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La tombe TT 343 de Benia connu aussi sous le nom Pahekamen (ou Paheqamen)

LOCALISATION ET DATATION DE LA TOMBE

La tombe TT 343 de Benia est située au pied des collines sud-est de Cheikh Abd el Gournah, au milieu de la zone où se répartiront les tombes des XVIIIe et XIXe Dynasties. La datation de la tombe continue de faire problème, car aucun nom de souverain n'y est mentionné. La plus proche géographiquement, si ce n'est de période, est la tombe TT 345 d'Amenhotep datant de l'époque Hatchepsout - Thoutmosis III.
Selon Helck les tombes de Gournah sont distribuées selon une double stratification, une verticale selon le niveau social et une seconde horizontale, chronologique.
Benia se trouve lui au pied de la colline, ce qui montre qu'il appartenait à la classe moyenne des fonctionnaires. Horizontalement, sa position suggère la période d'Hatchepsout. Les critères stylistiques de la tombe sont :
  • Le plan en T renversé est caractéristique de l'époque Aménophis II - Thoutmosis IV, mais il existe des exemples plus précoces, datant de l'époque d'Hatchepsout.
  • Le style et les vêtements sont caractéristiques du début de la XVIIIe Dynastie.
  • La combinaison peinture plus relief évoque la période Hatchepsout - Thoutmosis III ou Amenophis III - Akhenaton.
  • Les motifs en losange et en zigzag des plafonds débutent à l'époque de Thoutmosis III mais se voient plus souvent dans la période Aménophis II - Thoutmosis IV.
  • Les perruques sont de l'époque Thoutmosis III - Aménophis II seulement.
  • Les tombes mentionnant le Temple de Millions d'Années de Thoutmosis III datent de l'époque de Thoutmosis III - Aménophis II.
  • Le titre imj-rA-saAw.tjw "Supérieur des gardiens de sceaux" disparait après Aménophis II.
Finalement, au vu de l'ensemble de ces indications, la carrière de Benia s'est probablement déroulée pendant la seconde partie du règne de Thoutmosis III.

LE PERSONNAGE

 Noms et famille 

Le nom du propriétaire "Ben-ia" est asiatique, et plus précisément hébreux, avec le sens "Fils de Jah(ve)". Il s'agit donc d'un nom théophore, avec la forme courte du nom Jahve, un dieu que les universitaires pensent être originaire du pays de Midian. Benia était donc certainement un Asiatique, peut être un Hébreu, occupant un poste dans la classe moyenne de l'administration pharaonique.
Il a de ce fait reçu un second nom, un nom de cour, typiquement égyptien "Pa-heka-men" signifiant "Le Prince est établi". La formule utilisée pour l'introduire Ddw n.f (= appelé, alias) est celle toujours utilisée pour introduire le nom de cour d'un étranger. De plus, le terme HqA (-heka-) dans ces noms de cour est typique de la XVIIIème Dynastie. Le nom Pahekamen est employé vingt-trois fois dans sa tombe ; son nom de naissance, Benia, n'est jamais utilisé seul.
Le nom de sa mère "Tiroukak" pourrait être d'origine Mittanienne. Le nom de son père Irtenena, ou El-taou-na-na pourrait être Hittite ou Houritique.

 Ses titres principaux 

  1. Xrd n kAp "Enfant du Kap", le Kap désignant l'institution dans laquelle était également élevés les fils du roi. Au Nouvel Empire, tout ceci suggère son origine d'une lignée de fonctionnaires ou de prêtres de rang intermédiaire, ce qui ne le prédestinait pas à atteindre un haut rang social et dans l'administration.
  2. imj-rA-kA.wt "Supérieur des travaux (de construction)". Il existe parfois des épithètes à ce titre, comme "de toutes les constructions du roi" ou "dans Thèbes" ou encore "du roi à Thèbes" ou "dans Karnak". Une scène de la tombe le montre recevant une livraison de produits précieux pour le Trésor (per hedj) de pharaon ou du temple d'Amon.
  3. imj-rA-Hmwt n nb tAwy "Supérieur des artisans du Seigneur des Deux Terres".
  4. imj-rA-saAw.tjw "Supérieur des porteurs de sceaux". Dans cette fonction, il devait aviser le vizir une fois par mois des entrées et des dépenses de la maison royale en présence de ses subordonnés.

 Ses relations avec le roi 

De ses titres et de son éducation il est évident qu'il devait tout à son souverain dont il était un courtisan ou un suivant (Smsw). Il est d'autant plus remarquable qu'il n'ait pas nommé ce dernier dans sa tombe. Le roi est appelé "Seigneur des Deux Terres", "le Dieu parfait", "Roi", "Seigneur". On a suggéré qu'il s'agissait là d'une manière détournée de ne pas nommer le souverain dans la période de corégence entre Hatchepsout et son neveu Thoutmosis III pendant laquelle on ne savait peut être plus avec précision qui détenait la réalité du pouvoir royal.

GÉNÉRALITÉS SUR LA TOMBE

 État actuel et restauration antérieure. 

Des travaux de restauration et de reconstruction ont été menés depuis 1925 - 1926 et l'état actuel du monument est significativement différent de celui que montrent les photos prises en 1927 par Mond et Emery. La tombe a été d'abord nettoyée,car elle contenait une épaisseur d'un mètre de sable et de débris divers puis une porte de fer en a scellé l'entrée et certaines zones ont été consolidées avec du ciment. Siegfried Schott a ensuite travaillé sur le monument de 1931 à 1937.
Certaines des destructions datent de l'antiquité. En particulier, la chapelle a subi les assauts des zélateurs d'Akhénaton. Le culte du dieu unique Aton a entraîné la destruction des images et des noms associés à Amon et à d'autres divinités, du mot "dieux" au pluriel, de tout ce qui a trait au temple de Karnak, des prêtres portant une peau de félin, ... Les dommages infligés aux visages ne relèvent pas des Atonistes et restent d'origine inconnue.
Par contre, on ne sait pas de quand datent les nombreuses et évidentes traces de peinture surajoutées sur les murs.
Quoi qu'il en soit, la tombe est encore dans un remarquable état de conservation, ceci étant dû principalement au fait qu'elle n'a pas vraiment été réutilisée et qu'elle n'a pas servi d'habitation. Les premiers chrétiens n'y ayant pas non plus élu domicile, les saccages dont nous n'avons que trop d'exemples dans d'autres tombes ont été évités. Lors de sa découverte, le sol de la chapelle était recouvert d'un mètre de sable et de débris contenant les restes vandalisés de cinq momies.

 Architecture générale 

La tombe a la structure classique de l'époque : une avant-cour non décorée taillée dans la roche et deux salles disposées selon le classique modèle du T inversé, une transverse de la largeur de l'avant-cour et une longue qui se termine par une niche contenant des statues du défunt et de ses plus proches parents.

Avant-cour
L'avant-cour est entourée de nos jours sur trois côtés par un mur pour prévenir la chute de pierres. On y trouve deux puits funéraires, un rond et un rectangulaire, qui constituent l'entrée dans un réseau complexe de galeries souterraines en connexion avec celles du puits de la salle transversale. Dans ces galeries les archéologues espéraient trouver des restes de l'équipement funéraire du défunt, qui a été recherché en 1926, mais rien.

Porte d'entrée
La restauration au ciment a été "musclée" mais il persiste encore des fragments des noms et titres du défunt ( vue 02).

Salle transverse


salle transverse sud

salle longitudinale

salle transverse nord

Nous pénétrons dans la salle transverse par deux marches grossièrement taillées. Les murs en sont gravés et peints. L'ouverture du puits funéraire se trouve du côté sud-ouest, au pied de la fausse porte ( vue 03).

Salle longitudinale
Une ouverture assez grossière conduit de la salle transverse à la salle longitudinale au fond de laquelle se trouve la niche aux statues ( vue 07).

REMARQUES SUR LE DÉCOR

Schéma général
C'est celui habituel pour l'époque :
- à la base des murs se trouve un espace vierge de 75 cm de hauteur, surmonté par un bandeau de 14 cm peint en jaune, noir et rouge.
- les scènes sont entourées d'une bande formée par une alternance de rectangles rouge/vert/jaune/bleu/rouge/vert ou jaune/vert/rouge/bleu/jaune/vert, dans lesquels les couleurs sont séparées par deux épaisses lignes noires.
- À la partie supérieure des murs se trouve une frise de khakérou .

Le fond des murs est blanc. Les hiéroglyphes ont été peints sur un fond également blanc, ce qui accentue la vivacité de leur polychromie. La palette des couleurs comprend du noir, du rouge, du vert, du rose-rouge, du rouge-brun et du blanc, mais peu de bleu ou de jaune. Les bleus, noirs et verts ont pâli, surtout le noir qui est souvent transformé en niveaux de gris. Les contours, lorsqu'ils ont été réalisés, sont rouge-brun.

L'apparence d'ensemble est homogène, uniforme, dans des tons pastel, et donne une impression statique, loin de la vivacité et de l'originalité que l'on retrouve dans d'autres tombes thébaines. Cet aspect est pour partie dû au mélange ou à la superposition des couleurs, pour partie à l'absence de soulignement des contours et enfin au pâlissement du noir avec le temps. Il en résulte une absence de réel contraste, ce qui tend à aplatir les couleurs.
En plus de la peinture, les murs de la salle transversale ont été gravés, un travail de qualité mais sans génie et on peut dire que le peintre a été plus à son aise que le sculpteur.

Le manque d'originalité
Guksch explique la simplicité et l'aspect ultra conventionnel du décor par le fait que Benia était d'origine étrangère. Il n'aurait de ce fait pas voulu sortir d'un répertoire "standard", limitant les scènes aux plus canoniques. Par contre, un point est très particulier à cette tombe, c'est l'absence quasi-complète de personnages féminins à l'exception de la mère du défunt : il n'a pas d'épouse ni d'enfants et on ne trouve aucune femme parmi les serviteurs, les musiciens, les hôtes du repas funéraire.

Symétrie
Un autre point notable est la symétrie des scènes par rapport à l'axe central est-ouest de la tombe. Cette symétrie peut se trouver dans les scènes d'une même paroi ou d'une paroi par rapport à celle qui lui fait face, ne différant parfois que par la position debout ou assise du personnage. C'est ainsi que dans la salle longue les deux murs sont symétriques, et dans la salle transversale les murs sud et nord se répondent, avec la stèle d'un côté et la fausse porte de l'autre.

 Les surcharges à l'encre rouge 
La tombe semble avoir été pillée dès l'époque d'Amenophis III. C'est aussi à cette périodes que des dessins ont été rajoutés sur les murs, figurant essentiellement des femmes, plus rarement des hommes. Ces ajouts sont le fait d'un utilisateur secondaire de la tombe, quelqu'un de marié et qui avait besoin de son épouse pour assurer sa renaissance dans l'au-delà [rappel : l'épouse est censée jouer pour le défunt le rôle d'Isis et s'occuper de lui comme cette dernière s'était occupée de son frère et mari Osiris]. Une de ces représentations se trouve sous le siège de Benia sur la partie nord du mur est de la salle transversale.

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