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Kheperkheperoura-Ay
est la 14ème pharaon de la
XVIIIème dynastie, qui eut
un court règne de 3 ou 4
ans (1346-1343 avant JC). Avec lui
va se clore la période amarnienne
durant laquelle Akhénaton
et ses successeurs immédiats
ont essayé -sans succès-
de changer le système religieux
millénaire du pays.
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| Pour bien comprendre cette époque trouble, je vous conseille vivement de lire l'article "Akhénaton et la religion d'Aton". La comparaison de la tombe de Ay avec celle de son prédécesseur Toutankhamon et celle de son successeur Horemheb est également riche d'enseignements.
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Mais qui était Ay ? Une
chose est certaine, il n’était
pas l’héritier légitime
du trône et on pourrait d’une
certaine mesure considérer
qu’il constitue une dynastie
à lui tout seul, tout comme
son successeur Horemheb. Son
origine reste obscure ainsi que
ses éventuels liens familiaux
avec la dynastie des Thoutmosides
au pouvoir jusqu’ici. Nous
n’y reviendrons pas car il
n’existe aucun fait tangible.
Si
son règne fut bref, la carrière
militaire et politique de Ay fut
par contre très longue puisqu’elle
débute sous Aménophis
III, couvre les règnes de
Akhenaton, Smenkare (un ou plusieurs
rois ou reines de ce nom) et Toutankhamon
auprès desquels son influence
est allée grandissante.
Son importance déjà sous Akhenaton est attestée
par sa tombe en Amarna (N°25), une des premières
creusée, et la seule qui nous soit parvenue à
comporter le
Grand Hymne à Aton.
On y retrouve ses titres principaux"Supérieur
de tous les chevaux de sa majesté", "Porte
étendard à la droite du roi","scribe
royal" et celui qu’il affectionne le plus
: "Père Divin"
(jt ntjer). Ce titre il le porte depuis Akhénaton puis
sous Toutankhamon ; si sa signification exacte reste controversée,
la plupart des auteurs ont suivi Otto Schaden qui propose
de le traduire par "tuteur". Mais la traduction
"beau père"a également été
proposée. Quoi qu’il en soit, lorsque Ay fut
devenu "dieu" lui même il n’aurait plus
eu besoin de ce titre, mais il semble qu’à ce
moment il était devenu indissociable du nom Ay lui
même, au point que, contre toute tradition, il fut inclus
dans un cartouche du protocole royal.
On voit ainsi que Ay occupait sous les souverains amarniens
proprement dit, et surtout sous Toutankhamon, une place tout
à fait exceptionnelle : vizir, général
de la charrerie, probable tuteur et régent du jeune
roi.
L’important pouvoir
acquis par Ay était cependant
partagé avec le Généralissime
Horemheb, sans qu’on sache
exactement la part respective de
chacun, mais il semble assuré
qu’ils ont tous deux joué
un rôle majeur dans l’abandon
de l’hérésie
amarnienne et dans le retour à
l’orthodoxie amonienne qui
assurera des décades de paix
et de prospérité à
l’Égypte. On ignore
quelles furent les tractations ou
épreuves de force, s’il
y en eut, entre les deux hommes
pour la succession du jeune roi,
mais Ay l’a emporté
et c’est sans doute assez
naturellement qu’il a succédé
à Toutankhamon.
De même, le rôle du général Nakhtmin
reste peu clair. Nakhtmin était général,
et successeur de Houy (voir "la
tombe de Houy") comme vice-roi de Koush. Il semblerait
qu'il ait levé une armée dans le Sud pour tenter
d'éliminer Horemheb et son armée du Nord, et
qu'il ait échoué. Horemheb fera ultérieurement
mutiler ses monuments. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au
moment de la succession de Toutankhamon, Horemheb préfèrera
soutenir le vieux courtisan Ay -sans doute à charge
de revanche- plutôt que de risquer de voir s'approcher
de trop près du trône ce jeune rival. La chape
de plomb qui est tombée sur la mémoire de Nakhtmin
ne permet pas de savoir quel fut son rôle politique
réel.
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| Ay dans la tombe de Toutankhamon |
C’est
Ay qui peut être crédité
du fastueux mobilier funéraire
mis à la disposition du jeune
Toutankhamon mort dans sa tombe
KV 62. Et c’est lui qui -fait
unique dans toutes les tombes royales-
sera représenté officiant
comme prêtre-sem sur la momie
du jeune roi dans sa tombe faisant
la cérémonie d’ouverture
de la bouche (rôle normalement
dévolu au fils aîné
du défunt qui ici est donc
beaucoup plus âgé que
son "père").
Malgré
ses preuves de dévotion au
dieu dynastique traditionnel Amon
dont témoigne son œuvre
architecturale ainsi que l’usurpation
de la stèle dite du renouveau
initialement érigée
par Toutankhamon, la postérité
l’englobera dans le cercle
des souverains amarniens auxquels
il était manifestement trop
lié. Ses monuments seront
usurpés et sa mémoire
effacée autant que faire
se pourra en l’omettant lui
aussi dans les listes royales comme
en Abydos par exemple, ou encore
en profanant sa tombe peu après
son enterrement. C’est
Horemheb qui est à l’origine
de cette persécution, et
on peut assez raisonnablement imaginer
que les rapports entre les deux
courtisans ont du être tendus,
voire haineux. En fin politique,
Horemheb devenu roi comprendra son
intérêt et celui de
l’Égypte à faire
disparaître la mémoire
de ce prédécesseur
encombrant et honni avant de transmettre
l’héritage pharaonique
à une nouvelle lignée
d’origine militaire comme
lui : les Ramessides.
Ceux ci ne seront pas ingrats et pour l’historiographie
officielle à partir de ce moment, le successeur légitime
du dernier Thoutmoside reconnu, Aménophis (Amenhotep)
III, sera Horemheb.
Sur le règne de Ay
proprement dit il n’y a presque
rien à dire car on ne dispose
pratiquement d’aucun renseignement.
Monté à un âge
avancé sur le trône
(au moins 60 ou 65 ans), sa mort
fut sûrement naturelle. Seuls
subsistent les monuments qu’il
a fait ériger, relativement
nombreux malgré cette disparition
rapide. Mais la plupart sont réduits
à l’état de
trace comme c’est le cas de
son "temple de millions d’années"
qui fut rasé jusqu’au
sol par Horemheb qui édifia
son propre temple par dessus. La
vindicte personnelle, plus politique
que religieuse, qu’Horemheb
nourrissait contre son prédécesseur
s’est ici aussi manifestée.
| La tombe KV 23, histoire et devenir |
L’histoire de la tombe
KV (ou WV pour West Valley) 23 est
toujours confuse quand à
son attribution originelle et l’absence
de dépôts de fondation
ne permet pas de savoir avec certitude
pour qui elle fut initialement creusée
: Aménophis IV, Smenkhare,
Toutankhamon ? L’hypothèse
la plus communément admise
est qu’elle était destinée
à Toutankhamon mais que,
étant loin d’être
terminée au moment du décès
inopiné du jeune roi, ce
dernier fut placé dans une
tombe non royale de la branche principale
de la vallée des rois. On
peut aussi penser qu’une des
tombes inachevées comme WV24
ou WV 25 (vue
02 , vue
03 , vue
01, vue
04), très proches, avaient
été initialement prévue
pour lui. Quoi qu’il en
soit, la situation finale est celle
de Toutankhamon enseveli dans la
tombe KV 62 et Ay dans la KV 23.
Celle ci fut la dernière
tombe utilisée dans la Vallée
de l’Ouest.
La
tombe fut redécouverte en
1816 par Belzoni, par hasard dit
ce dernier. Lepsius en a fait un
premier relevé épigraphique
en 1824 qui sera suivi par un second
fait par Piankhoff en 1958. Une
première excavation fut réalisée
par Howard Carter en 1908, qui sera
complétée par Otto
Schaden en 1972.
| Plan et caractères généraux |
La
tombe est située dans la Vallée de l’Ouest
(vue
48, vue
49, vue
50).
, donc proche de celle d’Amenhotep
III, et ce n’est certainement
pas un hasard si Ay a ainsi voulu
se rapprocher de son illustre prédécesseur
"orthodoxe". Elle est très
proche dans l’iconographie
de celle de Toutankhamon, à
tel point qu’on suppose que
ce sont les mêmes artisans
qui ont œuvrés sous
la même autorité. Les
thèmes sont superposables,
ainsi que le style des représentations
et dans les deux cas il manque la
classique frise de khakérous.
La
tombe présente un plan axial
droit, sans les coudes en usage
pendant la phase pré amarnienne
de la XVIIIème dynastie.
Elle est ainsi conforme au canon
des tombes royales amarniennes (toutes
cependant ne le respectent pas). Elle
est inachevée, et sur les
sept pièces et couloirs qu’elle
comporte, seule la dernière
chambre a été décorée,
et encore cette décoration
est elle minimaliste et presque
indigente.
Dans
les couloirs et salles précédant
la chambre sépulcrale, il
n'y a aucun décor ou texte,
comme déjà chez Toutankhamon
(et chez Akhénaton lui même,
ce qui a peut être influencé
ce choix. Voyez la
tombe d'Akhénaton). Leur
absence à ces endroits est
donc peut être volontaire.
En effet, même en supposant
un décès imprévu
du souverain, les murs déjà
taillés et lissés
auraient pu recevoir un badigeon
de plâtre et une décoration
peinte entre le moment du décès
et celui des funérailles
soit pendant 70 jours (en théorie):
il n’en a rien été. C’est
à partir de la tombe suivante,
celle d’Horemheb, que la décoration
recommencera à devenir plus
abondante et quittera la seule chambre
sépulcrale.
Plus
étonnante est la relative
pauvreté de l’iconographie
dans la chambre funéraire,
bien que la facture artistique reste
de qualité. De grands personnages
occupent des zones entières
des murs, ce qui réduit d’autant
le nombre de scènes; les
textes sont peu développés,
provenant du Livre de l’Amdouat
(ou Livre de ce qui est dans le
monde souterrain) et du Livre de
sortir au jour (plus connu sous
le nom inapproprié de Livre
des Morts). On peut certes penser
que dans cette pièce profondément
située sous terre, non ventilée,
les enduits et pigments devaient
mettre un temps considérable
à sécher, retardant
d’autant la suite du travail.
La cause de ce court délai
accordé aux peintres n'est
cependant pas évidente, ni
ici pour Ay, ni encore bien moins
chez Amenhotep III où le
type de représentations est
superposable. Tout se passe comme
si les artistes n'avaient eu le
droit de réaliser les décors
dans la chambre funéraire
qu'à partir du décès
du souverain. Peut être craignait
on que le terrible pouvoir magique
des représentations ne soit
prématurément libéré?
Il faut bien reconnaître
que la question n'a actuellement
pas de réponse.
On
a de bonnes raisons de penser que
Ay fut bien inhumé dans cette
tombe. En effet on a retrouvé
in situ les fragments du sarcophage
disloqué et son couvercle
(intact) mais aussi divers objets
traduisant la réalité
de l’inhumation : des disques
en cuivre dorés, des fragments
de statue de bois, des morceaux
de faïence (y compris des uraei),
de la céramique et des fragments
de coffres et d’autels. Par
contre, pas trace de vases canopes
ni même d’Oushebtis.
Ceux ci ont peut être été
retirés volontairement au
moment de la désacralisation
de la tombe. De cette dernière
témoigne le travail très
minutieux de martelage ou d’excision
de quasiment toutes les images et
noms de Ay et de sa femme Tiy. De
même on a retrouvé
dispersé sur le sol de la
vallée proche de la tombe
des fragments de l’équipement
funéraire du roi, autre signe
de l’exécration à
laquelle il fut voué. Plus
difficiles à expliquer est
la présence de fragments
de feuille d’or martelées
portant les noms de Ay et Toutankhamon
dans le puits de la tombe KV 58.
| Entrée, couloirs et corridors |
La première partie de
la tombe (parties A à E du
plan) sont virtuellement les mêmes
que celles de la tombe KV 22 d’Amenhotep
III. Bien qu’elle ne soit
pas achevée, KV 23 n’est
donc pas "une petite chose"
comme le pensait Gardiner. Toute
cette partie ne comporte aucune
décoration, nous l’avons
déjà dit.
L’entrée
dans la tombe (vue
05) se fait par un escalier
de 6,12 m de long (plan A) situé
à un mètre sous le
niveau principal du ouadi. Une porte
à redans de 2,65 m de haut
amène dans le premier corridor
(B du plan) de même hauteur.
Celui ci mesure 11,37 m de long.
Deux petites niches dans les murs
latéraux étaient destinées
à des poutres servant à
la descente du lourd sarcophage. A
la fin de ce corridor est matérialisée
une seconde porte qui amène
au second escalier long de 7,95
m (plan C, vue
52). Deux récessus trapézoïdaux
sont taillés horizontalement
à droite et à gauche.
Le plafond est irrégulier,
avec une hauteur de 5,44 m. Une
nouvelle porte amène au second
corridor (D du plan) mesurant 13,94
m pour une hauteur de 2,64 m. La
porte suivante conduit à
ce qui aurait du être la Salle
du Puits (plan E) qui mesure 4,14
X 4,01 X 2,98 m. Son plancher est
situé à 0,50m au dessous
du couloir précédent
mais à 0,80m au dessus du
suivant. Cette petite pièce,
non achevée, n’a cependant
jamais fait l’objet même
d’une ébauche de creusement
vers la profondeur. Il semble cependant
peu vraisemblable qu’un élément
qui était devenu aussi symboliquement
important dans les tombes précédentes
(hors tombes amarniennes) et qui
sera repris par la suite n’ait
pas été envisagé.
On peut supposer que le manque de
temps explique son absence. La
porte qui va conduire vers la pièce
suivante est moins large de 30 cms
que la précédente
et excentrée vers la droite.
Le rétrécissement
peut s’expliquer par le blocage
qui devait ultérieurement
la boucher, et l’excentration
par un problème purement
technique de couche rocheuse plus
adaptée.
Nous arrivons
maintenant dans la pièce
qui a finalement servi de chambre
funéraire au roi.
(plan F) Si les règles
habituelles avaient été
respectées, cette pièce
aurait du représenter la
première salle à piliers
de la tombe. Finalement elle sera
la chambre funéraire, et
n’aura pas de pilier. Son
grand axe est perpendiculaire à
l’axe des couloirs précédents,
comme une salle à piliers
l’aurait été.
Ses dimensions sont de 8,89 X 6,46
X 3,92 m. Au centre de la pièce,
légèrement vers la
droite, quatre petite excavations
carrées dans le sol indiquent
l’emplacement de blocs de
pierre qui supportaient le sarcophage.
Dans chacun des quatre murs était
creusée une petite niche
destinée à recevoir
les briques magiques. Au fond
de la salle on a transformé
secondairement en une annexe de
5,44 X 4,39 m la pièce qui
aurait du continuer la tombe lorsqu’il
fut devenu évident qu’on
ne pourrait pas la finir (plan Fa). Les
quatre murs de la tombe ont été
peints mais non sculptés.
La couleur de fond est un jaune
soutenu, sur le modèle de
celui employé chez Toutankhamon
mais en plus vif. La décoration
commence environ 1 m au dessus du
sol, avec deux larges bandes rouges
et une jaune soulignées de
noir qui délimitent les espaces
supérieurs. On remarque par
ailleurs l'absence de la frise de
khakérous au sommet des parois. Comme
nous l’avons déjà
signalé, les figurations
de Ay et de sa femme Tiy, ainsi
que leurs noms, ont été
partout effacés.
Voyons
la décoration mur par mur.
A-
Mur Est
C’est le mur dans lequel est
percée la porte d’entrée. Nous
passerons rapidement sur le court
segment de paroi situé à
main gauche qui ne comporte que
la couleur jaune de fond (vue
45). La partie immédiatement
à main droite est détruite
dans ses 2/3 inférieurs suite
à l’éboulement
du mur. Le reste de la paroi a subi
d’importants martelages qui
ont encore réduit la quantité
de scènes restantes.
Ceci
ne doit pas faire oublier le caractère
unique des thèmes choisis
: aucune autre tombe royale (du
Nouvel Empire) ne comporte de scène
de chasse et pêche dans les
marais (vue
11). De plus le roi y est représenté
avec son épouse Tiy (vue
12), un autre point tout à
fait inhabituel et qui invite à
s’interroger sur la filiation
de cette dernière. Ces thèmes
ne sont normalement présents
que dans les tombes des particuliers.
Le caractère apotropaïque
et symbolique de ces scènes
est maintenant bien connu, et nous
l’avons déjà
rencontré dans de nombreuses
autres tombes. Elles sont en rapport
avec la renaissance, et possèdent
une dimension sexuelle forte. C’est
d’ailleurs pour quoi les deux
seules représentations de
la reine Tiy se trouvent ici, avec
quelques uns de ses titres restés
intacts : "la
Grande Épouse Royale, son
aimée, la Dame des Deux Terres
[Tiy], vivante" et "l’Héritière,
grande de louanges, la Dame des
Deux Terres, [Tiy], vivante".
On peut cependant remarquer l’attitude
complètement passive de la
reine aux côtés de
son époux, et l’absence
des enfants que l’on retrouve
presque toujours dans les scènes
identiques des tombes privées
et qui correspond bien avec l’absence
de descendance du couple.
Le
marécage représente
le milieu primordial aquatique et
est assimilé au Noun, les
eaux primordiales. Dans ce milieu
qui rappelle le liquide amniotique,
le défunt va devoir renaître
de ses propres oeuvres, grâce
au principe féminin représenté
par son épouse assimilée
à la déesse Hathor.
Il faudra alors combattre les forces
mauvaises qui risquent de faire
échouer la gestation et qui
sont représentées
par des animaux sauvages, aquatiques
comme l’hippopotame qui est
une hypostase du dieu Seth, ou aériens
comme les oiseaux des marais. En
accomplissant le geste de harponner
le pachyderme ou de lancer son boomerang
de chasse sur les oiseaux, Ay contribue
à domestiquer, à rendre
acceptable pour l’idéal
égyptien, ce milieu hostile
: il accomplit la Maat et repousse
l’Isfet. La scène où
le roi semble arracher des papyrus
est plus difficile à expliquer.
Le froissement des ombelles de papyrus
reproduit une sorte de bruit de
crécelle qui est censé
attirer la déesse Hathor,
maîtresse de l’amour,
hors du marécage afin qu’elle
attire le défunt dans son
sein. C’est ici l’explication
du sistre hathorique que tiennent
en main les prêtresses de
la déesse et dont l’agitation
produit un bruit proche. Mais ici
Ay tire véritablement à
deux mains sur une tige comme sur
une corde, avec l'intention de l'arracher.
Ay est donc représenté
successivement sur trois esquifs
légers qui flottent sur une
bande bleue contenant des motifs
en zigzag représentant le
Nil. On a beaucoup de mal à
le reconnaître tant les martelages
-qui touchent également son
nom et celui de la reine (vue
07)- ont été soigneux.
La scène où il va
frapper avec son boomerang est la
mieux conservée (vue
09). Il tient déjà
par les pattes dans son autre main
un groupe de canards qui essaient,
en vain, de s'échapper. On
comprend qu’ils proviennent
du fourré de papyrus situé
derrière lui (vue
10) où l’artiste
les a représenté en
colonnes. On devine que le roi portait
le klaft sur la tête, un grand
collier Ouser et un pagne long en
lin blanc. Dans la scène
de harponnage (vue
08), qui a disparu aujourd’hui,
le roi était tourné
vers l’entrée de la
pièce. Outre les aspects
déjà mentionnés,
une autre dimension symbolique est
ici présente : malheur à
celui qui viendrait dans cette chambre
avec l’idée d’y
faire le mal ! Malheureusement pour
Ay, cela n’a pas empêché
le monument d’être rapidement
désacralisé.
B-
Mur Nord
Ne comportant aucune image du
souverain, il n’a pas subi
de dommage volontaire. La plus
grande partie de la paroi est occupée
par des représentations évoquant
la première heure du Livre
de l’Amdouat, et l’ensemble
de la paroi est très proche
d’une de celles de la tombe
de Toutankhamon.
Dans un
grand rectangle occupant toute la
largeur de la paroi, douze sous
rectangles sont disposés
avec un axe de symétrie central.
Chacun d’entre eux comporte
à une extrémité
un babouin assis, son nom écrit
devant lui (sauf un). Les noms sont
curieusement presque tous dédoublés
avec soit exactement la même
graphie phonétique (ex :
ibn), soit avec une légère
différence (ex : djeheh et
deheh). Au dessus, en hiéroglyphes
rouges et en écriture inversée,
deux courtes introductions à
la représentation : "Noms
des dieux qui ouvrent (les portes)
pour le (grand) Ba"
et "Noms
des dieux qui chantent des louanges
à Ra lorsqu’il pénètre
dans le monde inférieur". Le
registre situé au dessus
comporte la barque du jour sur laquelle
est représenté le
scarabée Khepri, image du
soleil levant, entouré par
deux images accroupies d'hommes
en adoration avec le nom "Osiris"
: il s'agit de Ay osirifié. A
gauche de la barque, cinq divinités
: Nehesi et Shou dans un style typiquement
amarnien, puis Horus hiéracocéphale,
puis Nebet-mesketet (litt : la maîtresse
de la barque de la nuit) et enfin
Maat.
A droite un court texte en écriture rétrograde
: "Ce dieu entre sous la forme
d'un bélier". Rappelons que le bélier
est une des représentation possible de Ra.
C-
Mur Ouest
Ce mur comporte
deux parties avec l’ouverture
dans son côté gauche
de la porte menant vers l’annexe.
1)
A droite, Ay soigneusement martelé,
embrasse Osiris-Ounnefer représenté
avec des chairs vert sombres et
une couronne Atef à uræus
(vue
24, vue
37, vue
10). Au roi il dit :"Je
te donne vie, santé, stabilité,
comme Ra, éternellement".
 |
| Vue 28 : mur Ouest |
Puis vient une scène
très intéressante
car elle va faire appel au Ka du
roi, comme on le retrouve chez Toutankhamon
et avant lui chez Amenhotep III.
Ay est amenée vers Osiris
par la déesse Hathor qui
porte sur la tête le hiéroglyphe
de l’Occident (vue
36) et qui tourne la tête
vers lui. Elle est vêtue de
la robe-fourreau moulante archaïque
à bretelles qui dégage
le sein. Elle est désignée
comme "Hathor
à la tête de Thèbes,
maîtresse de l’Occident"
et elle lui dit "je
te donne vie et santé, et
le doux souffle pour ta narine"
en lui tendant vers le nez un signe
de vie Ankh (vue
19, vue
18). La représentation
du Ka n’a pas été
mutilée, sans doute parce
qu’on a pensé qu’il
représentait d’autres
kas royaux avant lui ou parce que
le nom utilisé dans le Serekh
ne correspond pas vraiment à
l’un des noms de couronnement
de Ay et qu’il ne figurait
donc pas sur la liste des gens chargés
du travail de désacralisation. De
même taille que le roi il
porte sur la tête la figuration
d’un serekh qui s’inscrit
dans les bras d’un signe Ka
et où est inscrit un nom
d’Horus : "tjehen
kheperou", soit "brillant
(ou irradiant) d’apparitions".
Ce titre avait déjà
été porté par
Toutankhamon, mais pas en nom d’Horus.
Dans sa main droite il tient un
signe de vie Ankh, et dans la gauche
un bâton.
Plus à
gauche, nous retrouvons le roi et
son Ka, cette fois devant la déesse,
Nout, "Maîtresse
du ciel" (vue
16, vue
17). Sur sa perruque, elle porte
un bandeau avec l’uræus
(vue
36). Dans ses deux mains étendues
tournées vers le haut on
trouve le hiéroglyphe de
l’eau, et le geste est explicité
au dessus : "faire
Nyny", c’est à
dire un rituel d’accueil et
de purification.
Ensuite
on retrouve Ay devant une autre
Hathor qui porte sur sa tête
ses attributs traditionnels, un
disque solaire entouré d’une
paire de cornes. La déesse
porte une magnifique perruque tripartite,
symbole sexuel par excellence dans
l’Égypte Ancienne.
Elle enserre également de
manière plus intime que les
autres déesses ce qui reste
de la figuration royale (vue
34). Elle est ici désignée
comme "Maîtresse
d’Héliopolis".
Ay portait ici la couronne blanche
de Haute Égypte, c’est
tout ce qu’on peut en dire.
2)
Derrière cette scène,
à l’extrémité
gauche du mur, on trouve une autre
scène très originale
et même unique.
Elle se situe au dessus de la porte
qui mène à l’annexe.
Cette dernière a été
habillée par trois fines
bandes noires et blanches sur ses
montants. Au dessus on trouve assis
deux par deux, se faisant face,
les quatre fils d’Horus, ici
représentés avec des
têtes humaines. Ils sont assis
autour d’une table d’offrandes
centrale. Tous sont figurés
osiriformes, avec un suaire moulant
d’où sortent les mains
tenant un fouet nekhakha. Tous ont
un large collier autour du cou et
portent une fausse barbe droite.
Douamoutef et Qebsenouef sont représentés
à gauche et portent la couronne
blanche de Haute Égypte (vue
31)tandis qu’Amsit et
Hapy sont à droite coiffés
de la couronne rouge de Basse Égypte
(vue
32).
D-
Mur Sud
(vue
41) Il est occupé par
des représentations plus
purement religieuses, notamment
par des textes provenant des chapitres
141, 142 et 144 du Livre des Morts
disposés en 49 colonnes et
les vignettes sont des extraits
du chapitre 130.
Dans le
registre supérieur, deux
barques sont représentées
sur le hiéroglyphe signifiant
le ciel, qui court d'une extrémité
à l'autre de la pièce. Dans
celle de droite on trouve neuf divinités
constituant l'ennéade (vue
30, vue
29). De droite à gauche
on identifie Ra-Horakhty (non nommé),
Atoum "Maître
d’Héliopolis",
puis Shou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris,
Isis et enfin Horus. La légende
nous apprend que ces dieux "ils
vont être la protection de
ce dieu bon (= Ay) pour le temps
infini et le temps éternel". Derrière
cette barque se tient Nephtys, seule,
représentée en taille
moyenne. Puis vient une seconde
barque qui comporte à sa
proue un filet surmonté de
deux signes hiéroglyphiques
de la flamme. On y trouve deux extrémités
de mats cérémoniels
portant un faucon perché
(vue
27, vue
47, vue
46).
(vue
21) Cette fonction d’annexe
fut attribuée secondairement
à cette pièce, lorsqu’il
fut constaté qu‘on
ne pourrait pas aller plus loin,
sans doute au décès
de Ay. Elle mesure 5 ,44 X 4,39
X 2,12 m et a du contenir une partie
du mobilier funéraire. Elle
est anépigraphe.
(vue
25, vue
40, vue
08, vue
43, vue
42) Lors de la découverte
de la tombe, il avait été
fracassé en mille morceaux.
A l’origine le couvercle n’avait
pas été retrouvé.
La cuve réassemblée
fut transportée au musée
du Caire, puis réintroduite
à sa place (mais en sens
inverse !) en 1994. Certains fragments
se trouvent encore à Berlin
ou au British Museum. Le couvercle
fut retrouvé par Otto Schaden
en 1972, enfoui sous les décombres
de la pièce. Il gisait face
contre terre et les cartouches du
roi n’y avait pas été
effacés, comme d’ailleurs
certains autres sur la cuve, certainement
parce que l’on savait que
le monument était voué
à la destruction. Le sarcophage
est en granit rouge et adopte la
forme d’une chapelle de Haute
Égypte (Per Our). Il mesure
2,96 X 1,20 m et 1,79 m de haut. La
cuve intérieure est gravée
de textes du Livre des Morts. Sur
la face extérieure de la
cuve on trouve aux quatre angles
des déesses protectrices
aux ailes déployées
: Isis, Nephtys, Neith et Serqet.
Sur les deux grands côtés
sont représentés deux
disques solaires ailés. Sur
le couvercle bombé on trouve
des prières et des hymnes.
Le destin extraordinaire du
Père Divin Ay, homme du commun
(enfin, certainement pas tout à
fait…) ayant accédé
au statut extraordinaire de Pharaon,
Dieu Vivant, s’est achevé
dans cette petite tombe à
la décoration minimaliste
et qui fut vouée à
l’exécration sans doute
très tôt après
les funérailles. Trop
lié aux rois amarniens qui
l’ont précédé,
Horemheb puis les Ramessides tentèrent
de faire oublier sa mémoire
en le privant des représentations
nécessaires à sa vie
post mortem et en l’omettant
dans les listes royales. Heureusement
ils n’y sont pas arrivés
complètement et nous disposons
toujours de cet émouvant
monument de sa gloire passée
et son nom continue à être
prononcé.
Page réalisée
par Thierry Benderitter
© Copyright OsirisNet 2006 |
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Bibliography |
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Courtier, Confidante, Counselor, King : the God's Father Ay, Amarna letters 2, KMT publication, 1992
• Clearance of the tomb of King Ay (WV 23) - a detailed account of
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• VINSON Steve : Ay, in The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, American University in Cairo Press, 2001
• DESROCHES-NOBLECOURT Christiane : Toutankhamon, Pygmalion, 1977
• DESROCHES-NOBLECOURT Christiane : CD-ROM " TOUTANKHAMON ", Syrinx • REEVES Nicholas : Toutankhamon, Belfond, 1991
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• WEEKS Kent : The treasures of Luxor and the Valley of the Kings, White Star, 2005
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