Lorsque le 4 novembre 1922 Howard Carter découvre quasiment intacte la tombe KV 62 du roi de Haute et Basse Égypte Nebkheperourê, le fils de Rê Toutankhamon, une page majeure de l'histoire de l'archéologie s'ouvre. Pour la première fois, les égyptologues et le public, fascinés, découvrent la splendeur dont s'entouraient les rois d'Égypte avec les milliers d'objets présents dans la tombe. Les magnifiques sarcophages, les trônes et masques d'or vont enflammer l'imagination de générations d'archéologues et de touristes.

Les circonstances de la découverte ayant été amplement détaillées par Carter, nous n'y reviendrons pas et renvoyons à ses ouvrages.
Un leitmotiv assez récurrent est de regretter le fait que seule la tombe d'un "petit" pharaon ait été retrouvée intacte, et d'imaginer ce qu'aurait pu être la sépulture d'un pharaon prestigieux au long règne. Il serait peut-être plus sage de se réjouir qu'il s'agisse d'une tombe de la riche et illustre XVIIIe Dynastie, qu'elle concerne un roi situé à une période charnière de l'histoire qu'elle contribue à éclairer et enfin qu'il n'est pas certain que le matériel funéraire découvert ait été tellement moins abondant que pour un autre pharaon au règne plus long et à la tombe plus vaste.

LE ROI TOUT-ANKH-AMON

Toutankhamon (± 1335-1327 av. J.-C.) est le fils du pharaon "hérétique" .
L'identité de sa mère et ses conditions d'accession au trône restent discutées, car la succession d'Akhenaton reste confuse. L'étude de l'ADN de certains membres de la famille royale de la période amarnienne montrerait (il faut rester prudent) qu'il n'est ni le fils de Nefertiti, ni celui de la dame Kiya (les deux épouses d'Akhénaton habituellement citées), mais celui d'une fille d'Amenhotep III et d'Akhénaton. Il serait donc le fruit d'un inceste, ce qui expliquerait bien sa nature débililitée (cf infra).
Sa légitimité n'est pas douteuse, et il monte sur le trône sous le nom de Toutankhaton "l'image vivante d'Aton", puis on lui fait renoncer, en l'an 2 de son règne à l'hérésie amarnienne et rétablir le culte d'Amon, comme il le décrit sur la dans le temple de Karnak. Son nom est alors transformé en Toutankhamon "l'image vivante d'Amon" et la cour revient à Thèbes, abandonnant l'éphémère capitale de son père, Akhetaton (voir la titulature de TTA sur le site ).
Mais il s'agit d'un enfant, qui ne saurait gouverner l'Égypte, et il semble que deux de ses soeurs, notamment Merytaton, aient intrigué pour l'écarter -temporairement- du pouvoir, apparemment sans résultat.
La gouvernance du pays est confiée à trois personnages principaux : le "père divin" (épithète dont la signification précise nous échappe encore) Ay qui joue le rôle central de régent, Maya qui a en charge le trésor, et le général Horemheb à la tête de l'armée. Sous cette compétente direction, l'Égypte restaure sa puissance intérieure et extérieure, comme en témoigne la magnifique tombe que le général Horemheb se fait construire à Saqqara (voir ).

Toutankhamon meurt jeune, à environ 19 ans, sans avoir engendré de prince héritier.
Les circonstances de sa mort inopinée restent toujours incertaines, même si le débat a rebondi en 2005 et en 2010. En mars 2005, un scanner de la momie du roi permet d'écarter l'hypothèse du meurtre par instrument contondant : le crâne ne montre pas de trace de coup comme on a pu le dire antérieurement. Par contre, il existe une fracture de jambe qui, si elle s'est ouverte, peut-être cause du décès par infection ().
En 2010, une très importante étude de génétique comparative parait dans le Journal of the American Mecical Association : "Ancestry and Pathology in King Tutankhamun's Family".

Son successeur déjà âgé au moment où il monte sur le trône est le "père divin" Ay (voir ). C'est lui qui organise ses funérailles dans la Vallée des rois, conformément à la tradition, et - cas tout à fait unique - son nom figure dans la tombe de son successeur. C'était déjà un vieil homme lorsqu'il accède au trône, et après un bref règne de seulement quatre ans, il meurt à son tour. Son successeur, le chef de l'armée, le général Horemheb, n'avait, tout comme lui, aucun droit légitime au trône.
Avec l'avènement d'Horemheb, les Égyptiens ont considéré que l'épisode amarnien était clos. Les ramessides s'efforceront ensuite d'effacer toute trace de cette période en gommant des listes officielles tous les rois de la période et les années de règne d'Horemheb seront comptabilisées comme s'il était le successeur du dernier pharaon "légitime", Amenhotep III.

LA TOMBE KV 62

Ce n'est certes pas pour sa taille ou pour la richesse de sa décoration que la tombe est célèbre.
On a souvent souligné, à juste titre, son exiguïté : c'est en effet la plus petite des tombes royales de la Vallée des Rois. Son plan est atypique et il lui manque en particulier deux éléments qui en auraient fait indubitablement une tombe royale : le puits et les corridors. Selon l'hypothèse la plus courante, la sépulture était destinée à un personnage non royal, peut-être Ay, et elle aurait été décorée à la hâte au moment du décès inattendu du roi. Pour Nicholas Reeves (cf infra) la tombe était à l'origine celle de Néfertiti.
La tombe prévue pour Toutankhamon était probablement celle qui sera finalement utilisée pour l'enterrement de son successeur , située dans la vallée de l'est, à côté de celle d'Amenhotep III. Ce choix singulier n'est surement pas le fruit du hasard : que ce soit Toutankhamon ou Ay, l'un et l'autre avaient à coeur de se légitimer en se rapprochant de la tombe du dernier souverain précédant l'épisode amarnien.

Quoique très petite et d'architecture très différente des autres tombes royales, les dirigeants estimèrent que KV62 réunissait les critères canoniques suffisants pour permettre un ensevelissement rituel du roi. En particulier, elle présente à nouveau une rupture d'axe, alors que en Amarna comporte un axe rectiligne unique.

II s'agit d'une syringe (tombe rupestre) dont l'entrée est taillée directement dans le calcaire du ouadi principal de la vallée. Un escalier de seize marches mène à un court passage de 7,60 m orienté à l'est, qui donne directement sur l'antichambre. Les six marches les plus basses furent rasées lorsqu'il fallut faire passer du mobilier funéraire de grande taille dans la tombe. Elles furent ultérieurement reconstruites en pierre et mortier pour restituer l'aspect d'origine.
Les parois du passage sont correctement lissées, mais aucun enduit n'a été appliqué ; son extrémité est obturée par une maçonnerie plâtrée derrière laquelle se trouve l'antichambre et son très important mobilier.

Toutes les précautions avaient dû être prises pour sécuriser la sépulture. Cela n'a pas empêché la tombe de Toutankhamon de recevoir au moins deux fois la visite de pillards, très peu de temps après l'enterrement. Mais la nécropole thébaine était encore bien gardée, et aucune autre intrusion n'eut lieu. Rien ne se passe jusqu'au creusement en surplomb de la tombe de Ramses VI à la XXème Dynastie. Il se produit alors un éboulement qui dissimule miraculeusement l'entrée de la tombe du roi. Au bout de quelque temps, les ouvriers y dressent leurs cabanes de travail. La tombe est alors oubliée, la préservant ainsi des pillages massifs de la fin de la XXIème Dynastie, et ce jusqu'à sa redécouverte en 1922.

ANTICHAMBRE ET ANNEXE

L'antichambre a été ainsi nommée par Carter, cette pièce rectangulaire est disposée perpendiculairement, avec une orientation sud-nord. Les murs sont plâtrés, mais il n'y a aucune décoration.
Sur le mur ouest, à gauche, s'ouvre une pièce baptisée annexe dont le plancher est situé 1 m sous le niveau de l'antichambre. Elle n'est pas décorée non plus.

Ces deux pièces furent découvertes remplies de matériel funéraire, essentiellement au nom du jeune roi, mais pas exclusivement, car de nombreuses pièces avaient été confectionnées pour un pharaon féminin. Leur ordonnancement avait cependant été complètement bouleversé par les pilleurs. Les inspecteurs qui sont intervenus après le pillage ont remis un semblant d'ordre, mais sans manifestement prendre leur travail à coeur, empilant les objets dans les coffrets sans ordre et repoussant sans ménagement les objets longs contre les murs. Carter se demandait même pourquoi ils avaient pris cette peine pour un tel résultat.

Le mur nord de cette pièce comporte une ouverture vers la chambre funéraire. Elle était initialement fermée et plâtrée, avec d'innombrables sceaux de la nécropole imprimés sur le plâtre. Elle aussi avait été percée par les pilleurs puis restaurée après le passage des inspecteurs. De chaque côté de l'ouverture se dressaient les deux célèbres statues du roi en bois noirci au bitume, qui défendaient l'entrée comme l'aurait fait Anubis ().

LA CHAMBRE SÉPULCRALE

C'est la seule pièce décorée de la tombe. Au moment de la découverte, la pièce était entièrement occupée par les grandes chapelles en bois entourant le sarcophage royal (5 x 3,30 x 2,73 m), ne laissant qu'un très petit espace libre avec les murs (0,75 m). Sur le sol de cet espace étaient disposés des objets à valeur magique, et notamment onze avirons de gouverne.

Cette chambre est en contrebas par rapport à l'antichambre, et elle a vraisemblablement été agrandie pour contenir les grandes chapelles dorées. On reproduisait ainsi un semblant de tombe classique où existe une salle hypostyle surélevée par rapport à la chambre sépulcrale.

Les quatre murs de la pièce ont été revêtus de plâtre puis décorés. Le plafond est resté tel quel. Toutes les parois sont surmontées du signe du ciel (Gardiner N1) "Pet", soutenu par des piliers à ses deux extrémités est et sud

Les thèmes décoratifs

Ils sont simples, peu nombreux, et l'on sent bien la hâte qui a du présider à la finition du travail. Celui-ci a dû être rendu considérablement plus difficile par le peu d'espace dont disposaient les peintres. En effet, on est sûr que le plâtre et le décor n'ont été appliqués qu'après la mise en place des chapelles. On peut imaginer les conditions de travail, dans cet espace confiné.
Ceci explique les innombrables taches marron qui mutilent plus ou moins les représentations et qui frappent immédiatement le visiteur. Carter pensait déjà que des champignons avaient été introduits par le plâtre ou la peinture, puis que l'humidité due à l'évaporation du plâtre avait permis leur croissance.
Une étude menée en 2011 montre que la couleur brune est due à des amas de pigment mélanique produit par le métabolisme d'un champignon, mais peut-être aussi d'une bactérie. Aucun agent infectieux précis n'a cependant été retrouvé, et les recherches ADN ont été négatives. Quoi qu'il en soit, ces résultats confirment le fait que la chambre funéraire a été décorée à la hâte, et scellée alors que la couche picturale était encore humide. Lorsqu'elle a été complètement sèche, les microorganismes ont disparu et les taches se sont stabilisées. Les conservateurs considèrent qu'elles font donc partie de l'histoire de la tombe, et n'envisagent pas de les effacer.

Technique

Les personnages sont peints à grande échelle, ce qui réduit drastiquement le nombre de scènes ; celles-ci se résument à la représentation du roi en compagnie de divinités et à des vignettes du Livre de l'Amdouat (= le monde souterrain), le tout sur un fond jaune-ocre censé imiter la couleur de l'or (la salle du sarcophage était d'ailleurs appelée "Salle de l'Or").
Dans chacun des quatre murs, sous le plâtre, une petite niche a été creusée pour accueillir des figurines protectrices (niches des murs ouest et sud :  ; exemple d'une figurine : , Anubis entouré de tissu).

Le trait des peintres est hâtif mais précis. Les proportions des personnages sont très proches de celles de la période amarnienne, ce qui n'est pas étonnant puisque le décor a été réalisé par des artisans qui avaient travaillé ou été formés à cette époque.
Certains des thèmes retenus rappellent ceux utilisés dans les tombes des deux derniers prédécesseurs "légitimes" du roi : son grand-père et son arrière-grand-père . Si chez ce dernier le fond des murs est jaune d'or, comme ici, il est par contre bleu-gris chez Amenhotep III. Par contre, la présence du cortège funéraire et de l'ouverture de la bouche, qu'on ne trouve que dans les tombes de particuliers, semble directement liée à la présence de scènes identiques dans la tombe royale d'Akhénaton.

Mur nord

C'est celui que l'on a en face de soi en regardant la chambre funéraire depuis l'antichambre.
Trois scènes se suivent de droite à gauche :

Première scène

Il s'agit d'une représentation unique dans les tombes royales : le nouveau pharaon Ay, expressément nommé, pratique la cérémonie d'ouverture de la bouche sur son "père" Toutankhamon pourtant bien plus jeune que lui (). Le nouveau roi est représenté canoniquement juvénile, de taille un peu inférieure à Toutankhamon. Il est revêtu de la peau de panthère du prêtre-sem et coiffé de la couronne bleue (le Khepresh) avec l'uraeus et porte au pied des sandales blanches. Il joue donc ici le rôle habituellement réservé à l'aîné des fils du roi défunt qui, en accomplissant les rites, affirme sa légitimité. Il s'agit clairement ici pour le vieux courtisan d'asseoir son droit - très contestable - au trône.
Le texte dit: "le dieu parfait, maître du Double-Pays, maître des rites, (le) roi de Haute et Basse Égypte Kheperkheperourê, (le) fils de Rê, le Père divin, Ay, vivant pour le temps infini et le temps éternel, comme Rê".

Toutankhamon est représenté en Osiris (). Il est coiffé de la couronne Ourerèt doublée de l'uraeus et porte en main le fouet nekhakha et le flabellum, insignes de son pouvoir. Sa grande barbe à bout recourbé indique son statut de mort glorifié. Il porte autour du cou un large collier Ousekh sur lequel se détache un scarabée Kheper qui pousse le disque solaire devant lui, signe de renaissance.

Entre les deux, le coffret contenant les objets nécessaires à la cérémonie, représentés au-dessus, pour qu'on les distingue mieux. Les petits vases contiennent des boulettes d'encens. Le texte dit : "le dieu parfait, maître du Double-Pays, seigneur des apparitions, (le) roi de Haute et Basse Égypte, Nebkheperourê, (le) fils de Rê Toutankhamon, maître de l'Héliopolis du sud (= Thèbes), doté de vie, éternellement".

Seconde scène

"Le maître du Double-Pays Nebkheperourê, doté de vie éternellement et à jamais" est représenté en costume des vivants, dans un style encore typiquement amarnien, avec un ventre saillant, un long cou. Il est vêtu d'un pagne qui remonte haut sur les reins. Au niveau du thorax s'étale un large collier ousekh. Il porte une perruque courte sur laquelle est posé un cercle d'or terminé par un uraeus. D'une main, il tient une canne droite à bout doré et dans l'autre une massue ainsi que le signe de vie ankh.
Devant lui se tient la déesse Nout qui l'accueille en lui présentant dans chaque main le hiéroglyphe de l'eau (Gardiner N35) : elle fait le geste de bienvenue "nyny". Nout est vêtue d'une robe à bretelles moulante et porte autour de la taille une large écharpe de lin rouge plissée, dont les pans descendent jusqu'aux mollets. Elle aussi arbore des bijoux, collier ousekh et bracelets, tandis que sa perruque est maintenue par un ruban blanc de deuil. Cette scène d'accueil est éclairée par le texte : "Nout, dame du ciel, maîtresse des dieux, elle fait la révérence nyny (pour) celui qu'elle a enfanté. Donne santé et vie à ta narine, (toi) qui est vivant éternellement".

Troisième scène

()

Elle implique trois personnages :

 Le ka personnifié du roi
La notion de ka est très complexe et largement débattue. L'homme nait avec son ka (qu'on appelle parfois son double), qui constitue son énergie vitale. Mais, après la mort, il rejoint aussi son ka (mourir se dit d'ailleurs "passer à son ka"), dont la fonction est différente.
Le personnage-ka est coiffé d'une perruque tripartite surmontée par le hiéroglyphe ka (Gardiner D28) entourant deux signes qui se lisent "taureau puissant", une épithète royale habituelle. Il porte la longue barbe recourbée des dieux dans l'au-delà. D'une main il tient le signe de vie, et de l'autre il enserre le jeune roi qui se tient devant lui. Une image superposable se trouve dans la tombe du successeur de Toutankhamon, Ay ().
Un court texte le définit comme "le ka royal de celui qui est à la tête du vestiaire (du palais royal) ".

Le roi
Il est représenté en costume des vivants, coiffé du némes, mais ne porte pas encore la barbe recourbée des dieux. Il embrasse "Osiris, maître de l'Occident, le grand dieu", qui l'accueille, comme le montrent les deux mains sortant du suaire. On remarquera que les deux bras du roi forment une figurine proche du hiéroglyphe ka.

Osiris
Il est coiffé de la couronne Ourerèt (et non Atef comme il est habituellement écrit) ; ses chairs sont vertes comme le cadavre en putréfaction, mais aussi comme la végétation qui renaît après l'inondation. Ses deux mains sortent de don linceul moulant et se tendent vers le jeune roi.

Mur sud

Les représentations sont ici basées sur une grille à 18 cases, et non sur la grille amarnienne à 20 cases, qui a servi pour le reste de la pièce ; il est donc possible qu'elles soient d'une main différente.

Hathor
Le premier personnage, à droite, est la déesse "Hathor, Dame du ciel, celle qui dirige la lisière du désert". Elle est vêtue comme sur le mur nord. Sur la tête, elle porte le hiéroglyphe de l'Ouest (ce qui lui permet de fusionner avec la déesse de l'Ouest). Elle tient un signe ankh dans chaque main, et tend l'un d'eux vers la narine du roi ().

• Le roi

Cette fois, "le dieu accompli (Nebkhéperourê), doué de vie, éternellement et à jamais" est coiffé du khat, cette pièce de tissu en vogue à l'époque amarnienne. Il est dans une attitude passive, bras le long du corps, face à la déesse. Sur son pagne blanc, il porte une pièce de tissu noir qui remonte sur les reins et se combine sur le devant à une ceinture rouge gaufrée et un devanteau multicolore. Ses poignets sont enserrés dans deux larges bracelets noirs cerclés d'or.

 Anubis
Le dieu à tête de canidé, représenté lui aussi dans le style amarnien, tient d'une main un signe de vie, tandis que l'autre repose sur l"épaule du jeune roi, en un signe de protection et d'introduction. Il est désigné comme "Anubis qui préside à l'occident, le Dieu Grand, celui qui est dans la maison des bandelettes, seigneur du ciel".

La zone située derrière Anubis a été détruite par Carter lors du dégagement de la pièce. L'archéologue a préalablement retiré et sécurisé le fragment, qui devrait se trouver dans un magasin du Service des Antiquités, quelque part à Louxor.
Pour la réplique de la tombe, Factum Arte a créé un fac-similé à partir d'une photo en noir et blanc de Harry Burton.

 Derrière Anubis se tient Isis
La déesse est vêtue comme Nout et, tout comme elle, fait le geste nyny, accompagnée de ce texte : "la maîtresse du ciel, qui accueille celui qu'elle a mis au monde ; puisse-t-elle donner toute santé, toute vie […] à ta narine, pour l'éternité".

Trois dieux superposés terminent la paroi
Ils sont accroupis et tous désignés comme "Grand dieu maître de la Douat", ce qui ne nous éclaire aucunement quant à leur nature et à leur fonction… ils résument peut-être l'ensemble des divinités qui peuplent le monde inférieur (rappelons que le chiffre trois évoque la pluralité).

Mur ouest

()

C'est la paroi principale de cette chambre funéraire, qui porte des représentations et des textes très courts extraits de la première heure du Livre de l'Amdouat (= le livre de ce qu'il y a dans l'au-delà). Cette heure se situe au moment où le soleil n'est plus visible, mais où ses derniers rayons éclairent encore la terre : pour les Égyptiens, c'était l'antichambre du voyage souterrain de l'astre.
Le livre de l'Amdouat est une des compositions funéraires imaginées au Nouvel Empire par les théologiens pour décrire le parcours nocturne du soleil pendant les douze heures de la nuit, sa régénération et sa renaissance au matin, destin que le défunt souhaite partager. La composition est réservée pendant longtemps au seul usage royal (et certaines parties le demeureront), mais une partie sera transcrite sur papyrus, à l'usage des particuliers.

Registre supérieur

Dans le rectangle de droite se trouvent cinq divinités debout () : "la déesse Maât", "la Maîtresse de la barque", "Horus", "le Ka de Shou" et "Nehes". Ce sont celles qui ont été choisies par les théologiens parmi les centaines qui peuplent le monde souterrain. Elles accueillent le défunt dans le monde inférieur.

Au-dessus, se trouve un court texte en hiéroglyphes rouges. Il est écrit sans ordre, comme beaucoup d'autres dans le Livre de l'Amdouat, mais pouvait être cependant compris par le défunt initié : "Les deux Maât qui halent ce dieu dans la Mesketet qui navigue avec les membres de l'assemblée de cette ville". La barque Mesketet est la barque empruntée par l'astre solaire pour son périple nocturne dans l'au-delà ; après sa renaissance, à l'aube, le soleil la quitte pour embarquer sur la barque Mandjet pour son périple diurne. La barque est tirée par les deux Maât, un des nombreux exemples de la dualité omniprésente dans la pensée égyptienne : les deux Maât ce sont les Deux Terres, la Haute et la Basse Égypte, la rive droite et la rive gauche, la double salle du tribunal, etc.).

Le tableau de gauche se trouve canoniquement au registre médian inférieur de la première heure. On y voit la barque solaire portant l'astre en devenir sous forme du scarabée Khépri, encadré par deux hommes en adoration, nommés chacun "Osiris" ; portant la fausse barbe recourbée des dieux anthropomorphes et des pharaons décédés, il s'agit d'êtres divins représentant Toutankhamon osirifié.
La ligne de hiéroglyphes qui surplombe la scène continue l'inscription de droite (dans le désordre encore une fois) : "parmi lesquels ce dieu entre sous forme de bélier". Le bélier (Gardiner E10) est un des hiéroglyphes servant à écrire le mot "Ba", et c'est sous forme de Ba que l'astre traverse le monde souterrain ; dans les textes, il est invariablement désigné comme "la Chair". La fusion entre Osiris et Rê dans le monde souterrain a été résumée par les théologiens, aussi bien dans les tombes royales (chez la reine Nefertari, Grande Épouse Royale de Ramsés II par exemple), ou chez un simple artisan comme Nakhtamon (TT335 à Deir el Medineh) : "Osiris, c'est le Ba de Rê, et Rê, c'est le Ba d'Osiris".

Registre inférieur

Il est divisé en douze rectangles accueillant chacun douze babouins identiques, symbolisant les douze heures de la nuit (), un rôle habituellement dévolu à douze déesses. Tous sont nommés, avec des épithètes parfois en rapport avec la musique où la danse. Dans les versions "canoniques" sur papyrus de l'Amdouat, ces babouins ne sont qu'au nombre de neuf. Ils accueillent la barque solaire au début de son voyage nocturne. Rappelons que ces animaux sont également en rapport avec le soleil levant qu'ils saluent par des cris bruyants.

Mur est

Le registre supérieur, qui est le seul décoré, porte un épisode des funérailles, type de représentation qui n'existe en principe que dans les tombes privées. La momie du roi repose sous un catafalque orné de guirlandes, posé sur une barque funéraire ; cette dernière repose sur un traîneau tiré par de hauts dignitaires.

Les douze hommes, dont aucun n'est nommé, sont chaussés de sandales blanches et se répartissent en cinq groupes (). Tous, sauf deux, présentent un aspect identique : vêtus d'une tunique blanche à manches bouffantes, leurs perruques sont entourées du bandeau blanc de deuil, dont les pans pendent dans le dos.
Les deux personnages au crâne rasé sont certainement les deux vizirs de Haute et Basse Égypte (peut-être Pentou et Ousermontou) car ils portent la tunique a bretelles caractéristique de cette fonction (, ).
Le dernier personnage, seul et le plus près de la momie est peut-être le général Horemheb, ou le chancelier Maya, qui sont les plus hauts dignitaires après Ay.
Au-dessus de cette procession, on lit : "Paroles dites par les amis, les grands de la maison royale, qui sont en train de haler l'Osiris roi, le maître des Deux Terres, Nebkheperourê, jusqu'à l'Occident. Ils disent : Ô Nebkheperourê, bienvenue, Ô (toi), le dieu protecteur de la terre".

La haute barque-catafalque est décorée à son sommet d'une double frise de cobras protecteurs (la superposition est un artifice, il existe en fait deux chapelles emboitées l'une dans l'autre). La momie du roi défunt est représentée allongée sur un lit à peine esquissé, avec un scarabée Khepri ailé bien mis en évidence. Il est désigné comme "le dieu parfait, maître du Double-Pays, Nebkheperourê, vivant éternellement et à jamais".
Derrière la momie, près des deux rames gouvernails, se trouve Isis, tandis qu'au niveau de la tête se tient sa soeur Nephthys, également en adoration, les bras levés. Devant cette dernière, on trouve la représentation du roi en sphinx, debout sur l'extrémité supérieure d'une hampe (). Un oeil oudjat est peint sur la proue de la barque.

Le sarcophage

Lors de l'ouverture de la pièce, celle-ci comportait quatre chapelles en bois doré (), entourant le sarcophage central en quartzite rouge. Ce dernier est protégé par quatre déesses figurées en relief aux quatre angles : Isis, Nephtys, Selqet - qui porte sur la tête et non un scorpion () et Neith. Les déesses étendent leurs ailes protectrices sur ses quatre côtés.
La momie du roi était placée dans trois cercueils, le plus interne comportant 110,4 Kg d'or pur. La momie elle-même était revêtue du célèbre masque d'or.

LE "TRÉSOR"

L'extrémité nord du mur est est percée d'une ouverture qui donne sur une petite pièce orientée sud-nord, mesurant 4,75 x 3,80m, aux murs anépigraphes. Elle fut surnommée le Trésor par Carter car lors de la découverte, les objets les plus précieux de la tombe s'y trouvaient. Le sol était jonché de boites de toutes sortes surmontées de modèles de bateaux, le tout dominé par une image d'Anubis allongé sur une chapelle portable, suivie de la célèbre tête d'Hathor en bois doré, derrière laquelle se trouvait la chapelle contenant les vases canopes protégés par les quatre déesses, Isis, Nephtys, Selqit et Neith. Cette pièce avait également reçu la visite des pilleurs, mais elle avait été beaucoup mieux remise en ordre par les inspecteurs que l'antichambre et l'annexe.

LES OBJETS DE LA TOMBE

Il n'est pas question dans cette présentation, dévolue à la description de la tombe, d'évoquer en détail les 5398 objets qu'elle renfermait.
Une liste exhaustive, avec photos d'époque, et l'intégralité des rapports de fouille se trouvent sur le site du Griffith Institute, sous la rubrique . Cependant, malgré les efforts consentis, la publication de tous les objets trouvés est loin d'être achevée.

DEVENIR DE LA TOMBE

La tombe est fragile, ses parois sont notamment attaquées par des microorganismes qu'il faut combattre en maintenant des conditions de température et d'humidité incompatibles avec la présence de centaines de visiteurs par jour. De ce fait, une réplique de la tombe a été réalisée par Factum Arte ; à terme, il est probable que ce soit elle que les visiteurs verront et non plus l'originale.
Après un minutieux travail de scannage in situ en 2009, la reconstitution de la tombe s'est achevée en 2012 ; elle n'a pas été facile si on en croit les déboires rapportés sur le site de Factum arte qui montre l'évolution du travail grâce à des dizaines de photographies très intéressantes, tout comme . En mars 2014, la maquette est montée à l'entrée de la Vallée des Rois, près de la maison de Carter (voir )
L'inauguration a eu lieu en 2015.

Durant l'été 2015, coup de tonnerre dans le ciel égyptologique avec la publication par l'égyptologue britannique Nicholas Reeves de l'article "The Burial of Nefertiti?" (téléchargeable sur ). Des images de la salle J (chambre funéraire) réalisées avec un scanner en haute résolution révèlent la présence, sous le plâtre peint, de traces linéaires. Il s'agirait de l'entrée de deux nouvelles salles, une pièce de stockage et la chambre funéraire inviolée de Néfertiti.
Commence alors une saga egyptologico-médiatique qui dure depuis des mois où se succèdent les examens radar, avec des résultats contradictoires. Au moment où j'écris ces lignes (mars 2017) une nouvelle étude par des chercheurs de l'Université de Pise est en cours et devrait permettre de conclure.