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Le portique ouest
Toutes les scènes dites de la tombe de Kherouef sont concentrées ici. On se rend compte à quel point ce qui a été réalisé (et qui a survécu) représente peu de choses par rapport au plan initial. Pour ne plus y revenir, signalons qu'au sommet des murs, sur toute leur longueur, court une frise de khakhérous.
Portique ouest, Aile sud
(vue tb_1909 et vue tb_01920) Elle est consacrée au premier jubilé d'Amenhotep III, le 27ème jour du second mois de la saison de l'inondation (Shemou), l'an 30 du règne. Toute la paroi se focalise sur la scène montrant le couple royal qui, assis sous un kiosque, assiste à la cérémonie.
Le décor est disposé en trois grandes parties : deux registres horizontaux jusqu'au niveau du kiosque, ce dernier occupant toute la hauteur de la paroi. Toutes les scènes sont en lien avec la fête du premier jubilé.
1)- Le kiosque royal
Les souverains, accompagnés par la déesse Hathor, se trouvent sous un chapiteau richement décoré et surmonté d'une frise d'uraei (vue tb_3334). Il est soutenu par de délicates colonnettes lotiformes et papyriformes et repose sur une estrade.
a)- L'estrade
Elle est ornée de Rekhyt (vue tb_01938 vue tb_01936) ; ces oiseaux (vanneaux huppés) lèvent les bras en signe d'adoration, leurs ailes curieusement pliées vers l'arrière. Ils sont perchés sur un signe neb (= tout), à côté d'une petite étoile, 'doua' (adorer, adoration) ; il faut ainsi lire "toute adoration". Les oiseaux sont tournés vers l'axe central, figuré par deux courtes colonnes de hiéroglyphes qui proclament : "Tous les pays de plaines et de collines sont aux pieds du Dieu Parfait".
La signification exacte des Rekhyt reste discutée : souvenir ancestral des populations de Basse Égypte vaincues par le sud ? 'Rebelles' en général, matés par la royauté ? Ou plus simplement 'bas peuple' comme on l'a proposé récemment ?
L'inscription au-dessus, à droite, dit :
"Rendre hommage au puissant roi, et rendre hommage au souverain de Thèbes, par les princes de tous les pays étrangers, aux langues bizarres, quand ils viennent faire acte d'allégeance en raison du pouvoir de Sa Majesté", et celle de gauche : "Rendre hommage au dieu parfait, et rendre hommage au fils d'Amon, par les princes de tous les pays lointains qui étaient ignorants de l'Égypte". En dessous sont représentées des tiges de lotus en fleur mêlées de papyrus, les deux plantes traditionnelles de Haute et Basse Égypte.
b)- Le roi
Il est assis sur un trône cubique orné d'un vautour aux ailes déployées qui lui enserre la taille ; l'oiseau, qui tient dans ses serres un signe shen de protection, représente probablement la déesse Nekhbet, qui étend ainsi ses ailes protectrices autour de lui, comme elle le fait dans des édifices sacrés (vue tb_01940). Ses pieds sont posés sur le signe Heb (fête). Il porte autour du cou un large collier d'où émerge un noeud Tit, ou noeud d'Isis, symbolisant la vie et la prospérité. Il est coiffé de la Double Couronne et tient en main les insignes de la royauté, le fouet et le crochet ; ce dernier ressemble ici à une longue canne, différente du heka traditionnel. Les deux mains sortent du manteau du jubilée, utilisé lors de la fête-Sed. Il porte une fausse barbe droite, comme dans les autres scènes. L'uraeus qui orne son front fait face à celui qui descend du disque solaire gravé devant lui, suggérant une complémentarité de nature et de puissance (vue sb_185). Devant le trône se dressent les signes ouas (pouvoir) et ankh (vie), auxquels on a ajouté des bras qui brandissent deux éventails. D'après le texte associé, l'air mis en mouvement a un pouvoir divin "Car il donne toute vie et joie" (vue ag_19). Cette symbolique de l'air souffle de vie sera largement reprise peu de temps après dans l'iconographie amarnienne.
c)- La déesse
"Hathor, Maîtresse de Denderah" est traditionnellement la "dame du per hay", l'édifice spécifiquement en relation avec la fête-Sed, et dont le kiosque est ici un avatar. Elle peut également jouer le rôle d'une déesse, mère du roi. Hathor est assise à côté du souverain dont elle enserre une épaule (mais, selon les conventions égyptiennes du dessin, elle est représentée derrière). Sa magnifique perruque tripartite est surmontée de son attribut habituel : une paire de cornes de vache encadrant un disque solaire, qu'on retrouve également sur l'uraeus à son front. Son cou est orné d'un collier menat, dont le contrepoids est bien visible dans le dos. La déesse tient dans sa main gauche trois tiges effeuillées de palmier, à bout recourbé, le signe hiéroglyphique signifiant 'années'. A sa base, on retrouve l'association du signe des millions (l'homme aux bras levés) et des centaines de milliers (le têtard) ; ce dernier tient un anneau shen (protection). Ainsi Hathor assure le roi de "toute protection pour des centaines de millions d'années". A son bras pend une composition où nous retrouvons les signes millions et centaines de mille, soutenant cette fois le hiéroglyphe de la fête (vue tb_c2_31).
d)- La reine
Derrière le roi et la déesse se tient la reine Tiy. Elle est debout, ce qui indique qu'elle est associée à la cérémonie, mais n'en fait pas intrinsèquement partie. Néanmoins, sa seule présence confirme la position éminente que les épouses royales ont su conquérir au cours de la XVIIIème Dynastie. La reine porte une robe collante à bretelles et, comme son époux (mais pas la déesse), des sandales aux pieds. Sur sa perruque se dresse une couronne composite formée d'un mortier décoré d'uraei, surmonté de deux longues plumes enserrées dans une paire de cornes de vache. Dans sa main gauche pendante, elle serre une fleur de lotus ; sa main droite agrippe un éventail floral. Le texte d'accompagnement, divisé par son bras, proclame : "L'épouse principale du roi, qu'il aime, Tiy, qu'elle vive! C'est comme Maat suivant Ra qu'elle suit sa Majesté".
e)- Les textes environnants
• Au-dessus de la triade se tient un faucon, les deux ailes déployées, avec au centre un disque : il s'agit du Behedety, l'Horus d'Edfou : "Le Behedety, le grand dieu, au plumage bariolé, le seigneur du ciel et seigneur de Mesen(?), car il donne vie, stabilité et domination" Le texte devant le roi, ainsi que ceux qui entourent le kiosque, sont des compilations des titres d'Amenhotep III : • A gauche (avant) : "Ra-Horakhty, le taureau puissant, qui apparaît en vérité, le Dieu Parfait, qui célèbre les jubilés comme son père Horus-Tanen, seigneur de splendeur comme Min sous le grand dais, le roi de Haute et Basse Égypte, seigneur du Double Pays, Neb-Maat-Ra, le fils de Ra, qui l'aime, Amenhotep-régent-de-Thèbes, aimé de Ptah le grand, celui-qui-est-au-sud-de-son-mur, doué de vie comme Ra, éternellement". • A droite (arrière) : "Ra-Horakhty, le taureau puissant, qui apparaît en vérité, le Dieu Parfait, le fils d'Amon, qui l'a installé sur son trône terrestre afin de faire ce que son ka désire, le roi de Haute et Basse Égypte, souverain des Neuf Arcs, seigneur du Double Pays et seigneur du rituel, Neb-Maat-Ra, le fils de Ra, de son corps, qui l'aime, Amenhotep-régent-de-Thèbes, aimé de 'celui qui se réveille intact', qui réside dans la demeure de Sokar, doué de vie, à jamais".
2)- Le registre du bas
Il comporte trois parties : au plus près du kiosque se trouvait Kherouef, aujourd'hui disparu ; derrière lui s'avancent des femmes porteuses de vases ; plus loin derrière s'étalent deux longs sous registres de musiciens, chanteurs et danseurs.
a)- Première scène : Kherouef récompensé
Elle déborde un peu sur le registre sus-jacent. Kherouef reçoit des colliers d'or provenant des guéridons situés au pied du trône, avec le texte : "Récompenser le gouverneur du palais, le scribe royal, l'intendant [de la principale épouse du roi, Kherouef]...[par la] main du roi". Seul le travail laborieux des experts de l'Oriental Institute a permis de deviner la scène détruite (vue oi_30). Un collier d'or shebiou était placé par un officiel autour du cou de Kherouef, derrière lequel se tenaient d'autres fonctionnaires, eux aussi martelés, désignés comme "Les amis royaux et les dignitaires du roi".. L'un d'entre eux place un collier autour du cou de Kherouef, qu'il prend sur la table où s'accumulent : en haut, les grands colliers shebiou, fabriqués avec de l'or de bon aloi ; en dessous, des pièces plus petites, en forme de poisson, de canard, de lotus grands et petits, façonnées dans un alliage métallique d'aloi inférieur (vue sb_102). Le commentaire de la scène est fourni dans l'inscription de l'an 30, qui se trouve immédiatement au-dessus de la scène, et que nous verrons dans un moment.
b)- Seconde scène : les princesses
Il s'agit d'une des représentations les plus célèbres de l'art égyptien, figurant dans de nombreux manuels. Cette renommée est justifiée par la qualité extraordinaire de la sculpture, le respect des proportions, la beauté des huit personnages. Il s'agit des filles de hauts dignitaires, peut être de princes étrangers élevés à la cour de pharaon, et ainsi 'égyptiannisées', mais ce n'est pas certain (vue tb_3333). En regardant les coiffures, on s'aperçoit cependant que la scène n'a pas été achevée, et que les princesses ont sur la tête un rectangle et non le mortier décoré normal (vue cb_60). Chacune, après avoir enlevé le bouchon, fait une libation avec, qui une aiguière-nemset, qui un vase à libations, pris sur le petit guéridon qui se dresse devant elle. Sans doute pour rompre la monotonie, la troisième porte un bracelet autour du bras (vue sb_4517). Le texte situé devant et au-dessus des princesses dit : "Apparition des enfants des Grands, [qui sont venus portant] des aiguières nemset d'or et des vases à libations d'électrum dans les mains, afin de faire les cérémonies du jubilé. C'est pourquoi elles se tiennent aux pieds du trône, en face du kiosque, en présence du roi". Et devant chaque fille, on lit "Faire la purification, quatre fois". Au-dessus de toute la scène, on trouve : "Pures sont vos aiguières-nemset d'or et vos vases à libations d'electrum. La soeur du Mentiou(?), elle vous donne de l'eau fraîche. Ô roi, Vie-Santé-Force, de ce fait, tu continueras à exister.".
c)- Musiciens, chanteurs et danseurs
Les scènes sont séparées des précédentes par une colonne de texte : "Apparition des femmes en présence du roi pour célébrer la fête devant le kiosque royal". Tous ces personnages subalternes sont représentés nettement plus petits que ceux rencontrés jusqu'ici.
• Partie inférieure
Nous trouvons d'abord un groupe de quatre chanteuses, assises sur leurs talons, se faisant face et frappant dans leurs mains. Entre-elles, le texte : "Ouvertes sont les doubles portes, afin que le dieu (= Amenhotep III) puisse passer, pur". Viennent ensuite deux joueuses d'un instrument ressemblant à une longue flûte traversière, puis de nouveau une chanteuse, qui porte sa main droite à l'oreille, pour mieux entendre le son de sa propre voix (vue sb_5001) ; derrière elle, une flûtiste. Puis ce sont deux danseuses debout, la première agitant un objet dont j'ignore la nature exacte, la seconde semblant se frapper la poitrine de ses mains (vue ag_06). On remarque que les femmes ont des perruques différentes, lisses ou striées, sans qu'on sache pourquoi. De nouveau on retrouve un groupe de quatre chanteuses claquant des mains et s'exclamant "Applaudir, applaudir! Chanter et taper des mains. Être inondée de joie (ou, pour parler plus moderne, "se lâcher"!)". Au dessus des musiciens, un long texte est adressé à Hathor : "Prier, faire adoration à l'Or (ici = Hathor), et remplir de joie la Dame du Double Pays (épithète d'Hathor), afin qu'elle fasse durer Neb-maat-Ra (Amenhotep III), doué de vie. Viens, apparais ! Viens que je puisse te faire fête au crépuscule, et de la musique le soir ! Ô Hathor, tu es exaltée dans la chevelure de Ra (bis) (allusion soit à l'uraeus du front, soit à l'oeil Oudjat, qui peuvent tous deux être personnifiés par la déesse), car il t'a été donné le ciel, la nuit profonde et les étoiles. Grande est Sa Majesté lorsqu'elle est apaisée. Adoration de l'Or, quand elle chemine en brillant dans le ciel. A toi appartient toute chose dans le ciel pendant que Ra s'y trouve, et à toi appartient toute chose dans la terre pendant que Geb (dieu de la terre) s'y trouve. Il n'y a pas de dieu qui fasse ce que tu n'aimes pas lorsque tu apparais en gloire. Rends-toi, Ô Majesté, aux endroits que tu désires. Elle n'a pas de place [...] colère. Ô ma maîtresse, viens et protège le roi Neb-Maat-Ra, doué de vie. Fais le en bonne santé du côté gauche du ciel (= l'Est dans ce cas de figure) afin qu'il soit heureux, prospère, et en santé dans l'horizon. Tous les hommes la calment quand il y a l'Or. Si tu veux qu'il vive, fais le vivre incessamment pendant des millions d'années. Loue, que cela soit protection".
Viennent ensuite des danseuses qui, un genou à terre, exécutent leurs mouvements compliqués. Derrière se tient un homme debout, une canne dans la main gauche, un sceptre sekhem dans la droite (vue sb_5020) ; ces deux attributs indiquent qu'il a une autorité, mais sur qui ? Les danseuses sans doute. Il est suivi par un groupe de femmes tapant dans leurs mains, sauf une, qui joue du tambourin (vue tb_01918). Des danseurs complètent le tableau. Ils portent un masque léonin, presque effacé ; les deux derniers sont représentés gras, mamelles tombantes. Il s'agit probablement de prêtres jouant le rôle du dieu Bes ou Aha, et assurant ainsi, par magie sympathique, la perpétuation de la cérémonie.
• Partie supérieure
Immédiatement au-dessus de ces personnages, le registre supérieur est fortement dégradé.
En continuant vers la droite, nous retrouvons des danseuses agenouillées, dans des postures rituelles parfois étranges (vue tb_01915). Puis d'autres danseuses debout, toutes penchées vers l'avant, les mains tantôt levées, tantôt posées sur les hanches, tantôt touchant terre (vue c2_30) ; leurs têtes peuvent être tournées vers le haut ou vers le bas (vue cb_64).
Vient ensuite un naos (ou un coffre ?) qui délimite, avec la colonne frontale de hiéroglyphes, un rectangle d'apparence très différente (vue tb_01923). En effet, il contient un singe, un veau bondissant et un canard (ou une oie) en vol. Il s'agit là de trois symboles du soleil levant : les singes l'accueillent de leurs cris ; les oiseaux s'envolent et le veau (équivalent du défunt ou du soleil régénéré) sort, chaque matin, de la montagne de l'Occident où Hathor l'a porté dans son sein pendant la nuit. Ces animaux acclament, chacun à leur manière, Amenhotep III qui, tel le soleil levant, sort régénéré de la fête sed. Voici un autre exemple de la solarisation du roi à la fin de sa vie.
• Graffiti
Plusieurs graffiti ont été ajoutés par des visiteurs au cours des décennies suivantes. Au dessus de la tête du veau bondissant, on lit d'abord trois signes en hiératique formant le mot "bak", "serviteur" (vue sb_51). Plus haut se trouvent deux lignes horizontales superposées, sans doute tracées en un seul temps. Elles se lisent de droite à gauche (dessin).
Ligne supérieure : "Le Prêtre Pur, dessinateur dans le temple d'Amon, Neferrenher, Juste de Voix"
Ligne inférieure : "Le Prêtre Pur, dessinateur dans le temple d'Amon, Bak(en)khonsou, Juste de Voix"
Sur le même registre, plus à gauche, au niveau de la tête d'une danseuse (vue 01910bis) : "L'Osiris, le dessinateur dans le temple d'Amon, Ashaikhet, Juste de Voix, fils de Pendoua, Juste de Voix, né de Baketamon, Juste de Voix, dont la grand-mère maternelle est Hemetnetjer, Juste de Voix, en paix".
Toujours plus sur la gauche, dans le même registre, un homme, dessiné de fort belle manière, est assis, en oraison (vue cd_210). Il n'y a aucun texte d'accompagnement.
3)- Le registre du haut
a)- L'inscription de l'an 30
Elle se trouve devant le kiosque et comporte onze colonnes (vue cd_190).
"An 30, second mois de la 3ème saison, jour 27, sous la majesté de l'Horus, taureau puissant, apparaissant en vérité, doué de vie, le roi de Haute et Basse Égypte, seigneur des Deux Terres, Neb-Maat-Ra, le fils de Ra, qui l'aime, Amenhotep, gouvernant de Thèbes, doué de vie, au moment de la célébration du premier jubilé de Sa Majesté. La glorieuse apparition du roi à la Double Grande Porte dans son palais de (la Maison de) Réjouissance (= per hay), précédé des officiels, les amis royaux, le chambellan, les hommes du passage, les connus du roi, l'équipage de la barque, les châtelains, et les dignitaires du roi. Des récompenses ont été accordées, avec l'or de la valeur, avec les canards et poissons en or-nebouy, et ils ont reçu des rubans de lin vert, et chacun est placé conformément à son rang. Ils ont été nourris des aliments du petit déjeuner du roi : pain, bière, boeufs et gibier. Ils ont été dirigés vers le lac de Sa Majesté pour ramer dans la barque du roi. Ils ont agrippé les câbles de remorquage de la barque du soir, et le câble de proue de la barque du matin, et ils ont halé les barques jusqu'à la grande place. Ils se sont arrêtés aux pieds du trône. C'est Sa Majesté qui a fait cela, conformément aux écrits anciens. Les gens des générations passées n'ont jamais célébré de tels rites du jubilé. C'était pour celui qui apparaît en vérité, le fils d'Amon, qui se réjouit de la légitimité [de son père], le doué de vie, comme Ra, à jamais, que cela a été décrété."
Ce texte est un résumé des scènes que nous allons maintenant examiner. A titre anecdotique, il confirme la pureté différente de l'or entre les colliers shebiou et les objets plus petits. Il se situe d'ailleurs directement au-dessus des plateaux chargés des bijoux. Le lac dont il est fait mention correspond sans doute au Birket Habou, immense plan d'eau artificiel qui se trouvait à Malqatta, devant le palais du roi.
b)- La sortie du palais
Le palais de la Maison de Réjouissance" est représenté par une porte ouverte ornée de frises. Amenhotep III s'avance, revêtu du manteau caractéristique de la fête sed, d'où sortent ses deux mains portant le fouet nekhakha et une longue crosse. Il est coiffé seulement de la couronne blanche de Haute Égypte, d'où se détachent des rubans vers l'arrière, et vers l'avant le cobra de la déesse Ouadjyt (Basse Égypte) ainsi que le vautour de Nekhbet (Haute Égypte). Ces deux symboles font face à la tête de cobra redressée et porteuse d'un signe de vie, qui descend depuis un disque solaire. Derrière le souverain, plus petite, se tient la reine Tiy. Devant lui, un court texte qui dit : "Apparition du roi en gloire dans le manteau du jubilé".
c)- Le défilé des enseignes
Devant le couple royal, cinq prêtre-purs défilent sur deux rangées, une enseigne à la main. Les deux premières, en haut, portent le fétiche canidé identifié comme "Oupouaout de Basse Égypte". Ce dieu, "l'ouvreur des chemins", vient naturellement en tête. Le troisième homme brandit un fétiche désigné comme "Nekhen du roi", qui rappelle le mystérieux Tekenou. Le quatrième tient à deux mains une enseigne en forme de boomerang dont la signification n'est pas non plus assurée (vue cd_49). Le cinquième, désigné comme "Prêtre lecteur en chef", n'a pas d'enseigne, mais serre un rouleau de papyrus dans la main gauche.
En dessous, les deux premiers prêtres-purs portent une enseigne ornée de l'ibis de Thot et une autre ornée de celui d'Horus. Derrière, un Porteur d'insignes" tient en main des symboles en rapport avec la fête.
d)- Les officiels halent la barque de la nuit et les femmes sont en louanges
Cette scène est extrêmement détériorée, et même les spécialistes de l'Oriental Institute ont eu du mal à la reconstituer (vue rb_0117 et vue oi_45).
Sur le demi-registre du bas, les hommes se dirigent cette fois vers la droite, tenant en main la corde servant à haler la barque sur laquelle le couple royal a pris place.
La scène du dessus n'est guère en meilleur état, mais on a pu y reconnaître, quatre couples de princesses, suivies de chanteuses, qui, tournées vers la gauche, accueilleront les souverains à leur descente de la barque. Chacune est désignée comme "La fille du roi, qu'il aime". Le texte d'accompagnement, très mutilé, les introduit et précise qu'elles ont le rôle de chanteuses. Étaient nommées également Rouyou, mère de Kherouef, et "sa soeur, qu'il aime, la chanteuse d'Amon Henoutneferet".
Au-dessus d'elles (et non au-dessus des haleurs comme on aurait pu s'y attendre) court un texte : "[...] tu tiens [la corde] de proue de la barque de la nuit, et l'amarre de la barque du matin, après que tu as transporté les dieux du jubilé par l'eau [...]".
e)- Le couple royal dans la barque de la nuit
Cette scène fait pendant à celle de sortie du palais royal.
Amenhotep III, vêtu à l'identique, et coiffé de la couronne blanche, est debout dans la barque de la nuit (seule représentée, et explicitement nommée dans les fragments de texte survivants). La reine Tiy se trouve derrière lui. Ils sont entourés par des colonnettes fines qui devaient supporter un dais.
A l'avant comme à l'arrière se tiennent des hauts personnages, dont Kherouef lui-même, et le vizir.
La proue de la barque était splendidement décorée et comporte encore un filet bien visible. La signification de ce dernier reste débattue, et, pour tout dire, obscure...
La barque doit transporter les fétiches spécifiquement en rapport avec la fête, car on les devine représentés au-dessus des deux personnages de l'avant, et dans le texte d'accompagnement, on mentionne : "[...] commencer le voyage par Sa Majesté au moment du Nil haut, afin de transporter les dieux du jubilé par eau [...]".
Il s'agit là d'un élément très important prouvant la solarisation d'Amenhotep III de son vivant, comme l'écrit Raymond Johnson : "Les jubilés d'Amenhotep III Ce n'est surement pas une coïncidence si le nouveau style artistique avec son symbolisme solaire et les traits juvéniles du souverain apparait au moment même de la célébration des fêtes-Sed, c'est-à-dire pendant les dix dernières années de son règne. La fête-Sed est une grande cérémonie de régénération basée sur le rajeunissement proclamé du souverain qui avait lieu (théoriquement) au bout de 30 années de règne, puis tous les trois ou quatre ans. Ainsi, l'aspect juvénile sous lequel sera représenté Amenhotep III à partir des fêtes jubilaires est la traduction dans l'iconographie de ce rajeunissement et des forces nouvelles qui sont censées habiter le roi après les rites de la fête. Mais l'iconographie royale solaire et funéraire subit un changement plus profond, qui traduit l'identification du roi avec le dieu solaire Ra lui même. La tombe de Kherouef est un indicateur précieux de ce changement. On y voit en effet une cérémonie dans laquelle le roi et la reine Tiy sont tirés par les courtisans dans une barque solaire, qui représente à la fois la barque du jour et la barque de la nuit. Ce rituel de tirer la barque solaire se trouve déjà dans les Textes des Pyramides de l'Ancien Empire, § 222, qui décrit l'union du roi après sa mort avec le dieu soleil. Or ici, nous voyons Amenhotep III faire ce rituel de son vivant.
Il n'est pas douteux que ces nouveautés aient eu une influence énorme sur le jeune prince Amenhotep, qui allait devenir Akhenaton, pour qui l'Aton sera la représentation tangible de son père divinisé (voir Akhenaton et la religion d'Aton).
d'après THE REVOLUTIONARY ROLE OF THE SUN IN THE RELIEFS AND STATUARY OF AMENHOTEP III ; le texte complet est consultable gratuitement (voir bibliographie)."
4)- Le plafond
Une partie du plafond a été décorée. Le fond comporte un motif de cercles qui se coupent, donnant des images de feuilles bleu turquoise (vue tb_01921). Au centre de chaque cercle, un rond bleu ciel, et entre, un fond rouge vif. Chaque partie est surlignée de blanc. Trois colonnes de hiéroglyphes sont délimitées par deux lignes. Chacune s'étire longitudinalement, depuis l'entrée vers le fond. Signes et lignes ont gardé en grande partie leur belle teinte bleue. Par contre le fond jaune a disparu.
Chaque bande de texte est constitué d'une formule classique de type "Hetep di nesou", "offrande que fait le roi" (traduction remise en cause par les linguistes, mais qui reste classique). Le principe est connu : le roi fait offrande au dieu X (ici Osiris, Ptah-Sokar-Osiris et ? (disparu), à charge pour le dieu de reverser une partie des offrandes au bienheureux N.
Le texte le plus intéressant est celui qui s'adresse à Osiris : "Une offrande que fait le roi à Osiris seigneur de l'éternité, le grand dieu et roi, seigneur de la pérennité ; qu'il puisse accorder que le corps prospère dans la nécropole tandis que le Ba est au loin, dans le ciel, pour observer le disque solaire tandis qu'il vogue dans la barque du matin ; qu'il puisse être là, dans la suite de Ra et que les Bas puissants lui parlent et lui donnent un siège dans la barque afin qu'il puisse entrer dans la résidence des justes ; pour le Ka de [...etc...].
La description générale du plafond qui vient d'être faite est également valable pour l'aile controlatérale (vue cd_19). Nous n'y reviendrons donc pas.
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