20/08/2012

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Deir el-Medina, Tombe TT1, SENNEDJEM

Sennedjem a vécu à la XIXème Dynastie, sous le règne du pharaon Sethy I et les premières années de Ramsès II. Il a été inhumé dans le caveau de sa tombe TT 1, probablement autour de l'an II du règne de Ramsès.
Après trois mille années de repos paisible, la sépulture fut -hélas pour lui et sa famille- redécouverte le 2 février 1886.
La tombe TT 1 est exceptionnelle.
Voici ce qu'en dit Bernard Bruyère, le grand égyptologue français qui a dégagé presque tous les monuments de Deir el Medineh : "La tombe n° 1 est non seulement une des plus belles et des mieux conservées de Thèbes; mais c'est, de plus, un exemple parfait, complet et typique d'un grand tombeau de famille comprenant les quatre composants réguliers, la cour et les chapelles accessibles aux vivants, le puits et le caveau réservés aux morts".

La présentation descriptive qui va suivre est couplée avec une visite en réalité virtuelle, qui en constitue le complément naturel. Vous trouverez le lien pour vous y rendre sur la dernière page.


SITUATION ET HISTOIRE DE LA TOMBE TT 1

La tombe a été découverte le 31 janvier 1886 par des ouvriers égyptiens de Gournah. Le 1er février, accompagné de Bouriant et d'un diplomate Catalan, Edouardo Toda, Maspéro se rend sur le terrain.
Deir el Medineh présentait alors un aspect lamentable. écoutons Maspéro (rapporté par Bruyère) sur l'état des lieux : "Le site habité jadis par les employés des cimetières thébains entre la XVIIIe et la XXIe dynasties pharaoniques, envahi ensuite par les coptes de l'époque byzantine, était à ce moment un chaos de ruines. Une exploitation dépourvue de méthode scientifique conduite tour à tour par Drovetti, Salt, Mimaut, Sabatier, Wilkinson laissait le sol jonché de débris de statues, de stèles, de céramiques, de fragments d'objets de toutes sortes et de momies déchiquetées parmi des entonnoirs de fouilles et des puits béants de sépulcres pour la plupart démolis ou brûlés. Après une telle dévastation succédant et accompagnant les pillages antiques et modernes, l'aspect désolant de l'endroit était celui d'un champ de bataille jonché de cadavres, perforé de trous d'obus, hérissé par endroits de constructions funéraires en ruines"
Et sur la tombe de Sennedjem lui-même :
"Dans leur impatience d'arriver au but de leurs recherches et dans l'impossibilité d'ouvrir la porte (de l'hypogée) fermée de l'intérieur, ils (les hommes de Gournah) brisèrent le linteau et les jambages, causant ainsi un dommage irréparable à l'entrée de l'hypogée. Quand les deux savants français et l'archéologue espagnol arrivèrent sur les lieux, ils ne purent que constater les dégâts mais, en pénétrant dans le caveau, ils eurent la satisfaction de le trouver inviolé. Cette salle terminale voûtée, construite en briques, était richement décorée de peintures multicolores et elle était remplie de cercueils, de momies et d'objets du mobilier et du trousseau funéraires"
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Le déblaiement complet de la tombe et de ses annexes a été achevé après les deux campagnes de 1917-1924 et 1928-1930.


SITUATION DE LA TOMBE

La tombe de Sennedjem est de nos jours facile à trouver : elle est immédiatement au dessus de l'aire de repos pour touristes (au passage, vous pouvez trouver là de nombreuses publications égyptologiques, notamment celles de l'IFAO, à des prix très intéressants). Elle est donc presque à l'extrémité Sud de la colline.
Immédiatement en surplomb se trouve la tombe TT 2 de Khabekhnet et Khonsou (deux fils de Sennedjem). A sa droite et légèrement plus haut, nous trouvons la cour communes des tombes TT 218 (Amennakht), TT 219 (Nebenmaat) et TT 220 (Khaemter). En dessous, un autre triplé : TT 359 (Inerkhaou), TT 360 (Qaha) et TT 361 (Houy).

Les maisons de Sennedjem et de sa famille se trouvaient tout prêt de leur demeure d'éternité, à l'angle Sud-Ouest du village de Deir el Medineh. Cette partie correspond à un agrandissement de l'enceinte de Thoutmosis I.


SENNEDJEM ET SA FAMILLE

Sennedjem portait le simple titre de   , "sDm-aS m st mAat", soit "celui qui entend la parole dans la Place de Vérité" ou, plus brièvement, "serviteur dans la Place de Vérité". La Place de Vérité désigne la nécropole royale thébaine. Tous les ouvriers de Deir el Medineh s'occupant de la tombe royale portent ce titre.
Selon Mme Saura y Sanjaume, qui vient de lui consacrer une thèse, Sennedjem (dont le nom signifie quelque chose comme "le frère est doux") n'était pas ébéniste, comme le pensait Bruyère, mais maçon. Il exerçait donc un métier très répandu dans la communauté de Deir el Medineh.
Ce qui soulève immédiatement une question : comment est il possible qu'un simple maçon ait eu assez d'influence et de moyens pour avoir une tombe et des objets aussi splendides ? L’hypothèse (actuelle) est que Sennedjem et sa famille auraient pu être en relation avec le culte d'Hathor ce qui leur aurait donner une prééminence sur le reste des membres de la communauté. Cette proximité est en effet mentionnée dans la tombe de son fils Khabekhnet. Mais il faut bien reconnaître que la question reste ouverte,...et qu'elle a peu de chances d'être un jour résolue.

La tombe de Sennedjem peut être considérée comme collective, car se trouvaient réunies dans le même caveau trois générations au moins de la même famille.
Ce ne sont en effet pas moins de vingt corps qui furent découverts. Neuf d'entre eux possédaient de très beaux cercueils anthropoïdes, simples ou doubles, finement peints et vernis. Il s'agit de Sennedjem, de son épouse Iyneferti, de son fils Khonsou et de sa femme Tamaket, de ses autres enfants Parahotep, Taashsen, Ramose, Isis et enfin, d'une petite fille nommée Hathor. Onze autres n'avaient pas de cercueils. Il est probable qu'il s'agissait des membres de la famille n'ayant pas eu assez de fortune pour s'offrir autre chose que des linceuls et des bandelettes et à qui le chef de famille a offert de partager sa sépulture.
A cette liste, il faut ajouter deux foetus contenus dans des boîtes en bois jaune anépigraphes.

Par l'étude des textes, Saura y Sanjaume a fait clairement apparaître les relations familiales de Sennedjem : les parents, les beaux-parents, les frères et sœurs et les enfants ce qui a permis de réaliser un arbre généalogique et d'étudier les relations entre ces personnages.
Cette tâche a été compliquée par le fait que les noms propres ont différentes orthographes dans la chambre, sur les objets, à l'extérieur de la tombe, dans la maison de Sennedjem; les différents titres du personnage peuvent aussi varier.
C'est ainsi qu'elle a pu montrer que le père de Sennedjem a eu deux épouses : Tahou et Rosou ; tout comme le fils de Sennedjem, Khabekhnet a eu Sakh et Isis. De plus, il a été possible de dresser une liste des fils de Sennedjem, et même d'en fixer l'ordre chronologique : Teti, Khabekhnet, Bounakhtef (Pakhar, c'est la même personne), Rahotep, Irynefer, Khonsou, RaRousou, Anhotep, Ranekhou, Hotepou et Parahotep.
Nous voyons ainsi qu'il y avait deux Khabeknet, respectivement père et fils de Sennedjem.
Le fils est le possesseur de la tombe voisine TT 2, qui surplombe à l'arrière TT 1.

Le père de Sennedjem avait un titre différent de celui de son fils, il était "Serviteur d’Amon dans la ville du Sud" et non "Serviteur dans la Place de Vérité" comme le seront son fils Sennedjem et ses petit-fils Khabekhnet et Khonsou. Il n'était donc pas lié, à priori, à Deir el-Medineh.
Un autre point à signaler est que Tjaro et Tahenou, noms d’origine Hurrite, sont en fait les parents de Iyneferti, femme de Sennedjem et non pas ceux de Sennedjem, comme le pensait Bruyère.
Ces deux noms ne sont pas les seuls noms étrangers de la famille puisque Bounakhtef, fils de Sennedjem et Iyneferty, était surnommé Pakhar "le Cananéen", sans qu'on sache pourquoi. De nombreuses autres questions restent, et resteront toujours, sans réponse. Ainsi, pourquoi Isis, femme de Khabekhnet, est-elle enterrée dans la tombe de son beau-père et non dans celle de son mari ?


LA COUR

La cour de la tombe présente une forme rectangulaire, mesurant 12,35 m de long et 9,40 m de large (voir plan). Du fait de sa situation sur une pente, son versant Est repose sur un remblai, maintenu par un mur de moellons de 2 m de haut. Ce type de mur, que l'on retrouve tout autour de la cour, comporte certaines pierres estampillées d'un sigle curieux, qui semble spécifique à Sennedjem
Du fait de la pente, il devait forcément exister un escalier d'accès, et quasi-certainement un portique-pylône d'entrée : il n'en reste rien.
Vers le fond de la cour, à l'Ouest, le mur sert à soutenir le remblai de la cour située au dessus, celle de la tombe TT 2 de Khabekhnet.
Dans la cour trouvaient trois chapelles pyramidales, de taille décroissante du Sud au Nord, reposant toute sur une base commune d'une quarantaine de centimètres. Un mur coupait la cour en deux, séparant les chapelles de Sennedjem et Khonsou d'une part, qui restaient accessibles, et celle de Tjaro d'autre part.
Au Nord de la cour, collé contre le mur d'enceinte, se trouve une sorte de banquette en briques de 1 x 0,70 x 0,50 m, à laquelle étaient associées de petites maçonneries peintes représentant des pieds de tables d'offrande. Donc cette structure était certainement destinée à recevoir des offrandes.
Vous pouvez voir la cour et les chapelles telles qu'elles se présentaient en 1930 sur une photo de Bernard Bruyère.

Chapelle pyramidale Sud

C'est la première construite, et la plus grande, avec une façade de 5 m. Les deux autres chapelles ont dû tenir compte de sa présence pour leur implantation.
Elle est supposée appartenir à Tjaro, père d'Iyneferti - et non à Sennedjem, comme la coutume du village l'aurait voulu et comme Bruyère le pensait.
La pyramide était entièrement en briques crues, ce qui permet de la dater d'avant la XIXème dynastie. Sa hauteur était d'environ 7,50 m (angle au sommet : 50°). Aucun pyramidion n'est connu.
On entrait dans la chapelle par une porte de 0,95 m de largeur, laquelle s'ouvrait sur un petit couloir de 1,20 m de longueur donnant sur une salle voûtée, en briques, de 2,95 m de longueur Est-Ouest, de 1,40 m de largeur et de 2 m 20 de hauteur ; elle était autrefois blanchie, mais sans décoration apparente et sans trace de stèle de fond.

Le mur dont il est fait mention ci-dessus séparait la chapelle de Tjaro des deux autres, rendant son accès, et donc le culte funéraire, impossible. Ceci constitue un argument supplémentaire pour ne pas voir dans cette chapelle celle du père de Sennedjem, car ce sont certainement des descendants issus d'une autre épouse que Iyneferti qui ont érigé le mur. Ils ne l'auraient sans doute pas fait pour un de leur ascendant direct; mais cela reste une hypothèse...

Chapelle pyramidale centrale(celle de Sennedjem)

Sa façade mesure 4,25 m. Légèrement décentrée, l'ouverture commence par une avancée de 1,75 m de hauteur et 0,85 m de large, coiffée d'un linteau à gorge, et engagée vers l'arrière dans la pyramide. L'huisserie de la porte comportait un linteau et deux jambages en calcaire gravés et peints en jaune.
La pyramide a été remontée en 1930 en se servant de blocs portant la marque de Sennedjem.
Sa moitié antérieure se détache de la paroi calcaire dans laquelle elle s'enfonce vers l'Ouest, vers le domaine des défunts. Sa hauteur est estimée à 6,85 m (angle au sommet : 46°).

La paroi Est de la pyramide comportait une lucarne destinée à recevoir une stèle, qui s'est retrouvée sur le marché de l'art, et dont on semble avoir perdu la trace. Cette stèle cintrée mesure une trentaine de centimètres de haut pour 25 cm de large.
Sa partie centrale est subdivisée en deux :
* en haut, la barque solaire vogue du Sud vers le Nord. En son milieu trône le disque solaire, dans lequel se tient une figure divine assise avec un signe ankh. De chaque côté, et regardant le disque, deux signes "shemset". Nous retrouverons une représentation semblable à l'intérieur du caveau.

* en bas se trouvent au moins huit colonnes de texte. Il y est fait mention de Sennedjem, mais aussi de son fils Khonsou et de Iyneferti. Khonsou est désigné comme "son fils, qui fait vivre son nom", soulignant le rôle éminent de celui ci pour l'entretien du culte funéraire de son père. C'est d'ailleurs lui qui est représenté agenouillé.

 
Le signe shemes (T18 de la liste de Gardiner) reste mystérieux. Sa forme basique est celle d'un "mât" central, d'où sort un couteau, avec un épaississement de la partie centrale qui pourrait correspondre à des liens, des cordages. Par contre, il est certain que le signe désigne "les suivants", des ancêtres royaux dans les temps anciens. Dans le contexte qui nous occupe, le signe représente les suivants de Ra, cohorte de dieux et déesses (et de défunts prestigieux) à laquelle le mort veut appartenir, afin de partager le devenir de l'astre. Il en existe des variantes, notamment avec adjonction d'une jambe, ce que nous retrouverons dans le caveau.
Plus de détails dans Richard H. WILKINSON : "Reading Egyptian art", Thames & Hudson 1992, p 187.
 
 

Un pyramidion en calcaire de 0,66 m de hauteur couronnait la pyramide. Il a pu être reconstitué –très partiellement- à partir de 13 fragments retrouvés dans les décombres.

On entrait dans la chapelle par un petit couloir de 1,20 m de long, et l'on se retrouvait dans une pièce voûtée de 2,25 x 1,35 x 2,10 m; cette pièce était blanchie mais anépigraphe. Une stèle se trouvait encastrée dans le mur Ouest mais on en ignore tout.

Chapelle pyramidale du Nord (celle de Khonsou)

C'est la plus petite des trois, puisqu'elle a dû se contenter de l'espace restant dans la cour. Ainsi sa façade ne mesurait que 3,10 m, pour une hauteur estimée de 6 m. On entrait par une porte de 0,80 m de large pour 1,60 m de haut dans un petit couloir voûté de 1,20 m de long. Celui ci débouchait dans la petite chapelle de 1,87 m de long et 1,20 m de large.
Le pyramidion qui coiffait la pyramide (0,70 m de haut; 0,39 m de côté) a été retrouvé presque intact, et se trouve au musée de Turin. Il mentionne sur ses faces Khonsou, sa femme Taamakht et son fils Nakhtenmout.
Seule des trois, cette chapelle était décorée de peintures de grande qualité sur fond jaune-ocre, dont il ne reste presque rien (photo Bruyère). L'attribution à Khonsou est cependant formelle par certaines bribes de texte.

Il est très vraisemblable que Sennedjem et ses fils Khonsou et Khabekhnet se soient entendus entre eux pour partager leurs monuments funéraires, réduisant ainsi le coût de l'ensemble, et s'assurant aussi une sécurité supplémentaire pour leur Au-delà par des citations et représentations croisées dans les caveaux et chapelles.
Ainsi Khonsou a t'il pris à sa charge la chapelle de surface, dans laquelle devaient figurer en bonne place son père, son frère Khabekhnet, et sans nul doute d'autres personnes de la famille.
Sennedjem et Khabekhnet se sont, eux, chargés de bien faire figurer Khonsou et sa femme dans leurs caveaux, ainsi que dans la chapelle de Khabekhnet. Enfin, Sennedjem a accueilli les momies de toute la famille de Khonsou dans son caveau, ainsi que leur mobilier funéraire.


LE COMPLEXE SOUTERRAIN

Les puits funéraires

Quatre puits sont forés dans le sol de la cour.
- le puits 1181 ne fait pas partie du dispositif souterrain de Sennedjem; d'ailleurs il est excentré au Sud de la cour. Il est cependant en communication avec le 1182 par une galerie de voleurs. A 4,40 m de profondeur, il donne sur trois salles non décorées.
- le puits 1182 descend à 6,10 m, s'ouvrant sur deux salles anépigraphes en enfilade.
- le puits 1183 est rudimentaire et ne donne sur rien.
- le puits N°1 est celui desservant le caveau de Sennedjem.
Il s'ouvre à 1,70 m de l'angle Nord de la pyramide de Sennedjem. Bien construit, son ouverture mesure 1,40 x 0,70 m. Il descend à 6,05 m sous terre; tous les 50 cm étaient creusées de petites anfractuosités destinées à la descente.
Au fond du puits se trouvait une porte en bois entourée d'une huisserie en calcaire (avec des reliefs gravés). Cette porte était scellée après chaque enterrement.

Les chambres souterraines


Au fond du puits s'ouvre donc une porte, donnant sur le complexe souterrain proprement dit.
Celui ci se compose de quatre pièces.
Tout d'abord, on entre dans une salle A grossièrement excavée d'environ 3 x 3,80 m; celle-ci communique, par un escalier de quatre marches, avec la salle voûtée B située environ 0,90 m plus bas. Carrée, anépigraphe elle aussi, elle mesure 3,50 m de côté et 2,50 m de haut. Trois ouvertures y sont percées, en plus de l'escalier.
Au Sud s'ouvre un récessus d'environ 2 m, sur lequel on ne peut rien dire; à l'Ouest un petit puits ouvre sur une pièce inachevée d'environ 2,40 x 2,95 m, dont la fonction reste débattue : caveau original abandonné pour une raison technique? Ou extension projetée du complexe souterrain?
Enfin c'est au Nord que se situe un petit puits rectangulaire, à l'origine fermé par une dalle, qui conduit, 2 m plus bas, à l'entrée du caveau C.


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