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 Le style des décors 

Dans l'ensemble du monument, on retrouve le style un peu maniéré, habituel pendant le règne d'Amenhotep III. Les sculptures sont d'une excellente facture et ont été exécutées par de véritables artistes. Vu la position occupée par Kherouef et la très grande qualité des décors, il est possible que ce soient les "serviteurs de la Place de Vérité", les artisans de Deir el Medineh -qui avaient en charge les tombes royales- qui aient oeuvré ici. On sait en effet que leur domaine d'action ne se cantonnait pas, comme on l'a longtemps cru, dans les vallées des rois et des reines, mais qu'ils travaillaient aussi dans les temples thébains et parfois pour des particuliers. On a retrouvé des traces de leur activité ailleurs en Égypte, notamment sur le site de Saqqara.

Le décor est réalisé en relief levé sur les parois du pylône ouest, et sur le mur sud du passage vers la cour (vue sb_5165) ; il est en relief incisé partout ailleurs ; les hiéroglyphes ont été remplis de bleu, tranchant sur le fond blanc de la paroi (vue sb_5066).

1)- Les souverains dans le monument de Kherouef

a)- A la fin du règne d'Amenhotep III, vers l'an 30, le style décoratif change nettement
Raymond Johnson écrit : "Tout est inhabituel dans la sculpture de la dernière période d'Amenhotep". Les reliefs levés sont plus hauts, les reliefs dans le creux, plus profonds. Mais le changement le plus frappant concerne le visage du souverain, dont les traits sont maintenant ceux d'un adolescent avec de longs yeux en amande, relevés vers le haut et vers l'arrière. C'est également ainsi qu'Amenhotep III est représenté dans sa tombe (voir La tombe d'Amenhotep III).
L'habillement du roi devient extraordinairement complexe, avec une superposition de pagnes, de surpagnes, d'écharpes, auxquels s'ajoutent des symboles solaires ou funéraires jamais utilisés auparavant.
Nouveauté aussi, le roi porte le collier shebiou, formé de disques d'or, habituellement réservé à la récompense des dignitaires (vue tb_01930). Lorsqu'il est offert par le roi à un particulier, il matérialise un nouveau statut social. Autour du cou du souverain, il signifie un changement d'état dans l'au-delà, le résultat de son assimilation et de son identification avec "son père le soleil". Le collier floral ouah, les grands bracelets autour des poignets mais aussi autour des bras, sont également des nouveautés.
Presque systématiquement, on trouve sur le pagne une sorte de tablier, ou d'aumônière, en forme de queue de faucon, ou décoré de cobras dressés coiffés du disque solaire. Ce type de représentation correspond à la déification du souverain mort et ne se retrouve aux époques antérieures que dans un contexte funéraire.

b)- Signification
Ces changements sont contemporains des trois jubilés (fêtes Heb sed) et traduisent deux choses :
•  Le rajeunissement montre l'effet régénérateur des cérémonies du jubilé sur le roi, qui peut donc continuer à occuper le trône.
•  La solarisation exprime un phénomène complètement nouveau : la fusion de la personne du roi avec le dieu-soleil Ra et sa manifestation physique, le disque solaire Aton.

Ainsi, dès son premier jubilé, Amenhotep III est devenu un dieu vivant et on pourra le voir adorant des images de lui-même dans le temple de Soleb, en Nubie. L'idée de déification du roi régnant fera son chemin, et sera reprise plus tard par Ramses II et Ramses III.

c)- La prééminence des souverains dans le décor
Comme chez Ramose, mais à une plus grande échelle encore, les représentations des souverains et de la reine relèguent le propriétaire de la tombe au second plan, une pratique qui s'exacerbera au cours du règne d'Akhenaton.
Cependant, le décor du monument de Kherouef est très loin d'être achevé, et il est probable qu'il aurait été mieux valorisé dans la première, et surtout la seconde salle à piliers.

d)-La représentation des personnages non royaux A partir de la fin du règne d'Amenhotep III les personnages subalternes sont figurés fortement penchés vers l'avant (vue tb_01960). C'est le cas sous le trône, dans les scènes du troisième jubilé, et c'est aussi l'attitude des deux prêtres de Ptah qui assistent à l'érection du pilier-djed. Sous le règne d'Amenhotep IV – Akhenaton, ces personnages courbés seront la règle.

2)- Les dieux

On trouve chez Kherouef de nombreuses mentions du nom d'Amon, au milieu d'une multiplicité d'autres dieux. Le mot "dieu" est quelquefois écrit au pluriel (et sera alors attaqué par les atonistes). Presque rien dans le monument ne laisse présager les changements religieux radicaux que le nouveau souverain Amenhotep IV va pourtant introduire très tôt dans son règne. On trouve bien, à plusieurs reprises, le nom "Aton", mais il fait référence au disque solaire physique, et en tant que tel il est fréquemment mentionné à la fin du règne d'Amenhotep III.

3)- Représentations d'Amenhotep IV

Lorsque le roi est représenté, comme sur l'architrave du vestibule, c'est dans un style parfaitement classique. Ce décor a donc été réalisé avant l'an 4, date à laquelle le style si caractéristique du début du nouveau règne a été imposé (voir l'article général Akhenaton et la religion d'Aton).

 L'entrée 

On descend dans le monument par un long escalier moderne, entre deux hautes parois dégrossies mais non aplanies, anépigraphes. Après la grille, on se trouve dans un vestibule, au sol plat, devant une entrée encadrée par des jambages et un linteau décorés, comme le sont également les recessus latéraux droit et gauche.

1)- Le linteau


Il est divisé en deux parties presque symétriques. Dans chacune le roi Amenhotep IV -dans un style tout à fait classique- est accompagné de sa mère la reine Tiy et fait offrande à un dieu et une déesse. Le roi est coiffé du khepresh, la couronne bleue, et un large collier s'étale sur sa poitrine. Autour de sa taille est serré un pagne à devanteau triangulaire, duquel pend une queue de taureau. La reine, vêtue d'une robe collante, porte une couronne associant un mortier et deux hautes plumes en rapport avec le dieu Amon. Un double uraeus est ceint autour de son front. De sa main droite, elle brandit un sistre hathorique et, de la gauche, soit une ombelle de papyrus et un signe ankh (côté gauche), soit le sceptre floral recourbé des reines (calqué sur le fouet que tient le roi).
A gauche, Amenhotep offre des vases de vin nou à Ra-Horakhty assis sur son trône et veillé par la déesse Maat debout. A droite, le roi fait une fumigation d'encens devant Atoum assis, sur lequel veille la déesse Hathor.
Un symbole complexe sépare les deux scènes : un signe Ka entoure le cartouche "Nefer-kheperou-Ra, oua-n-Ra" ("Belles sont les apparitions de Ra, l'unique de Ra") sur lequel repose une couronne composite associant une atef osirienne, un symbole solaire et des cornes de bélier torsadées en lien avec Amon.
Vous pouvez ouvrir une image avec effet de survol : VOIR.

2)- Les jambages

De chaque côté de l'ouverture, sont inscrites quatre colonnes verticales de texte, qui sont autant de prières adressées à des dieux différents ; à droite, Amon-Ra (gratté), Atoum, Thot, Anubis ; à gauche, Amon (effacé), Ra-Horakhty, Osiris et Isis.
Les représentations de Kherouef, qui se trouvaient au bas de chaque montant, ont été effacées. Sur le montant gauche, juste avant le début de la zone détruite, un très beau cartouche coloré, au nom de la reine Tiy, a été préservé. Noter le sceptre, exactement identique à l'image du linteau.

3)- Le côté nord du vestibule (Le côté sud n'a jamais été gravé) (vue B_3287).

Il porte un long hymne au soleil couchant qui se déroule de droite à gauche autour des restes terriblement martelés de Kherouef. Ce texte comporte les noms d'Atoum, de Ra, de Noun et Nounet (sa parèdre), des dieux de la montagne de l'ouest (au pluriel), de Maat. Le pluriel du mot dieu a été effacé partiellement par les partisans d'Akhénaton, qui n'ont bizarrement pas touché à Noun et Nounet. Pourtant, le dieu de l'océan primordial d'où est sortie la création "la première fois" n'a rien à faire dans la théologie atonienne qui a banni l'idée de première fois (voir 'Akhenaton et la religion d'Aton').
L'hymne se conclut, comme toujours, par une supplique de Kherouef pour lui même : "Que je sois parmi tes favoris, contemplant ta beauté chaque jour, qu'on me laisse empoigner la corde de halage de la barque du soir et amarrer la barque du matin".


4)- Le corridor

a)- Côté gauche (sud) (vue rb_0067)

Il est divisé en deux registres, haut et bas, chacun subdivisé en deux scènes distinctes.

        Registre supérieur (vue rb_0068 et vue rb_0058)
Les deux scènes d'offrande sont très difficiles à examiner en raison de l'acharnement mis à détruire les figures d'Amenhotep IV.
•   à droite de la paroi, Amenhotep IV, tourné vers l'intérieur, fait libation à son père Amenhotep III et à la reine Tiy, très partiellement préservée ; on peut encore admirer la complexité du devanteau du roi (vue B_3289). La présence d'Amenhotep III dans ce contexte est ambiguë, et certains en ont tiré parti pour avancer que le vieux souverain était déjà mort à ce moment, mais l'argument s'est révélé insuffisant.
•   à gauche, Amenhotep IV, tourné cette fois vers l'extérieur, consacre une grande offrande à Ra-Horakhty (vue B_01898).
Devant son visage, et au-dessus des offrandes empilées, se trouve un cadre de 1,48 m de haut et 1,36 m de large. Il est divisé en 14 colonnes et 13 lignes, avec, dans chaque case ainsi délimitée, un groupement de signes hiéroglyphiques. Il s'agit de textes d'adoration aux dieux, dont la lecture est possible en ligne et en colonne, comme dans les mots croisés, sauf qu'il n'y a pas de case vierge. On connaît plusieurs exemples de ces cadres dans l'histoire égyptienne, mais celui-ci est le plus ancien (JJ Clère).
Ici, "chaque quadrat peut être lu indistinctement de gauche à droite ou de haut en bas à la manière d’un puzzle, mélangeant et entrecroisant, dans un ensemble unique et inséparable, les noms des deux pharaons, père et fils, et ceux des dieux Amon-Ra et Ra-Horakhty. Il s'agit d'un véritable texte théologico-politique" (Dr Francisco J. Martín Valentín)

        Registre inférieur
Cette fois, nous retrouvons deux fois Kherouef (du moins ce qu'il en reste) en prière, récitant un hymne d'adoration
- à gauche, tourné vers l'entrée, il s'agit d'un hymne au soleil levant.
- à droite tourné vers la cour, il s'agit d'un hymne à Osiris (vue rb_0059)

b)- Côté droit (nord)

Un seul registre occupe toute la hauteur de la paroi. Il porte des colonnes de hiéroglyphes transcrivant une longue supplique de Kherouef au moment d'entrer dans le monde souterrain. Elle se termine par : "Je suis venu en jubilation au dieu de ma cité, Osiris Seigneur de l'Éternité, seigneur de ce qui est et à qui appartient ce qui n'est pas encore. Puisses-tu laisser le premier héraut du roi, Kherouef, Juste de Voix, sortir pour contempler le disque solaire (c-à-d Aton) à son lever, sans qu'on me l'interdise ou qu'on me repousse de toute porte du monde souterrain" (vue rb_0046, vue b_3292 et vue b_3291).

c)- Le plafond (vue rb_0051 et vue rb_0053)

Il comporte trois colonnes de hiéroglyphes courant d'est en ouest, avec quatre petites 'barres' transversales. Dans la colonne centrale (vue B_01902), Kherouef s'adresse à la première porte du royaume souterrain : "Oh, toi, premier portail du monde souterrain, il désire entrer, son abomination est la sortie. Ouvre pour moi ! C'est revêtu de Maat que je suis venu [...]".


 Le Portique est 

Porter
& Moss
Nakhtdjehouty
TT 189
Djehoutyemheb
TT 194 (à G)

Passé le corridor, nous nous trouvons sous le portique Est, le premier du monument. Traditionnellement cependant, il n'est pas considéré comme appartenant à TT 192, alors qu'un examen du plan montre qu'il appartient à l'évidence au monument de Kherouef. Il est de ce fait complètement passé sous silence dans la publication de l'Oriental Institute. Le Porter & Moss nous aide heureusement à nous y retrouver, comme l'illustre le dessin de gauche (l'espace appartenant à Kherouef est en violet, les murs en rouge sont modernes, destinés à soutenir les colonnes survivantes).

Les deux ailes à droite et gauche sont très sombres, mais une fois que l'on s'est habitué à l'obscurité, on distingue des décors sur certaines zones. Ils ne concernent pas Kherouef mais d'autres personnages d'époque plus tardive. A droite (nord), deux panneaux de reliefs encadrent l'entrée vers TT 189, la tombe de Nakht-Djehouty, tandis qu'au fond du couloir se trouve une ouverture donnant sur l'annexe de cette tombe. Du côté gauche (sud), plusieurs panneaux encadrent l'entrée vers TT 194, sépulture de Djehoutyemheb. Au fond du couloir se trouve une ouverture menant vers une autre partie de TT 195 et vers TT 196.
Nous traiterons plus en détail de ces tombes dans une page spéciale qui s'appellera "Autour de Kherouef".

 la cour 

Le passage vers la cour se fait entre deux piliers. Une stèle est adossée à celui de droite, et représente, à elle seule, la tombe TT 193 d'un certain Ptahemheb (vue cb_193). Nous en reparlerons aussi dans "Autour de Kherouef".
La cour à ciel ouvert est inondée de soleil. Sur l'un et l'autre côté on retrouve des morceaux de murs en briques crues, témoignant d'un état d'occupation tardive, et des ouvertures de tombes, certaines bien visibles comme TT 406, TT 26 (vue rb_0127) et TT 264 (vue rb_0124) sur le mur sud, et TT 190 et 191 sur le mur nord. Comme on le voit, il n'existe aucune ébauche de colonne sur l'un ou l'autre des côtés.
Le portique ouest, qui porte les décorations célèbres dont nous allons parler, se trouve dissimulé derrière un mur de protection moderne. A l'extrême droite, on peut reconnaître un reliquat des travaux initiaux, avec notamment un fragment de colonne engagé dans un mur de briques.
Il faut se faire ouvrir une porte pour pénétrer sous le portique.

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