| Dernière mise à jour : 21/04/2007 |
Le plan du site d'El Kab et
de ses environs ainsi que la description générale du
site peuvent être retrouvés >>ICI
Vous y trouverez également d'autres monuments
de ce site. |
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| El Kab |
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L'actuelle El Kab répond à l'ancienne cité
de Nekhen, autrefois ville très importante, capitale
puissante du 3ème nome de Haute Egypte.
Au Nord-Est de la ville on trouve une colline en grès
truffée de tombes qui datent pour l'essentiel du Nouvel
Empire. Parmi celles ci, la plus renommée est celle
de l'amiral Iahmes-fils-d'Ibana (vue7,
merci à Les et Shirley Brown)
Notre héros, de son vrai nom Iahmes-fils-d’Ibana
(traditionnellement rendu par "Ahmes-fils-d'Abana")
a servi comme chef des marins du roi ("Amiral")
sous trois souverains successifs : Ahmosis, Amenhotep I et
Thoutmosis I (vers 1580-1520 av. J.-C).
Les nomarques (Gouverneurs) d’El Kab et leurs familles
étaient d’ardents soutiens de la nouvelle Dynastie
Thébaine naissante qui devait affronter d’incessantes
et épuisantes guerres, et nul doute que cette loyauté
a été largement récompensée en
or, terres et personnels. Les enfants royaux leur étaient
même souvent confiés, comme cela est explicitement
indiqué pour Pahéry. Ils finiront par avoir
le contrôle de toute la région située
entre El Kab et Esna.
Pahéry, petit fils d’Iahmes, ne manquera pas
de se rattacher à ce célèbre ancêtre
dans sa tombe (voir "La
tombe de Pahery").
C’est également lui qui a fait graver l’inscription
dans la tombe de son grand-père Iahmes, comme il le
rappelle devant la figure qui le représente aux pieds
de celui ci : "Par le fils de sa sœur, le conducteur
des travaux dans cette tombe, perpétuant le nom du
père de sa mère, le scribe d’Amon, Pahéry,
juste de voix".
Les chroniques de guerre de Iahmes-fils d'Ibana sont des textes
très importants pour la connaissance de l’histoire
égyptienne car elles constituent la seule source actuellement
connue (avec l’inscription de Iahmes-pen-Nekhbet) sur
l’expulsion des Hyksos de la vallée du Nil et
la reprise en main par les premiers souverains de la XVIIIème
Dynastie de leurs possessions africaines et asiatiques qui
s’étaient détachées pendant cette
occupation. Ces textes nous montrent aussi ce que pouvait
être la carrière d’un officier de valeur,
et les honneurs et avantages matériels qu’il
pouvait en retirer.
Les Hyksos sont des peuplades asiatiques refoulées
par les invasions indo-européennes du second millénaire
av J.C. Ils ont installés deux dynasties de souverains
dont le pouvoir s’étendait sur la Basse et la
Moyenne Égypte. Leur capitale était Avaris dans
la partie orientale du Delta. Le souvenir de cette occupation
étrangère du Double-Pays demeura longtemps dans
l’imaginaire Égyptien. Il fut une des raisons
majeures qui amenèrent les pharaons de la XVIIIème
Dynastie à constituer et étendre un empire qui,
outre les richesses qu’il leur procurait, protégeait
la Vallée du Nil de nouveaux envahisseurs.
Les évènements ont
du se dérouler de la façon suivante :
• le long siège d’Avaris terminé,
l’armée Égyptienne poursuit les Hyksos
qui se réfugient dans leur place forte de Sharouhen,
dans le sud de la Palestine. Alors commence un autre long
siège de 6 ans, focalement interrompu par des rébellions
en Égypte même que le roi Ahmosis doit aller
mater. La citadelle finit par tomber, et les Égyptiens
poursuivent leur poussée vers la Syro-Palestine, à
la fois pour en finir avec les Hyksos et pour mettre la main
sur cette région. • Ceci fait, Ahmosis
porte son armée à l’extrême Sud,
en Nubie. Les révoltes avaient rendu cette région,
Égyptienne jusqu’à la fin du Moyen Empire,
pratiquement autonome. Deux expéditions rétablissent
la souveraineté Égyptienne.
Ainsi se closent les guerres et sans doute le règne
d’Ahmosis. Iahmes aura donc fait partie de toutes les
campagnes de ce roi. • Sous le règne
de Thoutmosis I, Iahmes est toujours en service actif dans
la marine. Il amène l’armée Égyptienne
en Nubie pour la première campagne. Il est alors nommé
amiral de la flotte. La campagne se conclut triomphalement
avec le retour des bateaux en Égypte, un ennemi tué
étant suspendu tête en bas au vaisseau royal.
• Puis vient l’expédition célèbre
au Naharina, dont on ne trouve mention qu’à El
Kab, dans les tombes des deux Iahmes.
La salle principale de la tombe présente un plafond
voûté, probablement anciennement décoré.
Le mur ouest de la tombe
(1)
En haut, une frise de Khakhérous encore bien visible
par place surplombe une longue inscription montre Ahmes
avec ses descendants ainsi que d'autres parents devant lui.
Les scènes se disposent en deux tableaux superposés.
Le registre supérieur (vue
10) montre à droite un personnage assis, très
mutilé, devant une grande table d'offrandes. Pahéri
représenté debout consacre cette offrande
"hetep-di-nesou" "à Ra-Horakhty, à
Osiris-Maître des Occidentaux (= les morts), à
Anubis Maître de la Nécropole, à Hathor
Maîtresse du désert occidental", afin
que, par le système traditionnel du virement des
offrandes, les dieux en fassent bénéficier
ses parents.
Une scène similaire est présente sur le registre
du bas (vue
11), mais à plus petite échelle. L'homme
assis se nomme Jry (?) et il tend la main vers un signe
du ka lui même placé devant la table d'offrandes.
Derrière Pahéry, des enfants du défunt.
Le mur nord (2) (vue
13, R. Betz)
On voit à droite deux représentations superposées
de couples assis (vue
9). Le premier, le plus grand, est formé par
Ahmes et sa femme Ipout. Le défunt tend la main vers
une table d'offrandes bien garnie représentée
devant lui. Un détail rend la scène plus vivante:
sous la chaise du maître, son babouin familier est
en train de manger un fruit (vue
8). Devant se tient debout son petit fils Pahéri
qui consacre les offrandes pour le ka des défunts.
Derrière celui ci en haut des enfants du défunt
et en bas un personnage féminin désigné
comme "sa mère", mais le nom est incomplet.
Le couple du bas est formé d'Ahmes et d'une autre
épouse nommée Kema. Nous retrouvons Pahéri
debout, plus petit, qui consacre les offrandes. Derrière
lui des enfants du défunt qui tous tiennent en main
un spectre sekhem et sont agenouillés devant une
petite table d'offrandes: son fils Djehouty-(m?)-hat et
derrière lui son fils également nommé
Pahéri. En dessous, le nom de la première
fille a disparu, mais l'inscription se termine par "m
heb-sed" et à donc rapport avec la fête
du jubilé royal. La seconde fille s'appelle Imen-sat.
Le mur Est (3) est presqu'entièrement
couvert de hiéroglyphes, ne laissant qu'une place
minime aux représentations figurées. La partie
gauche de ce mur est aujourd'hui presque complètement
détruite par l'ouverture menant à la chambre
funéraire (5). Juste après l'entrée
vers la chambre funéraire, on trouve quelques colonnes
d'un texte incomplet, puis une image grandeur nature d'Ahmes.
En face, et à une échelle bien inférieure,
une image de Paheri au dessus de laquelle est inscrite,
dans un cadre, son inscription dédicatoire.
En face, et occupant la plus grande partie de ce mur Est
débute la fameuse inscription biographique de 31
lignes d'Ahmes.
Le mur sud (4) comporte, sur le mur Est d'entrée,
la seconde partie de la biographie (8 lignes).

L'image est divisée
en 3 panneaux qui peuvent être agrandis séparement |
Présentation
: (Urk
IV 1,16 - 2,6)
Le chef des marins, Iahmes-fils-d'Ibana, juste de voix, dit
: "Je vous parle, ô vous, tous les hommes. Je vais
vous faire connaître les honneurs qui me sont échus.
J'ai été récompensé avec l'or
sept fois, en présence du pays tout entier, avec des
serviteurs et des servantes aussi ". Je fus doté
également de pièces de terre très nombreuses.
Le renom d'un homme s'établit selon ce qu'il a fait
et ne périra pas dans ce pays, à jamais. "
L'adolescence
: (Urk
IV 2,8 - 2,16)
Il dit encore ceci : "J'ai grandi dans la ville de Nekheb
(actuelle El Kab). Mon père était commandant
(dans l'armée) du roi de Haute et Basse Egypte, SekenenRe
(Sekenenre Ta’a II, Prince
Thébain, avant dernier roi de la XVII ème Dynastie,
vers 1600 av JC) juste de voix; Baba, fils de Ra-inet,
était son nom. Je devins commandant à sa place,
sur le navire "Le taureau combattant", au temps
du seigneur des Deux Terres Neb-pehty-Re (fils de SekenenRe
– Ta’a, et fondateur de la XVIIIème Dynastie,
vers 1580 – 1558 av JC) juste de voix. J'étais
encore très jeune; je n'avais point pris femme et je
dormais toujours avec le vêtement de l'enfance. Après
que j'eus fondé une maison, je fus versé dans
la flotte septentrionale, à cause de mon courage. J'accompagnai,
sur la terre ferme le souverain Vie-Santé-Force, suivant
ses promenades sur son char. La
guerre contre les Hyksos, avec le roi Ahmosis
: (Urk
IV 3,2 - 5,2)
On mit le siège devant la cité d'Avaris, et
j'eus l'occasion de prouver ma vaillance, à terre,
en présence de Sa Majesté. Je fus ensuite promu
sur le navire " Celui qui brille dans Memphis "
; on combattit alors sur l'eau, dans le canal Pa-djed-kou
d'Avaris (ce qui montre que
les combats eurent lieu à terre et sur l’eau).
Je fis du butin, je ramenai une main (pour
prouver avoir tué un ennemi, le soldat lui coupait
une main et la ramenait pour le décompte des morts).
Le fait fut rapporté au héraut royal, et l'on
me donna l'or de la vaillance. Puis on recommença de
combattre en ce (même) lieu et je fis encore quelque
butin : je rapportai une main, et l'on me décerna à
nouveau l'or de la vaillance. On dut combattre ensuite en
Egypte, au sud de cette ville; là, je rapportai un
prisonnier, un homme; je descendis dans l'eau, et, voyez,
il fut ramené comme s'il s'agissait d'une prise faite
sur le chemin de la ville (Iahmes
a donc ramené son prisonnier comme s’il s’était
trouvé sur la terre ferme) : je traversai l'eau
en le portant, et cela fut répété au
héraut royal; alors on me récompensa, une fois
encore, avec l'or. Puis on prit Avaris ; je ramenai des captures
: un homme, trois femmes, total : quatre têtes; Sa Majesté
me les donna comme serviteurs. On assiégea ensuite
Sharouhen (place forte du sud
de la Palestine actuelle où les Hyksos s’étaient
retirés) pendant six ans; Sa Majesté
finalement s'en empara; de là, aussi, je rapportai
des prises: deux femmes, une main. Et l'on m'attribua à
nouveau l'or de la vaillance, tandis qu'on me donnait les
captifs comme serviteurs. Avec
le roi Ahmosis, pendant les campagnes de Nubie
: (Urk
IV 5,4 - 14).
Après que Sa Majesté eut massacré les
Bédouins d'Asie, il descendit le fleuve, vers Khent-hen-nefer
(au Sud de la seconde cataracte),
pour détruire les Nubiens. Il fit un grand carnage
parmi eux. (Quant à moi), j'emportai de là du
butin : deux hommes vivants, trois mains; une nouvelle fois,
on me récompensa avec l'or, et deux femmes me furent
remises. Sa Majesté alors remonta le fleuve, vers le
nord, le cœur joyeux, en puissance et en force, car il
avait conquis les pays du sud et ceux du nord.
Rébellion
de Aata : (Urk
IV 5,16 - 6,9)
Alors Aata se dirige vers le sud (de
l'Egypte), son destin est dès lors proche de
sa fin. Les dieux de Haute Egypte l'empoignent, Sa Majesté
le rencontre à Tent-taâ-mou (?) et l'emmène
prisonnier, cependant que tout son peuple est (pris en) butin;
pour moi, je rapportai deux soldats captifs, provenant du
bateau de Aata. On me donna cinq têtes, plus des pièces
de terre - cinq aroures (1
aroure = 2700 m2) - dans ma ville. On fit de même
pour tous les marins. Rébellion
de Teti-an
Vint (encore) un vil ennemi du nom de Teti-an (nom
Égyptien) ; il avait rassemblé autour
de lui des hommes au cœur méchant. Sa Majesté
le tua, et ses troupes furent comme si elles n'avaient jamais
existé (c’est
à dire anéanties). On me donna trois
têtes, et des champs, cinq aroures, dans ma ville.
Campagne au
Soudan, avec Aménophis I
Puis je conduisis en bateau le roi de Haute et Basse Egypte
Djeser-ka-Re, juste de voix, alors qu'il descendait le fleuve
vers le pays de Koush, pour agrandir les frontières
de l'Egypte. Sa Majesté frappa ce vil Nubien, au milieu
même de son armée, et il fut emmené enchaîné;
(de l'armée) il ne resta rien, ceux qui fuyaient étaient
rejetés sur le côté, comme s'ils n'avaient
jamais existé. Moi, j'étais à la tête
de notre armée (c’est la seule mention dans tous
les textes historiques Égyptiens de "notre armée",
traduisant un réel sentiment patriotique); je combattis
plus qu'il n'est croyable, et Sa Majesté put constater
ma vaillance. Je ramenai deux mains, que je lui offris. Puis
on alla chercher le peuple et les troupeaux de l'ennemi vaincu;
je rapportai un prisonnier que j'offris à Sa Majesté.
En deux jours, j'emmenai le Roi en Egypte, depuis le "Puits
- Supérieur". On me récompensa avec de
l'or, je rapportai deux servantes comme butin — sans
compter ce que j'avais offert à Sa Majesté.
On me nomma "Combattant du Prince".
Campagne en
Nubie avec Thoutmosis I (vers 1530 –
1520 av JC).
Je conduisis ensuite en bateau le roi de Haute et Basse Egypte
Aa-kheper-ka-Re tandis qu'il descendait le fleuve en direction
de Khent-hen-nefer, pour réprimer un soulèvement
(survenu) à travers les pays étrangers et pour
repousser une invasion du côté du désert.
Je commis en sa présence un acte de bravoure, sur des
eaux difficiles, qui assaillaient le navire en un passage
dangereux de la cataracte. On me nomma Chef des marins. (Passage
mutilé - Le roi doit apprendre l'existence d'une nouvelle
révolte, proche).
Alors Sa Majesté devint furieux comme une panthère;
il lance sa première flèche, qui demeure fichée
dans la poitrine de ce vil ennemi; [les adversaires s'enfuient],
sans force, à cause de la flamme de son uræus;
on fit là, en un instant, un carnage, et l'on emmena
tous les habitants comme prisonniers. Sa Majesté remonta
vers le Nord, tous les pays étrangers étant
dans sa poigne, cependant qu'un vil Nubien était pendu,
tête en bas, à la proue de la barque du Roi.
On débarqua à Karnak. Campagne
en Asie avec Thoutmosis I
Après cela, on partit vers le Retenou (arrière
pays Syro-Palestinien), pour se distraire (lit
: se laver le cœur) à travers les pays
étrangers. Sa Majesté atteignit le Naharina
(au Nord de la Phénicie),
dès qu'il rencontra ce vil ennemi, il commença
le combat. Il fit un grand massacre, et l'on ne pouvait compter
le nombre des prisonniers qu'il rapporta de ses victoires.
Cependant, j'étais à la tête de l'armée,
et Sa Majesté put constater ma vaillance; je ramenai
un char, et son attelage de chevaux comme prisonniers, que
j'offris au Roi. A nouveau, on me récompensa avec de
l'or. Le
grand âge .
Je suis devenu vieux, j'ai atteint un grand âge; mais
mes honneurs demeurent comme avant... et je reposerai dans
la tombe que j'ai faite moi-même.
Ainsi se conclut l’autobiographie de ce grand militaire,
devenu aussi un riche propriétaire terrien grâce
aux multiples donations que son courage lui a valu.
Vous
trouverez le texte hiéroglyphique complet avec translittération
>>ICI
Et
les Urkunden >> ICI
| Bibliographie
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- Claire LALOUETTE : Textes sacrés et
textes profanes de l’Ancienne Égypte,
Gallimard, 1984
- Claire LALOUETTE : Thèbes ou la naissance
d’un empire, Fayard, 1986
- Kurt SETHE Lebensgeschichte des Admirals Iahmes,
Urkunden der 18. Dynastie, Leipzig 1927.
- The Oxford encyclopedia of ancient Egypt, AUC
Press, 2001
- Une autre traduction sur l'excellent site Thotweb
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| Merci
à Les et Shirley Brown pour leurs photos | |
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 |
Page réalisée
par Thierry Benderitter
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