25/04/2008

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La tombe de Ramose (TT 55).

LE PERSONNAGE


Ra-mes (littéralement: "Ra donne la vie"), plus connu sous le nom de Ramose est devenu vizir dans les toutes dernières années d'Aménophis III (vers 1391-1353 avant J.-C.), époque à laquelle la tombe a probablement été commencée. En effet, ce souverain est cité dans l'offrande faite par Ramose aux dieux solaires sur le mur Est, ainsi que sur la porte du fond. Le travail de décoration avançant au fil des mois, c'est son successeur Aménophis IV (vers 1353-1337 avant J.-C.), devenu le pharaon en exercice, qui est représenté par deux fois sur la paroi Ouest. Ramose fut un temps le premier personnage du royaume. Il cumulait, comme il était d'usage, les titres de maire de la capitale Thèbes et de vizir. Il partagea le vizirat avec un autre haut fonctionnaire nommé Amenhotep dit Houy.
Il ne persiste pratiquement aucun monument au nom de Ramose ; néanmoins, une statue fragmentaire a été retrouvée par Brigitte Goede au Uebersee-Museum de Brême (vue BG2)

Nous ne savons quasiment rien de la famille de Ramose, en dehors du nom de quelques parents : ainsi, sa femme s'appelait Mery(t)ptah son père Neby et sa mère Ipouia

LA TOMBE TT55


La tombe n'a pas pu être achevée par Ramose, sans doute en raison du déplacement de la capitale de Thèbes à Tell el Amarna qui obligeait les fonctionnaires à suivre Akhenaton. La tombe de Ramose est de ce point de vue particulièrement intéressante, puisqu'elle montre la transition entre deux périodes politiques qui se traduisent par deux styles clairement différents : le style classique traditionnel et le style de la première période amarnienne.
Du point de vue purement archéologique, cette incomplétude permet également d'apprécier les différentes étapes de la réalisation d'une décoration et en particulier, ici, de la gravure.

Le plan de la tombe de Ramose, en T inversé, est traditionnel depuis le début de la 18e dynastie.
Un escalier descend dans une cour trapézoïdale qui donne accès à un vestibule disposé en largeur, taillé dans la montagne.
Le tombeau fut remanié pour des sépultures ultérieures dans sa partie arrière, et trois caveaux dont un d'époque ramesside furent également creusés dans les parois de la cour.

LE PASSAGE D'ENTRÉE


d'après Davies,
Ramose, Pl. IV
entrée au Sud
d'après Davies,
Ramose, Pl. V
entrée au Nord
Il ne reste que très peu de choses de la façade originelle.
Sur le côté Sud du passage d'entrée (vue TB6), les vestiges de reliefs montrent Ramose et sa femme sortants à la lumière du jour pendant qu'ils adorent le dieu soleil Ra.
Àu nord, Ramose tourné vers l'intérieur, rentre dans sa Demeure d'Éternité. Cet arrangement se reflète également dans la disposition des scènes dans le grand hall : Ramose reçoit les rituels funéraires au Nord, tandis qu'au Sud, il festoie dans l'au-delà avec ses invités.
Les jambages intérieurs de l'entrée, comportant des colonnes des hiéroglyphes, sont très détruits.

LE GRAND VESTIBULE TRANSVERSAL



vue TB19, axe central


C'est un hall magnifique où, de part et d'autre de l'axe central, deux groupes de quatre rangs de quatre colonnes papyrifomes ont été réservés dans la pierre (vue TB19 et vue TB18). Six des colonnes sont restées dans leur état d'arasement avancé et celles que l'on observe aujourd'hui sont largement restaurées.
L'échelle de cette salle ample et de son décor à grande échelle surprend le visiteur de Gournah familiarisé avec les petites tombes peintes des notables de rang inférieur. Il a l'impression de pénétrer ici dans un palais, impression bien différente de celle donnée, par exemple, par les couloirs étroits de la tombe du vizir Rekhmirê sous Thoutmosis III, qui vécut au siècle précédent. Il témoigne du goût et de la richesse du temps, qui est à l'ostentation et au grandiose.

Ramose, le premier personnage du royaume après le pharaon, pouvait aspirer à un telle ambition, grâce à la faveur exceptionnelle dont il jouissait auprès du Pharaon. L'échelle des personnages ainsi que la présence du roi sur les murs donnent à ces parois l'impact d'un relief de temple divin. Ces bas-reliefs raffinés n'ont pu être sculptés que grâce à l'exceptionnelle finesse de la pierre calcaire en cet endroit de la montagne et ils témoignent de l'apogée de l'art de cour sous Aménophis III, par la qualité de la sculpture comme par l'esthétique qu'ils expriment. La couleur qui leur aurait donné vie n'a jamais été réalisée. Seuls les yeux sont peints, et non sculptés, d'un trait noir qui tranche durement sur la blancheur du calcaire, achevant de donner une impression d'idéal glacé. En revanche, l'absence de couche colorée met en valeur l'exceptionnelle qualité de la sculpture (vue DS11).

Le plafond, autrefois décoré, est aujourd'hui complètement détruit.

À l'extrême gauche, dans le coin Sud-Ouest du hall, s'ouvrait un escalier qui courait parallèlement au mur Sud et s'enfonçait vers les appartements funéraires proprement dits (vue JH50). Nous y reviendrons plus bas.

MUR EST


Mur Est, des deux côtés de l'entrée.

d'après Davies,
Ramose, mélange,
côté Nord de l'entrée
d'après Davies,
Ramose, mélange,
côté Sud de l'entrée
Des deux côtés de l'entrée, on trouve des représentations de Ramose très détériorées faisant offrande.

Sur le mur Nord, Ramose, accompagné de sa femme Merytptah, présente des offrandes. Trois rangées de serviteurs l'accompagnent. Ramose fait brûler une résine odoriférante devant une table chargée d'offrandes en faveur des dieux Amon-Ra, Anubis et Hathor. Quelques-uns des serviteurs ont eu l'insigne faveur d'avoir leur nom inscrit en noir devant eux, ainsi Bakenamon (litt= le serviteur d'Amon). Le petit sous registre inférieur montre des porteurs d'offrandes et des scènes de boucherie (vue BG01).

Sur le mur Sud, Ramose consacre des offrandes à Amon-Ra, Ra-Horakhty, Atoum et Khepri (vue TB35); il est accompagné de six porteurs de rouleaux, disposés sur deux rangs (vue TB36). Le rang supérieur est presque complètement détruit.
Comme son vis-à-vis, le registre inférieur comporte des porteurs d'offrandes et des scènes de boucherie (vue DS24). Trois chanteurs ouvrent la procession. Certains des protagonistes sont nommés.

De part et d'autre, des deux côtés, on trouve une colonne vide qui aurait dû contenir des inscriptions hiéroglyphiques.

Mur Est, paroi Sud : Ramose offre et partage un banquet avec ses parents et ses proches

Mur est, partie Sud, avec essentiellement le registre inférieur.
Clickez pour élargir les différents segments.
d'après Davies, Ramose, mélange,
Mur Est, partie Sud

Ramose est représenté deux fois assis, un peu à droite du centre, tourné vers le Nord (gauche). Là, de nombreux personnages sont assis, en couples bien ordonnés, répartis de part et d'autre du vizir. L'extrémité de la scène, la jonction avec le mur Sud, peut être examinée sur la vue TB22.
Ils sont étrangement semblables, présentant le canon de beauté en vigueur à l'époque, avec des traits juvéniles, à la fois raffinés et légèrement efféminés ; les différences que l'on peut déceler tiennent à des variations du costume et de la parure. S'il n'y avait les textes qui les désignent au-dessus de leur tête, nous serions incapables de les distinguer. Seul Ramose est reconnaissable au costume de sa charge (vue TB35), sa vaste tunique empesée retenue aux épaules par des bretelles, et la tête nue au registre inférieur.

Merytptah sa femme est assise derrière lui (vue DS7), désignée et accompagnée de ses titres : "l'ornement royal, la chanteuse d'Amon, la favorite de Mout". Derrière lui, ses parents, Héby, chef du bétail d'Amon et sa femme lpouia, vêtue d'un fourreau à bretelle, robe à la mode dans la génération précédente.

Citons les paroles de Ramose : "faire une offrande, deux fois pure...pour le ka de mon père et de ma mère et pour mes frères dans la nécropole". Ces "frères" sont assis face à lui. En haut, Amenhotep, "chef des recrues", avec une femme, vue à petite échelle, accroupie à ses pieds. Connu par d'autres documents, il pourrait être un autre fils de Héby, d'une mère différente de celle de Ramose ; derrière, un autre homme désigné comme "son frère", "grand intendant du roi à Memphis" avec sa femme : ce sont Amenhotep et May (vue DS9), que nous retrouverons au registre inférieur. Puis un homme dont le nom a disparu, tout comme celui des quatre autres qui sont dans la partie supérieure de la paroi endommagée. Tous tendent la main comme pour prendre part au repas.

vue TB1

Les relations de parenté exactes entre ces personnages et le vizir sont problématiques, car les Egyptiens utilisaient le même vocable, "sen" pour désigner le frère, le beau-frère, le cousin, le mari et l'amant. En outre, la liberté de l'art égyptien permet de représenter plusieurs fois le même individu dans une même scène.

Ramose et son épouse sont représentés une seconde fois au registre inférieur ; derrière eux, un trio composé d'Amenhotep et de deux femmes, son épouse May et entre eux Merytptah. Amenhotep est probablement le père de Méryptah l'épouse du vizir, représentée à ses côtés en compagnie de sa mère May ; sous la chaise, un chat joue cruellement avec un oiseau (vue DS8). Face à eux, Amenhotep et May sont représentés une troisième fois, devant les parents de Ramose.

Le couple suivant à gauche (vue TB1) est celui de son frère May, chef des chevaux du roi et envoyé royal dans les pays étrangers et sa femme Ouret, favorite de Moût d'isherou. On remarquera le travail particulièrement soigné des perruques des personnages.
Derrière eux, deux personnages sont assis côte à côte (vue DS18) : un autre frère, Kechy "supérieur des chasseurs d'Amon", et une personne dont le nom est perdu, qui était prêtre du temple funéraire du roi Aménophis III.
Àpparemment, Ramose n'avait pas d'enfants.

Mur Est, paroi Nord : Des rites funéraires pour Ramose

vue TB10 vue TB8 et vue TB9

d'après Davies, Ramose, mélange,
Mur Est, partie Nord


En haut à gauche, un tableau strictement composé représente quatorze assistants qui apportent chacun des préparations huileuses consacrées et des produits pour le corps, comme les fards, les gommes et les herbes odorantes, dans des jarres scellées (vue TB25, vue TB26). Ils arrivent devant Ramose et sa femme qui, assis, se grisent en portant à leurs narines des vases cintrés remplis de pommade odoriférante (vue TB5). Détail amusant, répété à plusieurs reprises dans la tombe, la présence sous le siège du vizir de son oie apprivoisée (vue TB29). On remarque qu'elle a été martelée par les zélateurs d'Akhenaton, car elle représente un des animaux liés au dieu Amon.
Ses parents se tiennent derrière eux, c'est-à-dire à leurs côtés, si l'on tient compte du principe artistique du rabat des figures et des éléments de la composition, en vigueur dans l'art égyptien.


vue TB30

La scène inférieure est composée de la même façon (vue TB30), avec Amenhotep et May à la place des parents de Ramose. Il s'agit du repas éternel, toujours figuré dans la tombe afin d'alimenter le "ka" des défunts. Ici la table du repas emprunte la forme du hiéroglyphe "ka", deux bras qui semblent embrasser ce qui est situé entre eux. Le texte précise que cette nourriture revient de la table d'Ounnefer, un des noms du dieu Osiris. Grâce à la magie de cette représentation, tout ce qui était présenté en offrande au dieu dans le sanctuaire d'Osiris-Ounnefer passait ensuite par un virement automatique à la table du vizir.

La scène traditionnelle de la grande offrande, bien connue depuis l'Ancien Empire, est reproduite ici. Le prêtre principal, équipé d'une peau de léopard, se tient à droite à plus grande échelle, dominant toute l'action (vue TB4). Le "menu" du mort, c'est-à-dire la carte des mets disponibles inscrits dans un tableau quadrillé, alterne avec deux rangées d'officiants, genou à terre, qui apportent chacun quatre mets (vue TB27).
Ils composent deux frises évocatrices des génies de la prospérité qui ornent la plinthe des murs dans les sanctuaires divins. Des officiants purifient les tables, purifient l'air avec l'encens, récitent les incantations rituelles. Le dernier, qui se retourne, est celui qui clôture la scène en reculant, effaçant toute trace de pas au sol derrière lui.

Un rite très important, plus particulièrement représenté à cette époque, est la purification du défunt. Installé sur un réceptacle blanc, comme une cuve en albâtre, Ramose reçoit les flots que déversent sur lui les prêtres, porteurs de vases aux formes consacrées. La comparaison avec une douche réelle s'arrête là ! Ramose est tout habillé, dans ses vêtements d'apparat de surcroît, tenant un bâton en forme de signe "encens". Comme le plus souvent dans l'art égyptien, l'image n'est pas une narration événementielle qui doit se plier aux exigences du réalisme, mais elle constitue un message qu'il faut lire ici : "purification de Ramose" (vue TB24 , vue DS28, vue BG1).

Dernier tableau, particulièrement gracieux : trois jouvencelles, qui ne sont pas nommées et qui tiennent le rôle des filles que Ramose n'a pas eues, présentent des accessoires sacrés au vizir en disant : "reçois les sistres et les contrepoids de collier-Menat d'Amon"(vue DS30). Ces emblèmes féminins, liés aux rites d'Hathor la déesse de l'amour, sont censés renouveler la jeunesse de Ramose.


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