Les deux tombes d'Inerkhaou (TT359 et TT299).

04/04/2008

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L'étude du "cas" Inerkhaou s'avère passionnante, car ce personnage, important dans son milieu d'artisans mais n'appartenant en rien à l'aristocratie Égyptienne, a su trouver les moyens de se faire construire non pas seulement une mais deux tombes.

Les tombes de cette dernière période de l'occupation du site de Deir el Medineh sont rarement décorées. Est-ce faute de temps et de moyens appropriés, manque de personnel qualifié, incertitude et trouble politique ou misère croissante de la royauté engendrant celle des ouvriers ? Il semble qu'une décadence progressive ait ralenti, puis presque arrêté l'essor artistique des peintres.
Seuls quelques privilégiés, comme le chef de travaux Inerkhaou et le contremaître Hay (tombe n° 267), contemporain de Ramsès IX, semblent avoir eu assez de fortune ou d'habileté, assez d'autorité et de relations pour se faire décorer de belles tombes en fresques polychromes. Le reste de la corporation des artisans parait s'être contenté de chapelles et de caveaux simplement blanchis au lait de chaux.
Et celà à une période socialement agitée située entre la fin du règne de Ramses III et les débuts de celui de Ramses IV qui vit, entre autres, les premières grèves (connues) de l'histoire, motivées par le non-paiement des salaires par une administration pharaonique à la fois étranglée par le manque de ressources dans le trésor et aussi largement corrompue.

La première tombe d'Inerkhaou est réduite aujourd'hui à son caveau et porte le N° 359 : elle fait partie des rares tombes que le Service des Antiquités n'a pas (encore) fermé. Elle comportait bien sûr aussi une avant-cour, qui s'avère complexe comme nous le verrons, et une chapelle décorée dont il ne reste rien.

La seconde tombe est la TT 299 et c'est elle qui était probablement destinée à Inerkhaou lui-même, TT 359 étant plutôt à vocation familiale. Nous examinerons ce qu'il en reste grâce aux rapports de fouilles de Bernard Bruyère. Ces rapports sont des documents exceptionnels et de première main pour l'étude des deux monuments.


LE PERSONNAGE ET SA FAMILLE

Inerkhaou signifie littéralement : "Onouris est apparu" (Onouris est une inflexion grecque du nom du dieu Iny-Hor); il est né de Hay et de sa femme Ouabet.
Il appartient à une ancienne famille de "supérieur de l'équipe" à la tête des artisans de Deir el Medineh travaillant dans la "Set-Maat" (= la place de vérité, la Vallée des Rois). Ces ouvriers et artisans étaient chargés du creusement et de la décoration des tombes dans la Vallée des Rois et dans celle des Reines.

Inerkhaou fut notamment responsable des travaux conduits dans les tombes royales, principale raison d'être de l'institution qu'il dirigeait, comme le montrent ses titres :
"Supérieur de l'équipe dans la Place de Vérité à l'Ouest de Thèbes"
"Directeur des travaux du Maître du Double Pays"

Dans sa tombe, Inerkhaou est accompagné de son épouse Ouab(et) ("la Pure") et de nombreux enfants. Ouabet porte le titre banal de "maîtresse de maison", mais également de "chanteuse d'Amon", ce qui montre qu'elle avait une fonction dans le temple de Karnak.

Les données généalogiques que l'on possède (Bruyère) apparaissent confuses mais nous apprennent que :
• Houy, propriétaire de la chapelle 361, était le père de Kaha. C'est lui qui a peint le caveau de son arrière petit-fils Inerkhaou.
• Kaha était le grand-père d'Inerkhaou. Il est propriétaire de la chapelle et du caveau n"360, du péristyle orné de stèles et des deux cours qui précèdent le péristyle de la chapelle n° 360 (voir ci dessous).
• Hay était le père d'Inerkhaou. Son nom est mentionné dans les deux tombes TT 359 et TT 299. De manière inexplicable, il ne possède pas de monument funéraire propre dans cet ensemble.
• c'est bien notre Inerkhaou, fils de Hay, qui est propriétaire de ces deux tombes.


COURS DES TOMBES 359, 360 ET 361

Il est en effet nécessaire de considérer cet ensemble familial qui réunit Inerkhaou à ses deux ancêtres.
Il s'agit d'une vaste terrasse de 28 m du Nord au Sud et de 14 m dans sa plus grande profondeur Est-Ouest, élevée artificiellement à l'aide de remblais et surmontant ainsi d'environ 3 à 4 m le niveau du village de Deir el Medineh. Elle était entourée de murs épais, pyramidants, faits de gros blocs rocheux liés par un mortier de chaux et ensuite crépis puis blanchis.

plan coupes et vue frontale reconstitution (Robichon)

La chapelle 360 de Kaha ne subsistait que très partiellement lors de sa découverte car la partie Sud s'était effondrée dans un caveau sous jacent et seuls les murs Nord étaient encore présents sur 0,80 m de haut, ainsi que le naos. Ses dimensions sont estimées à 5,30 m le long de la façade et 3,20 m en profondeur. La naos de la chapelle était surmonté d'une pyramide de 5 m de côté et 7 m de hauteur.
Le caveau de Kaha était décoré de manière bien plus intéressante que celui d'Inerkhaou : un véritable Maître de l'époque de Ramses II avait oeuvré avec un résultat proche du célèbre tombeau d'Ipouy TT 217. Il ne peut pas être détaillé ici pour le moment.
La pyramide de Houy se dressait à droite de celle de son fils Kaha ; elle mesurait 4 m de côté et devait atteindre une hauteur de 5 m. Elle surmontait une salle de 2,30 m de profondeur pour 1,40 m de largeur.

La cour Nord
Au Nord (à droite sur le plan), Kaha a étendu la cour qui se trouvait devant la chapelle de Houy sur une ancienne couche de cendres et de "sébakh" mêlé de paille datant d'une époque plus lointaine. Il y a réalisé un monument funéraire (qui est donc indépendant de sa chapelle) et qui est formé  d'une cour de de 8,25 m X 5 m et un péristyle aussi large que la cour et profond de 2,65 m soutenu par trois piliers de 0,70 m et deux demi-piliers engagés.

La cour du péristyle de Kaha était entourée de murs au Nord comme au Sud avec porte de communication vers la cour de Houy. A l'Est, un mur-pylône, plus élevé et plus épais, encadrait l'entrée principale ce qui explique l'avancée de ce mur par rapport à celui des deux autres cours, car le dernier état du mausolée de Kaha comportait la fusion, en un seul ensemble, des trois cours et des façades des trois chapelles.

La paroi du fond de ce péristyle était ornée de deux grandes stèles en calcaire gravées et peintes et était percée de deux portes.
* Celle du Sud s'ouvre sur une petite salle de 1,60 m X 1,80 m qui semble avoir été une chapelle et dont les murs de briques, sans doute décorés de fresques ou de bas-reliefs, n'existent presque plus.
* Celle du Nord s'ouvre sur un escalier qui montait d'abord vers l'Ouest et tournait ensuite à angle droit vers le Nord pour déboucher à l'extérieur du monument sur le chemin de la nécropole qui allait du village vers les Vallées des Rois et des Reines. Il passait ainsi au pied de la cour en terrasse de la concession funéraire de Sennedjem TT1.
Entre les deux portes et en arrière des stèles de Kaha on se serait attendu à trouver une chapelle centrale ayant été le but principal de la construction de tout le monument. En réalité cet espace n'était (plus?) lors de la découverte qu'un massif plein au milieu duquel s'enfonce un puits funéraire de briques qui descend au caveau n°359 d'Inerkhaou

Pourquoi Inerkhaou possède-t-il deux tombes ?
L'usage des tombeaux de famille à Deir el Médineh remonte à la fin de la XVIIIème dynastie, mais se heurte à cette époque à un problème de place : la colline n'est pas extensible et l'accroissement considérable de certaines familles entraîne une difficulté pour le placement des nouvelles momies dans un sous-sol aux limites fixées par le voisinage.

On peut supposer que l'accession à une importante fonction comme celle de chef de travaux, si elle ne donnait pas droit à un mausolée spécial, fournissait à la vanité du nouvel élu une raison suffisante pour s'arroger cette prérogative et que, de fait, tout chef de travaux s’empressait dès sa nomination de s'attribuer une seconde tombe.

Pour ces motifs, Inerkhaou, membre d'une famille nombreuse qui comptait déjà plusieurs chefs de travaux, aurait d'abord creusé et décoré le caveau n° 359 au Nord de la tombe de ses ancêtres Houy et Kaha , puis aurait, après son élévation hiérarchique, créé à son usage personnel la grande tombe TT 299, tandis que l'ensemble formé par les trois tombes 359-360-361 était destiné aux autres membres de la famille.
Bruyère a d'ailleurs retrouvé les restes calcinés de la cuve de bois de Ouab(et), l'épouse d'Inerkhaou, dans le caveau N°360 de l'ancêtre Houy.

Pourquoi Kaha a T'IL une chapelle séparée de sa cour à péristyle ?
Il existe un principe religieux qui place toujours Horus à la gauche de son père Osiris quand ce couple de dieux fait face au soleil levant, et ceci commande aux mortels de placer la chapelle tombale du fils à la gauche de celle du père quand ces chapelles regardent l'orient.
A Deir el Médineh la recherche d'une telle situation est constante et souvent réalisée au prix de remaniements des plans conçus par les générations antérieures.
Il se pourrait que Kaha , qui avait déjà sa chapelle n° 360 au Sud, c'est-à-dire à la droite de la pyramide n° 361 de son père Houy, ait voulu se conformer aux règles de préséance divine et funéraire, en créant à gauche de la tombe paternelle une fausse façade de chapelle : ce péristyle orné de stèles, ne s'ouvre sur rien mais dresse un portique majestueux au fond d'une vaste cour.

Cette hypothèse implique forcément que la place était déjà occupée par Inerkhaou et que, d'accord avec celui-ci, Kaha aurait rasé toutes les superstructures du tombeau de son descendant ne lui laissant qu'un accès au caveau en arrière du péristyle.
Ainsi se serait trouvé résolu ce problème rituel selon les coutumes de la communauté, Kaha et Inerkhaou se trouvant tous deux à gauche de leur ancêtre Houy...
La disparition de sa chapelle propre pourrait être une raison supplémentaire de poids qui aurait alors conduit Inerkhaou à se faire creuser sa nouvelle tombe TT 299 à part.



LE CAVEAU 359 : ARCHITECTURE


La fouille du sous-sol de la région du péristyle a fait retrouver à l'angle nord-est de la pyramide N° 361 un ancien puits de la XVIIIème dynastie de 4,85 m de profondeur qui desservait a l'Ouest une caverne longue et basse. Elle communiquait par une brèche de son côté occidental avec la partie inférieure du puits N° 359, débouchant juste en face de la porte du premier caveau d'Inerkhaou.

Toutefois le véritable accès à la sépulture se faisait par un puits vertical d'environ 4.50 m de profondeur. Un petit couloir voûté débouchait sur deux salles disposées en équerre.

La comparaison de l'état actuel du monument avec les planches de Richard Lepsius (milieu XIXème siècle) montre tout ce qui a été perdu depuis.
La première salle (caveau F), orientée Sud-Ouest / Nord-Est est longue de 4,70 m et large de 2,05 m. Le sommet de sa voûte atteint une hauteur de 2 m. La paroi Sud est creusée d'une niche (annexe) qui occupe toute la longueur. Dans l'angle Nord-Ouest, une descenderie de quatre marches permet d'accéder à une seconde pièce (caveau G), orientée Sud-Est / Nord-0uest, longue de 4,85 m et large de 2,30 m. Son plafond voûté culmine à 2, 17m du sol.
Des vues en section montrent mieux l'agencement souterrain.

Creusées dans le rocher, les deux salles constituant le caveau d'Inerkhaou étaient cependant tapissées de briques crues elles-mêmes recouvertes d'un enduit de limon mélangé à une poudre jaune pulvérulente qui se dépose après les pluies et qui servait de liant. Puis on a badigeonné par-dessus un crépi de plâtre. Enfin les représentations ont été appliquées en polychromie sur le fond jaune typique de l'époque.

LES DÉCORS - GÉNÉRALITÉS

Le monument se distingue par plusieurs particularités originales: bonne qualité d'exécution des peintures, plafonds peints du premier caveau, vignettes funéraires rarement attestées, textes littéraires ou religieux, et une disposition originale des décors (essentiellement extraits du Livre des Morts), qui peuvent être analysés comme un parcours cohérent à travers les conceptions égyptiennes de l'Au-delà à la fin du Nouvel Empire.

La mode de décorer les tombes à Deir el Médineh prit naissance sous le règne de Sety I et perdura pendant toute la XIXème dynastie, pour atteindre son plus grand développement sous le long règne de Ramsès II.
Elle perdura sous la XXème dynastie au moins jusqu'au règne de Ramsès IV et peut-être cessa-t-elle avec les derniers Ramessides, en tous cas nous n'en avons plus aucun témoignage pour cette époque.

Il faut se rappeler que nous avons affaire ici à un caveau, donc à la partie souterraine de la tombe, dont l'accès était interdit après les funérailles. Son décor est uniquement destiné au défunt et ne comporte que des scènes du registre funéraire. Aucun élément de la vie sociale du mort n'est ici figuré : ils étaient représentés dans la chapelle de surface, mais dans le cas d'Inerkhaou celle ci a disparu.

La répartition des tableaux répond à une certaine cohérence qui
se marque d'abord dans la distribution "verticale" des scènes.
Le registre inférieur est occupé par les représentations des rites accomplis par la famille des défunts.
Les registres supérieurs contiennent des vignettes extraites des livres funéraires.
Les soubassements des deux pièces sont ornés du motif d'une enceinte à redans, façon de délimiter l'espace consacré du monument religieux qu'est la tombe.

Le décor du premier caveau est centré sur l'arrivée des défunts dans le monde de l'Au-delà. Ouabet y joue un rôle important. Ce rôle est beaucoup plus discret dans le second caveau qui représente surtout la vie dans l'Au-delà.

Il semble que le décor a été établi de telle sorte que les parois situées sur la droite, lorsqu'on se dirige de l'entrée du premier caveau vers le fond du second, privilégient les rites d'accueil et de transformation jusqu'au moment où Inerkhaou se présente face à Osiris et Ptah au fond du second caveau.
Les parois opposées mettent en exergue, depuis le fond du second caveau jusqu'au mur occidental du premier tant les transformations que l'accès à une vie nouvelle, dont les manifestations extérieures sont l'objet des figurations de la paroi Sud-Ouest du caveau F.
Il en résulte un mouvement cyclique, en sens inverse de celui des aiguilles d'une montre, conduisant les défunts du stade de simples mortels à une assimilation complète aux Imakhous (= privilégiés, bienheureux, favorisés...) dans la nécropole et dans l'Au-delà.

On remarquera l'absence totale à cette époque d'évocation des funérailles dans le caveau : pas de procession funéraire, pas de scène de déploration, pas de banquet funéraire...

Vous pouvez consulter l'ensemble des textes de la tombe relevés par Richard Lepsius [§108]  


L'ENTRÉE

La porte d'entrée extérieure du premier caveau qui mesurait 1,20m de hauteur et 0,72 m de largeur était fermée par un vantail de bois encastré dans une huisserie en pierre calcaire gravée et peinte.
Le linteau a disparu, mais les jambages verticaux dont une partie est encore en place sur le coté sud ont été retrouvés presque entièrement. Ils portent deux colonnes de hiéroglyphes en creux peints en bleu sur fond d'ocre jaune. Le jambage Sud porte une demande d'offrande à Ptah-Sokar-Osiris ainsi qu'à la déesse cobra de la cime Meretseger, tandis que sur le jambage Nord cette demande est faite à Osiris et Anubis.

LE CAVEAU F


Vue de l'entrée et
du mur Sud-Ouest
Le versant interne de la porte mesure 1,47 m de haut seulement et fait suite à un couloir ogival peint en blanc de 0,95 m de long.
Sous les protecteurs traditionnels de la nécropole et de ses ouvriers, la reine Ahmes-Nefertari et le Pharaon Amenhotep I (divinisés), Inerkhaou et son épouse sont accueillis dans la nécropole par la déesse Hathor.
En effet, immédiatement à main gauche en entrant, sur le registre supérieur de la banquette que constitue la paroi Sud-Ouest, nous trouvons Inerkhaou et sa femme agenouillés en adoration devant ce qui reste de la vache Hathor qui sort de la montagne de l'Ouest. La déesse va les accueillir dans son sein pour leur permettre, au terme d'une nouvelle gestation mystique, de réapparaître hors de la montagne qui leur sert de sépulture (Bruyère pl VII).

Accompagné d'un de ses fils, Inerkhaou fait ensuite face aux dieux Ptah et Osiris, dont les représentations répondent à celles des souverains divinisés sur le mur opposé.
Le sol du caveau était damé et stuqué et au moment de l'ouverture était recouvert d'une épaisse couche de débris de mobilier funéraire et de restes de momies.

Plafonds

Les premiers pillards après être descendu par le puits, se sont introduit dans la tombe en perçant le plafond voûté du premier caveau (Bruyère pl V).
Les plafonds de ce premier caveau sont particulièrement bien réalisés et frappent le visiteur par leur beauté et leur originalité dès qu'il pénètre dans la pièce.
La voûte est ainsi divisée en huit caissons par trois bandes longitudinales et quatre bandes transversales couvertes d'inscriptions. L'artiste a voulu imiter par ce dispositif, et dans les motifs qui remplissent les caissons, les tapis ou nattes qui servaient de toit pour les dais et les "cabines" qui abritaient les hauts personnages sur les bateaux sillonnant le Nil.

 

Tous les caissons sont délimités en périphérie par une bande rouge et blanche. A l'intérieur, ils sont cerclés d'une frise de khakérous rudimentaires bleus et verts, interrompue au milieu de chaque ligne par d'autres khakérous jaunes et rouges.
Les motifs sont variés, avec des image en rosettes encadrant des têtes de bétail (ou Bucranes) coiffés d'un disque solaire entre les cornes (vue 47). Rappelons que ces figurations de bovidés existaient déjà dans certains mastabas de l'Ancien Empire. Ce motif est ici traité selon une inspiration nettement crétoise dont témoigne la forme des vagues déferlantes, et non hathorique comme on le lit parfois.
D'autres motifs combinent les rosaces et les vagues avec une banderole où sont inscrits les noms des défunts. D'autres imitent une treille avec feuilles et grappes ou bien font alterner des alignements de rosaces et de volutes ou enfin présentent en rectangle des rangées de fleurettes multicolores.
Tous les textes comportent une invocation au dieu Ra dans sa forme Amon-Ra, Ra-Hor-akhty ou Harmakis (forme Grecque de l'Égyptien Hor-em-akhet, Horus-de-l'horizon ; pour mémoire, la représentation la plus célèbre de ce dernier est le grand sphinx de Guiza). La bande centrale présente une formule d'offrandes de type "hetep-di-nesou" traditionnelle où le défunt invoque Amon-Ra. La première bande transversale, côté Est, est une formule d'adoration à Ra pour son lever quotidien dans le Double Horizon, tandis que côté Ouest, Ra est invoqué à son coucher dans le Double Horizon.

Paroi Sud-Ouest

•  Cette paroi est pleine à sa partie inférieure sur 0,80 m de hauteur, ensuite elle s'enfonce de 0,95 m en forme de placard couvert d’une demi-voûte (vue 54). Des chambranles verticaux en bois débordant extérieurement de 0,15 m et intérieurement de 0,40 m l'encadraient à droite et à gauche (vue 02bis).
Un tympan en briques crues était engagé dans chacun des murs latéraux et soutenu en son centre par une poutre de bois verticale. Sur ce dernier était peint une représentation de la déesse Isis qui devait être très semblable à son homologue Nephtys que l'on trouve sur le tympan du mur d'en face.
Le vol de de la poutre en bois a entraîné l'effondrement du tympan. Elle a été remplacée de nos jours par une fausse poutre en briques crues. Le tympan n'a pas été remplacé.
Quel pouvait être l'usage de ce dispositif inhabituel ? Peut être y avait-on entassé une partie des offrandes le jour des funérailles ? Où bien pensait-on déposer ici le cercueil de Ouabet après son décès ?

•  La partie basse du mur montre deux images superposées du défunt et de sa femme à genoux rendant hommage à ceux qui les accueillent dans le monde souterrain : d'une part la déesse Hathor sous forme d'une vache sortant de la montagne de l'Occident ; d'autre part sept divinités momiformes accroupies tenant les couteaux des gardiens de portes du monde souterrain qui sont là à la fois pour les éprouver et pour les protéger quand ils auront été reconnus purs (vue 07, Bruyère pl VII).

•  La niche contient à main droite une représentation d'Inerkhaou, suivi de son épouse Ouabet, tous deux agenouillés, les bras levés en avant en signe d'adoration.
L'œil du défunt est largement trop grand et on distingue, sur sa joue et son menton, une barbe naissante, détail rare dans la peinture thébaine qu'il faut interpréter comme un signe de deuil.
Son bras droit se termine par une main gauche, comme chez sa femme (vue 46). Cette substitution est fréquente dans l'art égyptien et résulte de la volonté des artistes de figurer les éléments du corps humain d'une façon immédiatement identifiable pour le spectateur : une main droite (dont le pouce aurait donc été caché) n'aurait sans doute pas répondu au schéma d'identification attendu.

•  Le fond de la niche, dans le recoin Sud-Ouest, comporte un chacal couché sur un mastaba, cravaté de rouge, tenant le sceptre Sekhem entre les pattes antérieures et le flagellum entre les pattes postérieures (vue 05bis, vue 64). Il s'agit d'un avatar d'Anubis veillant sur la nécropole.

Paroi Sud-Est

Sur toute la hauteur de la paroi prend place une scène exceptionnelle, hélas largement perdue aujourd'hui. Heureusement, nous possédons la copie qu'avait effectuée Lepsius et qui nous permet de la reconstituer.
Elle est entièrement consacrée au culte des grands rois et reines enterrés à Thèbes - et donc osirifiés- par Inerkhaou qui joue ici le rôle du prêtre funéraire Sem. Sur la paroi opposée, nous le retrouverons presque identique célèbrant le culte d'Osiris. Les deux scènes se répondent donc.


Le défunt et son épouse se présentent face à vingt personnages royaux divinisés, répartis sur deux registres, devant lesquels Inerkhaou accomplit une fumigation à l'aide d'un long encensoir (vue 5, vue 58). Il est vêtu de la peau de panthère des prêtres-sem par dessus une longue tunique blanche frangée et il est suivi de son épouse elle-même en grande tenue. Le couple occupe toute la hauteur du registre.

Les noms des personnages sont parfois difficiles à reconstituer (lacunes, erreurs du scribe, homonymies).
•  Sur le rang du haut se trouvent trois rois et sept reines. Les deux premiers sont Amenophis I et Ahmose, respectivement second et premier roi de la XVIIIème Dynastie. Le dernier personnage est le prince Sa-pa-iry qui se distingue par l'absence de cartouche et d'uraues, la natte roulée des enfants royaux et une courte barbe.

•  Le rang du bas est constitué de sept rois, un prince et par la reine Ahmes-Nefertari représentée avec la peau noire (alors qu'elle n'était probablement pas Nubienne) : patronne avec son fils Amenhotep I de la nécropole thébaine et de ses artisans, elle est comme le limon noir du Nil -et la momie- promesse de régénération. Elle est suivie par Men-pehety-Ra (Ramsès I, XIX ème Dynastie) puis Neb-hepet-Ra (Montouhotep, XIème Dynastie). Le prince porte une perruque différente de celle des rois, sa main gauche tient la tige d'un lotus dont la fleur s'ouvre devant son visage tandis que la main droite posée sur la cuisse tient un signe Ankh.

•  Les souverains sont tous habillés de la même façon, avec un suaire blanc osirien et portent les attributs de la royauté : uraeus au front, sceptre Heqa et flagellum en mains. Ils portent une barbe longue non recourbée et ont un large collier Ousekh autour du cou. Ils ont finalement l'attitude et le costume de Sokaris. Ils ne sont distingués que par leurs noms dans un cartouche.
Il en est de même pour les reines, toutes coiffées de l'archaïque dépouille de vautour, attribut des déesses et des reines depuis la IVème Dynastie. Elles portent le diadème à corniche des Isis-mères, le collier Ousekh, la ceinture à bouts flottants et elles représentent finalement une image d'Hathor.

•  Tous ces personnages sont assis sur un trône cubique bas qui repose sur un socle, ce qui nous indique qu'il ne s'agit pas des personnages eux-mêmes, mais de leurs statues. Celle de la reine Ahmes Nefertari était peut être recouverte de bitume, nouvelle explication possible à sa couleur noire (qui n'exclut nullement les autres).
Dès lors, on peut interpréter cette liste comme celle des bénéficiaires d'un "temple de millions d'années" encore en fonction à l'époque d'Inerkhaou (JL Chappaz).

•   Derrière cette scène, au rang du bas, nous trouvons une représentation très intéressante car exceptionnelle : le peintre Houy, ancêtre d'Inerkhaou, se tient accroupi sur une estrade, calame et palette en mains. Houy est donc sans doute l'auteur des décorations des tombes 359 et 360. Nous sommes donc probablement ici devant une des exceptionnelles décorations "signée" des tombes thébaines. Aujourd'hui seul persiste le bas du corps et les pieds, montrant que l'attitude elle même du sujet est inhabituelle (vue 9bis).

Paroi Nord-Ouest

La paroi est organisée en deux registres superposés.
On peut en avoir un aperçu en deux clichés : vers la gauche (vue 56bis) et vers la droite (vue 60bis).
Dans les scènes inférieures, le couple défunt est l'objet des hommages de leurs proches dans le cadre du culte funéraire (vue 6). Assis sur d'élégantes chaises à dossier, dont les pieds ont la forme de pattes de lion, ils reçoivent des fleurs et des colliers, bénéficient de purifications au moyen de libations ou de fumigations; des aliments leur sont consacrés.

Registre supérieur
À l'exception de la scène finale, qui enjambe l'angle de la paroi, les défunts sont représentés le dos vers le fond du caveau, c'est-à-dire tournés vers l'extérieur.

À gauche, Inerkhaou est figuré seul, assis sur une chaise (vue 7). Il a pris place dans une barque légère dont la proue et la poupe ont la forme d'un bouton de lotus. Sur la coque est peint, de part et d'autre du siège, un œil-oudjat, signe d'intégrité corporelle et promesse de santé. Une paire de rames et ses piquets supports, tous terminés par une tête de faucon, indiquent le sens de la navigation.
Le défunt, vêtu du costume civil de la XIXème dynastie, porte au cou un collier de perles multicolores et une banderole de fleurs et feuillages naturels. Un bandeau frontal orne sa perruque demi-longue. Il a la barbe courte et carrée.
Le détail le plus intéressant de la scène est le geste de cet homme : il écarte ses bras en croix pour déployer une grande pièce d'étoffe blanche derrière ses épaules, image rare pour laquelle l'égyptologie ne propose guère d'explication satisfaisante (vue 35 et vue 33).

[J'en ai une à proposer. Cette image m'a rappelé une des représentation de la tombe anonyme TT175, publiée par Lise Manniche. On y voit deux embarcations, en rapport avec le voyage aller et retour pour le rituel pélerinage en Abydos.
A la proue du premier bateau, le jeune marin fait exactement le même geste qu'Inerkhaou. Je suggère qu'il s'agit d'un signal visuel pour indiquer à des personnes à terre que le bateau s'apprête à accoster. Ce signal peut également indiquer la manoeuvre en cours à d'autres esquifs, évitant ainsi les collisions. / T.B.]


La scène suivante, abîmée par une tentative d'arrachage du texte, représente le défunt assis sur une chaise à pieds de lion reposant sur une natte (vue 31). Il tient le sekhem sur sa poitrine et tend la main gauche vers un guéridon chargé de trois gerbes d'oignons et de deux bouquets de lotus. Son costume civil est différent du précédent par le collier et la perruque seulement. Le texte qui surmonte le guéridon est de nature religieuse: les deux sœurs, Isis et Nephthys, se lamentent sur la mort d'Osiris (vue 29).

Ensuite, après un long texte en 11 colonnes, une autre scène, également détériorée par l'enlèvement des visages des personnages et des oiseaux-Ba placés devant eux, représente le défunt et sa femme, en longues robes blanches, assis sur des chaises à pieds de lion. Un kiosque fait de nattes les abrite et repose sur une autre natte (vue 8bis et vue 60bis).
Devant le kiosque un guéridon léger, table à jeux dont la face supérieure est probablement décorée en échiquier, supporte les neufs pièces du jeu de senet ou de menhet, composées de cinq blanches, trois bleues et une rouge, toutes de la même forme haute (boule ou anneau monté sur pied conique) mais de tailles différentes.
Probablement il ne faut voir dans l'inégalité de taille des pièces qu'un défaut d'exécution et non pas un effet de perspective ou la copie d'une différence véritable.
Le défunt avance la main droite pour prendre une pièce, tandis que son épouse fait le geste d'imposition en étendant la main droite vers le jeu.
Il ne reste des deux oiseaux-Ba vus par Lepsius, que la base du mastaba sur lequel ils étaient juchés juste au-dessus de l'échiquier.
Les 11 lignes de texte donnent la marche du jeu sous une forme mythologique.

Nous trouvons ensuite une large lacune  résultant d'une tentative d'arrachage. Elle a fait disparaître la procession de parents (et notamment les enfants) qui suivaient le couple, tous tournés vers le fond du caveau.

Registre inférieur
Ce registre est entièrement consacré à l'offrande funéraire faite au défunt et à son épouse par les membres de la famille.


Paroi Nord-Ouest, registre inférieur

Il est assimilable aux scènes de banquets funéraires qu'on voit dans d'autres tombes. Il fournit le prétexte d'un exposé généalogique indispensable à la continuité de l'offrande aux morts par les générations successives. Il s'agit aussi d'un moyen magique pour pallier à d'éventuelles -et inéluctables, les Égyptiens le savaient bien- déficiences des jeunes générations.

Il se compose de trois tableaux successifs dans lesquels le couple assis d’Inerkhaou et de sa femme reçoit sous ses différentes formes le culte funéraire.
Du Sud au Nord on voit :
1)- Inerkhaou, vêtu du costume civil de la XIXème Dynastie, a le front orné d'un bandeau, la poitrine couverte d'un collier ousekh et d'une guirlande de feuillages, les pieds chaussés de sandales à pointe recourbée. La main gauche tenant le sekhem reçoit des présents : vases de parfums égéens, guirlandes de feuilles de saule, bouquets de lotus, apportés par un couple en costume plus simple. L'épouse du défunt fait le geste d'embrassement et d'imposition. Les récipiendaires de l'offrande font face au Sud (théorique) et sont, par conséquent orientés comme Osiris devait l’être et comme ils le seraient sur une stèle, puisque le culte des ancêtres remonte des mortels aux dieux.
Remarquons qu'on ne trouve dans la tombe d'Inerkhaou aucune représentation du cône d'offrandes si fréquemment figuré ailleurs, et dont la nature réelle ou symbolique reste débattue.

2)- Inerkhaou et son épouse, toujours en habits de fête, sont assis devant un guéridon supportant un chargement de fruits de perséa. L'homme prend un de ces fruits, la femme tient un oiseau, pigeon ou huppe.
Trois hommes au crâne rasé, au torse nu barré d'un baudrier de porteurs de barque sacrée, à la jupe longue et plissée, au collier ousekh, font une libation devant leurs parents ou les statues de ceux-ci. Le premier des trois officiants est vêtu de la peau de panthère et se sert de trois aiguières tandis que les autres emploient seulement une aiguière et un encensoir pour la fumigation.

3)- Le couple Inerkhaou en vêtements identiques à ceux des deux autres scènes est en grande partie détruit. Il siégeait devant un autel bipode supportant des pains ronds, des oignons et une jambe antérieure de bovidé ou d'antilope. Un couple s'avance vers lui, l'homme tenant une aiguière et un encensoir, la femme offrant une corbeille de raisins. Remarquons les jambes d'un enfant devant le couple. Un pan de paroi incluant poitrine et tête couplées à celles d'Inerkhaou, a été volé, et se trouve maintenant au British Museum.

4)- Dans la lacune qui suit se trouvait une scène autrefois vue par Lepsius montrant Inerkhaou assis devant une table d'offrandes et auquel son fils faisait libation.

5)- Les textes d'accompagnement révèlent le nom du père d'Inerkhaou et de son grand-père, respectivement Hay et Kaha . Ce dernier possède comme on l'a vu son caveau funéraire TT360 juste à côté. Nous apprenons également qu'un des fils s'appelle lui même Inerkhaou, surnommé Aryou.

L'angle Nord-Ouest
A ce niveau s'ouvre l'ouverture rectangulaire qui descend vers le caveau G. Au dessus, la fin de la paroi comporte une image résiduelle d'Inerkhaou suivi de Ouabet. Le défunt reste heureusement bien préservé, et la réalisation artistique est de grande qualité. Il est debout, crâne rasé, tourné donc vers le fond du caveau car il présente à Osiris une offrande de canards en train de rôtir sur deux autels portatifs (vue 10bis et vue 10ter). Ouabet, elle, n'a pas eu la même chance et son effigie a presque disparu.
Le dieu Osiris auquel le couple rendait hommage se trouvait initialement sur la paroi Nord-Est qui est en fait une prolongation de la paroi que nous venons de décrire.

Paroi Nord-Est

Il s'agissait certainement à l'origine de la paroi la plus importante du premier caveau. Aujourd'hui toute la partie basse et médiane qui abritait Osiris sous son dai a disparue (vue 7bis).
Il ne persiste plus qu'une partie du tympan du haut où l'on reconnaît la déesse Nephtys, ailes protectrices déployées, accroupie sur une frise d'uraei qui séparait le tympan du reste de la paroi. Son visage est entouré de deux yeux Oudjat, symboles de reconstitution pleine et entière. Ce tympan était le pendant d'un homologue situé sur le mur d'en face et qui représentait Isis.

La paroi comporte dans l'angle Nord-Est une porte basse qui donne dans une caverne "H" étroite, grossière et basse de plafond, destinée sans doute à recevoir d'abord le mobilier céramique et le surplus des couffins de lingeries, et plus tard les cercueils des membres de la famille. Elle a servi aux pillards modernes de lieu de triage : ils y avaient entassé de nombreuses momies. L'encadrement de cette porte était peint en blanc et supportait du texte (vue 9bis).

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