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Merci à
Caroline Thomas
pour son texte |
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Le pharaon Aménophis IV - Akhenaton
décide en l’an 4 de son règne de rompre
avec le clergé thébain, et ordonne la construction
d’une nouvelle capitale vouée au dieu Aton en
Moyenne-Egypte, Akhetaton (litt "l'Horizon du Disque",
actuellement Tell el-Amarna). La ville prend forme entre l’an
5 et l’an 8, la Cour s’y installant autour de
la famille royale.
Vingt-cinq tombes rupestres de nobles dignitaires du règne
d’Akhenaton y ont été retrouvées.
Parmi elles, celle d’Ay ,
un des personnages les plus influents du royaume.
La tombe d’Ay à Akhetaton porte le numéro
25. Elle fut découverte en 1883 par Hay, remplie
d’une grande quantité de poteries cassées
et d’inhumations ultérieures. Elle ne fut dégagée
entièrement que dix ans plus tard, en 1893.
Il s’agit de la tombe la plus à l’Ouest
des tombes inscrites du groupe Sud; deux routes partant de la
ville y conduisent (Voir les vues satellitaires Google 1 , Google 2 et Google 3).
Elle aurait pu prétendre au titre de plus belle tombe
de la nécropole de par sa taille et la qualité
de ses reliefs, mais elle est aujourd’hui très
endommagée (ces dégats datent de la vague iconoclaste
de 1890), et ce titre s'appliquerait plutôt actuellement
à la tombe
de Meryra (I).
C’est pourquoi, en vue d’en livrer une étude
la plus complète possible, nous ne nous baserons pas
uniquement sur l’état actuel de la tombe (malheureusement
dégradé), mais principalement sur les descriptions
qu’en donnèrent ses découvreurs à
la fin du XIXème siècle : les textes furent
étudiés notamment par Hay et Lepsius, Norman
de Garis Davies ayant par la suite effectué une bonne
synthèse des informations connues sur le tombeau.
Les cartouches du dieu Aton représentés sur
les reliefs permettent de dater approximativement la construction
de la tombe : en effet, la forme des noms du dieu est antérieure
au changement de ces noms, qui aurait eu lieu en l’an
9 du règne. La tombe semble donc avoir été
entreprise avant l’an 9.
Comme les autres tombeaux de la nécropole d’Amarna,
elle est inachevée. Cette interruption généralisée
semble due à une instabilité encore mal expliquée
: à partir de l’an 12, notre connaissance des
événements du règne s’obscurcit.
Or, il est étonnant de constater l'état d'inachèvement du
tombeau, s'agissant d'un personnage de très haut rang, et
sachant que le temps dont il disposait aurait dû permettre
a priori sinon d'achever totalement la tombe du moins d'avancer
les travaux.
Certes, l'histoire du règne amarnien s'obscurcit à nos yeux
vers l'an 12, mais cela a tout de même laissé à Ay au moins
trois ans de travaux, et sans doute plus car il est peu probable
que les constructions de tombes aient brutalement cessé en
l'an 12 simplement parce que la situation a changé quelque
peu à la Cour à ce moment-là.
En vérité, aucune des tombes privées d'Amarna n'est complète
: la décoration des parois est souvent restée inachevée, et
dans quelques monuments la chambre principale n'est que partiellement
creusée (comme chez Ay). Seules deux tombes montrent qu'elles
étaient prêtes à accueillir leurs propriétaires dans deux
sépultures complètement excavées : les sanctuaires d'Any et
Houya. Il n'est donc pas possible d'avancer une hypothèse
fiable pour expliquer ce mystère concernant l'inachèvement
des tombes. Néanmoins il est clair par le plan que le tombeau
d'Ay a été conçu comme le plus vaste et le plus important,
indication indubitable du statut de son propriétaire à la
Cour.
La tombe a été entreprise alors qu’Ay
n’était encore qu’un haut dignitaire. Parmi
ses titres, mentionnés à plusieurs reprises
en divers endroits de la tombe :
-
"scribe bien-aimé du roi"
-
"porte-étendard à
la droite du roi"
-
"chef de toute la cavalerie de
sa Majesté"
- De nombreuses épithètes courantes, telles
que
"Ami du roi" et
"Chef
des compagnons du roi".
Il porte aussi le titre de
"père du dieu"
(it netjer) ; cet important titre est sujet à controverse.
Si Otto Schaden a proposé de le rendre par «tuteur»
(ce qui ne prend tout son sens que lorsque Ay devient le «régent»
du petit roi Toutankhamon), Borchardt en a fait «beau-père
du roi». Cette dernière interprétation a pu
amener à faire d’Ay le beau-père d’Akhenaton,
par conséquent le père de la reine Néfertiti.
Cependant, la thèse selon laquelle Ay et sa femme Tiy
seraient les parents de Néfertiti n’a jamais
pu être étayée de preuve, bien que le
titre de Tiy, «nourrice de la reine Néfertiti», ait
pu être interprété en ce sens.
Ces charges importantes se maintiendront sous le règne
de Toutankhamon,
avant qu’Ay ne devienne lui-même pharaon à
la mort de ce dernier (sa tombe royale dans la Vallée
des Rois porte le numéro KV23. Elle est déjà
sur OsirisNet, avec une visite virtuelle en 3D)
Ayant vécu et occupé des charges importantes
sous les règnes d’Akhenaton, Smenkhkarê
et Toutankhamon avant de devenir roi à son tour,
Ay se révèle un excellent témoin et
acteur à la fois de la révolution atonienne
et de la restauration religieuse.
Sa tombe en Amarna est particulièrement révélatrice
de l’esthétique et de la sensibilité
religieuse à Akhetaton sous les règnes d’Akhenaton
et de Néfertiti.
Il s’agit d’un tombeau rupestre ; en tout, vingt-cinq
tombes rupestres ont été mises au jour à
Amarna (plus dix-huit autres plus petites, non numérotées).
A partir de la classification de Jacques Vandier, on peut
distinguer cinq groupes principaux concernant les plans :
- Les trois premiers sont trois variantes du groupe cruciforme,
avec deux grandes salles liées par un couloir. Par
exemple, la tombe de Meryrê II, le responsable des appartements
de la grande épouse royale Néfertiti.
- Le quatrième groupe correspond au plan en T avec
couloir et salle à colonnes perpendiculaires.
- Le dernier groupe est celui des cas particuliers. Par
exemple, la tombe d’Any (n°23), secrétaire
du roi, avec escalier descendant, petit passage, long couloir,
niche avec statue de culte.
La tombe d’Ay appartient au groupe en T, à ceci
près qu’elle comporte un plus grand nombre de
colonnes très rapprochées.
Les surfaces inscrites sont l’extérieur de la
tombe, le couloir d’entrée, une partie du mur
nord, du plafond et des colonnes, et la porte axiale du fond.
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| Plan d'après Norman de Garis Davies,
pl 23 (G) et 22 (D) |
1)- L'entrée
Une voie d’accès assez large mène en pente
jusqu’à l’entrée de type traditionnel,
réalisée à travers un épais mur
de pierres.
Un petit couloir conduit à une salle à piliers (vue 37).
Seulement un peu plus de la moitié de cette salle a
été réalisée. Douze colonnes en
trois rangs de quatre se trouvent du côté gauche
de l’allée centrale, et seulement trois ont été
complétées du côté droit. Des lignes
rouges au plafond témoignent du travail d’excavation
en cours.
On remarque l’épaisseur des colonnes ainsi
que leur rapprochement inhabituel les unes des autres ;
la salle est une forêt de colonnes entre lesquelles
il n’est pas aisé de circuler.
Le couloir d'entrée mesure approximativement 2m30 sur
1m40. Quant à la salle elle-même, elle mesure
un peu plus de 8m de large pour une longueur d'un peu plus
de 11m ; on pourrait supposer d'après les plans donnés
par Norman de Garis Davies (sachant que le plan initial comptait
vingt-quatre colonnes) que la longueur prévue aurait
été de plus de 18m.
2)- Les colonnes (pl
23, détail)
La réalisation des colonnes est plus ou moins avancée
(vue
4), seules les quatre situées près de la
porte sont vraiment achevées.
Ces dernières sont du type le plus commun dans la nécropole,
papyriforme fermé, et présentent l’iconographie
amarnienne habituelle : sur les fûts, de petites scènes
représentent Ay et Tiy adorant les cartouches d’Aton
et ceux du couple royal (vue 15).
Les scènes sont positionnées en biais par rapport
à l’entrée en ce qui concerne la première
paire, puis, selon l’usage courant, à angle droit
par rapport à l’allée centrale pour les
suivantes. Les représentations sont gravées
et peintes en bleu. Le reste des colonnes est d’un blanc
pur (vue 5 et vue 10).
Les architraves sont inscrites, les abaques des quatre colonnes
terminées portent les titres d’Ay.
3)- Le plafond
Il est lui aussi décoré de façon traditionnelle
de motifs géométriques, et inscrit (pl
23, détail).
Il est achevé, ce qui témoigne de la traditionnelle
façon de débuter la construction d’une
tombe rupestre par le plafond, puis d’élargir
ensuite (vue
1).
Norman de Garis Davies mentionne un fond couleur lie de vin
et des dessins bleus, contrastant avec la blancheur des colonnes.
4)- Le reste de la tombe
Deux portes dont la réalisation n’a pas été
menée à terme se trouvent du côté
Est et dans l’axe de l’allée centrale.
Seule la porte axiale est inscrite (vue
37 et vue
6 et vue
14).
Un escalier descendant de vingt-neuf marches grossièrement
dégrossies part du fond Sud-Est de la salle. Il n’y
a pas de chambre funéraire, ce qui est aussi le cas
dans d’autres tombes amarniennes inachevées,
telle celle de
Meryrê I (n°4). L’escalier forme un angle
vers la fin et aboutit à un trou qu’on a trouvé
rempli de blocs de pierres.
| PROGRAMME ICONOGRAPHIQUE ET TEXTUEL |
Dans les tombes amarniennes, les figures des défunts
seuls se trouvent à l’entrée. En dehors
de cela, ils n’apparaissent pratiquement que dans des
cérémonies solennelles où ils reçoivent
des récompenses de la famille royale.
On trouve sur les murs en général plus de représentations
du roi et de sa famille que du défunt et de son entourage.
Cela tient au fait que la famille royale symbolise le lien
entre ces défunts et Aton, devenant l’intermédiaire
à qui rendre hommage.
Cinq thèmes majeurs se retrouvent dans les sépultures
amarniennes : la famille royale en adoration devant Aton,
la famille royale dans l’intimité, la visite
au temple du couple royal en char, la récompense des
hauts fonctionnaires, et la réception des tributs.
D’après E.-L. Meyers, le programme décoratif
des tombes civiles amarniennes instaure des coupures nettes
entre politique et religion.
L’entrée correspond ainsi au passage entre vie
extérieure et monde funéraire. Une salle «politique»
montre le mort dans son statut terrestre (récompenses
des fonctionnaires, cérémonies civiles). Une
autre salle, «funéraire et religieuse», porte des représentations
liées au culte d’Aton.
Dans une même salle, une coupure est instaurée
entre les scènes, selon leur disposition dans la pièce
: un mur développe un thème et une composition
uniques, mais il n’est pas directement lié au
mur d’à côté.
Au lieu de compositions agencées à partir de
divers éléments traditionnels et canoniques
qui seraient juxtaposés, chaque mur est considéré
dans son ensemble et décoré selon des thèmes
innovants dans une composition unique.
Le décor des tombes civiles amarniennes développe
donc un programme politique, funéraire et religieux,
comme l’atteste parfaitement la tombe d’Ay.
A l’extérieur, l’encadrement de la porte
est traditionnel, mais le linteau est tellement abîmé
qu’on peut à peine encore distinguer la scène
représentant le roi et la reine suivis de trois princesses,
adorant Aton.
Les montants portent des prières inscrites sur six
colonnes de chaque côté. En bas, un panneau représente
Ay et sa femme à genoux (pl
24).
Les textes des montants présentent les titulatures
d’Aton, du roi et de la reine, puis constituent une
prière pour "le ka du favori
du dieu parfait, le porte-étendard à la droite
du roi, le scribe véritable du Roi qui l’aime,
le père divin, Ay, qu’il vive éternellement".
Les phrases reprennent la thématique du Grand Hymne
à Aton : "Le disque vivant
vient, celui qui se donne naissance à lui-même
chaque jour. Le pays est en fête quand tu te lèves…"
1)- Les montants intérieurs
Les montants intérieurs sont presque entièrement
détruits. Il nous faut donc nous baser sur les relevés
effectués par Hay et Lepsius (pl 32A) .
Le début des textes reprend les titulatures de l’Aton
et du couple royal énumérées sur les
montants extérieurs, puis les inscriptions constituent
un discours prononcé par Ay, sorte d’éloge
autobiographique mettant en avant ses qualités :
"J’étais le favori
de son maître dans la vie quotidienne. Mes récompenses
étaient chaque année plus importantes que l’an
passé, de par l’importance grandissante de mon
excellence dans son cœur. Il multiplie pour moi les récompenses
tels des grains de sable, car je suis le chef des grands,
à la tête des rekhyt. […] O vous tous qui
vivez sur terre, chaque génération qui naît,
j’affirme devant vous cette façon de vivre, je
vous rends témoins des récompenses ! Puissiez-vous
lire mon nom à cause de ce que j’ai fait ; (car)
j’ai été un juste sur la terre."
2)- Paroi Est de l’entrée
Cette paroi présente un exemple de la fréquente
représentation de l’adoration d’Aton par
la famille royale (vue
40). Le mur a beaucoup souffert au sommet et l'on peut
voir les coupes droites dues aux trafiquants d'antiquités.
Le roi et la reine, coiffée de la couronne atef, sont
suivis de trois princesses. On distingue au registre supérieur
la sœur de la reine, la princesse Moutnedjemet (ou Moutbeneret,
selon la lecture qu’on fait du signe vertical allongé,
'ndm' ou 'bnr'), avec ses deux nains et des courtisans.
Les nains, qu’on retrouvera à ses côtés
sur le mur nord de la tombe, ont des noms qui pourraient,
d’après Norman de Garis Davies, avoir été
choisis par dérision : le premier, une femme d’après
le déterminatif de son nom, est désigné
par "le vizir de la reine, Erneheh",
le second, un homme, est "le
vizir de sa mère, Para".
En dessous se trouve une longue prière accompagnée
d’une représentation d‘Ay et Tiy à
genoux, texte qui une fois de plus combine les louanges à
Aton dans la veine propre au Grand Hymne ainsi qu’un
éloge des défunts visant à leur conférer
la bienveillance du dieu (vue
8 et vue
9 et vue
21. Voir aussi pl
25)
"Quand il se lève dans
le ciel, il se réjouit pour son fils ; il l’embrasse
de ses rayons ; il lui donne l’éternité
en tant que roi comme l’Aton, Neferkheperourê
Ouaenrê, mon dieu qui m’a fait et qui a fait advenir
mon ka. […] Le père divin, porte-étendard
à la droite du roi, chef de toute la cavalerie de sa
Majesté, scribe véritable du roi qui l’aime,
Ay, dit : «J’ai été loyal envers le roi…".
3)- Paroi Ouest de l’entrée
On retrouve ici comme à l’extérieur des
représentations d’Ay et Tiy à genoux adorant
Aton (vue
23 et vue
2 et vue 11). Elles donnent un bon exemple du style amarnien au
modelé doux tout en courbes accentuées. Les
visages sont assez mal conservés, mais on remarque
l’élégance des figures : jeux de transparence
des vêtements, colliers, bracelets et mèches
de cheveux détaillées avec précision.
L’Hymne à Aton.
C’est ici que l’on trouve le texte que l’on
appelle le Grand Hymne à Aton.
Malgré la détérioration actuelle du mur,
il s’agit de l’exemplaire le plus complet que
l’on connaisse (vue
03).
Il fut heureusement copié par U. Bouriant à
la fin du siècle dernier, avant d’être
partiellement détruit en 1890 (vue 41).
Le Grand Hymne à Aton passe pour avoir été
rédigé par Akhenaton lui-même. Il décrit
minutieusement l’action bénéfique et universelle
du soleil. Il s’agit de dix strophes de douze vers,
traitant de deux thèmes prédominants : le cycle
quotidien du soleil, et la Révélation du dieu
à son «fils» Akhenaton .
Cinq versions abrégées (dites du Petit Hymne
à Aton) en ont été retrouvées
dans les autres sépultures des dignitaires d’
Amarna : les tombes n°4 de Meryra
I, n° 8 de Toutou, n°9 de Mahou, n°10 d’Apy
et n°23 d’Any. On peut supposer que les hymnes à
Aton constituaient des textes liturgiques, destinés
à être récités lors du culte dans
les temples d’Akhetaton. Ils possèdent une métrique
analogue à celle de notre poésie.
Vous pouvez voir une représentation du Grand Hymne
sur la
planche 27 (et une autre sur ce
site) et une traduction Française de larges extraits
dans l’article «Akhenaton
et la religion d’Aton».
4)- Le plafond (pl
25, détail).
A. Plafond de l’entrée,
bandeau Ouest
"Louange à toi, Aton
vivant qui a fait le ciel [et les choses cachées ?]
qui y sont. […] son temps est allongé ( ?) de
millions de fêtes-Sed. C’est la Grande Épouse
Royale, son aimée, la Maîtresse des Deux Terres,
Néfertiti, qu’elle vive pour le temps infini
et le temps éternel qui est au côté de
Oua-en-Ra.. Qu’Il me donne une belle sépulture
comme celle qu’il a faites dans la grande falaise autour
d’Akhetaton. Pour le Ka du favorisé […]
le scribe juste […], Ay, vivant"
B. Plafond de l’entrée,
bandeau du milieu
"Louanges à toi, l’Aton
vivant. Il se lève et donne vie à tout ce qu’il
entoure, il a fait la terre et les pâturages pour donner
la vie à tout ce qu’il a créé (
?) […] le scribe royal, Père du Dieu,[...]"
C. Plafond de l’entrée,
bandeau Est
"Louanges à toi, l’Aton
vivant, le Dieu qui a fait la totalité de ce qui est
en toi ( ?). Bien que tu sois dans le ciel, tes rayons sont
sur la terre […] qui est issu de tes rayons, le fils
du soleil, Akhenaton […]"
1)- Architraves et abaques
Comme nous l’avons constaté, les abaques des
quatre colonnes terminées portent les titres d’Ay.
Les relevés de Lepsius (Denkmaler III 105 d et e, et
Denkmaler Text II p. 145) concernant celles du nord mentionnent
: "Le porteur d’enseigne
à la droite du Roi, celui qui demeure dans le cœur
du roi dans le pays tout entier, celui qui satisfait le cœur
de son seigneur, le scribe véritable du roi qu’il
aime, le père divin, Ay, qu’il vive éternellement."
Les architraves sont inscrites, ainsi que le plafond. Il s’agit
de longues prières à Aton et de souhaits de
bienfaits pour le ka d’Ay, tel que : "Adoration
à toi, O Aton vivant, qui as créé le
ciel et les choses mystérieuses qui s’y trouvent
! […] Accorde-moi une belle sépulture, comme
celles que tu fais dans les belles collines d’Akhetaton."
(pl
32b).
2)- Les textes de plafond
(pl
33: )
A-Salle à piliers; bandeau
Ouest.
"Louanges à toi, [tes
appartions(?)] sont belles, ô Aton vivant, dispensateur
de vie. Puisses tu voir les rayons de Ra quand il se lève
et donne la lumière à l’entrée
de ta tombe. Puisses tu sentir le doux souffle du vent du
Nord. Puisses ton corps […] un favorisé qui a
atteint un âge avancé dans les faveurs ; un juste
qui a fait les paroles de son maître. Tu étais
le supérieur des favoris du roi. De même tu es
à la tête des glorifiés . Puisses tu changer
de formes comme un Ba vivant dans la noble falaise d’Akhetaton.
Puisses tu sortir et rentrer de ta tombe selon le désir
de ton cœur. Et puisses tu être pourvu de richesses
à côté de ton dieu, suivant ton cœur
selon son désir. Puisse ta tombe être en fête
chaque jour. Puisses tu atteindre un âge avancé,
heureux ( ?) et en paix et après cela un enterrement
[près ( ?)] du roi Oua-en-Ra.
Je suis un serviteur qui a été transformé
par son maître. Il m’enterre[rera ( ?)]. Ma parole
est juste. Combien est glorieux celui qui fait son enseignement.
Puisses t’il atteindre la région des favorisés.
Pour le ka du favori du dieu parfait, juste de cœur envers
lui qui lui a ouvert le cœur, abandonnant le mensonge
( ?) pour faire ce qui est juste, un favorisé [suivent
les titres] Ay, justifié".
B- Salle à piliers, bandeau
Est.
”Puisses tu adorer Ra chaque
fois qu’il se lève, puisses tu le voir, et puisse
t’il entendre ce que tu dis. Puisses t’il te donner
le souffle et puisse t’il réunir tes membres.
Puisses tu rentrer et sortir comme un favorisé. Puisse
ton corps prospérer ( ?) et de même ton nom[…]
pour ton Ka. Puisses tu inhaler le souffle du vent du Nord.
Qu’il te soit données des offrandes et des provisions!
Puisses tu recevoir des pains du roi, du pain et de la bière
et des provisions pour chacun de tes autels. Puisse ton nom
durer sur ta tombe, puisse chaque génération
qui vient le prononcer. Puisses tu reposer dans ta tombe que
le roi t’a donné dans la nécropole d’Akhetaton,
et qu’il soit fait une offrande invocatoire de pain
et de bière pour ton Ka. Puisse tu achever ta place
d’éternité, puisse ta demeure d’éternité
te recevoir. Puisse un bœuf te tirer, puisse un embaumeur
et un prêtre lecteur marcher devant toi, purifiant la
barque avec du lait, leur nombre étant comme ce que
Oua-en-Ra accorde pour un favori qu’il a promu. Puisse
t’il t’emmener au lieu de repos des favorisés
comme quelqu’un qui a accompli sa vie dans le bien.
Puisse ta tombe être en fête chaque jour conformément
à tes desseins quant tu étais vivant. C’est
ton dieu qui les a augmenté pour toi, l’Aton
vivant, seigneur de l’éternité, et ils
sont établis pour le temps éternel pour un homme
juste, qui n’a pas fait de faussetés."
C-Salle à piliers, bandeau
central.
"Louanges à toi lorsque
tu te lèves dans l’horizon Ô Aton, Horus(
??) Tu ne manqueras pas de voir Ra ; ouvre tes yeux pour
l’admirer. Puisse t’il t’entendre quand
tu le pries. Puisse le souffle du vent entrer dans ta narine.
Étendu sur le côté droit, puisses tu
te tourner sur le côté gauche. Puisse ton Ba
être joyeux dans la nécropole. Puissent tes
enfants offrir du pain, de la bière, de l’eau,
de l’air à ton Ka. Puisses tu atteindre librement
les portes du monde souterrain . puisses tu admirer Ra à
son lever dans l’horizon oriental du ciel, et puisses
tu voir Aton quand il se couche dans l’horizon occidental
du ciel. Puisse t’il y avoir pour toi des provisions
des autels de la Maison d’Aton. Puisses tu recevoir
des libations et de l’encens de l’autel principal
d’Aton par le roi, le fils de l’Aton, qui te
l’a accordé pour l’éternité.
Puisses tu le recevoir et sortir en sa présence chaque
jour sans exception. Puisses tu recevoir l’abondance
dans la nécropole. Puisse ton Ba rester dans ta tombe,
puisse t’il ne pas être empêché
dans ses désirs mais être satisfait par les
offrandes journalières. Puisse ton cœur-ib durer,
ton cœur-haty restant près du Seigneur de l’éternité.
Puisse ton nom être prononcé chaque jour pour
toujours et à jamais, comme il est fait pour un noble
favorisé de même réputation.
Pour le Ka de celui qui est stable dans la faveur du Seigneur
des Deux Terres, le Père du Dieu, Ay, justifié"
Ces déclarations laudatives et monotones prises au sens
littéral ont cependant l'avantage de nous renseigner sur
un point essentiel de la longévité politique de Ay : le
haut dignitaire est toujours resté silencieux, "digérant"
l'enseignement royal, obéissant sans discuter, louant Akhenaton...et
ne disant rien ! Ceci est dit explicitement ailleurs dans
la tombe : "J'ai été favorisé
parce que ma bouche était close".
3)- Le mur nord
La paroi nord représente un thème unique,
la cérémonie de récompense d’Ay
par le roi, découpant l’événement
en de multiples saynètes.
En cela la tombe d’Ay est tout à fait caractéristique
des thèmes des sépultures civiles amarniennes
(on trouve des scènes semblables dans les tombes
voisines, telles celles de Parennefer et Toutou). Les scènes
essentielles sont des sorties du roi et de sa famille en
char ou des distributions de récompenses à
de hauts dignitaires depuis la fenêtre d’apparition.
Le tout étant représenté avec un grand
luxe de détails sur les personnages, les lieux, les
activités. La scène se caractérise
le plus souvent par une grande animation, de multiples personnages
agissant dans des poses contrastées.
La
scène est dominée par la fenêtre d’apparition
où se trouvent le couple royal et trois princesses.
Derrière eux s’étend la représentation
minutieuse du palais. Devant eux la foule accompagnant Ay
et Tiy, composée de dignitaires, étrangers,
soldats et danseurs. A l’extrême droite, Ay
sort du palais après la récompense, accueilli
par ses amis à qui il montre les présents
reçus.
A- Le palais :
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A l’extrême gauche du mur, au niveau de la porte, le palais est représenté
avec une multitude de détails.
La représentation n’est pas complète
car le mur n’est pas entièrement dégagé,
les scènes de palais auraient dû s’étendre
vers la gauche sur la partie non excavée.
Le monument comporte de multiples pièces : vestibule
à grandes colonnes, hall, petites salles, entrepôts
avec des serviteurs préparant de la nourriture, et
une cour.
Le linteau montre deux arbres, dans lesquels Maspero voit
les sycomores mythologiques, tandis que Norman de Garis
Davies les décrit comme un simple coin du jardin
palatial ; pourquoi ne pas y voir les deux interprétations
réunies, l’une n’excluant pas l’autre
pour les Egyptiens…
A côté des arbres, le linteau représente
deux pièces auxquelles on accède de l’extérieur
; des produits y sont entreposés, des serviteurs s’y
installent pour manger et effectuer leur travail.
A côté est représenté ce qu’on
a appelé le harem, c’est-à-dire la partie
du palais réservée aux femmes. Ces pièces
sont gardées par des sortes d’eunuques. Les femmes
sont égyptiennes et étrangères, comme
le laissent entendre les tresses de celles du premier étage,
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les nattes étant une coiffure d’origine étrangère,
hittite ou syrienne. Ce harem est composé de deux parties
comprenant chacune une pièce avec une colonne et deux
petites chambres. Les femmes y sont représentées
jouant de la musique (on a pu distinguer une lyre, un luth,
une harpe…) et dansant. L’une d’elles mange
tandis qu’une autre coiffe sa compagne. Il s’agit
là d’un bon exemple du développement des
scènes quotidiennes et intimistes dans les représentations
amarniennes.
Ces femmes peuvent aussi bien appartenir à la maisonnée
de la reine qu’être des épouses secondaires
d’Akhenaton : on sait notamment qu’il avait
épousé la fille du roi du Mitanni, Tadukhépa.
B- La cérémonie de récompense
:
A droite de la représentation du palais a lieu la remise
de présents à Ay et Tiy (pl 29).
Le couple royal et trois princesses sont à la fenêtre
d’apparition, surmontés du disque d’Aton.
La sœur de la reine se tient à l’écart
derrière, avec ses nains (ce qu’on ne voit
malheureusement pas sur le relevé).
Un point étonnant : autant qu’on puisse s’en
rendre compte, tous les personnages semblent nus. Pour les
petites princesses rien d’extraordinaire, mais fait
inhabituel pour le roi et la reine. On n’a apparemment
pas décelé de traces de peinture qui auraient
représenté les vêtements et se seraient
effacées. Le reste des reliefs est achevé,
ce qui laisse a priori la question sans réponse…
La famille royale remet des présents à Ay
et Tiy. Notons qu’il est tout à fait inhabituel
que l’épouse soit présente aux côtés
de l’homme lors de la cérémonie de récompense.
La présence de Tiy est certainement due à
son haut statut et à ses liens étroits avec
la famille royale en tant que nourrice de Néfertiti.
La section de paroi portant les magnifiques représentations
du couple avait été découpée par des trafiquants. Le bloc a
pu heureusement être retrouvé et se trouve maintenant au musée
du Caire (vue
24).
Le couple est assisté de deux corpulents dignitaires,
qui les aident à amasser les présents royaux
étonnamment représentés en un jet de
cadeaux lancés du balcon non seulement par le roi mais
aussi par la reine et les petites filles royales. Les colliers
s’empilent sur les épaules du couple et au sol
avec d’autres cadeaux. Norman de Garis Davies en propose
une énumération, qui ne repose cependant pas
sur les textes mais sur sa propre interprétation des
objets représentés :
- 18 colliers d’or
- 2 pectoraux
- 5 colliers de céramique glaçurée
- 4 coupes en or, deux à pieds, deux sans pieds
- 2 vases en métal
- 5 bagues
- 12 paires d’armilles
- 1 paire de gants
C’est là la première représentation
de gants que l’on connaisse dans l’art égyptien.
Ce présent est certainement en rapport avec le titre
d’Ay de "chef de toute la
cavalerie de sa Majesté". Il en est apparemment
très satisfait car à peine sorti du palais,
il les revêt et les montre à ses amis.
Comme on le voit, le roi occupe sur les parois une place prépondérante
dans les tombes amarniennes.
Ces représentations développent une ambiance
festive centrée sur la famille royale.
Ces scènes ont perdu de ce fait toute apparence religieuse,
puisque le dieu est représenté comme le disque
solaire qui éclaire la scène. Néanmoins,
bien entendu, le sens reste profondément religieux,
le roi servant avec la famille royale d’intercesseur
et d’intermédiaire entre le peuple et le dieu
soleil.
C- La foule spectatrice
La foule assistant à la scène est clairement
représentée en petits groupes distincts, organisés
en registres superposés . D’après Norman
de Garis Davies, le registre supérieur représenterait
le plus lointain (pl 29).
Au sommet se trouvent les deux chars royaux.
Des étrangers sont représentés au second
registre selon les iconographies traditionnelles : Nubiens,
Libyens et Asiatiques. Ils sont accompagnés d’interprètes
égyptiens.
Au troisième registre se trouvent des scribes, des
soldats, des dignitaires dont certains veillent sur deux
petits coffres. Le quatrième registre montre des
porte-enseignes et des soldats.
Des danseurs communiquent leur rythme joyeux à la
foule, au bas de la paroi.
D- La sortie du palais
Ay sort du palais, dont la porte est surmontée du
disque d’Aton ; il est couvert des bijoux de la récompense,
ayant enfilé les fameux gants (vue
44 et pl 31).
Des serviteurs le suivent, portant le reste des présents
royaux sur des plateaux.
Ay est accueilli par ses amis qui se réjouissent
et se prosternent. Trois chars attendent pour les emmener.
Le groupe d’Ay et ses amis ainsi que celui des personnages
l’acclamant un peu plus loin, n’ont été
exécutés qu’à l’encre noire.
Les colliers cependant sont tracés à l’encre
rouge ainsi que les bracelets et les gants, mettant en valeur
ces objets remarquables, et suggérant peut-être
aussi les matériaux précieux.
Plus haut sont représentés des gardes du palais
à qui de jeunes garçons viennent apporter les
nouvelles de la cérémonie.
Le garde près de la porte demande :
"Pour qui tous ces gens se réjouissent-ils ?"
Le garçon lui répond : "On
se réjouit pour Ay, le père divin et pour Tiy.
Ils ont été couverts d’or "»
Comme le deuxième garde n’est pas prévenu
aussi rapidement, il s’impatiente et envoie un garçon
voir ce qui se passe en lui enjoignant de se dépêcher.
Un autre jeune garçon a déjà prévenu
le troisième garde qui parle avec un ami et lui raconte
ce qu’il sait. Il lui dit : "Lève-toi
et tu verras : Pharaon a fait une bonne chose pour le père
du dieu Ay et pour Tiy. Pharaon leur a donné beaucoup
d’or et de richesses !"
Enfin, un garçon fait garder son tabouret et son petit
sac à un autre pendant qu’il va voir ce qui se
passe. Son compagnon lui répond : "Ne
sois pas trop long, sinon je partirai et garderai tes affaires
pour moi".
Ces scènes constituent un exemple de cet aspect pittoresque
des représentations amarniennes ; à côté
des grands thèmes principaux précédemment
cités, on trouve souvent de petites scènes amusantes
qui semblent en marge de la scène principale mais qui
confèrent justement un aspect vivant et varié
à la composition.
E- La porte au bout de l’allée
centrale
Sur le linteau, Ay et Tiy à chaque extrémité
adorent Aton représenté avec ses cartouches
(pl 31, détail).
Les montants sont très endommagés, il reste
simplement une partie du texte et des figures d’Ay et
Tiy à genoux.
La tombe d’Ay constitue un exemple typique de ce que
pouvait être une tombe civile à Amarna. Bien
qu’inachevée, elle est remarquable par sa taille,
la qualité de ses reliefs et parce qu’elle
contient la plus complète version connue de l’Hymne
à Aton. Son iconographie a probablement influencé
la décoration d’autres tombes de la nécropole.
Il est intéressant de la mettre en parallèle
avec l’autre tombe d’Ay, la
numéro 23 de la Vallée des Rois ; elles
constituent ensemble des témoins de l’épopée
atonienne et du retour à l’orthodoxie autour
du destin d’un même personnage.
| Bibliographie
|
| - Porter
et Moss, vol IV, p. 228-230
- N. de Garis Davies, «The Rock Tombs of El Amarna
– Part VI. – Parennefer, Tutu, and Ay»,
Archaeological Survey of Egypt, EES, Fifteenth Memoir,
Londres, 1908, p. 16-24
Une très bonne publication sur CD-Rom est
disponible pour un prix raisonnable chez Yare
Egyptology.
- U. Bouriant, G. Legrain, G. Jéquier, «Monuments
pour servir à l’étude du culte
d’Atonou en Egypte», MIFAO 8,
1903, Le Caire, p. 59-60
- E.-L. Meyers, «A Program of Political Theology
in Amarna Tomb Art : Imagery as Metaphor»,
Dissertation Abstracts International A, Ann Arbor,
42, 1981-1982
- Vandier, Jacques, Manuel d'archéologie
égyptienne. Tome II : les grandes époques,
L'architecture funéraire, L'architecture
religieuse et civile, Picard, Paris, 1954-1955.
- P. Grandet, Hymnes de la religion d’Aton,
1995
- G.-A. Gaballa, Narrative in Egyptian Art, Mayence,
1976, p. 72-81
- Aldred, C. "Les tombes privées d'Amarna" in
Akhenaton, Editions du Seuil, 1997 p. 39-44
- Schaden Otto : "Courtier, confidante, counselor,
king, the God's Father Ay", Amarna letters 2, KMT
communications, 1992 |
Page réalisée par Thierry Benderitter
d'après un texte de Caroline Thomas
© Copyright OsirisNet 2006
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