les dieux -dont c'est le séjour
intime- soient disposés pour
l'accueillir.
Sur ce tableau,
c'est encore Amon-Ra à qui
le Ptolémée rend hommage
en tant que "Shou, image vivante
de Ra". Derrière lui se tient
debout un dieu gainé dont la représentation
est typiquement celle de Khonsou,
disque lunaire sur la tête
et collier Menat autour du cou.
La légende l'identifie d'ailleurs
clairement: "Khonsou de Thèbes".
•
Quatrième tableau
Symétrique du premier
dont il reproduit les caractères.
Les divinités présentes
ici complètent d'ailleurs
les personnages de l'ogdoade hermopolitaine
puisqu'on y a reconnu les couples
Hehouy / Hehet et Neou / Neyth.
Registre supérieur • Premier tableau Ptolémée s'avance tenant un large collier en main. Le dieu à qui il l'offre présente des caractéristiques à la fois lunaires (le disque sur la tête) et solaires (la tête de faucon); il est nommé : "Khonsou de Thèbes", mais également assimilé à Horus, ce qui explique la figuration. • Second tableau Ptolémée offre cette fois deux miroirs à une déesse assise qui est "Isis la grande, mère divine".
• Troisième et quatrième tableaux Ils sont disposés symétriquement par rapport à la ligne médiane. A gauche, Évergète venant du Sud porte la couronne de Haute Égypte, à droite, venant du Nord, celle de Basse Égypte. Les deux reines sont les deux épouses Cléopatre du roi, toutes deux coiffées d'une couronne hathorique. Le dieu assis est également le même, il s'agit de Thot-setem à tête d'ibis coiffé d'une couronne associant trois Atefs. Par contre, la déesse change : à gauche, nous trouvons la parèdre de Thot Nehemtaouy, et à droite Maat "fille de Ra".
• Cinquième tableau Ptolémée offre une représentation de la déesse Maat à Nehemtaouy. Il assure ainsi la déesse qu'il a fait tout ce qu'il fallait pour que l'ordre divin soit transposé sur terre. • Sixième tableau Cette fois le roi présente un collier pectoral à Thot coiffé du disque lunaire.
| MUR EST, A DROITE DE LA PORTE |
Deux registres, celui du bas avec un seul tableau, celui du haut avec deux.
Registre inférieur
Le tableau comportait cinq personnages. Le roi et la reine surtout ont quasiment disparu. Le couple royal est accueilli par Thot qui tient en main la tige de palmier entaillée qui représente le comput des années. Le texte exalte sa fonction de scribe divin, qui fait également circuler les décrets royaux. C'est Horus, "fils d'Isis, fils d'Osiris" qui le suit, reconnaissable à sa tête de faucon. Derrière lui se tient la déesse Nephtys (sa tante et maîtresse dans le mythe)
Registre supérieur
• Premier tableau Évergète II coiffé du Pschent fait une libation d'eau à un couple royal divinisé : ses parents Épiphanes Ptolémée et Cléopatre. Cette dernière lui dit: "je te donne tout ce qui vient de l'inondation (Hap(y))". • Second tableau Cette fois Évergète offre deux vases à vin Nou à ses grands-parents Philopator, Ptolémée et Arsinoé.
Comporte deux registres avec deux tableaux en haut et trois en bas. Comme son homologue Sud il a été vandalisé par le creusement malencontreux d'une porte qui mutile les deux tableaux les plus à gauche de chaque registre.
Registre inférieur
• Premier tableau Évergète coiffé d'un Némès va ouvrir les portes du naos dans lequel se tient Thot coiffé du disque lunaire. • Second tableau On retrouve, comme au Sud, le Ptolémée offre la Maat devant une barque sacrée qui à, une nouvelle fois, subit d'importants dégâts qui rendent l'identification du dieu qu'elle transportait impossible.
Registre supérieur
• Premier tableau Le roi coiffé d'une couronne composite associant la couronne du Nord et l'Atef offre un plat chargé de pains à "Montou-Ra maître de Thèbes" et à la déesse Tatenet-Raettaouy ?) qui lui donne "tous les produits de Geb" (càd de la terre).
• Second
tableau
Il est identique au
premier tableau supérieur
Ouest, avec le roi offrant un collier,
mais cette fois à la déesse
Amonet (parèdre d'Amon) coiffée
de la couronne du Nord, sceptre
lotiforme en main gauche. Elle est
souvent assimilée à
Neith, la grande déesse de
Saïs dans le Delta.
•
Troisième tableau
Il
est trop détruit pour en
tirer quelque information que ce
soit.
| GRANDE INSCRIPTION DÉDICATOIRE ET FRISE |
L'inscription est présente sur tout le pourtour de la salle. Le texte part du centre symbolique du temple, le milieu de la paroi Ouest, puis court respectivement vers la droite et vers la gauche. Pour mémoire, car elle est complètement effacée, une inscription de même type se trouvait entre le soubassement et les registres inférieurs.
Partie gauche "Que vive l'Horus-Ra, jeune homme acclamé en sa vie sur le trône de son père, doué de grâces éminenles, qui multiplie ses levers avec l'Apis vivant, maître des couronnes, qui réjouit le cœur des deux terres, Horus d'or, grand de vaillance, maître des célébrations comme son père Ptah-Tatenen, père des dieux; souverain comme Ra, roi du Sud et du Nord, Ptolémée, avec sa sœur et femme, dame de la double terre, Cléopatre (II) et la royale épouse, dame du Double-Pays, Cléopatre (III); dieux Evergètes, qui aiment Thot-setem[..] Ils ont fait le temple comme leur monument (litt "m menou=sn", le mot menou désignant une réalisation de signification divine) pour leur père Thot-setem []". Et suit un panégyrique du dieu.
Partie droite Tout le début de l'inscription est identique. Le panégyrique du dieu est assez obscur, assurant au roi des millions d'années de règne.
Une grande frise où alternent des vautours aux ailes déployées, khakérous, cartouches royaux et effigies hiéroglyphiques de Thot assis, a été sculptée et peinte entre l'inscription et le plafond.
Le plafond était peint en bleu, semé d'étoiles blanches à centre rouge. Dans la ligne médiane, sur l'alignement de la porte et portant sur trois des grandes dalles qui forment la toiture, une série de neuf inscriptions horizontales alterne, comme dans la salle précédente, avec des vautours aux ailes déployées, qui portent, le premier la couronne du Sud, le second la couronne du Nord, et ainsi de suite. Le tout est encadré entre deux colonnes verticales d'hiéroglyphes, commençant au fond de la salle (paroi ouest), et allant jusqu'à la porte séparant la salle 2 du sanctuaire.
Texte par Thierry Benderitter Photographies par Thierry Benderitter et Christian Mariais © Copyright OsirisNet 2008 |
| Bibliographie |
| • MALLET Dominique : Le Kasr-el-Agouz, MIFAO 11, Le Caire, 1909
• VOLOKHINE Youri: Le dieu Thot au Qasr el-Agoûz Djd-hr-pa-hb, Djhwty-stm, BIFAO 102, 2002
• ARNOLD Dieter : Temples of the last pharaohs, Oxford University Press, 1999
• AUFRERE Sydney, GOLVIN Jean-Claude, GOYON Jean-Claude : L'Égypte restituée, tome 1, Errance 1991
• WILKINSON Richard : The complete Gods and Godesses of Ancient Egypt, Thames & Hudson, 2003
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