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La tombe Thébaine TT3 de Pached est -à juste
titre- une des plus célèbres de toute la nécropole
des ouvriers et artisans de Deir El Medineh. Elle cumule en
effet deux points très positifs : d'une part elle est
très bien conservée, avec des couleurs éclatantes
; ensuite elle a été réalisée
par un Maître doué d'un réel talent, malgré l'existence
de zones plus hâtivement réalisées. Les textes qui ornent les parois dénotent un réel sens religieux, même s'ils comportent de nombreuses fautes "d'orthographe".
Ce nom est fréquent au Nouvel Empire, notamment à
Deir el Medineh (tombes TT292, TT323, TT326, TT339. Sa signification reste difficile à déterminer. Elle pourrait se rapporter au dieu Ched, qui était l'objet d'une certaine vénération à Deir el Medineh. Il pourrait aussi s'agir d'un participe passé substantivé : le Sauvé. Ce dernier pouvant être soit une sorte de protection perpétuelle, soit faire allusion à un accident ou une maladie auquel le défunt aurait survécu.
On remarque sur les parois de la tombe que le nom du personnage
est écrit (à peu près le même nombre de fois) selon deux graphies
terminales différentes, avec ou sans le "ou" terminal
: Pached où
: Pachedou Signalons que le nom de Pached peut être porté par une femme, ainsi la mère de Karo TT330.
Zivie et Cerny pensent que le "ou" terminal vient
d'une habitude graphique courante en néo-égyptien
et ont choisi de s'en tenir à la forme courte.
La famille de Pached est abondamment représentée
dans sa tombe. La situation des personnages n'en est pas pour
autant plus facile à déterminer en raison de
l'imprécision foncière du vocabulaire Égyptien.
Il serait d'ailleurs intéressant de savoir si l'usage d'un
nombre restreint de mots vagues pour désigner la parentèle
vient d'une incapacité de conceptualisation des liens familiaux
ou si au contraire elle traduit un mode d'organisation du
cercle familial élargi. Par exemple le mot "snt" désigne t'il théoriquement la soeur. De multiples exemples montrent qu'il est aussi utilisé pour l'épouse, la bien-aimée, la belle soeur, la bru...
La cour qui précède l'entrée du caveau de la tombe est de
forme à peu près rectangulaire, ses quatre coins étant orientés
selon les points cardinaux. Cette cour s'étend en grande partie
sur celle d'Amenemhat
TT340 dont l'entrée de la sépulture (une des plus anciennes
de la nécropole) n'a cependant pas souffert
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Chapelle |
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La chapelle persiste à l'état d'embryon s'ouvrant bizarrement
non à l'Ouest mais au Nord, plus précisément à l'angle Nord-Ouest.
Le monument bloqué par la boue et les pierres est inaccessible
et pourrait bien selon Bernard Bruyère, n'avoir jamais été
achevé.
La tombe devait de plus comporter toute une superstructure
de briques et de pierres couronnée d'une petite pyramide.
A environ 0,50m du mur Ouest s'ouvre l'ouverture d'un puits
funéraire rectangulaire, bien maçonné, dont la profondeur
est de 3,90 m à l'Est et 5 m à l'Ouest puisqu'il suit une
pente descendante vers les chambres souterraines.
Après avoir traversé
une antichambre, dont les parois sont à peine dégrossies
nous nous trouvons au seuil du caveau. Celui-ci se présente
comme la plupart des chambres funéraires de Deir
el-Médineh.
Les parois sont couvertes d'un fond ocre, rappel de la
couleur du papyrus : c'est le support courant du Livre
des Morts. Les registres sont séparés par
des bandeaux bleu foncé, bordés de noir.
Le registre inférieur repose, lui, sur un bandeau
rouge, également bordé de noir (vue
3 ter).
Un étroit corridor conduit au caveau. Sur les murs,
deux grands chiens noirs sont couchés sur un édifice
(vue
2). L'ensemble est abrité par un édicule
en matériaux légers : montants végétaux
supportant un dais de tissu coloré, c'est le pavillon
divin.
Les canidés au pelage de nuit sont des effigies du
dieu Anubis. Il semble veiller sur le passage, vigilant, oreilles
dressées, face au soleil levant. Le flagellum posé
entre le flanc de l'animal et sa patte postérieure
indique sa nature divine et ses liens avec Osiris. L'édifice
sur lequel il repose doit être lu comme un hiéroglyphe.
Il représente un édifice cultuel, comme un temple
ou une chapelle, ici, il figure la tombe.
Le couloir s'ouvre à l'est (vue
3t). Il est surmonté d'un tympan où
figure un faucon sur une barque. Le fond de la chambre
funéraire (paroi Ouest ) est consacrée à
Osiris. Sur les deux longs côtés, hommes
et dieux se font face.
Notons que le style est parfois inégal, certains détails
étant "bâclés".
Quant aux textes, ils sont originaux et dénotent un
réel souci mystique, mais les nombreuses fautes qui
les émaillent laissent dubitatif : le scribe qui les
a reproduits ne paraît pas avoir été un
grand lettré...
Le voyage commence sur la paroi orientale
Vue
3
Un
bandeau bleu foncé isole le tympan. Ses extrémités
s'appuient sur de petits triangles : c'est ainsi que le
ciel est figuré. Il surmonte les scènes
peintes de part et d'autre de la porte qui constituent
ainsi un monde à part.
A main droite (au Sud de l'entrée), une petite scène
est nichée dans la voussure de l'accès au caveau
(vue
4). Le défunt à genoux tend les mains vers
un arbre dont le tronc se prolonge en une figure féminine.
Il s'agit de la déesse du sycomore, Nout. Elle accorde
au candidat à l'éternité les bienfaits
des jardins symbolisés par un pain et l'eau fraîche
coulant d'une aiguière.
Trois
registres évoquent la famille du défunt
(vue
5).
Les parents de Pached s'avancent au registre supérieur. Vient d'abord le père, Menna, " serviteur
d'Amon ". Sa perruque aux cheveux blancs évoque,
plus que son grand âge, son appartenance à
la génération précédente (vue
7 ). Il est suivi de son épouse, la "
maîtresse de maison " Houy, et de ses frères.
Le registre médian est occupé par sa belle-famille
de l'artisan, -les parents de Nedjemhetbehedet. Leur
perruque, comme celle de Houy, est entremêlée
de mèches blanches : sans doute étaient-ils
un peu plus jeunes que Menna. Seule la partie inférieure
de sa perruque est striée de blanc : elle devait
être plus âgée que sa demi sur,
Nedjemetbehedet.
Au dernier registre, figurent les 5 rejetons - garçons
et filles -, de Pached et Nedjemhetbehedet.
La présence des parents d'un défunt n'est pas
rare dans une tombe, mais en général, c'est
dans la chapelle qu'ils sont représentés. Ils
constituent le lien entre les morts et les vivants. Ici, Pached
a voulu les associer étroitement à sa propre
éternité.
Pached et son épouse précèdent leur famille
sur les routes de l'Au-delà. La première étape
est la rencontre avec le faucon divin dont l'altière
figure domine l'autre extrémité de la scène.
Lorsqu'un défunt s'engage sur les voies incertaines
qui conduisent à l'éternité, son
parcours est parsemé d'embûches. Un des moyens
de franchir Le moyen de franchir ces obstacles est de
prendre l'apparence d'une entité divine. Ici, il
s'agit d'un rapace solaire.
Nedjemetbehedet est, comme lui, coiffée d'une
perruque sophistiquée, maintenue par un bandeau
floral (vue
12b).
Entre les pieds de l'artisan, le garçonnet, Âapehty,
semble imiter l'attitude respectueuse de l'adulte (vue
14).
Une fois franchie l'étape du faucon solaire - épreuve
que Pached a subie pour son épouse -, le couple peut
progresser vers l'éternité.
Le moyen de transport par excellence en Egypte est la
barque. Aussi est-ce à bord d'un bateau que nous
retrouvons Pached et Nedjemetbehedet en route vers l'Occident
(vue
16). Sur le symbole du canal, ils voguent dans un
esquif sans équipage ressemblant déjà
à une embarcation divine. Assis sur des trônes,
ils sont figés, le corps gainé dans un maillot,
rouge pour l'homme, blanc pour la femme. Ils ont abandonné
le costume des vivants pour adopter celui des entités
en transformation. En cela ils miment le corps d'Osiris
et se présentent à l'image de leur propre
momie ou de leurs chaouabtis
Le but n'est pas loin : sur la paroi Ouest, nous pénétrons
dans le monde mystérieux d'Osiris. Le dieu est
figuré
dans toute sa majesté.
De part et d'autre du dieu, deux entités tiennent
une lampe d'où sort une double mèche enflammée.
Offrir la flamme à Osiris, c'est lui accorder
la lumière et faciliter son triomphe sur la mort.
Pached est là, juste derrière Osiris, vénérant
le dieu. Il a retrouvé son pagne de lin blanc, indice
de son retour à la vie. Il figure d'ailleurs du même
côté que l'entité divine, signe de son
appartenance au même domaine (vue
18).
Le défunt et son épouse peuvent désormais
continuer leur route. Le passage dans l'espace osirien n'était
qu'une étape qui doit conduire le mort à "
sortir au jour ".
Le voyage se poursuit sur la paroi Nord. La scène constitue
le pendant de la navigation de la paroi Sud. Notons les différences
:nous retrouvons la barque, mais cette fois le couple a pris
place sous un dais. Les costumes, ceux des vivants, montrent
que Pached et son épouse ont quitté les ténèbres
de la nuit.
Au Nord de l'entrée, Pached semble se prosterner
sous un palmier chargé de grappes de dattes. A
l'ombre de l'arbre solaire, il boit l'eau d'un bassin
(vue
21). Le faucon aux ailes déployées qui
occupe le tympan est une autre attestation du nouvel état
de Pached (vue
22).Sur le point de prendre son essor, il incarne
Ptah-Sokar, la victoire sur la mort.
Ce n'est pas un hasard s'il a été peint
au-dessus du couloir, par lequel il peut symboliquement
quitter la tombe. L'il oudjat qui surmonte l'oiseau
divin est l'indice de la plénitude retrouvée.
La barque dans laquelle il évolue est une métaphore
: il s'agit du hiéroglyphe exprimant le déplacement.
Sur la paroi Nord, Dieux et déesses sont assis,
le corps pris dans un maillot, tenant qui le signe de
vie, qui ses attributs particuliers. Osiris tout d'abord
(vue
25). Il est vêtu de rouge, coiffé de
la couronne blanche flanquée de deux plumes
d'autruche (la couronne oureret). Un large collier
enserre ses épaules.
Il est suivi, au Nord, de Thot à tête d'ibis,
de blanc vêtu, puis viennent deux entités
solaires Hathor et Ra -Horakhty dont la tête
de faucon est surmontée du disque rayonnant
(vue
25). Derrière eux, deux déesses
protectrices de la momie et des vases canopes :
Neith et Serket. Enfin,
deux entités à tête de chien : Anubis
et Oupouaout.
Sur la voûte de la paroi Sud, d'autres dieux leur répondent
(vue
29). Derrière Osiris se tient lsis. Tout comme
Thot, figuré sur l'autre mur, elle détient clé
des paroles magiques qui donnent la vie.
Puis nous rencontrons Nout, entité qui représente
la voûte céleste, censée donner le
jour aux astres quotidiennement. Elle répond à
Hathor. Le dieu suivant est Noun, le magma primordial.
Les liens avec la paroi Nord ne sont pourtant pas rompus
: le dieu patronne la terre et ses créatures ;
tout comme Serket, il protège des reptiles et des
scorpions. Anubis et Oupouaout sont de nouveau présents,
chaque paroi n'évoquant qu'une moitié de
leur personnalité.
La scène majeure occupe la paroi Nord (vue
32). Nous y reconnaissons le défunt debout, accompagné
de sa fille Noubneferet.
Pached est en train de vénérer plusieurs
entités divines assises sur des trônes cubiques
à dosseret. Nous rencontrons d'abord trois formes
du soleil : Le premier dieu est Ra Horakhty qui
incarne le soleil à son zénith. Sa tête
d'épervier et le disque solaire qu'il porte sur
la tête révèlent la toute-puissance
de l'astre.
Il est suivi par Atoum, le démiurge. Le trait d'union
entre ces formes divines est représenté par
le troisième personnage, Khépri, dont le visage
a été remplacé par un scarabée.
Khépri représente la venue à l'existence,
il symbolise ici la naissance du soleil qui, d'Atoum doit
devenir Ra.
Le quatrième dieu est Ptah. Ptah incarne plutôt
le potentiel vital du sol. Parmi ses nombreuses fonctions,
il est le patron des artisans.
Il est surprenant de trouver ici un véritable petit
traité théologique. Les trois aspects majeurs
du soleil animent le domaine chthonien (Ptah), ainsi la vie
végétative (Osiris) pourra t'elle voir le jour
(vue
35).
Il constituait un monument exceptionnel qui est aujourd'hui
réduit à des fragments conservés dans
des réserves du Musée du Caire. En pierre calcaire,
décoré et inscrit, il était construit
dans le caveau et non tiré d'un bloc amené de
l'extérieur. Il était parfaitement intégré
à la paroi dont il semblait constituer une partie en
avancée. Hay a encore pu en faire une copie en 1834,
puis il fut vandalisé, peut être scié
pour être revendu. En 1920 un antiquaire de Louxor en
possédait encore des fragments qui ne purent jamais
être récupérés.
Le sarcophage constituait une grande façade rectangulaire
qui était surmontée d'une corniche. Sa taille
est évaluée à 2,26 m de longueur, 0,90
à 1m de largeur, et environ 1,10 m de hauteur. Sa décoration
et la disposition des textes étaient relativement simples.
L'extérieur montrait l'arrivée de Pacheddevant
la salle des deux Maat où siège l'assemblée
des juges. Pached leur lit la "confession négative",
calquée sur le § 125b du Livre des Morts.
L'intérieur de la cuve (paroi Est et Ouest) portent
de longues colonnes de texte encore tirées du Livre
des Morts. Un vignette du § 17 décore une petite
partie de la paroi Ouest. La paroi Sud comporte une scène
classique où l'on voit Anubis penché sur la
momie du défunt pour la protéger.
De quand date la tombe de Pached?
La question peut sembler paradoxale pour une tombe aussi bien
conservée, mais comme l'a fait remarquer Alain Zivie, dans
aucune de ces tombes d'artisans nous ne disposons de date.
Il est par ailleurs très exceptionnel que le pharaon règnant
y soit représenté. Il ne reste donc guère que les critères
stylistiques pour dater, avec tous les aléas que cela suppose.
page réalisée
par Thierry Benderitter
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Voici quelques photos complémentaires
réalisées par fusion. |
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