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LA PAROI NORD

Elle ne comporte que deux registres et aucun bandeau de soubassement. Cette paroi n'est que partiellement achevée.
Ici, à l'inverse de la paroi Sud, les personnages du registre principal sont tous tournés vers l'entrée de la tombe, c'est-à-dire vers le soleil levant à l'Est. C'est leur vie dans l'au-delà qui va nous être contée et l'expression de leur espérance dans la "sortie au jour", qui était leur foi.

 Le registre principal 


Le panneau est formé par la succession de quatre scènes d'offrande.

Scène 1

Elle est très abîmée (vue 25, vue 26). Elle représente le couple défunt où seule la femme reste partiellement visible. Elle porte une perruque encore plus somptueuse que sur le mur Sud. Elle est assise sur un siège à dossier dont l'arrière est légèrement surélevé. Les pieds du siège ont une forme en patte de lion.
Devant le couple se dresse une grande table d'offrandes au-dessus de laquelle le prêtre-sem fait la fumigation et la libation rituelles, tout en récitant les formules traditionnelles permettant au mort de s'alimenter et d'entrer et sortir de son caveau, comme il le souhaitait.
Immédiatement derrière Nebettaouy, deux représentations superposées de femmes. Les hiéroglyphes manquent complètement au-dessus de celle du bas. Celle du haut est identifiée comme la soeur de Nebettaouy, mais la colonne de hiéroglyphes qui devait contenir son nom est restée vide.

Scène 2
Derrière le serviteur Amenemky, jouant le rôle du ritualiste, se trouvent les deux coffres qui contiennent les instruments du culte. Les plus importants ont été représentés au-dessus et à côté pour qu'on les voie mieux, comme il est de coutume dans les représentations égyptiennes, qui sont aspectives. Sous les coffres, une femme non identifiée, agenouillée et faisant un geste de deuil.

Scène 3 (vue 24)
Elle nous montre à nouveau Roy et son épouse, dans une attitude probablement identique à celle de la scène précédente ; mais derrière eux on observe quatre personnages, deux hommes et deux femmes, disposés en deux sous-registres pratiquement semblables.
Les deux femmes sont assises sur des sièges sans dossier, mais qui comportent un beau coussin décoré. Celle du haut est identifiée : il s'agit de Moutbouy, belle-soeur de Roy.
Les hommes sont assis sur des sièges à dossier, traduisant leur condition sociale supérieure. Celui du haut, identifié comme le frère du défunt, a le crâne rasé et tient dans la main droite une pièce d'étoffe blanche. Celui du bas, anonyme, porte une perruque et tient également quelque chose dans sa main, mais l'objet est dans une lacune.
Tous tendent la main vers une botte d'oignons réunis en leur sommet à une anse rouge et blanche (vue 59). Ce "bouquet monté" était offert au moment de la fête des oignons en lien avec Sokar (voir une mise au point complète sur cette fête ICI).

Sous les deux personnages du haut, les colonnes de hiéroglyphes sont restées vides, sans indication sur leur identité. Le texte hiéroglyphique qui les surmonte comporte un cartouche au nom de la reine Ahmès-Nefertari, mère d'Amenhotep I, une des patronnes de la nécropole thèbaine.
Devant eux (vue 23) une scène similaire fait intervenir Roy et sa femme, à une bien plus grande échelle. Sous le bouquet d'oignons décorés, d'autres offrandes végétales purifiées par un prêtre-sem au crâne rasé. Écrites au-dessus, les formules qu'ils psalmodient doivent redonner au mort sa puissance sur terre, dans le ciel et dans la nécropole.

Scène 4
Les deux femmes suivantes (vue 22) sont assises sur le même type de siège que nous avons déjà vu et, devant elles, se dresse une table d'offrandes, avec légumes et pains. Les colonnes destinées aux hiéroglyphes n'ont pas été remplies.
Devant une table d'offrandes presque similaire, nous retrouvons Roy et sa femme. Celui-ci, après l'offrande des oignons, peut maintenant retrouver le souffle de vie en respirant le parfum d'une immense fleur de lotus recourbée vers son visage, qui lui promet la renaissance. Remarquons la lacune au-dessus de la table, certainement due à un rognon de silex détaché après l'achèvement des décors. Les peintres, n'ayant plus de plâtrier à cette phase, ont décoré la faille de motifs végétaux, totalement hors de propos ici.

Un autre prêtre-sem pratique les purifications. Derrière lui se tiennent, agenouillées, deux femmes en deuil. Remarquons la différence dans le traitement de la poitrine : la femme du haut est représentée avec le sein flasque, tombant ; celle du bas a une poitrine à peine modelée (vue 21).

Et voici ce qu'exprime la paroi Nord : bienheureux dans la nécropole, transfigurés par les rites funéraires, les défunts peuvent alors accueillir leurs propres images terrestres et recommencer à l'infini les étapes conduisant à l'éternité. Il en résulte un mouvement cyclique conduisant les défunts du stade de simples mortels à une assimilation complète aux Imakhou (Honorés, privilégiés,...) dans la nécropole et dans l'au-delà avec lesquels ils peuvent désormais se confondre, éternellement.

 La frise  (vue 21, vue 24)

A la différence de la paroi Sud, la frise est ici inachevée. Les représentations figurées ont été réalisées, mais les colonnes jaunes destinées aux hiéroglyphes ne sont pas remplies. De même, l'image du sommet de la tombe où repose Anubis n'a pas reçu toutes ses lignes rouges de délimitation.

LA PAROI OUEST

L'ensemble pourrait être assimilé à une stèle fausse-porte, lieu de communication entre le monde des vivants et le monde d'en-bas. La paroi est très endommagée, ne laissant subsister que quelques fragments du relief originellement peint autour d'une niche contenant une stèle.

 Le pourtour de la stèle 


Elle est délimitée latéralement et autour de l'espace de la niche par cinq traits parallèles bleus, blancs et rouges. L'espace ainsi délimité possède le fond blanc-bleuté du reste de la tombe ; il est lui-même décoré sur sa face externe par une "frise égyptienne" (checker) formée d'une alternance de rectangles blancs, rouges et verts.

•  A la partie supérieure se trouvaient deux scènes d'adoration symétriques, séparées par une fleur symbolique unissant le lys et le papyrus, dont la tige était soutenue par un signe ankh et un signe ouser munis de bras. A gauche, c'est le pharaon Horemheb et son épouse Moutnedjemet qui offrent des fleurs à Osiris. A droite, Le roi Amenhotep I et son épouse (représentée en noir) Ahmes-Nefertari rendent hommage à Anubis. Le défunt se met ainsi sous la protection des saints patrons de la Nécropole thébaine.

•  Au second registre, symétriquement par rapport à la stèle, Roy consacre des offrandes aux divinités du registre supérieur. On reconnait le défunt , avec une courte barbe de notable, en train de rendre grâce devant une table où s'accumulent les victuailles. A droite de la niche, on devine ce qui reste d'une femme également devant une table d'offrandes.

•  au-dessus de la niche, on devine une figure d'Osiris devant laquelle le défunt fait l'offrande des étoffes. Le trône du dieu se trouve sur un rectangle biseauté, le signe hiéroglyphique Maat.
C'est ici que se trouve l'un des deux seuls cartouches de la tombe ayant survécu. Il est d'autant plus intéressant qu'il permet de dater le monument : il s'agit de "Djeser-Kheperou-Ra", donc le pharaon Horemheb (vue 26bis).

•  Au troisième registre, le plus bas, on trouve à gauche Roy et son oiseau-Ba abreuvés par Hathor, déesse de l'Amentit et à gauche Nebettaouy faisant offrande.

 La stèle 

La stèle cintrée (vue 27) est lacunaire et il manque un bon tiers en haut à gauche et surtout en bas à droite. Le fond est blanc, et les hiéroglyphes et représentations devaient être peints, mais la peinture a disparu. Elle porte une louange au dieu solaire Ra.
Dans le cintre, on retrouve la barque solaire ou trône le soleil portant un signe Ankh. Devant lui deux babouins en adoration. Ils saluent ainsi le soleil levant.
Le texte sous-jacent commence par une adoration à Ra chaque jour lorsqu'il se lève à l'horizon. La partie droite de la stèle, dans la zone fracturée, montre une image du défunt en adoration devant une table d'offrandes.

LA PAROI EST

A gauche de l'entrée se trouvent de courtes séries de scènes évoquant la vie quotidienne et les fonctions de Roy. Faisant partie du monde terrestre, elles ont été logiquement placées à l'Est. Ces scènes sont intéressantes, car étant restées inachevées, elles montrent la manière
dont était réalisée la décoration.
Contrairement à ce que nous pourrions croire, les couleurs étaient placées d'abord, puis les contours en noir ou rouge rajoutés plus tard, sans mise au carreau préalable. L'ordre d'application semble être le suivant : vert - ocre rouge - le fond - blanc - gris et brun. On imagine la dextérité et le talent qu'il fallait au peintre pour ainsi appliquer avec justesse ses décors.

On peut distinguer ainsi trois registres regroupant des petites scènes de genre, très vivantes.
En haut, sous un dais, le défunt entend le rapport d'un ouvrier du domaine dont il est responsable (vue 58). Celui-ci lui montre les produits du domaine.
En dessous, un arbre auquel étaient suspendu les provisions et l'eau des laboureurs. Ceux ci, dans une composition rarement attestée, forment un plan perspectif dans lequel l'homme au premier plan relève la tête sans lacher sa charrue, sans doute en train d'écouter ce que lui dit son vis-à-vis qui, lui, lève une main de son arraire. La vache noire a été intégralement peinte, et peut-être aussi la blanche. Par contre, les images des hommes n'ont aucun contour ni détail.
A l'étage inférieur (vue 18), un jeune garçon cueille des fruits tandis qu'un paysan conduit un attelage de boeufs traînant une charrue. Il lâche d'une main celle-ci pour donner un ordre au garçon. Il est suivi par une femme qui porte le sac à semences.
Encore plus bas, le maître, surdimensionné pour montrer son statut, écoute un paysan qui lui rend peut-être compte des récoltes.

De l'autre côté de l'entrée se trouve l'accès au puits funéraire. La paroi n'est pas décorée (vue 55).

LE PLAFOND


Le plafond est entièrement décoré en tendue de toile et divisé en deux parties par une bande centrale jaune de 0,20 à 0,22 m, comportant en hiéroglyphes bleus le nom et les titres de Roy ainsi qu'une prière à Ra ; les signes cheminent donc du fond de la tombe vers l'entrée.
La bande centrale est entourée par une quintuple ligne bleu-rouge-blanc déjà vue ailleurs (vue 31).
Le motif de fond est géométrique, constitué par une alternance de carrés jaunes et blancs eux mêmes ornés de fleurettes à 4 pétales et 5 gros pois noirs et rouges.

ÉPILOGUE


Cette petite tombe nous donne un aperçu synthétique du style et de l'état des pensées religieuses en cette extrême fin de la XVIIIème Dynastie pour un notable d'importance moyenne comme Roy.
Son destin d'éternité ainsi immortalisé par les textes et les représentations, Roy était bien pourvu. Son statut était celui d'u Imakhou.
Et la stèle qu'il avait fait placer dans la cour de sa tombe devait permettre aux humains de ne pas l'oublier, afin qu'ils prononcent son nom et récitent pour lui la formule d'offrandes.
Et chacun de ceux qui l'avaient connu trouvait là le signe qu'ils attendaient : aussi longtemps qu'ils auraient foi en Osiris devenu Ra, durerait l'Égypte et se lèverait le soleil qui créa toute vie.
Puisse le destin de Roy avoir été conforme à ses souhaits. En tout cas, son nom est encore connu et prononcé aujourd'hui.


Page réalisée par Thierry Benderitter
Texte par Thierry Benderitter
Traduction hiéroglyphes : Nadine Guilhou, François Labèque
Photographies par Thierry Benderitter, Cau Brualla
© Osirisnet 2008


Bibliographie

-BARGUET Paul : Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, Cerf, 1967.
-BAUD Marcelle, DRIOTON Étienne : Tombes Thébaines. Nécropole de Dra Abou-Naga :   Le Tombeau de Roy, MIFAO 57 (remerciements à Renaud de Spens)
-GRAINDORGE Catherine : Les oignons de Sokar, Revue d’Égyptologie 43, 1992.
-GUILHOU Nadine, LABEQUE François : Textes de la tombes de Roÿ, (communication personnelle).
-PORTER Bertha, MOSS Rosalind : Topographical bibliography of Ancient Egypt hieroglyphic texts, reliefs and paintings. I The Theban Necropolis. Part one : Private tombs, Griffith Institute1994.


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