Dernière mise à jour le 09/02/2007

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La tombe de Benia , mieux connu sous le nom Pahekamen (ou Paheqamen) TT 343

LOCALISATION ET DATATION DE LA TOMBE

La tombe TT 343 de Benia est située au pied des collines Sud-Est de Cheikh Abd el Gournah, au milieu de la zone où se répartiront les tombes des XVIIIème et XIXème Dynasties. La datation de la tombe continue de faire problème, car aucun nom de souverain n'y est mentionné. La plus proche géographiquement, si ce n'est de période, est la tombe TT 345 d'Amenhotep datant de l'époque Hatchepsout - Thoutmosis III.
Selon Helck les tombes de Gournah sont distribuées selon une double stratification, une verticale selon le niveau social et une seconde horizontale, chronologique.
Benia se trouve lui au pied de la colline, ce qui traduit sa position sociale dans ce que nous appellerions la classe moyenne des officiels du roi. Horizontalement, sa position suggère la période d'Hatchepsout. De ce fait la carrière de Benia se serait probablement déroulée pendant la seconde partie du règne de Thoutmosis III. Les critères stylistiques de la tombe nous amèneraient eux plutôt vers la période Hatchepsout - Amenophis II, voire plus tard dans la XVIIIème Dynastie.
En détail :
  • Le plan de la tombe en T renversé est caractéristique de l'époque Aménophis II - Thoutmosis IV, mais il existe des exemples plus précoces, datant de l'époque d'Hatchepsout.
  • Le style et les vêtements sont caractéristiques du début de la XVIIIème Dynastie.
  • La combinaison peinture plus relief évoque la période Hatchepsout - Thoutmosis III ou Amenophis III - Akhenaton.
  • Les motifs en losange et en zig-zag des plafonds débutent à l'époque de Thoutmosis III mais se voient plus souvent dans la période Aménophis II - Thoutmosis IV.
  • Les perruques sont de l'époque Thoutmosis III - Aménophis II seulement.
  • Les tombes mentionnant le Temple de Millions d'Années de Thoutmosis III datent de l'époque de Thoutmosis III - Aménophis II.
  • Le titre imj-rA-saAw.tjw "Supérieur des gardiens de sceaux" disparait après Aménophis II.
Les textes en dehors de ceux de la tombe renvoient plutôt à l'époque Hatchepsout - Thoutmosis III.

Quand nous regardons l'ensemble de ces indications, on voit que le plus grand nombre fait référence à l'époque Hatchepsout - Thoutmosis III.

  LE PERSONNAGE  

 Noms et titres 

Le nom du propriétaire "Ben-ia" est Asiatique, et plus précisément Hébreux, avec le sens "Fils de Jah(ve)". Il s'agit donc d'un nom théophore, avec la forme courte du nom Jahve, un dieu que les universitaires pensent être originaire du pays de Midian. Benia était donc certainement un homme d'origine Asiatique, peut être un Hébreu, occupant un poste dans la classe moyenne de l'administration pharaonique.
Il a de ce fait reçu un second nom, un nom de cour typiquement Égyptien "Pa-heka-men" signifiant "Le Prince est établi". La formule utilisée pour l'introduire Ddw n.f (= appellé, alias) est celle toujours utilisée pour introduire le nom de cour d'un étranger. De plus, le terme HqA (-heka-) dans ces noms de cour est typique de la XVIIIème Dynastie. Il se fait appeler par son nom de cour 23 fois dans sa tombe, et jamais avec son seul nom de naissance, Benia. Ses parents portent également des noms étrangers.
Le nom que porte sa mère pourrait être d'origine Mittanienne Tiroukak. Le nom de son père Irtenena, ou El-taou-na-na pourrait être Hittite ou Houritique.

 Ses titres principaux 

  1. crd n kAp "Enfant du Kep", le Kep désignant l'institution dans laquelle était également élevés les fils du roi. Au Nouvel Empire, tout ceci suggère son origine d'une lignée d'officiels et/ou de prêtres de rang intermédiaire. Ceci ne le prédestinait pas à atteindre un haut rang social et officiel.
  2. imj-rA-kA.wt "Supérieur des travaux (de construction)". Il existe parfois des épithètes à ce titre, comme "de toutes les constructions du roi" ou "dans Thèbes" ou encore "du roi à Thèbes" ou "à Karnak". Une scène de la tombe le montre recevant une livraison d'argent, d'or et d'ivoire de "per-aA" (= la grande maison), "Pharaon".
  3. imj-rA-Hmwt n nb tAwy "Supérieur des artisans du Seigneur des Deux Terres".
  4. imj-rA-saAw.tjw "Supérieur des porteurs de sceaux". Dans cette fonction, il devait aviser le vizir une fois par mois des entrées et des dépenses de la maison royale en présence de ses subordonnés.
On voit que deux de ces titres sont en rapport avec les travaux de construction.

 Ses relations avec le roi 

De ses titres et de son éducation il est évident qu'il devait tout à son souverain dont il était un courtisan ou un suivant (Smsw). Il est d'autant plus remarquable qu'il n'ait pas nommé ce dernier dans sa tombe. Le roi est appelé "Seigneur des Deux Terres", "le Dieu parfait", "Roi" ou "Seigneur". On a pu suggérer qu'il s'agissait là d'une manière détournée de ne pas nommer le souverain dans la période transitoire entre la fin du règne d'Hatchepsout et celui de Thoutmosis III où l'on ne savait peut être plus avec précision qui occupait le trône réellement.

  GÉNÉRALITÉS SUR LA TOMBE 

 État actuel et restauration antérieure. 

Des travaux de restauration et de reconstruction ont été menés depuis 1925 - 1926 et l'état actuel du monument est significativement différent de celui que montrent les photos prises en 1927 par Mond et Emery. La tombe a été d'abord nettoyée,car elle contenait une épaisseur d'un mètre de sable et de débris divers puis une porte de fer en a scellé l'entrée et certaines zones ont été consolidées avec du ciment. Siegfried Schott a ensuite travaillé sur le monument de 1931 à 1937.
Certaines des destructions datent de l'antiquité, notamment les dommages infligés aux visages ou encore l'effacement du nom d'Amon par les zélateurs d'Akhenaton.
Par contre on ne sait pas de quand datent les nombreuses et évidentes traces de peinture surajoutées sur les murs.
Quoi qu'il en soit, la tombe est encore dans un remarquable état de conservation, ceci étant du principalement au fait qu'elle n'a pas vraiment été réutilisée et qu'elle n'a pas servi d'habitation. Les premiers chrétiens n'y ayant pas non plus élu domicile, les saccages dont nous n'avons que trop d'exemples dans d'autres tombes ont été évités.
L'avant-cour est entourée de nos jours sur trois côtés par un mur pour prévenir la chute de pierres ou de détritus provenant des maisons voisines occupées par les habitants de Gourna.

 Architecture générale 


Plan de la tombe
La tombe a la structure classique de l'époque : une avant-cour non décorée taillée dans la roche et deux salles disposées selon le classique modèle du T inversé, une transverse de la largeur de l'avant-cour et une longue qui se termine par une niche contenant des statues du défunt et de ses plus proches parents.

Avant-cour
Dans l'avant-cour on trouve deux trous qui sont en fait des puits funéraires, un rond et un rectangulaire, qui constituent l'entrée dans un réseau complexe de galeries souterraines en connexion avec celles du puits de la salle transversale. Dans ces galeries on s'attendait à trouver des restes de l'équipement funéraire du défunt, qui a été recherché en 1926 : rien n'a été trouvé.

Porte d'entrée

La restauration au ciment a été "musclée" mais il persite encore des fragments des noms et titres du défunt (vue 02).

Salle transverse

Salle transverse, Sud

Salle transverse, Nord

Salle longitudinale


Nous pénétrons dans la salle transverse par deux marches grossièrement taillées. Les murs en sont gravés et peints. L'ouverture du puits funéraire se trouve du côté Sud - Ouest, à droite d'une représentation de fausse porte (vue 03).





Salle longue
Une ouverture assez grossière conduit de la salle transverse à la salle longue au fond de laquelle se trouve la niche aux statues.

Décoration: remarques générales
Le schéma général de décoration est également très commun :
- à la base des murs se trouve un espace vierge de 75 cms de hauteur, surmonté par un bandeau de 14 cm peint en jaune, noir et rouge.
- les scènes sont entourées de la "frise Égyptienne" formée par une alternance de rectangles rouge/vert/jaune/bleu/rouge/vert ou jaune/vert/rouge/bleu/jaune/vert, dans lesquels les couleurs sont séparées par deux épaisses lignes noires.
- A la partie supérieure des murs, une frise de Khakérous .

Couleurs
Le fond des murs est blanc. Les hiéroglyphes ont été peints sur un fond également blanc, ce qui contribue à rendre plus vive leur couleur définitive. La palette des couleurs comprend du noir, du rouge, du vert, du rose-rouge, du rouge-brun et du blanc, mais peu de bleu ou de jaune. Les bleus, noirs et verts ont pâlis, surtout le noir qui est souvent transformé en niveaux de gris. Les contours, lorsqu'ils ont été réalisés, sont rouge-bruns.

Style
L'apparence d'ensemble est homogène, uniforme, dans des tons pastels, et donne une impression statique loin de la vivacité et des originalités que l'on retrouve dans d'autres tombes thébaines. Cet aspect est pour partie du au mélange ou à la superposition des couleurs, pour partie à l'absence de soulignement des contours et enfin au palissement du noir avec le temps. Il en résulte une absence de réel contraste, ce qui tend à aplatir les couleurs.
En plus de la peinture, les murs de la salle transversale ont été gravés, un travail de qualité mais sans génie et l'on peut dire que le peintre a été plus à son aise que le sculpteur.

  DÉCOUVERTES  

Dans l'avant-cour les fouilleurs ont retrouvé sous un mètre de déblais une table d'offrandes qu'ils ont replacée au Nord. Cette table est anépigraphe, soit que les inscriptions n'ont jamais été réalisées, soit qu'elles se soient effacées avec le temps. Il s'agit d'une table typique du Nouvel Empire reproduisant le hiéroglyphe Htp, commune également à Deir el Medineh.
Comme pratiquement toutes les tombes Égyptiennes, celle de Benia a été pillée dans l'antiquité. Dans les tombes voisines de Gourna, seules celles de Sennedjem et celle de Kha (dont le matériel est au musée de Turin) ont échappé par chance à ce triste destin. Chez Benia, seuls deux cônes funéraires ont été retrouvés. L'un comporte les deux noms de Benia et son titre "Enfant du Kep", le second porte le nom de cour et tous les titres du défunt.
Par ailleurs quelques objets secondaires en bois provenant d'inhumations postérieures ont été retrouvés, en relation avec les momies secondairement déposées dans la tombe: cinq momies dans le complexe souterrain et seize dans les deux salles du haut.

Nous pouvons maintenant commencer la visite proprement dite.

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