PAGE 1 | PAGE 2

Avant de commencer cette description, nous vous invitons à lire l'article général sur le village de Deir el-Medineh et la communauté des artisans travaillant à la tombe royale ; certaines généralités ne seront pas reprises ci-dessous.
Seules les planches de la tombe TT6 ont été publiées par H. Wild (cf bibliographie), le tome I, qui aurait dû comporter les textes et la description n'est jamais paru. Nous nous sommes basés essentiellement sur ces planches et sur le Porter & Moss pour cette présentation.

TT6 est une sépulture familiale qui date clairement de l'époque de Ramsès II (Hofmann) : Neferhotep (I) et Nebnefer sont père et fils, et ils se sont succédé au poste de contremaître ("Grand de l'équipe") du côté droit, poste que leurs descendants ont continué à occuper pendant la plus grande partie de la XIXe dynastie, faisant de cette famille une des plus influentes de Deir el-Medineh. En témoigne la sépulture TT216, mitoyenne de la TT6, qui est celle d'un autre Neferhotep(II), fils de Nebnefer et petit-fils de Neferhotep (I), qui est la plus vaste et la mieux située de la nécropole de Deir el-Medineh.
Rappelons que le travail dans la tombe royale était fait parallèlement par deux équipes, une pour le côté droit et une pour le côté gauche ; il y avait donc deux contremaîtres qui exerçaient leur autorité en même temps (et deux seulement), un pour chaque côté.
Les monuments écrits sont très rares pour Neferhotep (I), à signaler une table d'offrandes à son nom retrouvée par Bruyère dans la cour de la tombe TT 216. Cette table évoque "[...] Neferhotep, contremaître du seigneur du Double Pays Djeserkheper[ourê-setepenrê]". Notre homme était donc en poste sous Horemheb, probablement à partir de l'an 7 du règne et il y est resté au moins jusqu'à l'an 5 de Ramsès II. Il apparaît, avec son épouse Iyemouaou, dans la chapelle du scribe Ramose TT250.

 Les personnages 

1)-Neferhotep

Aucune tombe appartenant en propre à Neferhotep n'a été découverte, et il faut donc suivre Cerny lorsqu'il suggère qu'il a été enterré dans la tombe TT6, avec l'un de ses fils et successeur Nebnefer.
On ne lui connaît qu'une épouse Iyemouaou, qui lui a donné plusieurs enfants. Tous les enfants de Neferhotep ne sont pas restés au village : Nakhy est "Scribe de l'armée du seigneur du Double-Pays, officier de la charrerie de Sa Majesté " ; Mes est "Officier supérieur des transports de Sa Majesté et portier du temple d'Ousermaatrê-Setepenrê (Ramsès II)" ; on connaît au moins un quatrième fils du nom de Touro et une fille, Touya.
Les contremaîtres (ou chefs d'équipes) ont une position sociale très importante, sans doute supérieure à celle des scribes : ils sont à la fois membres de l'équipe de la tombe et en dehors d'elle. Ils sont censés superviser et coordonner le travail des ouvriers, à la manière d'un Raïs sur un chantier de fouilles actuel. Ce sont eux qui représentent l'équipe devant les autorités supérieures. Ils doivent également arbitrer les différends et litiges et ce sont les principaux personnages du tribunal de la confrérie, qu'ils président ; ils servent de témoin pour les serments et les transactions. Ils sont présents lors des processions divines. Ils sont également responsables des outils et fournitures nécessaires au travail dans la tombe royale. Ils sont habituellement désignés par le titre "Grand de l'équipe" ou "chef de l'équipe".
Neferhotep, chef de l'équipe de droite de la tombe a eu pour collègues à la tête de l'équipe de gauche Baki puis Pached. Il était contemporain de l'ouvrier Sennedjem, possesseur de la célèbre tombe TT1 retrouvée intacte ; nous reverrons plus bas en quoi cette simultanéité se révèle intéressante.

2)- Nebnefer
C'est le fils de Neferhotep et de Iyemouaou. Son épouse se nomme Iy, fille de la dame Isis. Tous deux sont représentés dans la tombe TT250 de Ramose, tandis que Nebnefer seul est présent dans la procession funéraire de Kasa (et Penboui) dans la chapelle TT10.
Nebnefer est resté en fonction de l'an 5 jusqu'à l'an 30 / 40 de Ramsès II tandis que Paser puis Khay occupaient le poste de vizir. Il a peut-être côtoyé le contremaître du côté gauche Pached (le même que son père), mais surtout Kaha et, peut-être, Ankherkhaouy.

Parmi les enfants du couple, citons Neferhotep (II), Henoutmehyt et Iyemouaou. Neferhotep (II), qui succède à son père aux alentours de l'an 40 du règne de Ramsès II, se fera aménager la plus grande tombe de Deir el-Medineh, la TT216, qui jouxte au sud la tombe TT6 de son père et de son grand-père. L'endroit est idéalement placé : au sommet de la colline qui surplombe le village à l'ouest, avec une vue sur l'ensemble du site et, vers le nord, sur le Ramesseum, le Temple de Millions d'Années de Ramsès II ( vue tb).

Les inscriptions de la tombe ont une répartition duelle : celles de la moitié droite concernent Nebnefer, qui est le récipiendaire des offrandes (ce qui n'empêche pas que son père Neferhotep soit mentionné plusieurs fois). Les inscriptions plus spécifiquement destinées à Neferhotep occupent les parois du côté gauche. Cette division existe aussi pour les inscriptions du plafond.

 Les aménagements extérieurs 

Comme le montre l'image ci-contre, la tombe TT6 est précédée d'une cour rectangulaire mitoyenne de la cour de la TT216 appartenant à Neferhotep (II), petit-fils de Neferhotep (I) et fils de Nebnefer. Au centre de cette cour s'ouvre le puits funéraire qui conduit à la chambre funéraire, que nous nous évoquerons brièvement à la fin de la page 2.
Un pyramidion ayant été retrouvé, on sait qu'une petite pyramide surplombait l'entrée de la chapelle.
La façade d'origine, taillée dans la mauvaise roche de la colline, comportait deux stèles dont on voit encore les emplacements (marqués par des pointes de flèches sur l'image).
On entrait dans le monument par un corridor aujourd'hui effondré, dont ne persistent que deux petits fragments, l'un avec un bout de plafond et quelques hiéroglyphes formant le nom de Neferhotep ( vue tb_1708), l'autre avec des jarres, des amphores et un naos (vue de droite).
L'entrée dans la tombe se fait de nos jours au niveau de la salle principale, transversale, par le passage qui faisait initialement communiquer cette salle et le corridor ( vue tb_1702)

 Salle transversale 

Dès l'entrée on voit que la tombe est très abimée, mais ce qui a survécu est de belle qualité.

Plafond et frise

Le plafond est divisé en caissons par des bandes jaunes délimitées par un ou deux traits rouges et portant des hiéroglyphes bleus. Les motifs sont divers, en cercles, en rosaces, foliacés... ( vue tb_1728, vue tb_1727, vue tb_1726).
En haut de tous les murs court une frise. Elle est constituée par un fond rouge sur lequel se détache la tête à oreilles de vache de la déesse Hathor, surmontant un panier tressé. La frise est séparée des scènes sous-jacentes par la classique bande formée par la juxtaposition de motifs rectangulaires colorés.
Les parois ont été recouvertes d'un enduit épais de limon qui a été peint en blanc. Comme c'est souvent le cas à l'époque ramesside, la même scène n'est plus rigidement limitée à une paroi, mais peut se prolonger sur la paroi adjacente.

Côté gauche (sud)

1)- Paroi sud-est

a)- Registre supérieur
( vue Wild, pl 5) Il est presque détruit en totalité ; à l'extrême droite, on trouve un homme en adoration devant le signe du Ka, continuant ainsi une scène du mur sud-ouest.

b)- Registre médian
( vue Wild, pl 7) Un couple assis reçoit l'hommage de quatre femmes et quatre hommes (ces derniers ont disparu). Les femmes sont vêtues d'une grande tunique frangée, à manches bouffantes et portent un large collier. Celle qui se trouve le plus à droite est la mieux conservée ; elle tient d'une main une grande tige de papyrus et de l'autre un panier ou un sac. Ce panier est un peu mieux vu sur la femme qui la précède ( vue tb_1723_01) : il semble divisé en quatre parties contenant des objets ronds : il s'agit d'une manière de représenter différents fruits (?) destinés aux défunts ; on rencontre parfois un cloisonnement analogue dans des paniers posés sur des tables.

c)- Registre inférieur
( vue Wild, pl 8, vue tb_1724) La scène est très abimée : on reconnaît à peine du côté gauche ce qui reste de trois couples assis et des deux ou trois hommes qui leur rendaient hommage, suivis de trois femmes mieux préservées.

2)- Paroi sud ( vue tb_1714)

a)-Registre supérieur

• Adoration du Ka
Le Ka, qui représente la force vitale de l'individu est étroitement dépendant des offrandes alimentaires. Il est ici présenté sur un pavois, comme un enseigne ; on voit une fois de plus l'étroite relation entre image et écriture, puisqu'il s'agit aussi du hiéroglyphe Gardiner D29 . Le Ka reste dans la tombe, il n'a pas, comme le Ba, la possibilité de passer d'un monde à l'autre. La représentation fait allusion au chapitre 105 du Livre des Morts : "Formule pour rendre favorable à N. son Ka" ou "Formule pour satisfaire le Ka" ; parfois l'espace des deux bras ouverts contient des victuailles ; parfois une libation ou un encensement sont réalisés sur le signe. Le pluriel du mot Ka, Kaou, désigne les offrandes alimentaires, montrant l'étroite relation entre l'un et l'autre.
Si l'individu réussissait à réunir les différents composants de sa personne (momie, Ka, Ba, nom, ombre) il devenait un esprit efficient, un Akhou. Le texte 105 va plus loin, il propose de laver son Ka des souillures : "Je t'ai apporté natron et térébinthe afin de te purifier (...) Ces mauvais propos que j'ai pu tenir, ces vils péchés que j'ai pu commettre, que cela ne me soit pas retourné (...) je suis tout à fait florissant et mon Ka (est tout à fait florissant) comme eux (les habitants de l'horizon), l'alimentation de mon Ka est comme la leur".

• Adoration du serpent Sa-to (ou Sa-ta, sata)
Littéralement ce nom signifie "le fils de la Terre". De nombreux serpents peuplent l'imaginaire égyptien qui leur prête des fonctions tantôt protectrices - comme le serpent Mehen qui entoure et protège le soleil dans son trajet nocturne-, tantôt destructrices - comme Apophis qui essaie de faire échouer la barque solaire toutes les nuits. Ce sont des êtres de la terre et en particulier des milieux humides, qui habitent des terriers d'où ils émergent à la lumière du jour. De plus, lors de la mue, ils semblent renaître d'eux-mêmes, illusion d'une vie perpétuellement renouvelée et subissant des transformations, comme le soleil au cours de son voyage nocturne.
Les habitants du village de Deir el-Medineh montrent un attachement certain aux divinités serpents, comme le montrent les nombreuses stèles et la ferveur du culte de la déesse Meretseger ("celle qui aime le silence") représentée sous forme d'un cobra.
Parmi les innombrables avatars de ces ophidiens, celui qu'adore Neferhotep prend la forme, étrange pour nous, de la tête et du capuchon gonflé d'un cobra dressé sur des jambes humaines, un uraeus qui marche, associant la notion de mobilité à celle de transformation. L'explication de cette figure se trouve dans le chapitre 87 du Livre des Morts : "Formule pour prendre l'aspect d'un serpent - sata. Paroles dites par N. (le défunt) : 'je suis un serpent - sata, riche en années ; je passe la nuit à être mis au monde, quotidiennement. Je suis un serpent - sata, celui qui est dans le sein de la terre ; je passe la nuit à être mis au monde, à être renouvelé, à être rajeuni, quotidiennement' " ; Barguet fait le commentaire suivant : "Le texte suggère fortement que le serpent - sata est une forme du soleil, celle que revêt celui-ci dans le monde souterrain pendant son voyage nocturne au cours duquel il est à nouveau façonné ; ainsi est formé le nouveau soleil de chaque jour, la création du soleil (et du monde) se reproduisant chaque matin".
Le chapitre 87 se retrouve dans cinq tombes seulement, toutes ramessides : TT290, TT183, TT214, TT359 et notre TT6.

Plus à droite la paroi, aujourd'hui très détruite, montrait un couple assis.

b)- Registre inférieur

Trois fils et deux filles rendent hommage à Neferhotep et à son épouse. Neferhotep tient dans la main gauche un tissu replié tandis que sa main droite empoigne un sceptre Sekhem. Il porte un large collier de perles multicolores. Sa perruque est blanche,striée de noir ( vue tb_1720) ce qui n'indique pas nécessairement un âge avancé, mais plutôt son statut d'aïeul d'une vaste famille (une représentation similaire se trouve dans la tombe TT290 d'Irynefer ( vue is_19). Iyemouaou, son épouse, entoure ses épaules de ses bras ; elle aussi porte un large collier ; sa perruque noire est doublée d'un serre-tête et d'une tige de lotus, sans cône festif. Le premier fils tend un bouquet à ses parents.

c)- À l'extrême droite

( vue Wild, pl 4 ; vue tb_1715) On trouve ce qui reste de l'image de la dame Iy, l'épouse de Nebnefer derrière son mari qui, lui, se tient sur la paroi sud-ouest "Sa fille, qui fait vivre son nom, Iy, juste de voix auprès d'Osiris [...]" ; c'est également là que commence le texte explicatif peint en beaux hiéroglyphes de couleur, qui se termine devant Iy : "Apporter toutes choses bonnes et pures pour ton Ka, Osiris, maître de l'Occident, Ounnefer, maître de la Terre Sacrée, le contremaître de l'équipe de la Place de Vérité, Neferhotep. Son fils, qui fait vivre son nom, le contremaître de l'équipe de la Place de Vérité, Nebnefer, juste de voix auprès du grand dieu. Sa sœur, la chanteuse de Khnoum, Satet et Anouket".
Iy tient en main deux instruments à connotation hathorique : un sistre dans la main droite, un collier Menat et son contrepoids dans la main gauche. Selon la coutume de l'époque ramesside, la tunique est ample, occupant une place significative dans la composition.

3)- Paroi sud-ouest (à gauche de l'entrée du naos)

( vue tb_1707) Elle est occupée par le début de la scène que nous venons de décrire, avec Neferhotep portant un brasero, en adoration devant un kiosque où siège une divinité - où siégeait plutôt, car Osiris a complètement disparu. Derrière lui se tenait la déesse de l'Ouest qui protégeait le dieu de ses bras ailés. Devant le kiosque se trouve un guéridon sur lequel est posée une aiguière dorée entourée d'une couronne végétale.

PAGE 1 | PAGE 2