LA TOMBE DU GÉNÉRAL HOREMHEB SAQQARA - Structure souterraine |
Les structures souterraines sont de grande taille mais elles n'ont quasiment pas reçu de décors et aucune inscription. Nous avons déjà vu que le site choisi pour la tombe se situait sur un ancien site de mastabas de la Vème Dynastie, dont les fragments démantelés ont servi à la construction. De même, on
s'est servi des deux puits funéraires d'origine (au moins) déjà existants : le puits I de la première cour et le puits IV de la seconde cour. Les puits II et III n'ont pas reçu d'inhumation datant de l'époque d'Horemheb, et ont peut être même été creusés à basse époque.
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| En jaune, les emplacements des puits funéraires |
Le puits est situé dans le coin Nord-Ouest de la première cour. Il descend à 17,24 m de profondeur. A ce niveau, il est directement ouvert au sud dans la chambre funéraire du mastaba de l'Ancien Empire démoli par l'architecte d'Horemheb. Celle ci contient un sarcophage en granit rouge de 2,80 m de long déposé dans une fosse taillée dans le plancher. Il est inscrit au nom de l'occupant d'origine : Khouy-Wr. La chambre a été réutilisée à l'époque copte par des anachorètes.
A 8,55 m de la surface s'ouvre une seconde chambre funéraire d'Ancien Empire mais qui a été elle aussi réutilisée à l'époque Ramesside puis par les Coptes. Les salles attenantes à ce puits contenaient du matériel funéraire de la XIXème Dynastie, y compris deux Oushebtis au nom de la princesse Bentanath, une des filles de Ramses II.
Ils se présentent symétriquement par rapport aux structures d'Horemheb qui a construit par dessus les murs joignant salle d'offrandes et chapelles. Datant de l'Ancien Empire, ils ont été réutilisés à l'époque ptolémaïque (de nombreux Oushebtis de cette période ont été retrouvés). Des trous de voleurs permettent l'accès du puits III au puits IV.
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Reconstitution 3D par Jon Hirst |
Le puits part du coin Nord-Ouest de la seconde cour. C'est le puits principal. C'est ici qu'aurait du être enterré le Général Horemheb et sa première femme, la dame Amenia. Finalement ce complexe servira pour les funérailles de sa seconde épouse , la Grande Epouse Royale Moutnedjemet. Cette dernière est morte sans avoir donné d'héritier au roi. Du moins, il n'y avait pas d'héritier vivant au décès du souverain.
Ici plus qu'ailleurs, l'architecture souterraine posait de gros problèmes de réalisation. D'une part, en raison des restes de mastabas antérieurs (très semblables à ceux du puits I), s'éloigner de la zone de la superstructurede surface entraînait le risque de rentrer en collision avec une tombe préexistante. A l'inverse, rester dans le plan de la zone de surface mais s'y étendre trop, c'était prendre le risque qu'une tombe ultérieure la pénètre. L'architecte a choisi pour atteindre les 28 m requis à partir du puits d'origine de 10 m un système tournant sur lui même. Là il a poursuivi son travail par une série de puits, de corridors et de salles.
Le puits principal descend à 10 m de profondeur. A sa base, s'ouvre un haut corridor vers le Sud. Le blocage est réalisé en pierre calcaire et en plâtre. Le sceau officiel de la nécropole (un chacal couché sur les Neuf Arcs symbolisant les neuf ennemis de l'Egypte) a été apposé à plusieurs endroits sur le revêtement de plâtre encore frais. Bien entendu, ce blocage n'a pas résisté aux pilleurs successifs.
En continuant le corridor, on se trouve dans une grande antichambre A grossièrement taillée de 5 m de grand axe, sans particularité.
A l'angle droit se trouve un nouveau puits C d'environ 6 m au fond duquel s'ouvre un corridor E autrefois bloqué, empêchant ainsi l'accès à la chambre funéraire de la première femme du Général. Cette inhumation aurait eu lieu pendant le cours règne de Aÿ (1325-1331 BC). Ne persiste des objets de la tombe pillée que des fragments de poteries et de Shaouabtis. Le sarcophage en bois avait été placé dans un emplacement taillé dans le sol. Il s'est transformé en poussière au cours des siècles.
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| vue F1 |
vue F2 |
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| vue F 3 |
vue F 4 |
La pièce F est remarquable et se distingue nettement des substructures des tombes thébaines de l'époque. Le plafond est voûté avec des bandes décorées dans le sens de la longueur : noire, blanche, vide et rouge. A chaque extrémité Nord et Sud de la pièce on trouve une fausse porte taillée dans la roche, point de contact entre le monde des vivants et celui des défunts, permettant aux éléments mobiles de sa personnalité d'avoir accès à la superstructure de l'édifice et en particulier à la table d'offrandes. Le cadre extérieur en est souligné par un trait noir tandis que les « portes » elle même sont rouges. Une corniche à gorge est peinte au dessus. Une découverte archéologique unique a été faite dans cette pièce : elle comporte une sorte de table taillée dans le roc, supportée par des colonnes, avec une corniche supérieure et un petit bassin à libations, mesurant 0,68X0,48 m .
Dans le puits de descente D menant chez Amenia s'ouvre le court corridor G menant à ce qui aurait du constituer les appartements funéraires du Général Horemheb lui même. On arrive tout d'abord dans une pièce H comportant deux fausses portes sculptées dans la roche avec corniches et torus. Le plafond est peint. Les parois de cette pièce ont été sculptés avec des panneaux alternativement entrants et sortants. L'aspect réalisé évoque donc le Serekh d'une façade de palais royal et l'ensemble de la pièce un gigantesque sarcophage. C'est certainement ici qu'on avait envisagé dans un premier temps de placer le sarcophage du Général. L'architecte a ensuite étendu son projet pour en faire un vaste ensemble, quasi royal, sans doute lorsque Horemheb est devenu régent ou pour accueillir la dépouille de la Grande épouse Royale Moutnedjemet.
Une ouverture et des escaliers I sous la fausse porte Nord conduisent , 3,60 m plus bas, à une nouvelle chambre J comportant des niches destinées à des amulettes protectrices. Cette pièce sert en fait d'antichambre à la pièce à piliers suivante. A l'extrémité de la pièce se trouve une nouvelle ouverture surmontée d'un tympan.
Un court passage conduit ensuite dans une pièce N dont le plafond est supporté par quatre piliers, et qui une fois vidée des déblais s'est révélée impressionnante. Elle mesure 6,58 X 6,40m. Les piliers sont trapus, allant de 1,08 à 1,15 m de hauteur. Chacun est surmonté d'une corniche à gorge. Le travail dans cette salle a dû être hâtif aussi bien dans la taille assez grossière que dans la décoration., et il est resté inachevé. Des restes de décoration sont néanmoins visibles à plusieurs endroits, en particulier dans la zone Sud, sous forme essentiellement de lignes noires.
Les ouvriers avaient commencé le creusement du passage qui devait conduire à la chambre funéraire définitive P lorsque l'ordre d'arrêter les travaux après accession au trône d'Horemheb fut donné. Il est aussi possible que le décès de la reine Moutnedjemet ait imposé l'arrêt du travail. Dix neuf percuteurs en dolérite ont été retrouvés sur le sol, 3500 ans après y avoir été abandonné par les ouvriers d'Horemheb.
De la partie Sud de la salle part le puits O. Creusé directement dans la roche du plateau, il mesure 7,05 m de profondeur. Il conduit à la chambre funéraire définitive P qui était destinée à recueillir la dépouille mortelle du Général Horemheb. Remarquons qu'elle est située à l'aplomb des chapelles de surface E. Elle mesure 4,75 X 2,60 m. Il n'y a aucune ébauche de décoration.
Ainsi complétée par de grandioses structures souterraines, cette tombe-temple était certainement le monument le plus prestigieux du genre en Egypte à l'époque, dépassant de loin toutes les tombes que les pharaons avaient faites réaliser jusque là pour leurs épouses. Il n'est donc pas vraiment étonnant que la Grande Epouse Royale Moutnedjemet ait été enterrée ici plutôt qu'à Thèbes : aucune sépulture de cette qualité n'aurait pu lui être offerte là-bas.
Grâce à des fragments d'amphore de vin, nous savons que la reine est morte l'an 13 du règne de son époux (1309 BC), ce qui donne également la plus haute date connue à ce jour du règne du roi. Des restes de son squelette ont été retrouvés in situ, ainsi que ceux d'un fœtus ou nouveau-né. La reine serait donc morte en couche. Les experts ayant examiné son bassin ont conclu qu'elle avait eu « plusieurs grossesses ». La reine n'était donc pas stérile, pas plus qu'Horemheb lui même. N'eut il que des filles ? Elles auraient été mentionnées quelque part. Tous les enfants sont ils morts en bas âge ? Horemheb n'avait il pas d'épouse secondaire susceptible de lui donner un héritier ? Le destin fabuleux de ce grand militaire s'achève sur une interrogation aujourd'hui sans réponse.
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| Merci à Paul Biesta d'avoir été prendre ces photographies des blocs originaux au musée de Leide |
Page réalisée par Thierry Benderitter © Copyright OsirisNet 2007 |
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