30/03/2014

Lorsque le 4 novembre 1922 Howard Carter découvre la tombe KV 62 du pharaon Toutankhamon-Nebkheperourê quasiment intacte, une page majeure de l'archéologie s'ouvre. Pour la première fois, les égyptologues et le public, fascinés, découvrent la splendeur dont s'entouraient les rois d'Égypte avec les milliers d'objets présents dans la tombe. Les magnifiques sarcophages, les trônes et masques d'or vont enflammer l'imagination de générations d'archéologues et des touristes qui se pressent de nos jours par milliers chaque année pour visiter la tombe. La moyenne du nombre de visiteurs atteignant les 2000 par jour, le Service des Antiquités a du fixer des quotas de visites pour préserver la tombe. Mais c'est insuffisant, et depuis 2010, la tombe est fermée : d'une part, un ambitieux programme de restauration a commencé, pour une durée annoncée de cinq ans, d'autre part, une réplique du monument est en cours d'élaboration, laissant penser que, comme pour Lascaux, c'est elle que les visiteurs verront à l'avenir.
Les circonstances de la découverte ayant été amplement détaillées par Carter, nous n'y reviendrons pas et renvoyons à ses ouvrages.

Un leitmotiv assez récurrent est de regretter le fait que seule la tombe d'un "petit" pharaon ait été retrouvée intacte, et d'imaginer ce qu'aurait pu être la sépulture d'un pharaon prestigieux au long règne. Il serait peut-être plus sage de se dire que cette tombe date de la XVIIIème Dynastie, une des plus illustres et des plus riches de l'histoire égyptienne, où l'art atteint des sommets, qu'elle concerne un roi situé à une période charnière de l'histoire qu'elle contribue à éclairer et enfin qu'il n'est pas évident que le matériel funéraire découvert ait été tellement moins abondant que pour un autre pharaon au règne plus long et à la tombe plus vaste.

LE ROI TOUT-ANKH-AMON

Toutankhamon (1335 - 1327 av. J.-C.) est le fils du pharaon "hérétique" Akhenaton (et non celui d'Amenhotep III).
Son origine maternelle, comme ses conditions d'accession au trône restent discutées. L'étude de l'ADN de certains membres de la famille royale de la période amarnienne montrent qu'il n'est ni le fils de Nefertiti, ni celui de la dame Kiya (les deux épouse d'Akhénaton habituellement citées), mais d'une fille d'Amenhotep III et d'Akhénaton. Il est donc le fruit d'un inceste, ce qui explique bien sa nature débililitée (cf infra).
Sa légitimité n'est pas douteuse, et il monte sur le trône sous le nom de Toutankhaton "l'image vivante d'Aton", puis on lui fait renoncer, en l'an 2 de son règne à l'hérésie amarnienne et rétablir le culte d'Amon, comme il le décrit sur la stèle dite "de la restauration" dans le temple de Karnak. Son nom est alors transformé en Toutankhamon "l'image vivante d'Amon" et la cour revient à Thèbes, abandonnant l'éphémère capitale de son père, Akhetaton (voir la titulature de TTA sur le site Rennes Égyptologie).
Mais il s'agit d'un enfant, qui ne saurait gouverner l'Égypte, et il semble que deux de ses soeurs, notamment Merytaton, aient intrigué pour l'écarter -temporairement- du pouvoir, apparemment sans résultat.
La gouvernance du pays est confiée à trois personnages principaux : le "père divin" (épithète dont la signification précise nous échappe encore) Aÿ qui joue le rôle central de régent, Maya qui a en charge le trésor, et le général Horemheb à la tête de l'armée. Sous cette compétente direction, l'Égypte restaure sa puissance intérieure et extérieure, comme en témoigne la magnifique tombe que le général Horemheb se fait construire à Saqqara (voir la tombe du généralissime Horemheb).

Toutankhamon meurt jeune, à environ 19 ans, sans avoir engendré de prince héritier.
Les circonstances de sa mort brutale restent toujours incertaines, même si le débat a rebondit en 2005 et en 2010. En mars 2005, un scanner de la momie du roi permet d'écarter l'hypothèse du meurtre par instrument contondant : le crâne ne montre pas de trace de coup comme on a pu le dire antérieurement. Par contre, il existe une fracture de jambe qui, si elle s'est ouverte, peut-être cause du décès par infection (scanner).
En 2010, une étude de génétique comparative très importante parait dans le Journal of the American Mecical Association : "Ancestry and Pathology in King Tutankhamun's Family".


Abstract du JAMA 303(7):638-647, 2010

(voir arbre généalogique ) Les empreintes digitales génétiques ont permis de construire un pédigrée basé sur 5 générations dans la lignée hiérarchique directe de Toutankhamon. La momie KV55 et la momie KV35YL ont été identifiées comme étant les parents de Toutankhamon (ce seraient Akhenaton et une de ses soeur biologique père : Amenhotep III ; mère ?), donc ni Nefertiti, ni Kiya). Aucun signe de gynecomastie, de craniosynostoses (p.ex. syndrome d’Antley-Bixler) ou de syndrome de Marfan n’ont été découverts, mais une accumulation de malformations présentes dans la famille de Toutankhamon est évidente. Plusieurs pathologies incluant la maladie de Köhler II3 ont été diagnostiquées chez Toutankhamon. Aucune de ces pathologies prises séparément n’a pu entraîner la mort. Des tests génétiques pour des gènes STEVOR, AMA1 ou MSP1, spécifiques du Plasmodium falciparum ont révélé un signal de "malaria tropica4" dans quatre momies y compris celle de Toutankhamon. Ces résultats suggèrent une "nécrose avasculaire de l’os en conjonction avec une infection palustre" comme la cause la plus probable de la mort de Toutankhamon.
L'existence de problèmes de marche semble confirmée par la découverte dans la tombe de Toutankhamon de 130 cannes de marche. Par ailleurs on a également trouvé plusieurs produits pharmaceutiques destinés à sa vie dans l’Au-delà attestant très certainement de son état de santé précaire.

Son successeur déjà âgé au moment où il monte sur le trône est le "père divin" Aÿ (voir la tombe de Aÿ). C'est lui qui organise ses funérailles dans la Vallée des rois, conformément à la tradition, et fait tout à fait unique, son nom figure dans la tombe de son successeur. C'était déjà un vieil homme lorsqu'il accède au trône, et après un bref règne de seulement quatre ans, il meurt à son tour. Son successeur, le chef de l'armée, le général Horemheb, n'avait, tout comme lui, aucun droit légitime au trône. Ce n'est qu'avec ce dernier que l'épisode amarnien est considéré comme clos, et ses années de règne seront comptées à partir du dernier pharaon "légitime", Amenhotep III.
Les générations suivantes, et surtout les Ramessides, s'efforceront ensuite d'effacer toute trace de cette période en gommant des listes officielles tous les rois entre Amenhotep III et Horemheb.

LA TOMBE KV 62

Ce n'est certes pas pour sa taille ou pour la richesse de sa décoration que la tombe est célèbre.
On a souvent souligné, à juste titre, la petite taille de la tombe : c'est en effet la plus petite des tombes royales de la Vallée des Rois, dont elle ne suit pas le plan général. On pense qu'à l'origine elle était destinée à un personnage non royal de haut rang, peut-être Aÿ, et qu'elle a été décorée à la hâte au moment du décès inattendu du roi.
La tombe prévue pour Toutankhamon était probablement celle qui sera finalement utilisée (encore inachevée) pour l'enterrement de Aÿ, la tombe KV 23, située dans la vallée de l'est, à côté de celle d'Amenhotep III. Ce choix singulier n'est surement pas le fruit du hasard : que ce soit Toutankhamon ou Aÿ, l'un et l'autre avaient à coeur de se légitimer en se rapprochant de la tombe du dernier souverain précédant la période "hérétique".

Quoique très petite et d'architecture très différent des autres tombes royales, on estima que KV62 réunissait les critères canoniques suffisants pour permettre un ensevelissement rituel du roi, avec notamment un retour à une rupture d'axe, alors que la tombe d'Akhenaton en Amarna comporte un axe unique, afin que rien n'entrave la lumière solaire.

II s'agit d'une syringe (tombe rupestre) dont l'entrée est taillée directement dans le calcaire du ouadi principal de la vallée.
Un escalier de 16 marches mène à un court corridor de 7,60m orienté à l'est, qui donne directement sur l'antichambre. Les six marches les plus basses furent rasées lorsqu'il fallut faire passer du mobilier funéraire de grande taille dans la tombe. Elles furent ultérieurement reconstruites en pierre et mortier pour restituer l'original.
Les parois du corridor sont correctement lissées mais aucun enduit n'a été appliqué ; son extrémité est obturée par une maçonnerie plâtrée derrière laquelle se trouve l'antichambre et son très important mobilier.

Toutes les précautions avaient dû être prises pour sécuriser la sépulture. Cela n'a pas empêché la tombe de Toutankhamon de recevoir au moins deux fois la visite de pillards, très peu de temps après l'enterrement. Mais la nécropole thébaine était encore bien gardée, et aucune autre intrusion n'eut lieu. Rien ne se passe jusqu'au creusement en surplomb de la tombe de Ramses VI à la XXème Dynastie. Il se produit alors un éboulement qui dissimule miraculeusement l'entrée de la tombe du roi. Au bout de quelques temps, les ouvriers y dressent leurs cabanes de travail. La tombe est alors oubliée, la préservant ainsi des pillages massifs de la fin de la XXIème Dynastie, et ce jusqu'à sa redécouverte en 1922.

ANTICHAMBRE ET ANNEXE

L'antichambre a été ainsi nommée par Carter, cette pièce rectangulaire est disposée perpendiculairement, avec une orientation sud-nord. Les murs sont plâtrés, mais il n'y a aucune décoration.
Sur le mur ouest, à gauche, s'ouvre une pièce baptisée annexe dont le plancher est situé 1m sous le niveau de l'antichambre. Elle n'est pas décorée non plus.
Ces deux pièces furent découvertes remplies de matériel funéraire, essentiellement au nom du jeune roi, mais pas exclusivement, car de nombreuses pièces qui avaient été confectionnées pour un pharaon féminin. Leur ordonnancement avait cependant été complètement bouleversé par les pilleurs. Les inspecteurs qui sont intervenus après le pillage ont remis un semblant d'ordre, mais sans manifestement prendre leur travail à coeur, empilant les objets dans les coffrets sans ordre et repoussant sans ménagement les objets longs contre les murs. Carter se demandait même pourquoi ils avaient pris cette peine pour un tel résultat.

Le mur nord de cette pièce comporte une ouverture vers la chambre funéraire. Elle était initialement fermée et plâtrée, avec d'innombrables sceaux de la nécropole apposés sur le plâtre. Elle aussi avait été percée par les pilleurs puis restaurée après le passage des inspecteurs. De chaque côté de l'ouverture, en défendant l'entrée comme l'aurait fait Anubis, se dressait les deux célèbres statues en bois noirci du roi (vue unidia_35477).

LA CHAMBRE SÉPULCRALE

C'est la seule pièce décorée de la tombe. Au moment de la découverte, la pièce était entièrement occupée par les grandes chapelles en bois entourant le sarcophage royal (5 x 3,30 x 2,73 m), ne laissant qu'un très petit espace libre avec les murs (0,75m). Sur le sol de cet espace étaient disposés des objets à valeur magique, et notamment onze avirons de gouverne.

Cette chambre est en contrebas par rapport à l'antichambre, et il est vraisemblable que la pièce d'origine a été élargie pour contenir les grandes chapelles dorées. On reproduisait ainsi un semblant de tombe classique où existe une salle hypostyle surélevée par rapport à la chambre sépulcrale.

Les quatre murs de la pièce ont été revêtus de plâtre puis décorés. Le plafond est resté tel quel. Toutes les parois sont surmontées du signe du ciel "Pet", soutenu par des piliers à ses deux extrémités est et sud

Les thèmes décoratifs sont simples, peu nombreux, et l'on sent bien la hâte qui a du présider à la finition du travail. Celui-ci a dû être rendu considérablement plus difficile par le peu d'espace dont disposaient les peintres. En effet, on est sûr que le plâtre et le décor n'ont été appliqués qu'après la mise en place des chapelles. On peut imaginer les conditions de travail, dans cet espace confiné.
Ceci explique les innombrables taches marron qui mutilent plus ou moins les représentations et qui choquent immédiatement le visiteur. Carter pensait des champignons avaient été introduits par le plâtre ou la peinture, puis que l'humidité due à l'évaporation du plâtre avait permis leur croissance.
Une étude menée en 2011 montre que la couleur brune est due à des amas de pigment mélanique produit par le métabolisme d'un champignon, mais peut-être aussi d'une bactérie. Aucun agent infectieux précis n'a cependant été retrouvé, et les recherches ADN ont été négatives. Quoi qu'il en soit, ces résultats confirment le fait que la chambre funéraire a été décorée à la hâte, et scellée alors que la couche picturale était encore humide. Lorsqu'elle a été complètement sèche, les microorganismes ont disparu et les taches se sont stabilisées. Les conservateurs considèrent qu'elles font donc partie de l'histoire de la tombe, et n'envisagent pas de les effacer.

Les personnages sont peints à grande échelle, ce qui réduit beaucoup le nombre de scènes, qui se résument à la représentation du roi en compagnie de divinités et à des vignettes du Livre de l'Amdouat (= le monde souterrain), le tout sur un fond jaune-ocre censé imiter la couleur de l'or (la salle du sarcophage était d'ailleurs appelée "Salle de l'Or").
Dans chacun des quatre murs, sous le plâtre, une petite niche a été creusée pour y placer des figurines protectrices (niches des murs ouest et sud : vue unidia_35406_03 ; exemple d'une figurine : vue Carter, Anubis entouré de tissu).

Le trait des peintres est hâtif mais précis. Les proportions des personnages nous apparaissent par contre exagérément modifiées, peut-être un reste du style amarnien chez ces artisans qui avaient probablement travaillé auparavant pour Akhenaton.
Ces motifs rappellent un peu ceux utilisés dans les tombes des deux derniers prédécesseurs "légitimes" du roi : son grand-père Amenhotep III et son arrière-grand-père Thoutmosis IV. Si chez ce dernier le fond des murs est jaune d'or, comme ici, il est par contre bleu-gris chez Amenhotep III.

Mur nord

C'est celui que l'on a en face de soi en regardant la chambre funéraire depuis l'antichambre.
Trois scènes se suivent de droite à gauche :

Première scène

Il s'agit d'une représentation unique dans les tombes royales : le nouveau pharaon Aÿ, expressément nommé, pratique la cérémonie d'ouverture de la bouche sur son "père" Toutankhamon pourtant bien plus jeune que lui (vue unidia_35415). Le nouveau roi est représenté canoniquement juvénile, de taille un peu inférieure à Toutankhamon. Il est revêtu de la peau de panthère du prêtre-sem et coiffé de la couronne bleue (le Khepresh) avec l'uraeus et porte au pied des sandales blanches. Il joue donc ici le rôle habituellement réservé à l'aîné des fils du roi défunt qui, en accomplissant les rites, affirme sa légitimité. Il s'agit clairement ici pour le vieux courtisan d'asseoir son droit -très contestable- au trône.
Le texte dit: "le dieu parfait, maître du Double-Pays, maître des rites, (le) roi de Haute et Basse Égypte Kheperkheperoura, (le) fils de Rê, le Père-divin, Aÿ, vivant pour le temps infini et le temps éternel, comme Rê".

Toutankhamon est représenté en Osiris (vue unidia_35414). Il est coiffé de la couronne Atef doublée de l'uraeus et porte en main le fouet nekhakha et le flabellum, insignes de son pouvoir. Sa grande barbe à bout recourbé indique son statut de mort glorifié. Il porte autour du cou un large collier Ousekh sur lequel se détache un scarabée Kheper qui pousse le disque solaire devant lui, signe de renaissance.

Entre les deux, le coffret contenant les objets nécessaires à la cérémonie, représentés au-dessus, pour qu'on les distingue mieux. Les petits vases contiennent des boulettes d'encens. Le texte dit : "le dieu parfait, maître du Double-Pays, seigneur des apparitions, (le) roi de Haute et Basse Égypte, Nebkheperourê, (le) fils de Ra Toutankhamon, maître de l'Héliopolis du sud (= Thèbes), doté de vie, éternellement".

Seconde scène

Le "maître du Double-Pays Nebkheperourê, doté de vie éternellement et à jamais" est représenté en costume des vivants, dans un style encore typiquement amarnien, avec un ventre saillant, un long cou. Il est vêtu d'un pagne qui remonte haut sur les reins. Au niveau du thorax s'étale un large collier ousekh. Il porte une perruque courte sur laquelle est posé un cercle d'or terminé par un uraeus. D'une main, il tient une canne droite à bout doré et dans l'autre une massue ainsi que le signe de vie ankh.
Devant lui se tient la déesse Nout qui l'accueille en lui présentant dans chaque main le hiéroglyphe de l'eau (Gardiner N35) : elle fait le geste "nyny". Nout est vêtue d'une robe à bretelles moulante et porte autour de la taille une large écharpe de lin rouge plisée, dont les pans descendent jusqu'aux mollets. Elle aussi arbore des bijoux, collier ousekh et bracelets, tandis que sa perruque est maintenue par un ruban blanc de deuil. Cette scène d'accueil est éclairée par le texte : "Nout, maîtresse du ciel, dame des dieux, elle fait nyny (pour) celui qu'elle a enfanté, elle donne santé et vie à ta narine, qui est vivant éternellement".

Troisième scène (vue unidia_35409)


Elle met en scène trois personnages :
 Le ka personnifié du roi
La notion de ka est très complexe et largement débattue. L'homme nait avec son ka (qu'on appelle parfois son double), qui constitue son énergie vitale. Mais, après la mort, il rejoint aussi son ka (mourir se dit d'ailleurs "passer à son ka"), dont la fonction est différente.
Le personnage-ka est coiffé d'une perruque tripartite surmontée par le hiéroglyphe ka (Gardiner D28) entourant deux signes qui se lisent "taureau puissant", une épithète royale habituelle. Il porte la longue barbe recourbée des dieux dans l'au-delà. D'une main il tient le signe de vie, et de l'autre il enserre le jeune roi qui se tient devant lui. Une image superposable se trouve dans la tombe du successeur de Toutankhamon, Aÿ (vue tb_35).
Un court texte le définit comme "le ka royal de celui qui est à la tête du vestiaire (du palais royal)".
•  Le roi
Il est représenté en costume des vivants, coiffé du némes, mais ne porte pas encore la barbe recourbée des dieux. Il embrasse "Osiris, maître de l'Occident, le grand dieu", qui l'accueille, comme le montrent les deux mains sortant du suaire. On remarquera que les deux bras du roi forment une figurine proche du hiéroglyphe ka.
•  Osiris
Il est coiffé de la couronne Atef ; ses chairs sont vertes comme le cadavre en putréfaction, mais aussi comme la végétation qui renaît après l'inondation. Ses deux mains sortent de don linceul moulant et se tendent vers le jeune roi.

Mur sud

Les représentations sont ici basée sur une grille à 18 cases, et non sur la grille amarnienne à 20 cases, qui a servi pour le reste de la pièce ; il est donc possible qu'elles soient d'une main différente.

•  Hathor
Le premier personnage, à droite, est la déesse "Hathor, maîtresse du ciel, qui est à la tête de la nécropole occidentale". Elle est vêtue comme sur le mur nord. Sur la tête, elle porte le hiéroglyphe de l'Ouest (ce qui lui permet de fusionner avec la déesse de l'Ouest). Elle tient un signe ankh dans chaque main, et tend l'un d'eux vers la narine du roi (vue unidia_35405).
•  Le roi
Cette fois, Toutankhamon est coiffé du khat, cette pièce de tissu en vogue à l'époque amarnienne. Il est dans une attitude passive, bras le long du corps, face à la déesse. Sur son pagne blanc, il porte une pièce de tissu noir qui remonte sur les reins et se combine sur le devant à une ceinture rouge gaufrée et un devanteau multicolore. Ses poignets sont enserrés dans deux larges bracelets noirs cerclés d'or.
 Anubis
Le dieu à tête de canidé, représenté lui aussi dans le style amarnien, tient d'une main un signe de vie, tandis que l'autre repose sur l"épaule du jeune roi, en un signe de protection et d'introduction. Il est désigné comme "Anubis à la tête de l'Occident, le grand dieu qui est dans la place d'embaumement, maître du ciel".

La zone située derrière Anubis a été détruite par Carter lors du vidage de la salle, et Isis ainsi que les trois dieux ne sont plus dans la tombe. Carter a préalablement retiré et sécurisé le fragment, qui devrait se trouver dans un magasin du Service des Antiquités, quelque part à Louxor.
Pour la réplique de la tombe, qui devrait remplacer à terme la visite du vrai monument, Factum Arte a créé un fac-similé à partir d'une photo en noir et blanc de Harry Burton (vue de gauche provenant de The art Newspaper) et il existe un dessin.
 Derrière Anubis se tient Isis
La déesse est vêtue comme Nout et, tout comme elle, fait le geste nyny, accompagnée de ce texte : "la maîtresse du ciel, qui accueille celui qu'elle a mis au monde ; puisse t-elle donner toute santé, toute vie [...] à ta narine, pour l'éternité".
•  Trois dieux superposés terminent la paroi
Ils sont accroupis et tous désignés comme "grand dieu maître de la Douât", ce qui ne nous éclaire aucunement quand à leur nature et fonction... ils sont peut-être un raccourci symbolisant l'ensemble des divinités qui peuplent le monde inférieur (rappellons que le chiffre trois évoque la pluralité).

Mur ouest (reconstitution)

C'est la paroi principale de cette chambre funéraire, qui porte des représentations et des textes très courts extraits de la première heure du Livre de l'Amdouat (= le livre de ce qu'il y a dans l'au-delà). Cette heure se situe au moment où le soleil n'est plus visible, mais où ses derniers rayons éclairent encore la terre : pour les Égyptiens, c'était l'antichambre du voyage souterrain de l'astre.
Le livre de l'Amdouat est une des compositions funéraires imaginées au Nouvel Empire par les théologiens pour décrire le parcours nocturne du soleil pendant les douze heures de la nuit, sa régénération et sa renaissance au matin, destin que le défunt souhaite partager. La composition est réservée pendant longtemps au seul usage royal (et certaines parties le demeureront), mais une partie de la composition, ainsi que des abrégés, seront transcris sur papyrus, à l'usage des particuliers.

Registre supérieur

•  Dans le rectangle de droite se trouvent cinq divinités debout (vue unidia_35406_01) : " la déesse Maât", "la Maîtresse de la barque", "Horus", "le Ka de Shou" et "Nehes". Ce sont celles qui ont été choisies par les théologiens parmi les centaines qui peuplent le monde souterrain. Elles accueillent le défunt dans le monde inférieur.

•  Au-dessus, se trouve un court texte en hiéroglyphes rouges, écrit sans ordre comme c'est beaucoup d'autres dans le Livre de l'Amdouat, il pouvait être cependant compris par le défunt initié : "Les deux Maât qui halent ce dieu dans la Mesketet qui navigue avec les membres de l'assemblée de cette ville". La barque Mesketet est la barque empruntée par l'astre solaire pour son périple nocturne dans l'au-delà ; après sa renaissance, à l'aube, il la quitte pour embarquer sur la barque Mandjet pour son périple diurne. La barque est tirée par les deux Maat, un des nombreux exemples de la dualité omniprésente dans la pensée égyptienne : les deux Maat ce sont les Deux Terres, la Haute et la Basse Égypte, la rive droite et la rive gauche, la double salle du tribunal, etc.).

•  Le tableau de gauche se trouve canoniquement au registre médian inférieur de la première heure. On y voit la barque solaire portant l'astre en devenir sous forme du scarabée Khépri, encadré par deux hommes en adoration, dont la nature divine est attestée par leurs barbes courbes, et nommés chacun "Osiris" ; ils représentent Toutankhamon osirifié (vue unidia_35406_02 et reconstitution).
La ligne de hiéroglyphes qui surplombe la scène continue l'inscription de droite (dans le désordre encore une fois) : "parmi lesquels ce dieu entre sous forme de bélier". Le bélier (Gardiner E10) est un des hiéroglyphes servant à écrire le mot "ba", et c'est sous forme de ba que l'astre traverse le monde souterrain ; dans les textes, il est invariablement désigné comme "la Chair". La fusion entre Osiris et Rê dans le monde souterrain a été résumée par les théologiens, aussi bien dans les tombes royales (chez la reine Nefertari, Grande Épouse Royale de Ramsés II par exemple), ou chez un humble artisan comme Nakhtamon (TT335 à Deir el Medineh) : Osiris, c'est le ba de Rê, et Rê est le ba d'Osiris.

Registre inférieur

Il est divisé en douze rectangles accueillant chacun douze babouins identiques, symbolisant les douze heures de la nuit (vue unidia_35408), un rôle habituellement dévolu à douze déesses. Tous sont nommés, avec des épithètes parfois en rapport avec la musique où la danse. Dans les versions "canoniques" sur papyrus de l'Amdouat, ces babouins ne sont qu'au nombre de neuf. Ils accueillent la barque solaire au début de son voyage nocturne. Rappelons que ces animaux sont également en rapport avec le soleil levant qu'ils saluent par des cris bruyants.

Mur est

Il montre, dans son registre supérieur qui est le seul décoré, un épisode des funérailles, scène qu'on ne trouve en principe que dans les tombes privées. La momie du roi repose sous un catafalque orné de guirlandes, posé sur une barque funéraire ; cette dernière repose sur un traîneau tiré par de hauts dignitaires.

Les douze hommes, dont aucun n'est nommé, sont chaussés de sandales blanches et se répartissent en cinq groupes (vue unidia_35416). Tous, sauf deux, présentent un aspect identique : vêtus d'une tunique blanche à manches bouffantes, leurs perruques sont entourées du bandeau blanc de deuil, dont les pans pendent dans le dos.
Les deux personnages au crâne rasé sont certainement les deux vizirs de Haute et Basse Égypte (peut être Pentou et Ousermontou) car ils portent la tunique a bretelles caractéristique de cette fonction (vue unidia_35416_02).
Le dernier personnage, seul et le plus près de la momie est peut-être le général Horemheb, ou le chancelier Maya, qui sont les plus hauts dignitaires après Aÿ.
Au-dessus de cette procession, on lit : "Paroles dites par les amis, les grands de la maisonroyale, qui sont en train de haler l'osiris roi, le maître des Deux Terres, Nebkheperourê, jusqu'à l'Occident. Ils disent : Ô Nebkheperourê, bienvenue, Ô (toi), le dieu protecteur de la terre".

La haute barque-catafalque est décorée à son sommet d'une double frise de cobras protecteurs ( la superposition est un artifice, il existe en fait deux chapelles emboitées l'une dans l'autre). La momie du roi défunt est représentée allongée sur un lit à peine esquissé, avec un scarabée Khepri ailé bien mis en évidence. Il est désigné comme "le dieu parfait, maître du Double-Pays, Nebkheperourê, vivant éternellement et à jamais".
Derrière la momie se trouve une petite représentation d'Isis, près des deux rames gouvernails, tandis qu'au niveau de la tête se tient sa soeur Nephthys, également en adoration, les bras levés. Devant cette dernière, on trouve la représentation du roi en sphinx, debout sur l'extrémité supérieure d'une hampe (vue unidia_35417_01). Un oeil oudjat est peint sur la proue de la barque.

Le sarcophage

Lors de l'ouverture de la pièce, celle-ci comportait quatre chapelles en bois doré (vue unidia_35427), entourant le sarcophage central en quartzite rouge. Ce dernier est protégé par quatre déesses figurées en relief aux quatre angles : Isis, Nephtys, Selqet et Neith, qui étendent leurs ailes protectrices sur ses quatre côtés.
La momie du roi était placée dans trois cercueils, le plus interne étant le plus célèbre car composé avec 110,4 Kg d'or pur. La momie elle-même était revêtue du célèbre masque d'or.

LE "TRÉSOR"

L'extrémité nord du mur Est est percée d'une ouverture qui donne sur une petite pièce orientée sud-nord, mesurant 4,75 x 3,80m, aux murs anépigraphes. Elle fut surnommée le Trésor par Carter car lors de la découverte, les objets les plus importants de la tombe s'y trouvaient. Le sol était jonché de boites de toutes sortes surmontées de modèles de bateaux, le tout dominé par une image d'Anubis allongé sur une chapelle portable, suivi de la célèbre tête d'Hathor en bois doré, derrière laquelle se trouvait la chapelle contenant les vases canopes protégés par les quatre déesses, Isis, Nephtys, Selqit et Neith. Cette pièce avait également reçu la visite des pilleurs mais elle avait été beaucoup mieux remise en ordre par les inspecteurs que l'antichambre et l'annexe.

LES OBJETS DE LA TOMBE

Il n'est pas question dans cette page, dévolue à la description de la tombe, d'évoquer en détail les multiples objets qu'elle renfermait.
Une liste exhaustive, avec photos d'époque, et l'intégralité des rapports de fouille se trouvent sur le site de l'Ashmolean Museum, sous la rubrique Tutankhamun : Anatomy of an Excavation.

DEVENIR DE LA TOMBE

Le monument va être fermé pour cinq ans à partir de 2010 en raison de sa restauration qui va être entreprise par le Getty Insitute de Los Angeles (qui avait déjà restauré la tombe de la reine Nefertari). Il s'agira tout d'abord pour les conservateurs de faire un état des lieux. Cette phase est prévue pour durer deux ans. Puis débutera la conservation proprement dite, ainsi que la mise en place d'un plan pour le maintien à long terme des conditions optimales à la préservation de la tombe. On ignore encore si la tombe ouvrira de nouveau au public un jour ou sera remplacée par le fac-similé de Factum Arte dans la Vallée des Rois.
En effet, après un minutieux travail de scannage in situ en 2009, la reconstitution de la tombe s'est achevée en 2012 ; elle n'a pas été facile si on en croit les déboires rapportés sur le site de Factum arte, mais le résultat semble tout à fait satisfaisant. Il faudra bien sûr voir cela une fois en place. L'évolution du travail est racontée grâce à des dizaines de photographies, c'est très intéressant, tout comme la video ci-dessous. En mars 2014, la maquette est en cours de montage à Louxor, près de la maison de Howard Carter (voir NBC news)
Devraient suivre la tombe de la reine Nefertari et celle du pharaon Sethy I.



Bibliographie (très sommaire, centrée sur la tombe)
  • CARTER Howard : La tombe de Toutankhamon, Pygmalion, 1978
  • JAMES T.G.H. : Toutankhamon, Gründ, 2000
  • DESROCHES-NOBLECOURT Christiane. : Toutankhamon, Pygmalion, 1977
  • FACTUM ARTE : Recording the tomb of Tutankhamun, vimeo
  • SADEK Abdel-Aziz Fahmy : Contribution à l'étude de l'Amdouat, Orbis Biblicus et orientalis 65, 1985
  • HAWASS Zahi & al : Ancestry and Pathology in King Tutankhamun's Family, JAMA, 303(7):638-647, 2010 / Abstract
  • SCHULER François : Le livre de l'Amdouat, José Corti, 2005
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Page réalisée par Thierry Benderitter
Texte par Thierry Benderitter
Photographies par unidia-Bruno Sandkühler, Howard Carter/Harry Burton,
John Bodsworth
© Copyright OsirisNet 2012