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La salle I

L'aile gauche est à l'Ouest géographique (Sud rituel) et la droite à l'Est (Nord rituel).

Les murs de cette pièce, comme d'ailleurs ceux de la seconde, sont décorés par des scènes d'inspiration typiquement ramessides.
En effet les scènes mettant en jeu les représentations divines ainsi que celles copiées sur des vignettes du Livre des Morts ne se trouvaient pas dans les tombes privées avant cette époque, sauf pendant un court intervalle à l'extrême fin de la XVIIIème Dynastie.
Typique aussi de l'époque est la frise, fort belle, qui montre Kyky et sa femme priant alternativement Anubis couché sur l'entrée d'un mastaba et une tête de la déesse Hathor.

Aile gauche de la pièce




Elle mesure 2,78 m de longueur pour une hauteur de 2,05 m.

Paroi Sud-Ouest

Située immédiatement à gauche de l'entrée, elle mesure 2,78 m de long.
La paroi comporte trois registres superposés. Deux d'entre eux contiennent les textes consacrés à Mout et qui convergent vers elle ; ces textes, intérêts majeurs de la tombe, seront étudiés plus loin dans un paragraphe spécial.

Registre supérieur

Kyky est représenté en prêtre, crâne rasé (vue 48). Il s'adresse, bras levés en adoration, à la déesse Mout qui se trouve en fait sur le mur opposé. Elle est en effet le point d'aboutissement du premier texte majeur de la tombe, un genre d'autobiographie très particulière, dans laquelle Kyky explique comment et pourquoi il a choisi Mout pour le protéger dans lequel il indique donner tous ses biens à la déesse, déshéritant de ce fait sa famille. Le texte prononcé par Kyky s'écoule vers elle en 75 lignes sur l'extrémité du mur Sud-Ouest, puis sur le mur Ouest, pour enfin se terminer devant la déesse sur l'extrême gauche du mur Nord-Ouest.

Registre médian

Il est calqué sur celui du haut, mais beaucoup plus détruit. De nouveau, Kyky (dont il ne subsiste ici que la partie inférieure) se tient à l'extrême gauche. Devant lui, un long texte de 59 lignes s'écoule une nouvelle fois vers une représentation de Mout sur le mur Nord-Ouest. Il s'agit de l'acte juridique par lequel Kyky lègue ses biens à la déesse.
Ce second texte permet de dater précisément la tombe puisqu'on y trouve le cartouche de Ramses II; ce type de datation est très rarement possible dans les tombes privées.

Registre inférieur

Il est gravement endommagé.

A la partie gauche, nous trouvons Kyky assis sur un siège à dossier accompagné de sa femme Raiay, assise, elle, sur un tabouret. Les pieds des deux personnages reposent sur une natte. Tous deux portent une grande perruque et tiennent leur main droite sur le genou, serrant une pièce d'étoffe. De leur main gauche levée, ils acceptent les offrandes qui s'empilent devant eux sur un guéridon. Ces offrandes sont à la fois alimentaires et florales (Ne disposant pas de photo ou de reproduction valable, je ne peux en dire plus).
Ces offrandes sont consacrées par un prêtre debout qui devrait logiquement être le fils aîné de Kyky, si tant est qu'il en ait eu un.

A droite de cette scène, et encore plus abîmée, Kyky est debout, et on devine qu'il tenait une canne de fonction en main. Il assiste, es-qualité, à des travaux des champs à peine reconnaissables, dont un contremaître lui fait rapport.
Il est plutôt rare de retrouver ces scènes de labour à la XIXéme Dynastie par rapport à l'époque précédente où elles étaient la règle.

Paroi Ouest

Elle mesure 2,15 m de long.
Il n'y a pas grand chose à en dire du point de vue iconographie (vue 11). En effet, les registres supérieurs et médians portent les deux textes se dirigeant vers Mout. Entre eux on trouve une sorte de sous registre, qui ressemble plus à une frise, dont on ne reconnaît plus que la partie à l'extrême droite qui comporte des jarres d'huile.
Le registre inférieur est quasiment complètement perdu. On devine sur la droite un prêtre suivi de quatre femmes faisant offrande à un couple assis.

Paroi Nord-Ouest

Elle mesure 2,71 m de longueur.
Elle est découpée en trois registres superposés, chacun d'eux étant surmonté par une bande noire représentant le hiéroglyphe Pet, le ciel.

Registre supérieur

1)- A l'extrême gauche, nous voyons la fin du premier texte dont le début se situe sur le mur Sud-Ouest. Il se termine devant sa destinataire, la déesse Mout.

2)- La déesse se tient sous un kiosque richement décoré. Son toit est entouré par une frise de cobras solaires qui reposent au dessus d'une corniche à gorge. En dessous, une "frise" traditionnelle formée d'une succession de rectangles colorés, surmonte un
bandeau rouge et noir. Le petit édifice est soutenu par de fines colonnes de bois papyriformes, chacune portant à son extrémité un ruban rouge. Les ombelles de papyrus sont surmontées par une représentation figurative de la déesse Hathor : une tête de femme à oreilles de vache, elle même dominée par le sistre caractéristique de la déesse. Une pièce de tissu colorée, qui rappelle un collier Ousekh, est tendue entre les colonnettes.
Mout est assise sur l'archaïque siège cubique bas à petit dosseret. Elle porte une robe collante bleu-verte à double bretelles et des bracelets aux poignets et aux bras.
Elle est coiffée de la dépouille de vautour qui est son emblème, elle même surmontée par la Double Couronne royale, qui matérialise dans les faits ce que Kyky déclare (et qui est de plus inscrit devant elle) : Mout est maîtresse du ciel et souveraine des dieux.
En main, la déesse tient un sceptre papyriforme, qui ne lui est pas spécifique, et un signe Ankh.

3)- A droite de cette scène, et artistiquement séparée par une colonne de texte, nous trouvons une nouvelle scène indépendante où Kyky va rendre hommage à Amon-Ra.

Cette fois il est représenté en mouvement, toujours crâne rasé et en ample jupe bouffante. Sa main droite est levée en signe de salutation. Il porte, illogiquement sur l'épaule gauche, une palanche au bout de laquelle se balancent deux récipients. De la main gauche il amène en offrande quatre taureaux, dont deux rouges, et une botte de trois tiges de papyrus.
Il a également amené des offrandes nombreuses qui s'empilent sur et autour de trois tables et d'un guéridon : pains, végétaux, fleurs,…
Tout ceci est destiné au tabernacle contenant la statue, cachée à la vue, du grand dieu "Amon-Ra, seigneur des couronnes du Double-Pays, à l'avant de Karnak" comme le dit le texte.

Nous pouvons être sûr que l'offrande est faite devant le tabernacle qui était porté en procession lors des grandes fêtes thébaines. En effet, on distingue d'une part les barres qui permettaient de soulever la barque, et d'autre part, la tête de bélier caractéristique ornant la proue et la poupe de la barque processionnelle. Ici, elle est magnifiquement représentée, ornée d'un grand soleil doré.

Le tabernacle présente un fond doré. Il est surmonté d'une corniche surplombant un disque ailé et une double frise au milieu de laquelle on retrouve un autre disque ailé. Sans doute a t'on voulu montrer ainsi qu'il existait en fait deux tabernacles emboîtés l'un dans l'autre ?
Ces disques ailés apparaissent usuellement au dessus des représentations royales car ils représentent la divinité de la royauté.

La scène principale représente le pharaon "Ouser-Maat-Ra" (Ramses II, dont le cartouche reste lisible). A gauche il présente une statuette de la déesse Maat à "Amon-Ra, roi des dieux". Il lui signifie ainsi qu'il fait régner sur terre l'ordre et la justice voulus par les dieux. A droite il présente deux pots d'onguents. A gauche le roi porte la couronne blanche de Haute Égypte, et à droite le casque bleu Kepresh, coiffure de cérémonie et non casque de guerre comme on l'a longtemps cru.

Le bandeau du bas est formé par une frise de Kheryt. Ces oiseaux à bras levés siégeant sur une corbeille (le signe hiéroglyphique Neb, dont un des sens est "tous") représentent l'humanité, tous les hommes, eux aussi en adoration et dont le roi est le délégué auprès des dieux. A l'origine, ils symbolisaient les habitants de la Basse Égypte, soumis par le roi de Haute Égypte.

Voici la supplique de Kyky en dix colonnes:
"Adoration à ton Ka, Amon-Ra, roi des dieux. Puisses tu me (ici, le signe pour "me" est inversé pour le tourner vers Kyky) donner une belle vieillesse pendant que je te suis et un enterrement comme celui qui est en toi (= qui a suivi ton chemin).
Pour le Ka du scribe, comptable du bétail de tous les dieux de Thèbes, Samout,
(la dixième colonne est derrière Kyky, et sert de séparateur : ) Juste de voix, surnommé Kyky, Juste de voix auprès du Grand Dieu, l'Osiris, le scribe royal, le chef comptable du bétail de tous les dieux de Thèbes, Samout, Juste de voix, en paix."

Registre médian


d'après Maged Negm

Il peut être décomposé en trois sections distinctes.

1)- A gauche, nous trouvons la déesse Mout assise sous un kiosque.
Ce dernier est légèrement différent du précédent, avec un toit bombé, et des colonnades plus simples.
La déesse fait ici face à la fin du second texte prononcé par Kyky et qui se termine sur l'extrémité du mur Ouest.

2)- Vient ensuite une représentation de Kyky qui, un genou en terre, rend hommage au dieu Ptah-Sokar.
Le texte se contente de mentionner quelques uns de ses titres.
Le dieu est matérialisé par l'image de sa barque dans une chapelle qui à la forme de l'antique sanctuaire archaïque de Basse Égypte, le Per-nou (ou Per-neset). Rappelons que, selon le mythe, les marais du Delta sont le lieu de gestation mystique des défunts en cours de régénération.
Dans la chapelle, le dieu Sokar est manifesté par sa barque-hénou. Cet esquif très particulier ne devient représentatif du dieu qu'assez tardivement. On en trouve un autre exemple dans le temple de Sethy I en Abydos et dans la tombe TT 50 de Neferhotep.

Un petit mot sur le dieu Sokar

Sokar (Sokaris dans sa version Grécisée), dieu faucon de la région Memphite, est un dieu très ancien qui apparaît déjà dans les textes des Pyramides de l'Ancien Empire. C'est un dieu chtonien (= de la terre) et funéraire, étroitement lié dès le début à Osiris. Il est figuré comme un faucon momifié dont la tête émerge d'un linceul, le tout formant une sorte de petit monticule sur la terre. Voyez ces deux images, prises au Musée du Caire : N°1 et N°2.

C'est un dieu des transformations dans le monde souterrain où il circule dans sa barque. On pense que les anciens l'assimilait concrètement au petit monticule de terre qui surplombe une plantule en cours de croissance et qui s'apprête à percer la terre en surface.
Il gouverne le lieu dit Ro-setaou, c'est à dire l'entrée dans le monde souterrain de la nécropole.
Très rapidement, Sokar fut associé au dieu Ptah, le dieu potier créateur, lui aussi de Memphis, en une entité Ptah-Sokar, qui est celle que vénère ici Kyky.
Dès le milieu du Moyen Empire, Osiris est lui aussi amalgamé dans l'entité Ptah-Sokar-Osiris qui perdurera jusqu'à basse époque.
Mythologiquement se trouvait ainsi combinés trois dieux majeurs valant pour création – métamorphose – renaissance. Cette association permettra aussi au culte de Sokar de remonter vers les sanctuaires osiriens de Moyenne et Haute Égypte.

La barque-hénou est posée sur un reposoir. Un guéridon est placé sur son côté gauche, supportant deux vases (?) et deux tiges de lotus. A droite une de ces curieuse figurations qui commencent à se multiplier en cette période ramesside : un signe Ankh est anthropomorphisé, avec deux bras qui tiennent le grand éventail qui accompagnait la barque lors de ses processions.

3)- Puis Kyky va se trouver devant Osiris.
Il est accompagné de son épouse, et tous deux sont en tenue de fête. Devant eux, un monceau d'offrandes s'empilent sur trois tables. Aux pieds de celles ci, deux vases à onguent entourés d'une fleur de lotus.
Au dessus du couple, un texte en 12 lignes verticales :
"Faire louange à ton Ka, Osiris, maître de l'éternité, souverain de la pérennité. Qu'il donne de l'encens, le souffle, de l'eau, à l'Osiris, scribe royal, chef comptable du bétail de tous les dieux de Thèbes, Kyky, Juste de voix. Sa sœur, qu'il aime, la maîtresse de maison, chanteuse d'Amon, Raiay, Juste de voix."

Le kiosque sous lequel est assis le dieu est assez simple. Une série de cobras solaires dressés surmonte une corniche égyptienne dont la partie basse est décorée d'une frise. Les colonnes sont épaisses, sans travail particulier.
Osiris occupe le centre de l'espace. Il est identifié comme "Osiris Khenty-Imentiou, Oun-nefer, seigneur de l'éternité". La première épithète signifie "celui qui est à la tête des occidentaux", les occidentaux désignant les défunts. Oun-nefer est une forme d'Osiris régénéré, complet.
Le dieu est représenté de manière très traditionnelle. Ainsi il porte trois de ses attributs caractéristiques : la couronne-Atef, le fouet-Nekhkha et le sceptre-Heqa. Ses chairs sont vertes, couleur de la végétation renaissante. Son corps est enserré dans un suaire jaune décoré d'un système de mailles rouges. Il est assis sur un siège cubique bas, lequel repose sur le signe biseauté valant pour le hiéroglyphe Maat.
Derrière lui se tient, debout, sa sœur et épouse "Isis la grande, mère du dieu" qui porte sur la tête le hiéroglyphe de son nom. La déesse étend autour d'Osiris ses ailes protectrices, qui rappellent qu'elle peut aussi se manifester aussi en milan (et c'est d'ailleurs ainsi qu'elle va se faire féconder par son époux défunt et porter Horus l'enfant).

Devant le dieu, et debouts sur une fleur de lotus ouverte, nous trouvons les quatre fils d'Horus. Ces derniers sont la représentation des quatre vases canopes destinés à recueillir les viscères du défunt lors de la momification. Chacun des vases est placé sous la protection d'une divinité spécifique (Amset, Hapy, Douamoutef, Qebsenouef). Associés aux quatre points cardinaux, ils évoquent la reconstitution du corps d'Osiris découpé par son frère Seth et dont les fragments ont été dispersés dans toute l'Égypte.
Ainsi regroupés autour d'Osiris, ils annoncent la proche renaissance du dieu, et par voie de conséquence, celle de Kyky.

Registre inférieur

Comme son homologue sur le mur Ouest, et le prolongeant, ce registre inférieur concerne des activités terrestres socialement signifiantes pour le défunt. Tous les textes d'accompagnement ont hélas disparus.
Le registre est divisé en trois sections bâties sur le même modèle.

Le couple Kyky – Raiay, représenté de façon identique par trois fois, est assis et reçois l'offrande d'un personnage debout.
Kyky est assis sur un siège à dosseret et pieds terminés en patte de lion. Il est revêtu d'une ample robe blanche, d'une perruque longue et d'un large collier. Sa main droite levée accepte les offrandes, tandis que dans sa main gauche il tient dressé un sceptre de pouvoir Sekhem. Raiay est derrière lui, assise sur un tabouret recouvert d'un coussin. Robe ample et serrée à la taille, elle porte une longue perruque surmontée d'un "cône d'onguent" traversé par une fleur de lotus. Sa main gauche est levée en acceptation de l'offrande, tandis que sa main droite entoure (section 1 et 3) ou est posée (section 2) sur l'épaule de son époux, en signe de protection. Car son rôle est primordial pour Kyky : c'est elle qui devra jouer auprès de lui le rôle qu'Isis a tenu avec Osiris. Elle devra donc le régénérer afin qu'il puisse la féconder, renaissant ainsi de ses propres œuvres.

Section 1, le personnage debout fait un encensement au dessus d'une table garnie de pains. Au pied, deux probables cruches de bière. Il consacre ainsi le "pain – bière", base de l'alimentation égyptienne.
Section deux c'est un personnage re vêtu de la peau de panthère qui est en principe celle du prêtre-Sem, mais le port de la perruque est inhabituel. Devant lui se trouve une curieuse représentation pyramidale émergeant d'une sorte de cylindre. Les divers auteurs reprennent tous l'explication princeps de Abdel Khader "une lumière". On est en droit d'être dubitatif, mais je n'ai pas de meilleure explication à proposer.
Pour la section 3, l'offrant tient en main un encensoir et un vase à libation. Il consacre ainsi, non pas un bouquet comme le disent à tort Abdel Kader et Negm, mais une véritable pièce montée faite d'oignons. Celle ci est bien caractéristique de la fête de Sokar (voir "Les oignons de Sokar").

Nous allons maintenant passer dans l'aile droite.

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