| Dernière mise à jour
: 29/05/2007 |
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..." La tombe d'Amenemhat pourrait
être non seulement la plus ancienne tombe
décorée sur le site de Deir el-Medina,
mais encore,..une des plus anciennes tombes
décorées de toute la nécropole
du Nouvel Empire à Thèbes"
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La tombe 340 a été découverte par Bernard
Bruyère en 1925. C'est une chapelle minuscule aménagée
en contrebas d'une cour et à laquelle on accède
par quelques marches.
Il s’agit vraisemblablement de la plus ancienne tombe
d’artisan de Deir el-Medina, datant du tout début
de la XVIIIème Dynastie. Ceci la rend sans équivalent
pour cette époque.
Comme toutes les tombes locales, elle a d'abord été
creusée dans le rocher puis construite en briques
crues à l'intérieur de la cavité ainsi
formée. Cette technique permettait d’obtenir
une surface à peu près lisse, encore doublée
ultérieurement d’un enduit de mouna (enduit
de terre et de paille) et de plâtre.
De la cour d'Amenemhat on ne peut deviner grand chose car
la toiture a disparu et seul le mur Sud, qui respecte le pilastre
Sud de la façade du tombeau, est d'origine.
Le mur nord qui vient buter contre le pilastre nord (en
l’endommageant) a été édifié
par Pached
lorsqu'il a fait construire sa tombe (TT3) au nord de celle
d'Amenemhat. Une corniche à gorge qui se poursuit
sur les pilastres marque actuellement le sommet de la façade
; elle est percée en son centre d’une entrée
voûtée.
La disparition de la mouna sur le pilastre Sud met à
jour de larges briques en limon sombre, très compact,
de 30 cm x 15 cm x 7 cm. Pour la corniche, on a utilisé
des briques carrées (30 cm x 30 cm), que l'on a taillées
de façon à obtenir le profil caractéristique
de la gorge égyptienne et que l'on a posées
de champ.
Deux marches grossièrement taillées dans le
rocher conduisent à un corridor voûté,
recouvert d'un fin badigeon blanc dans sa partie supérieure.
La chapelle est une toute petite pièce rectangulaire
dont le grand axe est perpendiculaire au couloir d'entrée
(plan).
Elle est couverte par une voûte dite nubienne.
En face de la porte d'entrée, mais légèrement
décalée vers la gauche, une petite niche au
sommet arrondi.
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| vue a1 |
Ils sont connus par la lecture des inscriptions faite par
JM Kruchten.
C’est Sennefer, un des fils du défunt, qui se
vante de les avoir rédigées (vue
a1). Cependant on découvre rapidement qu’il
était quasiment illettré, et en tout cas ne
possédait aucune réelle formation de scribe.
En effet les textes sont truffés de fautes et de bizarreries
orthographiques qui suggèrent que Sennefer s’est
contenté de retranscrire des signes qu’il avait
rencontré ailleurs, sans les comprendre; dès
qu’il devait faire preuve d’originalité,
le résultat était très médiocre.
Ces maladresses compliquent notamment l’identification
des personnages féminins et des liens de parenté
entre les uns et les autres.
Dans cette tombe, seuls les personnages défunts portent
le titre de "juste de voix", savoir : les grands
parents de Sennefer (Maân et Hout), sa mère qui
fut la première épouse d’Amenemhat (Satamon)
et le troisième des fils.
L’identification des quatre fils et des quatre filles
n’est pas assurée, pas plus que leur filiation
maternelle. Seuls Sennefer et la petite Noubneferet sont
certainement enfants de Satamon.
Les textes funéraires retranscrits par Sennefer sont
très sommaires, provenant des formules les plus usuelles
qu’on pouvait retrouver sur le mobilier funéraire
des milieux modestes.
On peut ainsi en déduire l’origine sociale
du défunt, très certainement un ouvrier de
la tombe thébaine, peut être le premier a avoir
obtenu l’autorisation de creuser sa propre sépulture.
La décoration de la tombe est inachevée, ce
qui permet de suivre les étapes de la réalisation,
seules les parois Sud et Ouest étant terminées.
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..." La décoration de la tombe
est inachevée, ce qui permet de suivre
les étapes de la réalisation,."
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Le programme iconographique de la chapelle est très
simple, exclusivement religieux ou funéraire (scènes
d'offrandes, cortège des funérailles), répétitif,
mais a gardé la vivacité de ses couleurs. Il
a été exécuté par un artisan habile,
mais pas par un Maître.
La gamme de couleurs de la tombe est assez réduite
: sur un fond jaune on trouve beaucoup de vert (c'est même
la couleur d'Anubis, au lieu du brun et du noir h abituels),
du brun et un blanc immaculé, très opaque, pour
les vêtements. Les contours des silhouettes sont normalement
rouges, mais ils sont noirs pour les surfaces vertes et blancs
pour les surfaces noires.
Le style global est très archaïque, mais en même
temps soigné, avec cependant une raideur d’ensemble
des personnages. (vue
x5 et vue
x2).
La chapelle aurait été
intacte si des mutilations volontaires, certainement d’époque
copte, n’avaient détruit tous les visages humains, divins et animaux, et jusqu’à certaines représentations
symboliques.
La paroi Sud, qui constitue l'une des deux têtes de
voûte, est cernée par un motif noir et blanc
formant chaînette qui, par sa largeur, frappe le regard
du visiteur en entrant.
Dans l’espace ainsi délimité, la composition
se répartit en deux registres de hauteur légèrement
inégale, divin en haut et humain en bas, séparés
par une natte de papyrus. Le registre du bas est lui même
subdivisé en trois parties.
1)- LE CINTRE (vue a3)
La composition est remarquablement symétrique, avec
un axe central représenté en haut par les
deux yeux oudjat séparés par un vase de couleur
brique sur lequel trônent des boules vertes et jaunes
de natron (ou d’encens). C’est par ce biais
que les égyptiens montraient volontiers le contenu
de récipients contenant des produits solides.
Immédiatement en dessous, le triple hiéroglyphe
de l’eau. Celui ci surmonte un texte en cinq colonnes
dont nous reparlerons.
Viennent ensuite les scènes montrant le défunt
en adoration, dans une symétrie presque parfaite,
devant Osiris à droite et Anubis à gauche.
A
genoux devant une table, vêtu seulement d’un
pagne court, il lève les mains en signe d'adoration,
invitant les divinités à accepter son offrande.
Les tables d’offrande sont ici identiques: plateau
d'albâtre et pied central de couleur verte et ne diffèreront
dans les reste de la tombe que par certaines des denrées
qu’elles supportent. Ici, il s’agit de quatre
pains (deux ronds et deux ovales) ornés de grains
de sésame, d’une corbeille de raisin, d’une
grappe de raisin, d’une courgette, de la patte antérieure
d'un bœuf, d’un cœur et de côtes de
bœuf, ainsi que d'une grosse botte d'oignons.
II faut imaginer tout cela étalé sur la table,
mais les denrées ont été "redressées" pour qu'on n'en perde aucune de vue, selon le principe évoqué
plus haut.
Sous la table, deux vases ocre rouge posés sur un
support et autour desquels s'enroule la tige d'un bouton
de lotus et dont le contenu est inconnu.
Les
deux dieux Osiris et Anubis, représentés de
profil parfait, ont les chairs vertes, ce qui est exceptionnel
pour Anubis. Ils sont assis sur le trône cubique des
dieux : siège carré à dossier bas recouvert
d'un coussin blanc, dont les flancs, présentent un
décor de plumes par-dessus des bandes alternativement
rouges et vertes ; dans l'angle inférieur, un carré
rouge sert normalement à inscrire le sema-taouy,
symbole de la réunion de la Haute et de la Basse-Égypte,
mais comme c'est souvent le cas ailleurs, il n'a pas été
exécuté. Les dieux ont les pieds sur un repose-pieds
de couleur verte, en forme de signe maât.
Osiris
est représenté de manière conventionnelle.
Il porte la longue barbe postiche des dieux morts, et il
est coiffé de la couronne associant la mitre blanche
et deux plumes, anormalement petites ici.
Son corps est serré dans une tunique-suaire blanc dont
seuls les bras sortent. Remarquons ce que, dans notre esprit
occidental, nous considérerions comme une maladresse
de l’artiste : l’une des deux mains tient le sceptre
heqa et le flabellum ainsi qu’un signe ouas (à
l’envers!), tandis que l’avant bras qui se dirige
vers la table d’offrande passe de manière non
réaliste devant les sceptres. Il s’agit là
pour l’artiste de mettre en exergue ce qui est fondamental
pour le mort : par ce geste, le dieu accepte l’offrande.
On ne peut cependant s’empêcher d’être
frappé par la raideur que d& eacute;gage l’image.
A cause du manque de place et d’une disposition non
entièrement judicieuse des figurines, l'artiste n'a
pu incliner vers l'arrière la couronne du dieu, ni
donner à la tête une meilleure proportion par
rapport au corps.
Anubis
est proportionnellement mieux représenté.
Il a également le corps enveloppé d'un linceul
blanc, ce qui est exceptionnel pour ce dieu. Sa perruque
tripartite, vert clair ornée d'un pointillé
blanc, contraste avec le vert foncé de ses chairs. II tient de la main droite le long sceptre ouas. Devant
lui, l'inscription lnpw imy-wt.
2)- LA PARTIE INFÉRIEURE DE LA
PAROI (vue
a4)
On peut y distinguer trois parties : deux demi registres
superposés de personnages assis, et une représentation
à droite d’un couple assis devant une table
d’offrandes, qui occupe environ un tiers de l’espace.
a)- Le couple de droite
Il est assis sur une chaise à haut dossier légèrement
incliné en bois sombre; les pieds en forme de pattes
de lion reposent sur de petits socles blancs rayés
de noir. Par manque de place la chaise semble unique et
l'époux semble assis sur les genoux de sa femme mais
il s'agit là d'un principe de figuration.
Le texte au-dessus du couple se lit : "Prière
à Osiris pour qu'il accorde toute chose bonne et pure
au ka d'Amen(em)hat, justifié, et (...) sa femme qu'il
aime, la maîtresse de maison, son aimée de chaque
jour, Noubneferet".
Tant Amenemhat que son épouse ont le torse exagérément
long et étroit, les bras maigres et le dos cambré.
La table d’offrandes devant eux est très proche
de celle décrite ci dessus.
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| Détail |
Amenemhat
Sa tête et son cou sont entièrement détruits.
Il porte une chemise très ajustée à
manches courtes et un pagne long sur ou sous lequel il a
noué un pagne court à devanteau triangulaire.
Les vêtements et les ongles sont d'un blanc opaque,
comme c'estèle cas pour tous les personnages de la tombe.
De la main droite Amenemhat tient, comme un sceptre, une
tige de lotus dont il porte la fleur épanouie à
ses narines. Le lotus fait non seulement référence
au mythe de la création du monde, mais il est aussi
par son parfum capiteux une invite à l'amour, lequel
est toujours une promesse de renouvellement de la vie. Chaque
fois que les défunts ou leurs hôtes portent
à leurs narines une fleur de lotus c'est donc du
parfum de l'éternité qu'ils s'enivrent autant
que du parfum de la plante.
L'épouse d'Amenemhat
Il s’agit de la seconde femme d’Amenemhat, la
marâtre du scribe Sennefer qui a dessiné les
inscriptions de la tombe, et elle était encore en
vie lors de la construction de la chapelle.
Elle pose la main droite sur l'épaule de son mari
et tend la main gauche vers la table d'offrandes. Elle est
vêtue d'un fourreau à une seule bretelle, mais
il s'agit là encore d'un principe de figuration et
non d'un modèle particulier de robe, car ce détail
ne s'observe jamais dans la ronde-bosse. Des bracelets,
rendus par trois petits traits noirs, ornent ses poignets,
ses biceps et ses chevilles. La tête de Noubneferet
es t détruite, comme celle de son époux.
Le sein est figuré conventionnellement par un gros
téton noir, sans relief. La couleur des chairs suit
les conventions égyptiennes : rouge – ocre
pour les hommes, jaune pour les femmes.
b)- Dans la partie gauche du
tableau
Les quatre fils et les quatre filles du défunt sont
répartis en deux demi-registres, les hommes en haut
et les femmes en bas. Un personnage du même sexe situé
à droite sert à boire à chaque groupe.
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vue a2
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Les similitudes sont nombreuses entre les deux groupes
qui auraient probablement été symétriques
si l’espace l’avait permis.
Tous les personnages sont maigres, très cambrés
et globalement raides. La distance qui sépare leur
nez de l'oreille est anormalement longue, ce qui constitue
un critère de datation. Les rares yeux préservés
sont très larges. Le sein est représenté chez tous comme un téton saillant vu de 3/4.
Les personnages sont assis sur un tabouret et tendent la
main droite vers la table d’offrandes, indiquant qu’ils
vont partager eux aussi le destin funéraire d’Amenemhat.
Chacun
porte sur la tête une version archaïque du "cône funéraire". On remarque son caractère
aplati, à peine saillant. Nadine Cherpion propose,
avec justesse, d’y voir une représentation
purement symbolique des parfums et onguents dont se servait
le personnage. En effet, les égyptiens n’ayant
pas de support matériel pour représenter ces
entités semblent avoir choisi ce moyen pour suggérer
les bonnes odeurs, chose particulièrement important
pour eux, surtout dans le contexte érotique où
nous sommes évoquant la renaissance par la sexualité.
Comment d’ailleurs imaginer de placer sur des perruques
de réels cônes de graisse parfumée fondant
lentement. La perruque aurait été très
rapidement détériorée, or il s’agissait
d’un objet relativement précieux, destiné
à durer.
Cependant de nombreux auteurs continuent à privilégier la réalité physique du cône d'onguent,
comme on peut le voir dans la grande Encyclopédie
d'Oxford.
Les
tabourets des fils sont peints en blanc; la disposition
des étrésillons de ces sièges forme
un motif courant dans le mobilier égyptien et les
liens qui assujettissent les différents éléments
sont minutieusement détaillés.
Devant le premier personnage, on lit "son fils Amen-iounou
(...)", devant le troisième "son fils
Nebmaât, juste de voix", devant le dernier "son
fils Ay, j(uste de voix)". Les effigies du premier
et second fils sont très sévèrement
mutilées. Leur représentation est calquée
sur celle de leur père. Tous ont le torse nu et portent
un pagne court à devanteau triangulaire, un gorgerin
vert et une perruque courte et ronde. Dans leur main gauche
fermée sur la poitrine, une pièce d’étoffe
pliée.
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| Détail |
Un serviteur vêtu seulement d’un pagne simple
et d’une courte perruque tend au premier fils (l’aîné)
une probable coupe. Derrière lui se trouvent quatre
hautes jarres de teinte lilas à fond arrondi et à
décor rouge et noir, fermés par une coupe
blanche renversée, ainsi qu'un vase plus petit de
couleur rosé et à fond plat dans lesquels
il puise la boisson qu'il offre. Remarquons que, par manque
de place, ces jarres ne sont pas sur le même plan
que les personnages et qu’elles reposent sur une natte
de papyrus.
A
la rangée inférieure quatre jeunes femmes
vêtues comme leur mère sont assises ce qui
exprime une situation hiérarchique privilégiée,
même si leurs tabourets sont plus bas et moins élaborés
que ceux de leurs frères.
L'inscription devant la première dame de la rangée
se lit : "sa fille Mout", devant la deuxième "sa fille Noubneferet", devant la troisième "sa fille Hepet", et devant la dernière "sa fille Irepet". Leurs perruques sont bouclées
et portent une petite "anglaise" témoignant
de leur statut.
Elles portent une sorte de diadème ou de couronne
de fleurs fraîches, et une grosse fleur de lotus semble
jaillir de leurs fronts tandis que leur main gauche tient
un bouton de lotus. Nous avons déjà signalé
le rôle symbolique de la fleur qui est ici confirmé
: ce sont ses filles qui dirigent vers Amenemhat la représentation
de l’embryon en gestation (le bouton) et la fleur
ouverte de la renaissance.
Les égyptiens du commun n’épousaient
pas leurs filles ou leurs sœurs, mais ici les filles
doivent remplir le rôle érotique dévolu
à la déesse de l’amour, Hathor.
La petite servante tend une coupe à la première
dame de la rangée. Remarquons que les jarres ont
cette fois pu être représentées au même
niveau que les personnages.
La natte de papyrus, s'étend sous les sièges
des demoiselles et sous les vases, mais s'arrête devant
la table d'offrandes et les sièges d'Amenemhat et
de son épouse, très certainement pour une
raison de hauteur car sa prolongation aurait gênée
la figuration des deux personnages.
Les sièges des garçons reposent eux sur une
simple ligne, selon le principe déjà vu de
la superposition qui remplace la perspective, mais les cruches
destinées à les servir sont bien disposées
sur une natte décalée.
Il
n’est pas indifférent que l’artiste ait
représenté les filles plutôt que les
garçons sur une natte. En effet, le papyrus, outre
de pouvoir servir de recouvrement sur les sols en terre,
possède lui aussi une valeur symbolique. La nouvelle
gestation du mort se fera en effet, comme celle d’Horus
enfanté par Isis et Osiris ressuscité, dans
l’eau des marécages. Et la principale plante
que l’on trouve dans les marécages estèle papyrus.
Ainsi chaque fois que sur un monument égyptien on
offre au défunt papyrus et lotus ce n'est pas seulement
un bouquet de fleurs qu'on offre, mais c'est bien plus un
souhait d'éternité qu'on forme pour lui, en
faisant allusion aux deux étapes de la résurrection,
la gestation (papyrus) et la "sortie au jour" (lotus).
(vue
x3)
La paroi Ouest est ornée dans le haut d'une frise
de khakherou et d'une baguette égyptienne. Elle est
divisée en deux par une niche légèrement
décentrée vers la gauche, ce qui a permis
d'installer un personnage supplémentaire dans la
partie droite de la paroi. L’aspect à peu près
symétrique est renforcé par la représentation
au dessus de la niche de vases et jarres selon un heureux
effet de perspective ; elles reposent sur la natte de papyrus
qui aurait normalement due être représentée
au bas de la niche.
a)- La niche
Elle est de petite taille : 0,34 m de large x 0,33 m de
haut x 0,25 m de profondeur.
Elle est blanchie intérieurement et décorée
sur son pourtour de cinq bandes de couleurs :
bleu clair –blanc –rouge –blanc -bleu.
Elle est vide actuellement mais devait contenir une statue
du défunt ou une stèle.
b)- De part et d'autre de la
niche et tournant le dos à celle-ci (et regardant
ainsi vers les dieux), deux couples sont représentés
assis devant une table. La différence de proportion
est d’emblée frappante, notamment au niveau
de la taille des têtes, nettement plus grosses et
disproportionnées par rapport aux corps à
droite qu’à gauche.
La femme du défunt possède cependant les mêmes
attributs sur les deux représentations, et les mêmes
que ceux déjà vus pour l’image de Noubneferet
sur la paroi Sud.
Remarquons que, comme les filles d’Amenemhat, elle
aussi présente au front une fleur de lotus ouverte
dirigée vers la tête de son mari, qui est donc
comme "encadré" devant et derrière.
Sous son siège, le matériel de maquillage
représenté par le miroir dit hathorique et
le pot de kohol avec son bâtonnet participent aussi
du contexte érotique destiné à réveiller
la puissance sexuelle du mort "endormi" afin
qu’il puisse renaître de ses propres œuvres.
c)- A gauche de la niche (vue
a7), le couple a ssis sur un siège à haut
dossier est formé par les parents d’Amenemhat
(les grands parents du "scribe" Sennefer),
Maân et Hout.
Au dessus d’eux, on lit : "Prière à
Osiris, le grand dieu, souverain de l'éternité,
pour qu'il accorde toute chose bonne et pure au ka de Maân
(Chémen?), juste de voix - c'est son fils qui fait
vivre son nom, Amenemhat, c'est son fils Sennefer qui fait
vivre leur nom" et "Sa femme qu'il aime, son
adorée, Hout, juste de voix ; son fils Sennefer".
Maân est vêtu de la même manière
qu'Amenemhat sur la paroi Sud, et est représenté
avec la même gestuelle. La table d'offrandes dressée
à l'intention des époux est pratiquement identique
aussi.
d)- A droite de la niche
(vue
a10 et vue
a1) figure une scène très semblable à
celle représentée à gauche.
Le couple est cette fois représenté par Amenemhat
et sa première femme Satamon, déjà morte
et qui ainsi a droit au titre de "maa-kherou" ("juste
de voix", justifiée) avec cependant deux personnages
en plus : une jeune fille agenouillée aux pieds de
ses parents et un jeune homme, le fils des défunts
(et donc beau fils de Noubneferet), qui présente à
ses parents les offrandes empilées sur la table.
L'inscription au-dessus du couple se lit : "Prière
à Osiris chef des Occidentaux, pour qu'il accorde
toute chose bonne et pure au ka d'Amen(em)hat, juste de
voix - c'est son fils qui fait vivre son nom, Sennefer" et "Son épouse qu'il aime, son adorée
de chaque jour (juste de voix), Satamon, juste de voix".
Devant la jeune fille agenouillée aux pieds de ses
parents, vêtue comme sa mère: "sa fille
Noubneferet" (qui porte donc le même nom que
sa seconde femme).
Enfin, au-dessus de I'officiant : "Recevoir toute
chose bonne et pure pour le ka d'Amenemhat, (de) (son)
fils Sennefer: quant à moi, c'est moi le fils qui écrit
correctement qui fait vivre (son) nom" (vue
a1 et vue
a10).
L'homme qui présente les offrandes a le torse nu,
un pagne court à devanteau triangulaire, semblable
à celui de l'ho mme qui sert à boire sur la
paroi Sud, une perruque courte qui découvre les oreilles
et un gorgerin vert; il n'a pas de "cône" sur la tête.
Bien que comme sur la paroi Sud Amenemhat soit assis à
la table d'offrandes, il a ici le torse nu; sur ce torse
s'étale un collier d'une polychromie chatoyante.
Le défunt porte une courte barbe postiche et une
perruque longue qui dégage les oreilles, deux détails
qu'on ne pouvait observer sur la paroi Sud parce que son
visage est détruit à cet endroit
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| vue a11 |
(vue
a11 et vue
a12)
La paroi nord est inachevée : elle ne présente
aucune inscription et, mis à part les yeux oudjat,
le vase et le signe de l'eau qui ornent le haut du cintre,
les figures n'ont ni cernes ni détails intérieurs.
La manière de procéder de l'artiste exigeait
donc du savoir-faire, puisque au lieu de tracer d'abord
les contours comme nous aurions tendance à le faire,
il commençait par poser par masses les couleurs de
base (vert, brun, noir, blanc), de manière à
évoquer les silhouettes; ensuite seulement il les
cernait d'un trait rouge, noir ou blanc et exécutait
les détails intérieurs ainsi que les demi-teintes.
L’organisation d’ensemble en deux registres, divin en haut et terrestre en bas, est identique à
celle de la paroi Sud. Le registre du bas, consacré
aux funérailles, est lui même subdivisé
en deux.
A- LE CINTRE (vue a12)
Il est identique, en symétrie inversée, à
celui de la paroi opposée. Cette fois Anubis est à
droite, toujours avec ses inhabituelles chairs vertes, et
Osiris est à gauche.
B-
LES REGISTRES DU BAS
(vue
a11 et vue
a13)
La lecture de la scène doit se faire en fait depuis
le registre inférieur à gauche où une
femme, tournée vers le cortège, semble l’accueillir
en lui offrant un vase d’onguent. La procession funèbre
se dirige vers l'Occident, en allant d’Anubis vers
Osiris (et donc de la confection de la momie vers la renaissance).
En
tête on trouve quatre porteurs de coffres dont les palanches
n’ont pas été représentées.
Chaque homme porte en principe deux coffres, en fait seuls
six au lieu de huit sont représentés, par manque
de place, en un artifice assez disgracieux (du moins à
ce stade).
Derrière les porteurs de coffres, un groupe difficile
à identifier de pleureuses, en fourreau à
bretelles et perruque tripartite, se retourne vers la suite
du cortège en levant les bras à angle droit.
Faisant face aux pleureuses s'avancent six porteurs d'offrandes.
Le premier tient en mains un vase nou et un vase bes ; les
deux suivants portent chacun un coffret, le quatrième
et le cinquième, un guéridon ou un tabouret
à étrésillons. le dernier, dont la silhouette
est assez abîmée, un sac ou un éventail.
Tous les porteurs de mobilier funéraire de ce registre
sont vêtus de la même manière : pagne court
très simple et perruque courte couvrant les oreilles.
Au registre supérieur, où est représentée
la deuxième partie de la procession, on voit d'abord
huit femmes, pieds joints et serrées dans une robe-fourreau
de style archaïque, dont les gestes des bras sont assez
variés : mains croisées sur la poitrine ;
bras le long du corps; deux bras levés.
Le catafalque vient ensuite. Il est porté par cinq
hommes et précédé de deux bœufs
et d'un bouvier, ce qui signifie qu'à certains moments
du parcours il était halé, mais qu'ici le cortège
emprunte un passage rocailleux ou difficile à franchir,
probablement dans la montagne.
Le catafalque rouge, en forme de naos égyptien, est
posé sur une barque dont la proue et la poupe sont
constituées d'ombelles de papyrus. A l'intérieur,
le cercueil anthropoïde est décoré de bandes
jaunes destinées à recevoir des inscriptions
et le masque est encadré par une perruque verte. Sur
une ligne de sol qui n'a pas encore été tracée,
au-dessus des bœufs et de leur guide, trois pleureuses
constituent un petit sous-registre. Agenouillées, le
buste penché vers l'avant, elles portent les deux mains
au visage.
(vue
a15)
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vue a15
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Cette paroi a été à peine ébauchée
et permet mieux encore que la paroi nord de voir comment
l'artiste travaillait.
Avant d'appliquer les couleurs, il calibrait la paroi et mettait
en place la scène en traçant en blanc sur la
couche de fond jaune quelques lignes d’une esquisse
extrêmement sommaire du sujet.
Sur ces lignes blanches il repassait parfois avec un charbon
de bois.
Après avoir campé les attitudes et les objets,
il appliquait alors les couleurs par masses, de manière
à suggérer le sujet un peu mieux. Il procédait
couleur par couleur et non figure par figure ; ainsi, seuls
le vert et le blanc ont été appliqués
sur cette paroi.
Ce n'est qu'après avoir appliqué toutes les
couleurs de base l'une après l'autre qu'il exécutait
les demi-teintes les contours définitifs et les détails
intérieurs (cf. paroi nord).
Sur deux registres de hauteur inégale on devine deux
couples assis devant une table d'offrandes.
Le couple du bas respire le parfum de fleurs de lotus. En
haut, c'est un homme et une femme, reconnaissables à
leurs vêtements, qui présentent les offrandes
au couple; en bas, c'est un homme seul.
Au registre inférieur, deux robes-chemises semblables
à celle que porte la petite servante sur la paroi
Sud sont esquissées aux pieds du couple; elles indiquent
que l'on comptait représenter à cet endroit
deux jeunes filles ou deux servantes.
Les tables d'offrandes ébauchées sont approvisionnées
de la même manière que sur les autres parois.
La moitié Sud de la paroi est a été peinte
en jaune, mais n'a reçu ni décor ni ébauche
de décor.
| PLAFOND ET FRISES
DÉCORATIVES |
A- Plafond (vue
a16)
Peint sur un fond jaune comme le reste de la tombe, le décor
de la voûte évoque une treille chargée
de fruits.
Dans les carrés d'un damier tracé à
l'ocre rouge et qui représente l'ossature légère
de la charmille, l'artiste a inscrit, avec une alternance
régulière, tantôt une feuille de vigne,
tantôt une grappe de raisin.
Les grappes sont constituées de masses ovales bleues
sur lesquelles des points noirs figurent les grains. Chaque
grappe est pourvue de deux vrilles peintes en rouge, qui
rendent la représentation très naturaliste.
Les feuilles, dont les nervures et les contours dentelés
sont exécutés en noir, sont d'un vert tendre
et divisées en trois lobes, la petite queue qui les
rattache au treillage étant peinte en rouge.
A chaque intersection du damier, une petite croix blanche
matérialise les liens qui fixent l'un à l'autre
les éléments de la tonnelle.
La vigne descend un peu plus bas du côté Ouest
que du côté est, si bien que les frises de khakherou
ne sont pas parfaitement en face l'une de l'autre.
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vue a16
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La représentation de cette vigne domestiquée
est unique dans la nécropole thébaine. Seule
la tombe
de Sennefer, la célèbre "Tombe aux
vignes" (TT 96) possède un plafond comparable,
mais là on a exploité l’irrégularité
du plafond pour représenter une vigne sauvage qui part
de quelques ceps figurés au bas d'un mur et dont les
sarments s'étalent librement sur le plafond en en épousant
toutes les irrégularités. Le rendu des feuilles
est également fort différent dans chacune des
deux tombes.
Le raisin est symboliquement relié à Osiris.
En effet la période des vendanges annonce l’arrivée
de l’Inondation. Or le début de la crue charrie
toujours des matériaux ferrugineux qui donnent une
couleur rougeâtre à l’eau. Les égyptiens
ont eu tôt fait d’assimiler le jus du raisin à
cette inondation et au sang d’Osiris dépecé
par son frère Seth. Chez Sennefer, c’est d’ailleurs
à côté du corps du dieu que naît
le cep qui va grimper vers le haut de son corps pour s’épanouir
sur la voûte.
Le vin produit par la vigne fait d’ailleurs intégralement
partie des substances nécessaires à la renaissance
du défunt : par l’ivresse qu’il engendre
il libère les pulsions sexuelles que le rituel cherche
par tous les moyens à faire réapparaître.
B- Frises
La tombe 340 comporte de nombreuses frises décoratives.
Les
parois cintrées (nord et Sud) ainsi que la porte d'entrée
sont cernées par un motif noir et blanc. Existant depuis
l’ancien empire, ce motif qui dérive d’une
technique particulière de tissage dite "au carton" a ici une largeur inhabituelle.
Les longs côtés de la pièce (est et Ouest)
sont séparés de la voûte par une frise
de khakherou doublée dans le bas par une bande de rectangles
de couleurs connue sous le nom de "baguette égyptienne"
(vue
x3).
Au bas de la paroi Ouest, deux lignes horizontales rouges
indiquent qu'on avait prévu de terminer la paroi
par une bande décorative aux couleurs alternées
comme celles qu'on trouve dans de nombreuses tombes thébaines,
mais elles sont restées à l'état de
préparation.
Sur chacun des longs côtés de la chapelle, une
frise de khakherou sépare le décor des parois
de celui de la voûte.
D'après Mackay, ces khakerous, qu'on ne trouve - en
principe -qu'au sommet des murs, figureraient "des roseaux
ou des tiges d'une autre plante liées ensemble au sommet
et réunies une fois encore juste au-dessus de la base,
puis s'évasant sous ce nœud". La "rondelle" que l'on voit dans le bas de l'ornement serait donc un nœud
rabattu. D'après Petrie il faudrait voir dans le motif
des khakherou un principe de figuration destiné à
rendre l'idée de la jonction d'une paroi verticale
et d'un toit; les rondelles représenteraient la section
des tiges horizontales de papyrus qui forment le toit.
Enfin
la "baguette égyptienne" est constituée
d'une série de petits rectangles de couleurs alternées.
Il sont séparés l'un de l'autre par trois épais
traits verticaux: noir –blanc -noir. Les couleurs des
rectangles eux-mêmes se succèdent dans cet ordre:
bleu-jaune -vert clair -rouge.
C- Quant au décor noir et
rouge des vases représentés sur les
parois Sud et Ouest de la tombe 340 il constitue ce qu'on
appelle le "brown-red-painted style", dérivé
du Moyen Empire et de la Deuxième Période
Intermédiaire, et caractéristique de l'extrême
début de la XVIIIème dynastie. La tombe d'Amenemhat
date donc de cette époque et vraisemblablement de
la période Ahmosis - Amenhotep I.
La tombe d'Amenemhat pourrait être non seulement la
plus ancienne tombe décorée sur le site de
Deir el-Medina, mais encore, avec celle de Tétiky
(TT 15), une des plus anciennes tombes décorées
de toute la nécropole du Nouvel Empire à Thèbes.
| Bibliographie
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Ce
texte est largement inspiré de l’étude
magistrale de Nadine CHERPION qui a accepté
qu’il serve de texte de référence,
qu’elle en soit ici remerciée : "Deux
tombes de la XVIIIème dynastie à Deir
el-Medina" MIFAO 194, 1999. Une bibliographie
extensive y est présentée.
- Nadine CHERPION : "Le cône
d’onguent, gage de survie", BIFAO 94,
1994.
- Nadine CHERPION : "Quelques jalons pour
une histoire de la peinture thébaine",
BSFE 110, 1987.
- Isabelle FRANCO : "Rites et croyances d’éternité", Pygmalion, 1993.
- Christiane DESROCHES-NOBLECOURT : "Amours
et fureurs de la Lointaine. Clé pour la compréhension
des symboles égyptiens, Stock-Pernoud, 1995
- The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, Oxford
University Press, 2002. |
Page réalisée
par Thierry Benderitter
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