LE TEMPLE FUNÉRAIRE DE MERENPTAH
SES RÉSERVES ET SON MUSÉE



L’institut Suisse sous la direction de Horst Jaritz a mené 15 saisons de fouille et de réhabilitation du "Temple de Millions d’Années" de Merenptah. Situé sur la rive Ouest à Louxor, ce temple se trouve entre le Ramesseum et les colosses de Memnon. Il est ouvert au public depuis 2002.
  merci à Cau Brualla
  pour son aide
Maintenant le plan de cet édifice presque complètement arasé peut être reconstitué, et son programme architectural, à défaut de celui  du programme iconographique, perdu pour toujours, permet de le situer par rapport aux édifices similaires avant et après le règne. A ce titre il constitue le lien entre les temples de la XIXème et de la XXème dynastie.
Ce monument a été construit en plusieurs phases qui, à partir d’un plan initial simple, ont amené à des réorganisations, puis à des rajouts de structures innovantes.

Le pharaon Merenptah (bref résumé)
Merenptah était le treizième fils de Ramsès II, et c’est lui qui succédera finalement à son père vers 1213 av JC, après le (trop) long règne de ce dernier. Quand il prend le pouvoir, l’Égypte n’est plus ce qu’elle était au temps de la XVIIIème dynastie. C’est un pays affaibli, corrompu, mais qui dispose encore de ressources que Merenptah, âgé probablement d’une cinquantaine d’années lors de son accession au trône, va diriger pendant 10 ans.
Malgré son âge, il sut livrer de durs combats  en Asie pendant la troisième année de son règne et faire rentrer dans le rang les principautés syro-palestiniennes toujours promptes à se révolter contre l’occupant Égyptien. Les Libyens furent aussi remis au pas en l’an 5.
Comme son père Ramsès II l’avait fait avant lui, il entrepris de laisser des chroniques de ses victoires sur un mur près du 6ème pylône de Karnak, et sur une stèle fameuse, la stèle de la Victoire de Mérenptah, datée d’environ 1210/1207 av. J.-C. qui fut découverte en 1896 par Flinders Petrie dans le temple. Elle est aujourd’hui conservée au musée du Caire et c'est une copie (remarquable!) qui peut être vue in situ.
Le texte est un poème eulogique dédié au pharaon Mérenptah. En fin du poème, la description d’une campagne menée par le pharaon en l’an 5 de son règne — vers 1210 av. J.-C — au pays de Canaan donne la première mention d’Israël hors contexte biblique et la seule mention d’Israël dans les textes égyptiens (merci à Alain Guilleux et à son site "Une promenade en Égypte" pour la photo).

Lorsque Merenptah décide de faire construire son temple funéraire, il  le place tout près de celui d’Aménophis III, déjà ruiné, dont il va se servir comme carrière, usurpant les noms de son illustre prédécesseur, comme son père l’avait si largement déjà fait avant lui.

Photo par Jim Ashton
 

Le plan du temple et ses phases de constuction
Le plan a été initialement dressé par Petrie en 1896, et bien sûr remanié (mais pas tant que ça) après les fouilles contemporaines.
Le plan originel est simple, réduit au nombre de pièces suffisantes pour le culte mortuaire, sans plus.
Pour réaliser ce plan initial, Merenptah s’est basé sur le temple de Thoutmosis III plus que sur ceux plus compliqués  de son père Ramsès II ou de son grand-père Sethy I. On peut avancer une explication : le pharaon, déjà âgé lors de son accession au trône, a  choisi de commencer par un édifice simple, ne comportant que les parties essentielles, pour être sûr de disposer d’un "Temple de Millions d’Années" en état de fonctionner après sa mort. Le règne se prolongeant, des ajouts et modifications ont ensuite été réalisés. 

Plan initial
Un pylône ouvre sur une première cour dite de la Présence Royale. Puis, derrière un mur et sur un niveau supérieur, on trouve une cour des fêtes comportant à son extrémité un portique avec des piliers osiriformes engagés devant la façade du temple proprement dit.
L’entrée donne sur une première salle hypostyle, celle de l’union du roi à Amon où s’assemblaient les barques de la triade thébaine et le souverain avant leur sortie en procession. Vient ensuite une seconde salle hypostyle où l’on présentait les offrandes aux barques divines. A l’extrémité Ouest enfin, les chapelles d’Amon, Mout et Khonsou où étaient déposées les barques. Enfin des bâtiments en briques crues, nécessaires au culte, flanquaient le temple à ses extrémités Nord et Sud. Tout le mur Nord était masqué par des magasins divisés en trois sections ; on y pénétrait par une porte à droite du pylône, qui donnait sur une petite cour où l’on devait certainement enregistrer les denrées entrantes. La partie Nord-Ouest des magasins était le trésor du temple.
Au Sud on trouve, donnant sur la première cour, une représentation du palais royal. Ainsi par la mise en place d’une statue royale à la fenêtre d’apparition, on faisait participer le souverain aux cérémonies qui s’y tenaient. Au Sud-Ouest on trouve un ensemble de pièces qui devaient servir à l’administration.

Le pylône et les murs latéraux des deux premières cours sont en briques crues, souvent estampillées au cartouche d’Aménophis III, tandis que le temple proprement dit et les piliers osiriaques sont en pierre, reposant sur des fondations où l’on retrouve des blocs et même des sphinx à tête humaine ou animale ici encore pillés sur les monuments d’Aménophis III.

Avant l’achèvement de ce plan initial, une première modification a eu lieu.
Pour pouvoir aménager trois salles de chaque côté de la première salle hypostyle, les murs latéraux vers la seconde hypostyle, dont les tranchées et une partie des fondations avaient déjà été réalisées, furent abandonnés. Puis ce projet fut lui même changé et deux salles seulement furent élevées.

Une seconde phase a alors débutée.
La façade à piliers osiriaques du temple s’est vue complétée par deux portiques sur les côtés Nord et Sud de la seconde hypostyle dont les murs latéraux ont du être rebâtis en pierre pour supporter l’ensemble, ainsi qu’a du l’être le second pylône.
Puis on a continué vers l’Est en remplaçant le mur latéral Est de la première hypostyle, la façade du palais et le premier pylône, tous en briques crues,  par de la pierre. Des portiques à chapiteaux lotiformes ouverts furent ajoutées de chaque côté, donc devant la façade du palais d’un côté, tandis que de l’autres elle servait de soutien à des statues royales sur leur piédestal.

Pour tous ces ajouts en pierre, on s'est servi d’éléments en calcaire du temple d’Aménophis III tant qu’on en a trouvé, ainsi que de grès provenant d’anciens édifices de Thoutmosis III, d’Hatshepsout  et d’Akhenaton et de la réouverture des carrières du Gebel Silsileh. A la même époque, on ajouta au coin Sud-Ouest du temple des pièces pour le culte des ancêtres royaux et au Nord-Ouest une cour et des pièces pour le culte de Ra ainsi qu’une salle d’abattage. Cette partie fut ensuite remaniée en une pièce à 4 piliers doublée d’une petite extension vers l’arrière.
Au Sud de la seconde cour, l’espace fut ouvert et un mur en briques crues formant une sorte d’excroissance fut greffée sur le mur latéral, lui même doublé par un mur plus extérieur dont il était séparé par une sorte de déambulatoire. La cour était  centrée par un puits  auquel on accédait par un escalier. Ce puits faisant office de lac sacré atteignait la nappe phréatique, et était donc selon l’imaginaire égyptien au contact du Noun, l’Océan primordial. Les prêtres y faisaient leurs ablutions.

C’est par cette seconde phase de construction que le temple de Merenptah peut être considéré comme un lien entre la XIXème et la XXème Dynastie. L’addition d’un complexe pour le culte de Ra, de pièces pour le culte des ancêtres royaux, et l’incorporation de la salle d’abattage dans le temple feront parti du plan initial du dernier des grands Temples de Millions d’Années, celui de Ramsès III à Medinet Habou.

Disparition
C’est l’eau, celle d’une inondation dévastatrice du Nil, qui jettera à bas la quasi totalité de l’édifice qui servira ultérieurement lui même de carrière ; le temps, l’eau et le sel achèveront le travail de destruction, et presque aucun des blocs en pierre originaux de l’édifice n’a été retrouvé.


Voici maintenant quelques photos du site. Comme vous le constaterez, si les archéologues
ont fait de leur mieux il faut tout de même beaucoup d'imagination pour reconstituer les lieux.
Le musée et surtout les réserves sont nettement plus intéressants.


De nombreuses pièces intéressantes furent cependant mises à jour lors des fouilles, en particulier d’exceptionnels blocs gravés provenant du temple d’Aménophis III, d’une qualité inégalée avec toujours leur polychromie,  des sphinx (dont certains à tête de chacal), des statues couchées d’Anubis… Leur nombre et leur qualité a permis la réalisation d’un petit musée sur place.

Voici un diaporama
des réserves et du musée


Bibliographie

• JARITZ Horst, DOLL Monika, DOMINICUS Brigitte, RUTISHAUSER Werner : Der Totentempel des Merenptah in Qurna. 5. Grabungsbericht. MDAIK 57 (2001). 141-170
• JARITZ Horst : The mortuary temple of Merenptah at Qurna and its building phases, in Egyptology at the dawn of the XXIst century, proceedings of the eight congress of Egyptologists, AUIC Press, 2003.


Texte par Thierry Benderitter
Photographies par Thierry Benderitter et Cau Brualla
© Copyright OsirisNet 2006