La tombe d'Ouserhat est l'un des plus connus parmi les monuments funéraires de la nécropole thébaine, car elle a été ouverte au public pendant de nombreuses années. Elle est située à Gourna.

LES PERSONNAGES


Ouserhat a vécu au cours du 15ème siècle avant J.-C., pendant le règne d'Aménophis II à la XVIIIème dynastie. Ses titres, tels que son monument funéraire nous les a transmis, sont de "scribe royal, directeur et scribe des troupeaux d'Amon, comptable du grain de Haute et Basse Égypte" et de "représentant du Héraut". Ouserhat a certainement été élevé au palais avec les enfants royaux (et surement le futur Amenhotep II) et était donc un "enfant du harem". Sa femme était une certaine Moutnofret qui portait le titre d' "ornement royal", titre qui correspondait sans doute à "dame d'honneur".

LES TOMBES PRIVÉES DE LA XVIIIème DYNASTIE


Pendant la 18ème dynastie, le plan des salles supérieures était presque toujours en forme de "T" inversé, formant un grand hall d'entrée et un couloir menant à la chapelle intérieure. La tombe d'Ouserhat en est un exemple parfait .
Le thème de la décoration était jusqu'à un certain point déterminé à l'avance mais même dans le cadre strict traditionnel l'artiste pouvait apporter sa touche personnelle si bien que d'une tombe à l'autre aucune scène n'est véritablement identique. La décoration avait un double but: d'une part, c'était une sorte de mémorial du défunt, à travers les peintures et inscriptions donnant son identité pour la postérité; d'autre part, le programme décoratif lui assurait les moyens d'atteindre l'Au-delà et de participer à une vie éternelle.

L'ANTICHAMBRE DE LA TOMBE


Vue 10

vue 7

Paroi sud-partie ouest: la carrière militaire d'Ouserhat.

..."Les peintures de la partie centrale de cette même paroi sud, derrière Ouserhat, donnent un aperçu exceptionnellement détaillé de la vie des soldats"
Le roi qu'Ouserhat servait et qui, sans aucun doute, était son ami personnel depuis leur enfance est peint à l'extrémité droite de la partie sud de l'antichambre, partie ouest (vue 6). vue 26 Il est assis sur son trône sous un dais faisant face à Ouserhat qui lui présente une offrande sur une table chargée de fruits, de grands bouquets et d'une grappe de raisin.
Il semble qu'Ouserhat se trouve à l'intérieur d'une demeure car une colonne est figurée derrière lui. Les peintures de la partie centrale de cette même paroi sud, derrière Ouserhat, donnent un aperçu exceptionnellement détaillé de la vie des soldats qu'Ouserhat avait eu à commander en tant que "scribe des recrues".

Il est en effet évident d'après ces peintures que ce rôle faisait partie de ses charges. Les approvisionnements étaient d'une toute première importance pour ravitailler les recrues (vue 7). Les portes suggèrent la présence d'un entrepôt: sur la gauche, nous sommes à l'extérieur, où les recrues sont employées à transporter des sacs vers l'entrée. Dans le second registre les supérieurs sont côte à côte, presque fondus en une seule personne. En dessous, l'ensemble est égayé par la présence de deux arbres. Les colonnes destinées à des inscriptions sont restées vierges et nous ne savons pas si l'une des personnes figurées représente Ouserhat lui-même. Il est possible que ce soit jour de paie: les sacs devaient être remplis de provisions et autres produits destinés au personnel.
La scène en dessous est unique dans l'art égyptien, car elle dépeint les recrues au repos, avec leurs têtes rasées (vue 10). Certains sont accroupis sur le sol, d'autres sur des tabourets à trois pieds. Les pliants sont habituellement réservés aux personnes de haut-rang, mais même ces individus ont besoin des services d'un barbier. Dessous, à droite, deux recrues semblent même être en compétition pour le privilège d'être assis sur un pliant. Toute la scène donne une image détaillée et non usuelle de l'organisation de groupes de gens (vue 11) .

Paroi nord- partie est: les charges agricoles d'Ouserhat
Ouserhat apparaît sous un autre aspect de ses charges: l'inspection du troupeau et l'enregistrement des livraison de grain .
L'enregistrement des tas de céréales se fait devant lui tandis que deux personnes s'inclinent devant des marchandises. Plus loin derrière, nous voyons une rangée d'hommes transportant des caisses sur leurs épaules (vue 13). La scène du troupeau occupe les trois registres supérieurs. Sur la droite, les scribes prennent soigneusement note des faits. On lit sur la légende : "Rapportons toutes ces bonnes nouvelles des bouviers au scribe royal Ouserhat, le représentant du héraut". La représentation du troupeau (vue 15) est peinte dans un gamme de couleurs normales, bien qu'une fois de plus les pigments noirs se sont affaiblis ou sont effacés.
Ces scènes d'agriculture illustrent certaines scènes particulières de la vie du propriétaire, mais surtout le cycle permanent de l'inondation, la germination et la récolte qui, représentées sur les murs de la tombe, impliquent le propriétaire dans le cycle de l'éternité cosmique.

PAROI EST: FAUSSE PORTE


Le mur représente différents aspects de la vie d'Ouserhat ici bas et dans l'au-delà (vue 17). Sur les deux registres inférieurs de la paroi, Ouserhat est administré par le prêtre qui le purifie avec de l'eau (à gauche) et pratique l'ouverture de la bouche (à droite). Il est accompagné par sa femme Henutnofret. Le couple est représenté avec un grand bouquet, le "bouquet d'Amon", épisode d'une série qui prend place au cœur de la Fête de la Vallée (voir plus loin), lorsque les offrandes sont traditionnellement faites aux parents défunts.

PAROI OUEST: LA STELE


Sur le mur opposé à droite du hall, se situe une peinture en forme arrondie de stèle comportant une vignette montrant le propriétaire de la tombe en face d'Osiris. Un groupe avec un fanion fait partie du mur attenant. Leur présence témoigne de l'environnement militaire des tâches d'Ouserhat(vue 19)

LA PAROI SUD-PARTIE EST


Vue 21

La Belle Fête de la Vallée
Une fois par an, l'image divine d'Amon-Ra quitte sa demeure du temple de Karnak et traverse le fleuve dans une maquette de barque portée par des prêtres jusqu'à la nécropole de la rive ouest. Pendant le passage de la procession divine, les morts enterrés dans leurs tombes devaient théoriquement en sortir et sacrifier au dieu. Ouserhat ainsi, est figuré de chaque côté de l'entrée de sa tombe, faisant des libations et présentant une offrande sur un brasero à l'image cachée du dieu, placée dans le reliquaire que transporte la barque .

Le banquet et sa symbolique
La Fête de la Vallée était l'occasion pour les proches de se souvenir de leur ancêtre décédé, de révérer les dieux et de méditer sur leur propre avenir sur terre, après leur ensevelissement. Ils se rassemblaient dans les chapelles et festoyaient .
Cette scène du banquet était représentée dans toutes les tombes de la 18ème dynastie. Dans la tombe d'Ouserhat, la scène est située sur la partie est de la paroi sud face à l'entrée avec Ouserhat offrant une libation, et elle occupe tout l'espace disponible. Ouserhat et Moutnefret (vue 21) sont peints dans la pose traditionnelles des gens mariés. Là aussi, le pigment noir des yeux et des perruques a disparu. La légende inscrite au-dessus fait référence à Ouserhat "assis sous sa tente", un des épisodes de la fête de la vallée et "passant un jour heureux"

Scènes d'offrandes, scènes familières
...." nous trouvons peint sur le mur un détail en tous cas inusuel s'il n'est unique:... le couple n'est pas Ouserhat et sa femme mais leurs deux filles."

Vue 23

Tout en haut et à gauche de la partie conservée du tableau de cette paroi sud, nous trouvons peint sur le mur un détail en tous cas inusuel s'il n'est unique (vue 23).
Dans la plupart des tombes, nous trouverons à une grande échelle la représentation du couple défunt à qui est offerte une coupe à boire ou un collier de lotus par une adolescente normalement désignée comme "leur fille". Ici, le véritable motif est interprété d'une façon particulière: le couple n'est pas Ouserhat et sa femme mais leurs deux filles et l'adolescente qui leur fait face, probablement la fille de l'une d'elles.
A nouveau le pigment noir y compris celui utilisé pour l'inscription en hiéroglyphes a disparu.
A gauche, aux registres médians, sous la scène représentant les deux filles faisant offrande, l'artiste a représenté un groupe de musiciens et plusieurs invitées. La paroi est très détériorée mais nous pouvons distinguer un harpiste à droite assisté d'une joueuse de hautbois (l'instrument est à peine visible) et de deux filles claquant des mains. Les personnes représentées se tournent vers les invitées (vue 24), l'une d'entre elles prend une coupe des mains d'une servante qui transporte un petit pot de l'autre main , pot qui devaient contenir des extraits de plantes à vertu hallucinogène. L'occasion particulière des fêtes religieuses fournissait les moyens maximaux de parvenir à ses fins : "un jour heureux", rempli de promesses de nature sexuelle et procréative.

LA SALLE B-PAROI EST


La chasse dans le désert
Quittant le hall transversal, nous entrons dans le couloir qui mène au foyer le plus profond de la tombe, qui abrite la niche où sont les statues du couple décédé. Immédiatement à gauche, la demi-paroi nord (vue 29) dépeint les activités sportives et représente la chasse dans le désert, sujet conventionnel existant dans de nombreuses tombes de la 18ème dynastie .Un grand nombre de flèches ont déjà été décochées en poursuivant le gibier sans cornes du désert, loups et renards . Ce gibier du désert représente les forces hostiles du chaos vaincues par Ouserhat dans un paysage désertique.

Pêche et chasse dans le marais
Les personnages sont orientés vers le fond de la tombe comme dans une scène de chasse. On nous montre Ouserhat en train de lancer le boomerang , visant les oiseaux dans les fourrés tandis qu'il tient dans son autre main trois oiseaux déjà attrapés. Dans la scène suivante Ouserhat transperce un poisson avec une fouëne (vue 33). La clef de la compréhension de cette scène réside dans le poisson qui a été transpercé. Il est du genre "tilapia". Cette sorte d'espèce est devenue un symbole de re-naissance car les Égyptiens ont remarqué qu'au moment du danger le tilapia avalait ses petits afin de les régurgiter une fois le danger passé. Ainsi, percer le poisson équivaut à maîtriser la vie éternelle.

Offrandes, chasse au filet et scènes de vendange
La scène du dessous, brièvement notée à l'entrée du couloir, dépeint la remise d'offrandes devant la tombe du propriétaire et de sa femme, précédée d'une scène montrant la chasse au filet . Plus à droite, sous les scènes aquatiques, nous trouvons comme souvent des scènes de vendanges (vue 38). Les vendangeurs foulent les grappes de leurs pieds, se tenant à des cordes (qui deviennent ici une treille), cependant qu'ils accomplissent leur tâche au pressoir.

PAROI OUEST: LES FUNÉRAILLES


La totalité du mur de droite de la seconde chambre traite des rites accomplis pendant des funérailles idéales, (vue 39).
Le mouvement de la scène est dirigé vers la gauche, vers l'intérieur de la tombe.

Vue 17

Le registre inférieur montre le convoyage traditionnel par bateau vers la rive ouest du fleuve.
Le registre du milieu est rempli de personnages apportant toutes les choses nécessaires pour un enterrement convenable avec, au-dessus, de la nourriture étalée sous des tentes.
Sur le registre supérieur, un petit cortège d'hommes est précédé par des femmes en deuil et des prêtres peints à une grande échelle.
Le cercueil d'Ouserhat (vue 40), couvert d'un drap rayé de bandes rouges et blanches, est placé sur un bateau et sera plus tard tiré sur un traîneau dans le désert.
Dessous, un grand autel noir contenant peut-être les statues du couple défunt, est transporté de la même manière.
Le registre inférieur, en partie détruit, fait allusion au voyage en bateau vers le lieu d'Osiris en Abydos.

Pour retenir l'image des rites décisifs prenant place au cœur des funérailles, reportons nous à l'une des scènes du hall d'entrée, celle qui jouxte la fausse porte : c'est là qu'est figuré le rite vital de purification et celui de l'Ouverture de la bouche (vue 17). Ces rites terminés, sa momie est placée dans le caveau souterrain : Ouserhat est prêt pour son jugement devant Osiris et à la vie éternelle en présence de la divinité.


Page réalisée par Thierry Benderitter
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