Kheperkheperoura-Ay est la 14ème pharaon de la XVIIIème dynastie, qui eut un court règne de 3 ou 4 ans (1346-1343 avant JC). Avec lui va se clore la période amarnienne durant laquelle Akhénaton et ses successeurs immédiats ont essayé -sans succès- de changer le système religieux millénaire du pays.

Une visite de la tombe du roi en réalité virtuelle 3D vous intéresse??

Pour bien comprendre cette époque trouble, je vous conseille vivement de lire l'article "Akhénaton et la religion d'Aton".  La comparaison de la tombe de Ay avec celle de son prédécesseur Toutankhamon et celle de son successeur Horemheb est également riche d'enseignements.

Le personnage AY


Mais qui était Ay ?
Une chose est certaine, il n’était pas l’héritier légitime du trône et on pourrait d’une certaine mesure considérer qu’il constitue une dynastie à lui tout seul, tout comme son successeur Horemheb.
Son origine reste obscure ainsi que ses éventuels liens familiaux avec la dynastie des Thoutmosides au pouvoir jusqu’ici. Nous n’y reviendrons pas car il n’existe aucun fait tangible.

Si son règne fut bref, la carrière militaire et politique de Ay fut par contre très longue puisqu’elle débute sous Aménophis III, couvre les règnes de Akhenaton, Smenkare (un ou plusieurs rois ou reines de ce nom) et Toutankhamon auprès desquels son influence est allée grandissante.

Son importance déjà sous Akhenaton est attestée par sa tombe en Amarna (N°25), une des premières creusée, et la seule qui nous soit parvenue à comporter le Grand Hymne à Aton.

la tombe civile de Ay (N°25) en Amarna

On y retrouve ses titres principaux"Supérieur de tous les chevaux de sa majesté", "Porte étendard à la droite du roi","scribe royal" et celui qu’il affectionne le plus : "Père Divin" (jt ntjer). Ce titre il le porte depuis Akhénaton puis sous Toutankhamon ; si sa signification exacte reste controversée, la plupart des auteurs ont suivi Otto Schaden qui propose de le traduire par "tuteur". Mais la traduction "beau père"a également été proposée. Quoi qu’il en soit, lorsque Ay fut devenu "dieu" lui même il n’aurait plus eu besoin de ce titre, mais il semble qu’à ce moment il était devenu indissociable du nom Ay lui même, au point que, contre toute tradition, il fut inclus dans un cartouche du protocole royal.
On voit ainsi que Ay occupait sous les souverains amarniens proprement dit, et surtout sous Toutankhamon, une place tout à fait exceptionnelle : vizir, général de la charrerie, probable tuteur et régent du jeune roi.

L’important pouvoir acquis par Ay était cependant partagé avec le Généralissime Horemheb, sans qu’on sache exactement la part respective de chacun, mais il semble assuré qu’ils ont tous deux joué un rôle majeur dans l’abandon de l’hérésie amarnienne et dans le retour à l’orthodoxie amonienne qui assurera des décades de paix et de prospérité à l’Égypte. On ignore quelles furent les tractations ou épreuves de force, s’il y en eut, entre les deux hommes pour la succession du jeune roi, mais Ay l’a emporté et c’est sans doute assez naturellement qu’il a succédé à Toutankhamon.

De même, le rôle du général Nakhtmin reste peu clair. Nakhtmin était général, et successeur de Houy (voir "la tombe de Houy") comme vice-roi de Koush. Il semblerait qu'il ait levé une armée dans le Sud pour tenter d'éliminer Horemheb et son armée du Nord, et qu'il ait échoué. Horemheb fera ultérieurement mutiler ses monuments. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au moment de la succession de Toutankhamon, Horemheb préfèrera soutenir le vieux courtisan Ay -sans doute à charge de revanche- plutôt que de risquer de voir s'approcher de trop près du trône ce jeune rival. La chape de plomb qui est tombée sur la mémoire de Nakhtmin ne permet pas de savoir quel fut son rôle politique réel.

Ay dans la tombe
de Toutankhamon

C’est Ay qui peut être crédité du fastueux mobilier funéraire mis à la disposition du jeune Toutankhamon mort dans sa tombe KV 62. Et c’est lui qui -fait unique dans toutes les tombes royales- sera représenté officiant comme prêtre-sem sur la momie du jeune roi dans sa tombe faisant la cérémonie d’ouverture de la bouche (rôle normalement dévolu au fils aîné du défunt qui ici est donc beaucoup plus âgé que son "père").

Malgré ses preuves de dévotion au dieu dynastique traditionnel Amon dont témoigne son œuvre architecturale ainsi que l’usurpation de la stèle dite du renouveau initialement érigée par Toutankhamon, la postérité l’englobera dans le cercle des souverains amarniens auxquels il était manifestement trop lié. Ses monuments seront usurpés et sa mémoire effacée autant que faire se pourra en l’omettant lui aussi dans les listes royales comme en Abydos par exemple, ou encore en profanant sa tombe peu après son enterrement.
C’est Horemheb qui est à l’origine de cette persécution, et on peut assez raisonnablement imaginer que les rapports entre les deux courtisans ont du être tendus, voire haineux. En fin politique, Horemheb devenu roi comprendra son intérêt et celui de l’Égypte à faire disparaître la mémoire de ce prédécesseur encombrant et honni avant de transmettre l’héritage pharaonique à une nouvelle lignée d’origine militaire comme lui : les Ramessides.
Ceux ci ne seront pas ingrats et pour l’historiographie officielle à partir de ce moment, le successeur légitime du dernier Thoutmoside reconnu, Aménophis (Amenhotep) III, sera Horemheb.

Sur le règne de Ay proprement dit il n’y a presque rien à dire car on ne dispose pratiquement d’aucun renseignement. Monté à un âge avancé sur le trône (au moins 60 ou 65 ans), sa mort fut sûrement naturelle.
Seuls subsistent les monuments qu’il a fait ériger, relativement nombreux malgré cette disparition rapide. Mais la plupart sont réduits à l’état de trace comme c’est le cas de son "temple de millions d’années" qui fut rasé jusqu’au sol par Horemheb qui édifia son propre temple par dessus. La vindicte personnelle, plus politique que religieuse, qu’Horemheb nourrissait contre son prédécesseur s’est ici aussi manifestée.

La tombe KV 23, histoire et devenir


L’histoire de la tombe KV (ou WV pour West Valley) 23 est toujours confuse quand à son attribution originelle et l’absence de dépôts de fondation ne permet pas de savoir avec certitude pour qui elle fut initialement creusée : Aménophis IV, Smenkhare, Toutankhamon ? L’hypothèse la plus communément admise est qu’elle était destinée à Toutankhamon mais que, étant loin d’être terminée au moment du décès inopiné du jeune roi, ce dernier fut placé dans une tombe non royale de la branche principale de la vallée des rois. On peut aussi penser qu’une des tombes inachevées comme WV24 ou WV 25 (vue 02 , vue 03 , vue 01, vue 04), très proches, avaient été initialement prévue pour lui.
Quoi qu’il en soit, la situation finale est celle de Toutankhamon enseveli dans la tombe KV 62 et Ay dans la KV 23. Celle ci fut la dernière tombe utilisée dans la Vallée de l’Ouest.

La tombe fut redécouverte en 1816 par Belzoni, par hasard dit ce dernier. Lepsius en a fait un premier relevé épigraphique en 1824 qui sera suivi par un second fait par Piankhoff en 1958. Une première excavation fut réalisée par Howard Carter en 1908, qui sera complétée par Otto Schaden en 1972.

Plan et caractères généraux


La tombe est située dans la Vallée de l’Ouest (vue 48, vue 49, vue 50).



, donc proche de celle d’Amenhotep III, et ce n’est certainement pas un hasard si Ay a ainsi voulu se rapprocher de son illustre prédécesseur "orthodoxe".
Elle est très proche dans l’iconographie de celle de Toutankhamon, à tel point qu’on suppose que ce sont les mêmes artisans qui ont œuvrés sous la même autorité. Les thèmes sont superposables, ainsi que le style des représentations et dans les deux cas il manque la classique frise de khakérous.

La tombe présente un plan axial droit, sans les coudes en usage pendant la phase pré amarnienne de la XVIIIème dynastie. Elle est ainsi conforme au canon des tombes royales amarniennes (toutes cependant ne le respectent pas).
Elle est inachevée, et sur les sept pièces et couloirs qu’elle comporte, seule la dernière chambre a été décorée, et encore cette décoration est elle minimaliste et presque indigente.

Dans les couloirs et salles précédant la chambre sépulcrale, il n'y a aucun décor ou texte, comme déjà chez Toutankhamon (et chez Akhénaton lui même, ce qui a peut être influencé ce choix. Voyez la tombe d'Akhénaton). Leur absence à ces endroits est donc peut être volontaire. En effet, même en supposant un décès imprévu du souverain, les murs déjà taillés et lissés auraient pu recevoir un badigeon de plâtre et une décoration peinte entre le moment du décès et celui des funérailles soit pendant 70 jours (en théorie): il n’en a rien été.
C’est à partir de la tombe suivante, celle d’Horemheb, que la décoration recommencera à devenir plus abondante et quittera la seule chambre sépulcrale.

Plus étonnante est la relative pauvreté de l’iconographie dans la chambre funéraire, bien que la facture artistique reste de qualité. De grands personnages occupent des zones entières des murs, ce qui réduit d’autant le nombre de scènes; les textes sont peu développés, provenant du Livre de l’Amdouat (ou Livre de ce qui est dans le monde souterrain) et du Livre de sortir au jour (plus connu sous le nom inapproprié de Livre des Morts).
On peut certes penser que dans cette pièce profondément située sous terre, non ventilée, les enduits et pigments devaient mettre un temps considérable à sécher, retardant d’autant la suite du travail.
La cause de ce court délai accordé aux peintres n'est cependant pas évidente, ni ici pour Ay, ni encore bien moins chez Amenhotep III où le type de représentations est superposable.
Tout se passe comme si les artistes n'avaient eu le droit de réaliser les décors dans la chambre funéraire qu'à partir du décès du souverain. Peut être craignait on que le terrible pouvoir magique des représentations ne soit prématurément libéré? Il faut  bien reconnaître que la question n'a actuellement pas de réponse.

On a de bonnes raisons de penser que Ay fut bien inhumé dans cette tombe.
En effet on a retrouvé in situ les fragments du sarcophage disloqué et son couvercle (intact) mais aussi divers objets traduisant la réalité de l’inhumation : des disques en cuivre dorés, des fragments de statue de bois, des morceaux de faïence (y compris des uraei), de la céramique et des fragments de coffres et d’autels. Par contre, pas trace de vases canopes ni même d’Oushebtis. Ceux ci ont peut être été retirés volontairement au moment de la désacralisation de la tombe.
De cette dernière témoigne le travail très minutieux de martelage ou d’excision de quasiment toutes les images et noms de Ay et de sa femme Tiy. De même on a retrouvé dispersé sur le sol de la vallée proche de la tombe des fragments de l’équipement funéraire du roi, autre signe de l’exécration à laquelle il fut voué. Plus difficiles à expliquer est la présence de fragments de feuille d’or martelées portant les noms de Ay et Toutankhamon dans le puits de la tombe KV 58.

Entrée, couloirs et corridors


La première partie de la tombe (parties A à E du plan) sont virtuellement les mêmes que celles de la tombe KV 22 d’Amenhotep III. Bien qu’elle ne soit pas achevée, KV 23 n’est donc pas "une petite chose" comme le pensait Gardiner. Toute cette partie ne comporte aucune décoration, nous l’avons déjà dit.

L’entrée dans la tombe (vue 05) se fait par un escalier de 6,12 m de long (plan A) situé à un mètre sous le niveau principal du ouadi. Une porte à redans de 2,65 m de haut amène dans le premier corridor (B du plan) de même hauteur. Celui ci mesure 11,37 m de long. Deux petites niches dans les murs latéraux étaient destinées à des poutres servant à la descente du lourd sarcophage.
A la fin de ce corridor est matérialisée une seconde porte qui amène au second escalier long de 7,95 m (plan C, vue 52). Deux récessus trapézoïdaux sont taillés horizontalement à droite et à gauche. Le plafond est irrégulier, avec une hauteur de 5,44 m. Une nouvelle porte amène au second corridor (D du plan) mesurant 13,94 m pour une hauteur de 2,64 m.
La porte suivante conduit à ce qui aurait du être la Salle du Puits (plan E) qui mesure 4,14 X 4,01 X 2,98 m. Son plancher est situé à 0,50m au dessous du couloir précédent mais à 0,80m au dessus du suivant. Cette petite pièce, non achevée, n’a cependant jamais fait l’objet même d’une ébauche de creusement vers la profondeur. Il semble cependant peu vraisemblable qu’un élément qui était devenu aussi symboliquement important dans les tombes précédentes (hors tombes amarniennes) et qui sera repris par la suite n’ait pas été envisagé. On peut supposer que le manque de temps explique son absence.
La porte qui va conduire vers la pièce suivante est moins large de 30 cms que la précédente et excentrée vers la droite. Le rétrécissement peut s’expliquer par le blocage qui devait ultérieurement la boucher, et l’excentration par un problème purement technique de couche rocheuse plus adaptée.

Nous arrivons maintenant dans la pièce qui a finalement servi de chambre funéraire au roi.

La chambre sépulcrale


(plan F)
Si les règles habituelles avaient été respectées, cette pièce aurait du représenter la première salle à piliers de la tombe. Finalement elle sera la chambre funéraire, et n’aura pas de pilier.
Son grand axe est perpendiculaire à l’axe des couloirs précédents, comme une salle à piliers l’aurait été. Ses dimensions sont de 8,89 X 6,46 X 3,92 m.
Au centre de la pièce, légèrement vers la droite, quatre petite excavations carrées dans le sol indiquent l’emplacement de blocs de pierre qui supportaient le sarcophage. Dans chacun des quatre murs était creusée une petite niche destinée à recevoir les briques magiques.
Au fond de la salle on a transformé secondairement en une annexe de 5,44 X 4,39 m la pièce qui aurait du continuer la tombe lorsqu’il fut devenu évident qu’on ne pourrait pas la finir (plan Fa).
Les quatre murs de la tombe ont été peints mais non sculptés. La couleur de fond est un jaune soutenu, sur le modèle de celui employé chez Toutankhamon mais en plus vif. La décoration commence environ 1 m au dessus du sol, avec deux larges bandes rouges et une jaune soulignées de noir qui délimitent les espaces supérieurs. On remarque par ailleurs l'absence de la frise de khakérous au sommet des parois.
Comme nous l’avons déjà signalé, les figurations de Ay et de sa femme Tiy, ainsi que leurs noms, ont été partout effacés.

Voyons la décoration mur par mur.

A- Mur Est



C’est le mur dans lequel est percée la porte d’entrée.
Nous passerons rapidement sur le court segment de paroi situé à main gauche qui ne comporte que la couleur jaune de fond (vue 45).
La partie immédiatement à main droite est détruite dans ses 2/3 inférieurs suite à l’éboulement du mur. Le reste de la paroi a subi d’importants martelages qui ont encore réduit la quantité de scènes restantes.

Ceci ne doit pas faire oublier le caractère unique des thèmes choisis : aucune autre tombe royale (du Nouvel Empire) ne comporte de scène de chasse et pêche dans les marais (vue 11). De plus le roi y est représenté avec son épouse Tiy (vue 12), un autre point tout à fait inhabituel et qui invite à s’interroger sur la filiation de cette dernière. Ces thèmes ne sont normalement présents que dans les tombes des particuliers.
Le caractère apotropaïque et symbolique de ces scènes est maintenant bien connu, et nous l’avons déjà rencontré dans de nombreuses autres tombes. Elles sont en rapport avec la renaissance, et possèdent une dimension sexuelle forte. C’est d’ailleurs pour quoi les deux seules représentations de la reine Tiy se trouvent ici, avec quelques uns de ses titres restés intacts : "la Grande Épouse Royale, son aimée, la Dame des Deux Terres [Tiy], vivante" et "l’Héritière, grande de louanges, la Dame des Deux Terres, [Tiy], vivante". On peut cependant remarquer l’attitude complètement passive de la reine aux côtés de son époux, et l’absence des enfants que l’on retrouve presque toujours dans les scènes identiques des tombes privées et qui correspond bien avec l’absence de descendance du couple.

Le marécage représente le milieu primordial aquatique et est assimilé au Noun, les eaux primordiales. Dans ce milieu qui rappelle le liquide amniotique, le défunt va devoir renaître de ses propres oeuvres, grâce au principe féminin représenté par son épouse assimilée à la déesse Hathor. Il faudra alors combattre les forces mauvaises qui risquent de faire échouer la gestation et qui sont représentées par des animaux sauvages, aquatiques comme l’hippopotame qui est une hypostase du dieu Seth, ou aériens comme les oiseaux des marais. En accomplissant le geste de harponner le pachyderme ou de lancer son boomerang de chasse sur les oiseaux, Ay contribue à domestiquer, à rendre acceptable pour l’idéal égyptien, ce milieu hostile : il accomplit la Maat et repousse l’Isfet. La scène où le roi semble arracher des papyrus est plus difficile à expliquer. Le froissement des ombelles de papyrus reproduit une sorte de bruit de crécelle qui est censé attirer la déesse Hathor, maîtresse de l’amour, hors du marécage afin qu’elle attire le défunt dans son sein. C’est ici l’explication du sistre hathorique que tiennent en main les prêtresses de la déesse et dont l’agitation produit un bruit proche. Mais ici Ay tire véritablement à deux mains sur une tige comme sur une corde, avec l'intention de l'arracher.


Ay est donc représenté successivement sur trois esquifs légers qui flottent sur une bande bleue contenant des motifs en zigzag représentant le Nil.
On a beaucoup de mal à le reconnaître tant les martelages -qui touchent également son nom et celui de la reine (vue 07)- ont été soigneux. La scène où il va frapper avec son boomerang est la mieux conservée (vue 09). Il tient déjà par les pattes dans son autre main un groupe de canards qui essaient, en vain, de s'échapper. On comprend qu’ils proviennent du fourré de papyrus situé derrière lui (vue 10) où l’artiste les a représenté en colonnes. On devine que le roi portait le klaft sur la tête, un grand collier Ouser et un pagne long en lin blanc.
Dans la scène de harponnage (vue 08), qui a disparu aujourd’hui, le roi était tourné vers l’entrée de la pièce. Outre les aspects déjà mentionnés, une autre dimension symbolique est ici présente : malheur à celui qui viendrait dans cette chambre avec l’idée d’y faire le mal ! Malheureusement pour Ay, cela n’a pas empêché le monument d’être rapidement désacralisé.

B- Mur Nord






Ne comportant aucune image du souverain, il n’a pas subi de dommage volontaire.
La plus grande partie de la paroi est occupée par des représentations évoquant la première heure du Livre de l’Amdouat, et l’ensemble de la paroi est très proche d’une de celles de la tombe de Toutankhamon.

Dans un grand rectangle occupant toute la largeur de la paroi, douze sous rectangles sont disposés avec un axe de symétrie central. Chacun d’entre eux comporte à une extrémité un babouin assis, son nom écrit devant lui (sauf un). Les noms sont curieusement presque tous dédoublés avec soit exactement la même graphie phonétique (ex : ibn), soit avec une légère différence (ex : djeheh et deheh).
Au dessus, en hiéroglyphes rouges et en écriture inversée, deux courtes introductions à la représentation : "Noms des dieux qui ouvrent (les portes) pour le (grand) Ba" et "Noms des dieux qui chantent des louanges à Ra lorsqu’il pénètre dans le monde inférieur".
Le registre situé au dessus comporte la barque du jour sur laquelle est représenté le scarabée Khepri, image du soleil levant, entouré par deux images accroupies d'hommes en adoration avec le nom "Osiris" : il s'agit de Ay osirifié.
A gauche de la barque, cinq divinités : Nehesi et Shou dans un style typiquement amarnien, puis Horus hiéracocéphale, puis Nebet-mesketet (litt : la maîtresse de la barque de la nuit) et enfin Maat.
A droite un court texte en écriture rétrograde : "Ce dieu entre sous la forme d'un bélier". Rappelons que le bélier est une des représentation possible de Ra.

C- Mur Ouest

Ce mur comporte deux parties avec l’ouverture dans son côté gauche de la porte menant vers l’annexe.

1) A droite, Ay soigneusement martelé, embrasse Osiris-Ounnefer représenté avec des chairs vert sombres et une couronne Atef à uræus (vue 24, vue 37, vue 10). Au roi il dit :"Je te donne vie, santé, stabilité, comme Ra, éternellement".

Vue 28 : mur Ouest


Puis vient une scène très intéressante car elle va faire appel au Ka du roi, comme on le retrouve chez Toutankhamon et avant lui chez Amenhotep III.



Ay est amenée vers Osiris par la déesse Hathor qui porte sur la tête le hiéroglyphe de l’Occident (vue 36) et qui tourne la tête vers lui. Elle est vêtue de la robe-fourreau moulante archaïque à bretelles qui dégage le sein. Elle est désignée comme "Hathor à la tête de Thèbes, maîtresse de l’Occident" et elle lui dit "je te donne vie et santé, et le doux souffle pour ta narine" en lui tendant vers le nez un signe de vie Ankh (vue 19, vue 18).
La représentation du Ka n’a pas été mutilée, sans doute parce qu’on a pensé qu’il représentait d’autres kas royaux avant lui ou parce que le nom utilisé dans le Serekh ne correspond pas vraiment à l’un des noms de couronnement de Ay et qu’il ne figurait donc pas sur la liste des gens chargés du travail de désacralisation.
De même taille que le roi il porte sur la tête la figuration d’un serekh qui s’inscrit dans les bras d’un signe Ka et où est inscrit un nom d’Horus : "tjehen kheperou", soit "brillant (ou irradiant) d’apparitions". Ce titre avait déjà été porté par Toutankhamon, mais pas en nom d’Horus. Dans sa main droite il tient un signe de vie Ankh, et dans la gauche un bâton.

Plus à gauche, nous retrouvons le roi et son Ka, cette fois devant la déesse, Nout, "Maîtresse du ciel" (vue 16, vue 17). Sur sa perruque, elle porte un bandeau avec l’uræus (vue 36). Dans ses deux mains étendues tournées vers le haut on trouve le hiéroglyphe de l’eau, et le geste est explicité au dessus : "faire Nyny", c’est à dire un rituel d’accueil et de purification.

Ensuite on retrouve Ay devant une autre Hathor qui porte sur sa tête ses attributs traditionnels, un disque solaire entouré d’une paire de cornes. La déesse porte une magnifique perruque tripartite, symbole sexuel par excellence dans l’Égypte Ancienne. Elle enserre également de manière plus intime que les autres déesses ce qui reste de la figuration royale (vue 34). Elle est ici désignée comme "Maîtresse d’Héliopolis". Ay portait ici la couronne blanche de Haute Égypte, c’est tout ce qu’on peut en dire.

2) Derrière cette scène, à l’extrémité gauche du mur, on trouve une autre scène très originale et même unique.

Elle se situe au dessus de la porte qui mène à l’annexe. Cette dernière a été habillée par trois fines bandes noires et blanches sur ses montants. Au dessus on trouve assis deux par deux, se faisant face, les quatre fils d’Horus, ici représentés avec des têtes humaines. Ils sont assis autour d’une table d’offrandes centrale. Tous sont figurés osiriformes, avec un suaire moulant d’où sortent les mains tenant un fouet nekhakha. Tous ont un large collier autour du cou et portent une fausse barbe droite. Douamoutef et Qebsenouef sont représentés à gauche et portent la couronne blanche de Haute Égypte (vue 31)tandis qu’Amsit et Hapy sont à droite coiffés de la couronne rouge de Basse Égypte (vue 32).

D- Mur Sud

(vue 41) Il est occupé par des représentations plus purement religieuses, notamment par des textes provenant des chapitres 141, 142 et 144 du Livre des Morts disposés en 49 colonnes et les vignettes sont des extraits du chapitre 130.

Dans le registre supérieur, deux barques sont représentées sur le hiéroglyphe signifiant le ciel, qui court d'une extrémité à l'autre de la pièce.
Dans celle de droite on trouve neuf divinités constituant l'ennéade (vue 30, vue 29). De droite à gauche on identifie Ra-Horakhty (non nommé), Atoum "Maître d’Héliopolis", puis Shou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris, Isis et enfin Horus. La légende nous apprend que ces dieux "ils vont être la protection de ce dieu bon (= Ay) pour le temps infini et le temps éternel".
Derrière cette barque se tient Nephtys, seule, représentée en taille moyenne.
Puis vient une seconde barque qui comporte à sa proue un filet surmonté de deux signes hiéroglyphiques de la flamme. On y trouve deux extrémités de mats cérémoniels portant un faucon perché (vue 27, vue 47, vue 46).

L'annexe


(vue 21) Cette fonction d’annexe fut attribuée secondairement à cette pièce, lorsqu’il fut constaté qu‘on ne pourrait pas aller plus loin, sans doute au décès de Ay. Elle mesure 5 ,44 X 4,39 X 2,12 m et a du contenir une partie du mobilier funéraire. Elle est anépigraphe.

Le sarcophage


(vue 25, vue 40, vue 08, vue 43, vue 42) Lors de la découverte de la tombe, il avait été fracassé en mille morceaux. A l’origine le couvercle n’avait pas été retrouvé. La cuve réassemblée fut transportée au musée du Caire, puis réintroduite à sa place (mais en sens inverse !) en 1994. Certains fragments se trouvent encore à Berlin ou au British Museum. Le couvercle fut retrouvé par Otto Schaden en 1972, enfoui sous les décombres de la pièce. Il gisait face contre terre et les cartouches du roi n’y avait pas été effacés, comme d’ailleurs certains autres sur la cuve, certainement parce que l’on savait que le monument était voué à la destruction.
Le sarcophage est en granit rouge et adopte la forme d’une chapelle de Haute Égypte (Per Our). Il mesure 2,96 X 1,20 m et 1,79 m de haut.
La cuve intérieure est gravée de textes du Livre des Morts. Sur la face extérieure de la cuve on trouve aux quatre angles des déesses protectrices aux ailes déployées : Isis, Nephtys, Neith et Serqet. Sur les deux grands côtés sont représentés deux disques solaires ailés.
Sur le couvercle bombé on trouve des prières et des hymnes.

Conclusion


Le destin extraordinaire du Père Divin Ay, homme du commun (enfin, certainement pas tout à fait…) ayant accédé au statut extraordinaire de Pharaon, Dieu Vivant, s’est achevé dans cette petite tombe à la décoration minimaliste et qui fut vouée à l’exécration sans doute très tôt après les funérailles.
Trop lié aux rois amarniens qui l’ont précédé, Horemheb puis les Ramessides tentèrent de faire oublier sa mémoire en le privant des représentations nécessaires à sa vie post mortem et en l’omettant dans les listes royales.
Heureusement ils n’y sont pas arrivés complètement et nous disposons toujours de cet émouvant monument de sa gloire passée et son nom continue à être prononcé.


Page réalisée par Thierry Benderitter
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Bibliography

• SCHADEN Otto J : The God's father Ay, Thesis, University of Chicago, 1966 and an expanded version for the University of Michigan, in August 1977 published by University Microfilms International, Ann Arbor, Michigan
• SCHADEN Otto J : Paintings in the tomb of king Ay (WV 23) and the Western Valley of the Kings Project, Amarna letters 4, KMT edition, 2000
• SCHADEN Otto J : Courtier, Confidante, Counselor, King : the God's Father Ay, Amarna letters 2, KMT publication, 1992
• Clearance of the tomb of King Ay (WV 23) - a detailed account of Schaden's clearance of tomb KV 23 in 1972, and published in JARCE, Volume 21, (1984), pages 39 to 64.
• PIANKOFF Alexandre : Les peintures dans la tombe du roi Ay, Mitteilungen des deutschen archäologichen Instituts, Abteilung Kairo, XVI,1958
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• DESROCHES-NOBLECOURT Christiane : Toutankhamon, Pygmalion, 1977
• DESROCHES-NOBLECOURT Christiane : CD-ROM " TOUTANKHAMON ", Syrinx
• REEVES Nicholas : Toutankhamon, Belfond, 1991 •
• WEEKS Kent : The treasures of Luxor and the Valley of the Kings, White Star, 2005