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La chapelle funéraire de Nakht est connue sous
le numéro TT 52.
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Statue stelephore
de Nakht
Realisation: Jon Hirst |
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Mises à part les inscriptions de sa chapelle et
la belle statuette stéléphore qui y fut retrouvée
(et qui disparut en 1915 lors de son voyage vers l'Amérique,
le bateau qui la transportait ayant été torpillé), on ne
connaît
aucun autre document de ce personnage nommé Nakht,
porteur des seuls titres de «scribe» et
de «prêtre horaire d'Amon». Le titre
de scribe est celui, basique, de toute personne qui, ayant
fréquenté l'école, sait lire et écrire.
Quant à celui de «prêtre horaire»,
il indique qu'il devait veiller avec ponctualité au
bon déroulement des différents rituels du
temple, en relation étroite avec la marche des heures
et le déroulement de la course du soleil, mais on
ignore dans quelle mesure cette fonction impliquait de
réelles connaissances astronomiques. Etrangement
d'ailleurs, aucune allusion figurée n'est faite,
dans sa chapelle, à cette fonction officielle. Sa
seule activité entièrement profane, on le
verra, consiste à «inspecter ses champs».
Ce titre plutôt modeste et l'étroitesse de
la chapelle évoquent en somme une situation moyenne
au sein de la société thébaine.
Il reste que cet homme sut obtenir
le concours d'un atelier d'artistes de haute qualité,
qui appliquèrent à la décoration de
sa demeure d'éternité une technique éprouvée,
du talent pictural, de la créativité iconographique
et même de l'humour...
• Le plan de la tombe correspond au type le plus
courant à la XVIIIème dynastie: une cour ouverte sur
la Vallée, puis, dans la partie creusée, une
salle transversale de 5 X 1,50m, suivie d'une salle en longueur,
soit une forme de T renversé.
• Comme beaucoup de chapelles thébaines, celle de
Nakht est inachevée: non seulement la salle longue
n'a pas reçu le moindre commencement de décoration,
mais de nombreuses traces d'inachèvement se voient
aussi dans la salle transversale, particulièrement
au Nord et au Nord-Est.
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| vue LSB01 |
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• Le monument est dans un état de conservation
exceptionnel, notamment parce que sa taille ne lui permettait
pas d'être squattée... Néammoins
elle a souffert depuis sa découverte en raison
d'un flux trop important de visiteurs.
• Pour ce qui est de la datation, le martelage
du nom et des oies d'Amon à la proue des bateaux dans
la scène de chasse et pêche fournit une première
certitude : l'oeuvre doit être antérieure à
la naissance du fanatisme amarnien, lorsque Aménophis
IV se mua en Akhenaton, vers l'an 4 ou 5 de son règne.
Pour le reste, faute d'indication objective, sa situation
au sein de la peinture de la XVIIIème dynastie thébaine
ne peut être établie que sur base de critères
stylistiques, alors que, faute d'études comparatives
suffisamment approfondies, ces critères restent délicats
à utiliser.
• Une évidence
toutefois, le début et le milieu de la dynastie,
jusqu'à la fin du règne d'Aménophis
II sont à exclure parce que trop sévères:
ce sont des époques glorieuses, animées par
une tension conquérante. Le règne de Thoutmosis
IV voit, lui, l'apparition d'un modèle social nouveau,
d'un art de vivre exacerbé par la paix et la prospérité.
De
cette mutation, la peinture nous offre le reflet au travers
tout particulièrement, de l'image de la
femme. Ce n'est plus la femme noble et austère des époques
précédentes, mais une jeune femme sensuelle,
hautement sophistiquée, aux yeux immenses de gazelle,
qui n'hésite pas à faire voler les nattes
de sa chevelure et à révéler les formes
de son corps, au travers de robes translucides, imprégnées
de parfum. Cet esprit novateur se poursuivra durant tout
le règne d'Aménophis III. C'est sans aucun
doute dans cette fourchette chronologique Thoutmosis IV
Aménophis III qu'il convient de situer la chapelle
de Nakht, mais proposer plus de précision serait
aujourd'hui imprudent, car si l'atelier de Nakht peut paraître
travailler, au moins pour certains panneaux, un peu plus à «l'ancienne» que,
par exemple, ceux de Menna
(TT 69) ou d'Horemheb
(TT 78),
rien ne permet de déduire d'en déduire un
argument chronologique décisif.
• Pour désigner
les parois de la salle transversale de la chapelle, on
utilisera le système d'orientation symbolique
voulu par les Égyptiens (entrée à l'Est,
fond de la salle longue à l'Ouest,
etc.), car c'est lui qui donne tout son sens au schéma
iconographique et qui a clairement fonctionné dans
l'esprit des compositeurs d'images, pour qui la structure
de l'Univers ordonné était fondée
sur deux axes, celui. Sud - Nord, de l'eau nourricière
et celui. Est - Ouest de la course du soleil.
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La paroi est de la salle transversale:
de part et d'autre de la porte, l'offrande au jour
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Du point de vue du sens, on peut considérer les
deux tableaux situés de part et d'autre de la porte,
sur le mur est de la salle transversale, comme constituant
une seule unité sémantique.
Organisés
en symétrie-miroir de part et d'autre de l'axe de
la chapelle, c'est-à- dire de l'axe
solaire du monde, ils montrent d'abord, au plus près
de l'embrasure, un superbe amoncellement de victuailles
en trois ensembles superposés distincts séparés
par des nattes (vue
4 et vue
TB10). En haut, l'élément
le plus subtil, le plus aérien, le parfum, contenu
dans quatre grands vases; dessous, les aliments de fête,
fruits, légumes, canards, viandes, non cuisinés;
tout en bas, dans le tableau de gauche, un boeuf égorgé et
des morceaux découpés, dans celui de droite
des bouchers en action (vue
6).
De part et d'autre de
cette offrande double, Nakht, debout, l'imprègne
d'un produit parfumé, graisse ou résine;
la substance n'est pas liquide mais molle, comme l'indique
son contour tremblé.
Derrière lui, Taouy,
son épouse, qualifiée de «Chanteuse
d'Arnon», serre contre sa poitrine un collier menat
et tient de l'autre main un sistre, deux emblèmes
d'Hathor, la Belle Déesse, signes de joie, de vie
et de renaissance (vue
8).
Cette scène
d'offrande solennelle est une quasi constante dans l'iconographie
des tombes thébaines de la XVIIIème dynastie. Elle
est quelquefois remplacée par une image structurellement
semblable placée sur les montants même du
passage de la porte.
Jan Assmann (Sonnenhymnen) a montré que
cet acte rituel essentiel (par ses dimensions comme par
sa situation), mais dont le bénéficiaire
est apparemment absent, s'adresse aux dieux de la lumière
solaire, qui pénètre à flots lorsque
s'ouvre la porte. Ainsi est énoncé l'un des
trois axes métaphysiques, complémentaires
et non contradictoires, en fonction desquels s'organise
la survie des défunts, le solaire, l'hathorique
et l'osirien. Le contact des défunts avec la lumière
du soleil correspond aussi au sens profond du principal
des livres funéraires de l'époque, celui
que nous appelons «Livre des Morts», mais dont
le titre égyptien est «Parole pour sortir
au jour».
Axée
sur le passage vers la lumière, la scène
est, on l'a dit, foncièrement symétrique.
Mais les compositeurs égyptiens ne plient jamais
leur art à la répétition mécanique,
terme à terme, des mêmes éléments.
Leur symétrie est toujours, et volontairement, imparfaite, à des
niveaux diversement perceptibles.
Ainsi, très visible
est la variante du registre de la boucherie: à droite,
bouchers en action occupés à découper
la vache noire sacrifiée, à gauche,
vache rouge déjà partiellement dépecée,
sans action représentée.
Avec
un peu d'attention, on voit rapidement que, sous l'unité thématique
foncière, l'amoncellement de victuailles cache de
nombreuses variations d'un côté à l'autre
de la porte. Mais il faut une attention plus soutenue pour
apercevoir de subtiles nuances dans la parure de l'épouse:
sein et bras nu à droite , sein voilé et
châle translucide à gauche, et colliers différents
(vue
5bis et vue
8bis).
D'un point
de vue artistique toujours, les contours sont cernés
avec précision, à «l'ancienne»,
et les plages de couleurs apparaissent unies et bien contrastées,
en contraste flagrant avec la manière plus «impressionniste» d'autres
ateliers contemporains, comme chez Horemheb
TT 78 par exemple.
La paroi est de la salle transversale,
moitié nord:
complément de l'offrande au jour.
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vue 9
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Du côté du Nord,
trois files de porteurs en registres
superposés participent à
l'offrande solaire, chargés
de lourdes grappes de raisins, d'oiseaux
fraîchement capturés,
menant qui un veau, qui une gazelle
(vue 6). Ici encore, le compositeur
varie les rythmes, les gestes, les
attitudes, parant ainsi à
tout danger de monotonie. L'abondance
du raisin peut surprendre, porté
en grappes ou en paniers: serait-ce
une allusion à Osiris, le
dieu démembré qui
renaît sublimé comme
le raisin écrasé renaît
en vin ? Mais on se souviendra aussi
qu'Hathor, dont l'épouse
de Nakht porte les emblèmes,
est aussi la «Dame de l'ivresse»
Et puis Nakht aimait peut être
le raisin... Cette paroi ne
comporte pas de registre inférieur
qui soit situé sous la scène
d'offrandes.
La paroi est
de la salle transversale, moitié
sud: l'inspection des travaux des
champs
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| vue TB8 |
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Derrière et sous le couple
offrant (car ici, pour une raison
inconnue, la paroi est décorée
d'un registre supplémentaire
dans le bas), un tableau réparti
en 4 registres nous montre Nakht
sans son épouse, muni de
son bâton de dignité,
«siégeant sous la tente
(en fait un abri de papyrus) et
regardant ses champs», comme
l'explique l'inscription en grisaille.
Le spectacle qu'il contemple
se lit de bas en haut.
Registre
du bas Celui ci s'étend
sur toute la largeur de la paroi
montrant un paysage alternant des
collines, une pièce d'eau,
des arbres et des buissons, des
semeurs et des laboureurs (vue
10).
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| JJH-02 |
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Il s'agit de la fin de la saison
de l'inondation (akhet), lorsque
les eaux de la crue se retirent,
laissant de vastes mares, et qu'il
faut remettre les terres en état
d'être cultivées. L'on
défriche et l'on débroussaille
(vue
13 et vue
14). Retournée à
une sorte de marais chaotique durant
la crue, la terre d'Egypte retrouve
son ordre et sa géométrie;
est-ce le sens de l'opposition entre
ligne de sol ondulée et ligne
de sol horizontale ?
| vue TB8 |
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| vue
15 |
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| vue
16 |
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Deux paires de bœufs antithétiques
traînent chacun une charrue
(vue
15 et vue
16). Petit
jeu, à nouveau, sur la dissymétrie légère: à gauche
un bœuf rouge se superpose à un bœuf blanc
tacheté de noir, à droite les couleurs s'inversent; à gauche
un laboureur est construit comme l'hiéroglyphe de
l'homme debout, à droite un collègue à demi
chauve se courbe sous l'effort (et sous la ligne descendante
du registre supérieur).
Deux autres groupes signifiant
les semailles se différencient également:
en haut, deux paysans ameublissent la terre à la
houe, suivis par un semeur (vue
17), en bas, après
le passage du semeur, deux autres (ou les mêmes)
enfoncent le grain dans le sol au moyen d'une sorte de
maillet à long manche (vue
18).
Enfin, petit clin
d'oeil à nouveau, au maître siégeant à l'extrémité droite
du registre (vue
TB9 ) répond, de l'autre côté du
registre, l'image d'un fellah buvant à une
outre suspendue dans un arbre (vue
19).
Au registre supérieur
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| JJH-03 |
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Nous voilà en saison d'été (shemou),
au moment des moissons (vue
20).
• A gauche, deux charmantes
jeunes filles, en longues robes blanches, nattes légèrement
décoiffées mais maquillage impeccable, cueillent
du lin, en tout cas la seconde, car la première,
qui n'est point courbée, tient en main une bandelette
d'étoffe, en allusion sans doute à l'usage
textile fait de la plante (vue
21).
• A droite, trois hommes
fauchent le blé à la faucille (vue
22). Leurs silhouettes,
en nuances d'ocré, se détachent sur fond
de blé doré, réponse à nouveau
asymétrique aux arracheuses de lin : trois hommes
pour deux femmes, mais aussi opposition des couleurs, jaune
solaire du blé et vert Nil du lin.
• Au centre, une brusque
animation rompt l'équilibre
de ce faux antithétisme:
courbée derrière les
faucheurs, une pauvresse au torse
nu glane des épis oubliés
qu'elle serre dans un petit panier.
Surtout, point focal de la composition
du registre, deux hommes tentent
de clore une hotte d'épis
surabondamment remplie, signe évident
de prospérité (vue
23). Ici encore, l'artiste compositeur
s'amuse à jouer avec les
outils représentationnels
dont il dispose : l'homme de gauche
à moitié chauve, donc
plus anecdotique, est présenté
en position statique tandis que
celui de droite s'élève
d'un bond de danseur, associant
paradoxalement bedon et coiffure
classique.
Elevant encore notre regard, nous rencontrons
successivement le mesurage du grain (vue
24), puis son
vannage, une inversion donc de la logique des étapes
du travail, mais - risquons cette interprétation
- une inversion qui doit peut-être se comprendre
du fait que la scène de vannage projette sur la
séquence entière une dimension rituelle (vue
TB7) : au-dessus des vanneurs et dans l'axe, flottent étrangement
une coupe à pied et une sorte d'ectoplasme en croissant
que d'autres scènes semblables au dessin plus précis
indiquent comme étant l'image d'une gerbe (TT
38 Djeserkaraseneb, TT 57 Khaemhat, TT 143 anonyme).
L'ensemble de la coupe et de la gerbe évoque sans
doute une offrande à la déesse des moissons,
Renenoutet. Le maître, assis sous un abri léger, surveille
les différentes opérations (vue
TB8).
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La paroi sud de la salle transversale:
la stèle fausse-porte
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| JJH-04 |
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vue 26
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Le petit côté sud de la salle transversale
présente, comme souvent cette paroi, l'image
d'un objet architectural, une stèle fausse-porte à corniche à gorge,
peinte en rosé, mouchetée de blanc et de
rouge, à l'imitation, plutôt habile, du granit
d'Assouan (vue
26).
La fausse-porte, passage étroit entre
ce monde-ci et l'Au-delà, est un symbole fort qui
remonte à l'Ancien Empire, et qui, dans les mastabas
et hypogées de ce temps, représentait la
porte de l'Occident, donc invariablement située à l'Ouest
de la chapelle.
Sous la XVIIIème dynastie, a prévalu
l'idée de représenter le défunt, avec éventuellement
des membres de sa famille, émergeant sous forme
de statue du domaine des morts. La stèle fausse-
porte s'est alors déplacée vers l'une des
extrémités (généralement la
méridionale) de la salle transversale.
Nakht est devenu un être bienheureux, un Osiris qui
a pris place dans la barque de Rê. Par là,
il se trouve associé aux grands cycles cosmiques
qui assurent la pérennité du monde, son éternel
recommencement.
De part et
d'autre de la stèle, deux fois trois registres indiquent,
en un très sobre raccourci, la nature essentielle
de l'offrande au défunt : en haut à gauche
(vue
TB1) la nourriture solide, pain, oignons, raisins, à droite
la bière, soit les composantes principales de l'alimentation
quotidienne de l'égyptien ; au centre, l'eau (à gauche,
soit en direction du Nil) et le vin (à droite, soit
vers le domaine osirien) ; en bas enfin, on trouve onguents
et fards à gauche, et vêtements à droite
(vue
TB11), symbolisés par l'hiéroglyphe des bandelettes
de lin. On notera que ces différents éléments
sont précisément ceux que le roi est censé offrir
aux dieux de chaque temple, dans toute l'Egypte, lors du
grand rituel matinal qui célèbre la renaissance
quotidienne du soleil.
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vue 28
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Au bandeau supérieur
de la stèle, l'inscription mentionne symétriquement
Ra-Horakhty (évidemment vers l'Est) et Osiris
(vers l'Ouest). Sous la stèle proprement dite se
déploie, selon une structure pareillement antithétique,
l'un des plus beaux morceaux de peinture de toute la chapelle
(vue
27 et vue
28).
Plus d'énumération sévèrement
paradigmatique ici, mais une profusion, une accumulation
pléthorique de victuailles, un entassement dont
le but est moins de signifier les étapes du rituel
que d'exprimer l'abondance grâce à laquelle
le défunt ne manquera de rien, avec en outre, en
filigrane, la manifestation de sa réussite sociale.
Ces bienfaits de la nature généreuse
pour l'homme s'incarnent en outre dans une allégorie,
celle d'une déesse arbre portant sur la tête
son attribut, un sycomore au tronc et à la ramure étrangement
blancs, chargé de grosses figues brun rouge (vue
32). Debout de part et d'autre de la «nature
morte»,
elle contribue à cette surabondance en apportant
un plateau de pains et de bière, d'où pend
un sarment de vigne chargé de lourdes grappes. Dans
son autre main, un bouquet de papyrus épanouis pourrait évoquer
la déesse Hathor, mais aucune inscription ne précise
son identité. Etant déesse, elle porte encore
la robe étroite et opaque, soutenue par des bretelles,
que les belles du temps ont abandonnée depuis environ
une génération. A chaque extrémité du
registre, un porteur suit la déesse, chargé d'un
guéridon d'où pendent -élément
neuf- des tresses de grenades
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La paroi nord de la salle transversale:
offrande aux défunts, inachevée
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JJH-05
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vue 30
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La paroi nord, soit le petit côté nord de
la salle transversale, est largement inachevée et
ce panneau fut surement peint en dernier lieu peu avant
l'abandon du
décor de la chapelle (vue
30).
Deux couples de défunt, Nakht et son épouse
en haut, couple anonyme en bas (vue
TB3), adossés à l'Ouest,
reçoivent l'hommage, chacun, de deux files de porteurs
(vue
48).
Un personnage, prêtre
ou fils agissant en tant que prêtre funéraire,
consacrait les offrandes du registre inférieur;
il a été grossièrement martelé pour
une raison mystérieuse, mais à une époque
certainement très ancienne.
Si nous nous tournons vers l'Ouest, deux grandes surfaces
s'offrent à nous, de part et d'autre de la porte
qui mène au fond de la tombe, au puits funéraire
et à la niche à statue.
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La paroi ouest de la salle transversale,
du côté du Nord: chasse et pêche,
tenderie et vendange
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(vue
30 à gauche, vue
TB13 et vue
TB12).
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vue 31
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Bien visible, est la division en deux
hauts registres, commandés chacun par une image
du couple défunt, assis dos à la porte, comme émergeant
du domaine de l'Au-delà (vue
31). Identiques
au premier abord, ces deux images différent en réalité par
quelques détails mineurs, peu susceptibles de porter
une valeur symbolique. Ainsi, le couple d'en bas
siège sous un abri de papyrus, celui du haut non
; le siège d'ébène possède
ici un dossier haut et mince, là, un dossier bas
et arrondi ; en haut, Taouy enlace son époux du
bras gauche et tient de l'autre main une fleur de lotus
; en bas, le geste est plus affectueux encore car sa main
droite enserre également le bras de l'époux
tandis que la fleur de lotus retombe mollement sur son
poignet.
L'inscription qui les surmonte est polychrome
au registre supérieur, en grisaille sous l'abri.
Malgré de légères variantes, les quatre
textes répartis sur la paroi disent globalement
la même chose: il s'agit, pour Nakht le prêtre-horaire
et Taouy la chanteuse d'Amon de «se réjouir
en contemplant l'activité des campagnes du Nord»,
expression au sens topographique vague mais qui se réfère
en tout cas à un milieu riche en eau, marécage
ou terre irriguée.
La paroi présente donc
une unité de sens et de lieu: nous sommes en plein
air, dans une région paradisiaque où il fait
bon respirer la brise fraîche et humide du Nord.
Rappelons que, sur la paroi du S.-E., opposée donc
en diagonale à celle-ci, Nakht contemplait également
la vie des champs. La fonction des deux scènes n'est
toutefois nullement comparable. Sur le mur sud-est (vue
TB8), Nakht
siégeait seul, sans son épouse, sans fleur
de lotus, un bâton de commandement à la main.
L'inscription évoquait la surveillance de ses champs.
Pas de table d'offrande magnifique devant lui, mais, à ses
pieds, quelques provisions plus simples.
Au contraire, sur la paroi opposée en diagonale,
l'impression est bien différente. L'ambiance
est festive, relevée de discrètes touches érotiques
(à tout le moins amoureuses), imprégnée
du parfum entêtant des lotus; l'oeil se plaît à détailler
les promesses d'un banquet somptueux, idéalement
suggéré - mais non représenté -
par l'amoncellement des produits de la campagne et du marais,
où abondent cette fois canards et poissons.
Les
inscriptions ne disent plus seulement «observer... »,
mais «se réjouir d'observer... ».
Un
décalage s'est produit; nous sommes passés
sur un autre plan de réalité. Ce sont en
fait trois activités distinctes que les défunts
prennent ainsi plaisir à contempler. En commençant
par le registre le plus imposant, celui du haut, on découvre
d'abord la scène dite «de chasse et de pêche
dans les marais», puis une séquence
viticole, donc non aquatique (mais la vigne en Egypte nécessite
beaucoup d'eau apportée), tandis qu'en bas, une
scène de tenderie au filet hexagonal, sur une pièce
d'eau au milieu d'un fourré de papyrus, nous ramène
au marais.
A la différence de la première,
les scènes du milieu et du bas n'impliquent pas
les défunts.
1)-Le grand registre du haut
(vue
TB4)
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vue TB4
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| vue 42 |
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Nakht et Taouy contemplent leur propre image agissante,
et même leur image dédoublée par un
effet de symétrie-miroir, une étrangeté déjà bien éloignée
de la réalité d'une image de représentation.
Eléments les plus visibles, deux Nakht identiques
(sauf la forme de la perruque) se font face, debout chacun
sur un frêle canot de papyrus, l'un projetant un
bâton au sein d'un grand envol d'oiseaux, l'autre
transperçant d'un long harpon (oublié par
l'artiste!) deux gros poissons du Nil, un tilapia et un
latès.
Accroupie au centre de l'esquif, Taouy tient
la jambe de son époux.
Derrière
le Maître, une jeune fille debout, sans doute la
fille du Défunt, lui entoure la taille. Celle de
gauche tient dans sa main droite un oisillon (vue
39).
A partir
de ce degré d'observation, les
variantes de détail se multiplient.
A gauche, un
jeune garçon nu se retourne pour tendre une nouvelle
arme à son père (vue
41). A droite, c'est
une fillette nue qui paraît lui désigner les
poissons à transpercer. Elle attire son attention
en lui touchant la cuisse. Dans le fourré et au-dessus,
les oiseaux s'affolent (vue
42); deux canards pilets, le
cou brisé, ne sont pas encore retombés au
sol : impression de temps suspendu... Papillons et libellules
volettent.
En contraste avec cette panique et cette agitation,
les trois oiseaux gardiens de nids, eux, n'ont pas bronché :
une manière de dire la promesse de vie plus forte
que la mort ?
Difficile en tout cas d'imaginer, comme certains égyptologues
du passé, que la scène représente
une distraction familiale, la représentation de
la petite famille de Nakht s'ébattant dans la fraîcheur
du marais. L'instabilité des esquifs de papyrus,
Déjà, rend la présence de tant de
monde à bord hautement improbable ; la somptuosité des
vêtements de fête et des bijoux est peu compatible
avec une partie de campagne boueuse. Plus révélatrices
encore sont les deux oies debout sur la proue des esquifs
et détruites par les sectateurs d'Aton en tant que
manifestations, hypostases, d'Amon. L'oie n'a
certes rien à faire -bien au contraire- dans une
scène de chasse aux oiseaux sauvages, mais les casseurs
d'Akhenaton en connaissaient la vraie valeur: à la
proue de la barque du défunt, c'est Amon-Ra qui
guide Nakht et sa famille à travers le monde hostile
du marais et c'est logiquement sous sa forme d'oiseau
que le Maître du monde montre au Défunt
le chemin du triomphe, qui est aussi celui de sa renaissance
en tant que Bienheureux.
Il se pourrait même que
cette idée de la recréation du défunt
s'inscrive dans deux jeux de mots.
Le premier réside
dans la valeur hiéroglyphique du signe bâton
de jet (Gardiner T14), utilisé comme déterminatif
pour le verbe kerna, qui signifie à la fois «lancer» et «créer».
Le second provient du verbe seti, «tirer» (au
sens anglais de «shoot»), présent dans
l'inscription surmontant le harponneur, et qui peut signifier
aussi «éjaculer». En somme, l'acte de
mort (le massacre des ennemis de l'Ordre et d'Osiris) apparaît
comme la condition rendant possible l'acte de vie, sexuellement
connoté par les verbes ambivalents cités
ci-dessus, par le geste du harponnage et du lancer du bâton,
par les nids chargés d'oeufs, par la présence
de l'oie d'Amon, et, finalement par la vêture et
la parure de l'épouse; car on sait la valeur érotique
de celle-ci et notamment de la perruque dans la symbolique
amoureuse égyptienne. Faut-il ajouter que le fourré de
papyrus est par excellence le biotope symbolique d'Hathor,
principe féminin significatif de la joie, du plaisir
de la fête, de l'épanouissement sexuel et
de toute (re)création de la vie ?...
Située à la
charnière entre la salle transversale tournée
encore vers le monde profane, et la salle longue qui mène
aux frontières de l'Au-delà, la scène
dite «de chasse et de pêche dans les marais» n'est
certainement pas simple image de divertissement; mais elle
n'a pas non plus seulement valeur apotropaïque: elle
exprime fondamentalement la victoire sur la mort, qui est
désordre, et la conquête de la vie éternelle,
celle du statut absolu de Bienheureux.
Le demi-registre
inférieur
(vue
43)
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vue 43
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| vue 44 bis |
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Il
s'apparente par le biotope et par l'action à la
scène qui vient d'être décrite, mais
la séquence apparaît sémantiquement
moins élaborée, et plus proche de la vie
quotidienne.
Pas de miroir ici, mais un sens de lecture
de la droite vers la gauche.
Composition de la scène des oiseaux
Un fourré de papyrus à nouveau
sur le rectangle vert duquel l'auteur a peint une sorte
d'hexagone bleu foncé, auquel il a superposé l'image
d'un filet également hexagonal, à larges
mailles et grouillant d'oiseaux pris au piège (vue
44 et vue
44bis). Au signal d'un guetteur à demi caché,
trois hommes debout, penchés en arrière dans
l'effort, tirent sur la corde. La scène est attestée à toutes
les époques depuis l'Ancien Empire, avec nombre
de variantes, mais reposant structu- rellement sur un schéma
tripartite bien clair: un filet hexagonal posé sur
une pièce d'eau vue en rabattement, un guetteur
tourné vers l'arrière, une équipe
d'hommes tirant sur la corde.
D'un point de vue événementiel,
il y a là les éléments d'une séquence
narrative:
l) le filet est ouvert en forme hexagonale et
dissimulé sous l'eau de l'étang; on attend
les oiseaux, les tireurs et le guetteur sont dissimulés
2)
un vol de canards se pose sur l'étang (et donc
sur le filet)
3) le guetteur fait un signe
4) d'une traction
brusque, les tireurs font claquer les deux moitiés
du filet; en position fermée, rempli d'oiseaux,
celui- ci doit avoir la forme d'un demi-hexagone.
Comme à l'habitude
dans l'image égyptienne, l'artiste se soucie peu
de respecter cette logique narrative, trop longue, et qui
comporte trop d'éléments inutiles à la
compréhension.
Plutôt que de représenter,
il signifie l'idée de la tenderie et la ramasse
en trois aspects; l'important n'est pas la vraisemblance
anecdotique de l'image mais sa lisibilité essentielle,
et peu importent les impossibilités chronologiques
(les oiseaux déjà prisonniers d'un filet
de forme encore hexagonale, alors que le guetteur fait
seulement son signe et que les guetteurs tirent) : l'action
et son résultat sont signifiés simultanément.
L'un des tireurs, qui se tourne vers la scène située à gauche
fonctionne même comme un pur outil linguistique, équivalent à un «puis» ou à un «ensuite».
Ensuite, en effet, les oiseaux sont plumés, vidés
et suspendus à une sorte de séchoir (vue
45).
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vue 45
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Les deux hommes préposés à cette
opération présentent la même opposition
d'allure que les laboureurs, de la paroi sud-est: l'un,
empâté, a la chevelure hirsute, l'autre, aux
cheveux normalement arrangés, est svelte comme l'image
hiéroglyphique de l'homme et se tient droit. Logiquement,
nous nous attendrions à ce que, ensuite, ces canards
troussés soient offerts au défunt et figurent
sur sa table d'offrande. Trop simple, notre logique cartésienne
est à nouveau déjouée : ce sont des
poissons qu'un porteur de palanche mène vers Nakht
et Taouy, tandis qu'un autre brandit des oiseaux non plumés
et porte une énorme grappe de grappes de raisin,
allusion évidente à la scène vinicole
du dessus.
Plaisir donc, comme toujours,
de briser la monotonie du système séquentiel
et d'obliger le regard du spectateur à fouiller
la paroi en tous sens, pour en percevoir toutes les clés...
Quant à la signification de la séquence,
elle est, selon toute vraisemblance, à nouveau multiple,
en tout cas double.
Au premier degré, il paraît
acceptable de parler ici de «scène de la vie
quotidienne» destinée à alimenter le
Ka du défunt via ses tables d'offrande, ce qui n'était
pas le cas, on l'a vu, de la grande scène examinée
en premier ; mais la position symétrique, dans l'espace
de la paroi, par rapport à cette dernière, évoque évidemment
un sens second, car le biotope est le même et les
créatures du marais, pour un lecteur égyptien,
peuvent avoir eu le même sens qu'en haut, l'élimination
du mal qu'il faut prendre au piège pour l'anéantir.
La composition de la séquence vinicole (vue
TB5)
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vue tb5
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Elle
adopte le
même schéma structurel que la séquence
de tenderie, donc tripartite : à droite, on cueille
le raisin d'une vigne élevée en tonnelle
sur trois rangs («trois», signe du pluriel,
donc sans doute d'abondance) (vue
51). au centre, l'on
foule le raisin (vue
53).
La signification osirienne du thème est bien attestée
dans d'autres contextes: le grain de raisin écrasé,
disloqué, évoque la mort d'Osiris, son démembrement,
mais la transformation noble du jus en vin est une des
métaphores de la renaissance du dieu, et par conséquent
de tout mort. Rien n'indique que ce sens soit explicitement
présent ici, mais, pour tout lecteur Egyptien, il
ne pouvait qu'être latent.
Enfin on met en jarres
le jus recueilli (vue
54).
A
gauche, deux porteurs sont
tournés vers la table d'offrande des défunts
(vue
46).
Ici toutefois, moins de complexité chronologique
que pour la tenderie : il est normal que l'on cueille avant
de fouler.
Par contre, se retrouve le poncif de l'opposition
anecdotique / hiéroglyphique pour la figuration
des serviteurs, sans aucune méchanceté caricaturale
d'ailleurs: il s'agit seulement de marquer la diversité des
types populaires, exactement comme la diversité des
ocres utilisés pour les carnations permet visuellement
de distinguer des figures superposées, tout en correspondant à la
diversité des couleurs de la peau d'une foule égyptienne.
Petit jeu à nouveau dans la partie gauche du registre:
si l'un des porteurs présente bien une coupe de
raisins, l'offrande ne correspond que très partiellement à la
scène vinicole, car il porte également une
tresse de grenades et son compagnon des canards non plumés
(vue
46).
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La paroi ouest de la salle transversale,
du côté du Sud: le «banquet
funéraire»
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(vue
TB6)
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vue TB6
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Cette paroi n'a gardé, par
accident sans doute, que la moitié
environ de sa décoration.
Un registre supérieur
semble manquer complètement
et rien ne permet d'en reconstituer
le contenu. Ce qui est conservé
du décor est, en tout cas,
d'une grande homogénéité
de sens. La paroi se divise
en deux grands registres, chacun
de ceux-ci étant divisé
à gauche en deux sous-registres.
Le couple des défunts
Certainement représenté
deux fois, il est adossé
à l'embrasure de la salle
longue, face au thème bien
connu dit «du banquet funéraire»,
un thème festif qu'il est
tentant de mettre en relation avec
la «Belle Fête de la
Vallée». En ce
jour de l'année, au deuxième
mois de la saison d'été,
les proches parents se réunissaient
dans la chapelle ou dans la cour
pour célébrer la mémoire
du défunt et pour réactiver
sa force vitale, son Ka, grâce
à des offrandes alimentaires
certes, mais aussi par la vertu
des fleurs, des parfums, des chants,
des danses et de la beauté
sensuelle de jeunes musiciennes
peu ou pas vêtues. Le
rite majeur de la Belle fête
paraît avoir été
la remise aux défunts d'un
bouquet monté appelé
«bouquet d'Amon». Celle-ci
est visible dans la partie inférieure
droite de la paroi où un
fils (aîné sans doute
ou unique) de Nakht et de Taouy,
du nom d'Aménémopé,
accomplit le rituel devant ses parents
assis. Toute
la partie gauche de la paroi évoque
le contexte festif et convivial
de ces scènes solennelles.
Ce sont évidemment les
groupes féminins qui attirent
l'oeil! Comme souvent dans la peinture
de la XVIIIème dynastie, l'homme
apparaît plus stéréotypé,
plus figé dans une forme
hiéroglyphique, tandis que
la sensibilité des artistes
se plaît à célébrer
la beauté des jeunes femmes.
Le
registre du haut Il nous
offre un groupe intact de belles
invitées et l'un des morceaux
les plus réussis de la peinture
de la XVIIIème dynastie (vue
56).
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vue 56
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| vue 61 |
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La pratique déjà signalée de l'atelier
de Nakht, qui consiste à alterner l'anecdotique
et le typique, se remarque à nouveau :
• à gauche
trois dames en superposition partielle (ou «fausse
profondeur»)
se différencient discrètement par le geste
des bras. Devant elles, une servante (ou une très
jeune fille de famille), entièrement nue sauf une
ceinture de hanches, se penche pour leur arranger une boucle
d'oreille (vue
57)
• à droite (vue
59), pour
les trois belles dames qui leur font pendant, le compositeur
s'est surpassé en
imagination pour varier superposition partielle et isolement,
regard horizontal, comme perdu dans une rêverie pour
celle de droite, sans doute attentive au chant, regard
légèrement abaissé ou levé pour
ses voisines qui tiennent chacune un fruit de mandragore
(pomme d'amour) et se le font respirer: jeu de regards,
jeu de gestes, dans une ambiance d'espièglerie coquine.
Toutes portent de larges perruques enveloppantes, ceintes
de bandeaux de pétales de lotus et surmontées
de cônes de graisse parfumée. Est-ce ce parfum
qui imprègne leur buste et rend translucide leur
châle et le haut de leur robe ? Les tétons
en tout cas et leurs aréoles se dessinent avec précision
sous le vêtement.
A leur droite, tourné vers
les défunts, un vieux harpiste aveugle (vue
61),
caractérisé par les bourrelets du ventre
et le trait simple qui désigne son oeil clos, célèbre
sans doute la beauté de la vie dans la Nécropole,
en y ajoutant une nuance plus ou moins accentuée
d'angoisse métaphysique, car, selon les versions
conservées de ce «Chant du Harpiste»,
ici absent, l'optimisme et le scepticisme s'y mélangent
toujours, à des degrés divers.
Le registre du bas : le groupe des musiciennes
Au vieux
sage psalmodiant son chant mélancolique,
répondent, au registre du dessous, trois jeunes
et belles musiciennes (vue
62) qui en sont comme la
flagrante antithèse.
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vue 62
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C'est certainement le morceau le
plus connu et le plus souvent reproduit
de la tombe de Nakht, un chef d'oeuvre
absolu de la peinture égyptienne.
A droite, une joueuse de grande
harpe debout, se tourne vers les
défunts, indiquant par là
que le spectacle que toutes trois
donnent leur est destiné.
• La musicienne
de gauche joue de la double flûte,
baissant légèrement
la tête ou la hochant comme
font souvent les flûtistes.
• Celle du centre
a dans le groupe un double rôle;
elle joue d'un luth à long
manche, et danse en même temps;
on imagine qu'elle tourne sur elle-même;
c'est sans doute pour assurer le
rythme qu'elle cherche le regard
de la flûtiste, qui tient,
elle, la ligne mélodique.
• Les deux jeunes
filles de droite et de gauche, la
flûtiste et la harpiste, se
tiennent debout, les pieds joints;
elles portent une longue robe blanche,
imprégnée de parfum
jusqu'au début des cuisses;
la danseuse du centre est nue, sauf
une mince ceinture tissée
posée bas sur les hanches.
On comprend, par maints exemples,
que la nudité ne posait aucun
problème moral aux égyptiens
de cette époque et était
même - spécialement
la nudité féminine
- objet d'admiration, comme elle
le sera à nouveau pour les
Grecs un millénaire plus
tard. La danseuse nue, en outre,
écarte les pieds et se tournant
vers l'arrière, nous offre
la vue, rare, d'une poitrine de
face; ces quelques traits d'animation
plutôt discrets, imposent
irrésistiblement, parce qu'ils
rompent avec les habitudes de la
représentation égyptienne,
l'idée d'une frénétique
virevolte. • Toutes
trois portent une coiffure ample,
enveloppante, serrée par
un diadème de pétales
de lotus et enduite de graisse parfumée.
Mais, subtiles nuances, celle de
la sage harpiste, qui n'a pas à
bougée, est parfaitement
en ordre; celle de la double-flûtiste,
qui rythme la mesure des bras et
de la tête, se divise sur
son épaule; les nattes enfin
de la danseuse glissent en fonction
des mouvements du buste, et des
mèches s'échappent
au sommet de la tête.
• Remarquons enfin que
ce petit orchestre constitue bien
un groupe, au plan de la composition,
grâce à l'échange
des regards, à la réponse
des courbes et à la superposition
partielle des corps. Un artiste
(l'auteur ? ou un admirateur postérieur
?) ne s'est pas trompé quant
à la réussite exceptionnelle
que constitue ce chef d'oeuvre puisqu'il
a tenté de le mettre encore
plus en valeur en le recouvrant
d'une couche de vernis brillant,
peut-être une résine
d'acacia. Avec le temps, le vernis
a jauni et s'est écaillé,
mais pas assez pour nous empêcher
de nous émouvoir encore de
cette perfection. • A
remarquer sur ce mur très
endommagé le chat domestique
qui se tient sous les sièges
du couple et qui est en train de
se régaler d'un poisson.
(vue
TB6).
Finalement, pour en revenir au sens
global de la paroi, que signifie-t-elle
vraiment ? « Banquet
funéraire» dit-on généralement.
Mais s'agit bien d'un banquet ?
Dans aucune des versions de ce thème,
pourtant abondamment représenté
dans les chapelles de la XVIIIème
dynastie, on ne voit un invité
manger, a fortiori un défunt..
Quelquefois, une servante offre
une coupelle qu'elle remplit d'une
fiole si petite qu'il pourrait s'agir
de parfum. Il est vrai que l'ivresse
est quelque fois évoquée
par l'indisposition d'un invité,
mais jamais personne ne nous est
montré en train de boire.
Comme dans l'image symétrique
de la chasse et de la pêche,
du côté nord, les plans
de réalité sont brouillés,
ou en tout cas entrecroisés:
les défunts apparaissent
aussi vivants que les vivants, et
ceux-ci paraissent agir et se comporter
comme dans un autre monde.
N'est-ce pas finalement toute
la philosophie de ce Système
de Représentation infiniment
subtil: nous dire au moyen d'images
que l'ici-bas et l'au-delà
sont des univers en somme consubstantiels
et que tout le dispositif de la
chapelle vise à assurer ce
rôle essentiel de médiation
métaphysique?
| Bordures murales et plafond |
Les bordures des murs en
haut avec le plafond, en bas sous
les registres et latérales
sont incomplètes. On peut
se faire une idée du modèle
utilisé en regardant le côté
Nord du mur Ouest (vue
30). L'estrémité
haute du mur est décorée
par une frise de khakérous
pour laquelle seul l'espace où
elle devait figurer est présente
sur l'extrémité Est.
Des bandes verticales composées
de rectangles colorés en
bleu, ocre, vert et rouge entrecoupés
de petits rectangles blancs sont
présentes latéralement.
Elles sont elles mêmes soulignées
de bandes vertes. A la jonction
entre les murs Est et Ouest avec
le mur Sud, les bandes verticles
sont séparées par
des lignes ondulées blanches
et noires (vue
26). Les registres principaux
sont délimités vers
le bas par une grande bande jaune
et rouge, seulement finie sur le
mur Ouest. Le soubassement n'a pas
reçu sa couleur noire habituelle
(vue
30).
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JJH-06
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Le plafond comporte de grandes
bandes ocres croisées à
angle droit, censées imiter
des poutres de bois. Dans les espaces
ainsi délimités, un
remplissage de motifs colorés
rappelle les décorations
utilisées dans les maisons
des vivants. Les motifs en zig-zag
sont typiques de la période.
Dans la zone située entre
l'entrée et la chambre du
fond, le motif occupe une partie
longitudinale séparée
de l'autre par une "poutre".
Cette dernière zone est elle
même subdivisée en
deux parties comportant des motifs
en rosette à quatre pétales
centrées par des points de couleur;
le remplissage est de couleur ocre
mais blanche à l'extrémité Nord
du mur Ouest. (reconstitution
JJH-06). Le plafond est
en bon état dans sa partie Nord
et dans la zone médiane seulement.
Au Sud, le plafond, comme d'ailleurs
la paroi, sont très abimés.
II manque évidemment à cette tombe, comme à bien
d'autres d'ailleurs, même vastes et appartenant à des
personnages importants (ex. TT 95 Mery, Grand- Prêtre
d'Amon sous Aménophis II), l'essentiel des rituels
aboutissant à la transformation du défunt
en bienheureux, le transport de son matériel funéraire,
les rituels divers sur sa momie - et, surtout, l'Ouverture
de la bouche -, l'accueil par la déesse de l'Occident
et par Osiris...
Qu'est-ce à dire?
A moins d'admettre
que dans l'esprit des égyptiens, ces chapelles inachevées
n'aient pas magiquement fonctionné, ce qui est peu
vraisemblable, il nous faut reconnaître que l'esprit égyptien,
s'il fonctionne constamment sur la métaphore, fonctionne
aussi sur la synecdoque, La partie représente le
tout, et sans doute y a-t-il là une dimension philosophique:
le Tout étant insaisissable dans sa totalité,
chaque partie vaut pour le Tout...
Y a-t-il un seul «Livre
des Morts», ou autre livre Funéraire, qui
comporte les mêmes chapitres ? Un seul temple ou
une seule chapelle funéraire qui propose la somme
du savoir théologique ? Il faudra admettre
que l'acte de fonder une tombe et d'en décorer,
ne fût-ce qu'une partie, suffisait à donner
corps à l'éternité.
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Bibliographie
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al Thebes, New York, 1917 (PUBLICATIONS 0F
THE METROPOLITÀN MUSEUM 0F ARTS l)
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Thebanische Privalgrüber des Neuen Reiches,
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Die Thebanische Nekropole - Zum Wandel des
Grabgedankens von der 18.- bis zur 20. Dynastie,
2 tomes, Mainz, 1996 («Theben», éd.
Jan ASSMANN,n° 13)
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la tombe de Nakht», dans Roland TEFNIN
(éd.). La peinture égyptienne
ancienne. Un monde de signes à préserver.
Actes du Colloque international de Bruxelles
1994 , (Bruxelles, 1997, MONUMENTA AEGYPTIACA
7, Imago l), p. 49-81.
- MEKHITARIAN Arpag, La peinture égyptienne
(Genève, 1978), p. 69-72.
- SHEDID Abdel Ghaffar - SEIDEL Matthias, Dos
Grab des Nacht. Kunst und Geschichte eines
Beamtengrabes der XVIII. Dynastie in Theben-West,
Mainz, 1991.
- WILDUNG Dietrich, Agyptische Malerei. Das
Grab des Nacht, Munich-Zurich, 1978.
|
Page réalisée
par Thierry Benderitter
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