D'après Amarna Letters 4 (publié par KMT) page 44-59 :
Lenore O. Congdon,  A rare Solar Display Depicted in the tomb of Meryre I

Entre le disque lui même et les rayons se trouvent trois demi cercles de diamètre croissant formés de bandes concentriques ressemblant un peu aux grands colliers Ousekh si souvent représentés dans les tombes égyptiennes -et qu'on retrouve d'ailleurs chez Meryra sous la fenêtre d'apparition. Cette explication a d’ailleurs été avancée, mais elle ne résiste pas à l'analyse.

Devant cette mystérieuse figuration, on s’est d’emblée demandé s’il s’agissait d’une représentation de type symbolique ou de la représentation d’une réalité physique.
La décoration des tombes –même amarniennes- fait appel à un ensemble de figurations qui utilisent un langage stéréotypé, variable selon les époques. C’est ainsi que même les scènes de funérailles si souvent présentes, et dont on pourrait penser qu’elles décrivent la réalité des faits, ne doivent être considérées que comme l’adaptation idéalisée de faits qui ont pu se dérouler tout autrement.

Bien sûr quelques exceptions surviennent, comme la représentation d’un événement particulier, unique, arrivé au propriétaire. Ces exceptions ne concernent cependant jamais les phénomènes naturels, pas plus que les phénomènes célestes.

La scène qui nous intéresse semble bien être la seule exception connue aux règles de représentation traditionnelles d’un corps céleste, qui est de plus un Dieu, et à cette période amarnienne LE Dieu.
Il semble bien qu'on a figuré ici un événement optique singulier, ponctuel, faisant intervenir un système de halos solaires multiples.

De nos jours, l’éclairage au néon, ainsi que la hauteur de la scène, interdisent l’appréciation des couleurs. Celles ci peuvent cependant être rendues grâce aux indications fournies par Norman de Garies Davies, et on peut les reconstituer. Ce dernier proposait comme explication qu’il s’agissait du disque à son lever lorsqu’il était entouré de nuages. Ces derniers filtrant partiellement la lumière donnait une espèce de halo, les rayons eux mêmes n’apparaissant qu’à leur pourtour. Il remarquait notamment que le hiéroglyphe « Khaou » (lever, apparition) pourrait représenter la même image à l’envers. Il proposait donc aussi la possibilité qu’il s’agisse de la même scène au coucher du soleil.
Cependant les halos lors de ces moments ne s’accompagnent jamais de couleurs bleues et surtout pas vertes. Il n’y a même pas de vrai jaune, sauf peut être si un nuage est éclairé à sa périphérie. De plus ces halos ne se voient que lorsque le soleil est sous l’horizon.

Des études ont été publiées sur les phénomènes lumineux atmosphériques en halo

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Quatre types essentiels sont décrits séparés en deux groupes. Deux, dits solaires, surviennent du même côté que le soleil (où que la lune, le phénomène peut être nocturne) et sont causés par des cristaux de glace dans l’atmosphère. Deux autres sont anti-solaires et causés par des gouttelettes d’eau ou de brouillard. Les quatres types de phénomène peuvent se voir n’importe où dans le monde, pourvu que les conditions météorologiques soient réunies. Et elles le sont en Moyenne Égypte, y compris la formation de glace dans l’atmosphère matinale en hiver.

- L'arc-en-ciel (rainbow) , est un phénomène anti-solaire où la lumière est absorbée et réfléchie à travers des gouttes d’eau (qui agissent comme un prisme). Certains ont proposé de voir dans ces représentations de Meryra un arc-en-ciel. Cette interprétation peut sûrement être d’emblée rejetée. En effet ni la forme, ni le nombre de raies, ni les couleurs, ne correspondent. De plus le phénomène est par définition du côté opposé au soleil. Signalons qu’une pleine lune brillante peut donner lien à un « moonbow ».
- La « glory » est le second phénomène anti-solaire, très rarement remarqué à terre car il s’agit de la projection de l’ombre d’un objet (avion) ou d’une personne sur un nuage par un soleil situé à l’opposé. Le nuage diffracte la lumière et il en résulte une image circulaire où l’ombre occupe un cercle central blanchâtre entouré d’anneaux concentriques reproduisant la couleur de l’arc-en-ciel. Ce phénomène ne convient pas non plus à notre cas.
- Le premier phénomène de type solaire, rarement observé, est la couronne (« corona ») . Des gouttelettes d’eau et des morceaux de glace situés dans un nuage qui entoure le soleil donne un aspect d’œil de bœuf. Le premier cercle périphérique est toujours rouge. Ici encore, pas de comparaison possible avec Meryra.
- Les arcs, incluent les halos solaires ou lunaires proprement dits. Ce sont des arcs de couleur qui ne peuvent se former que par concentration de cristaux de glace, comme dans un cirrhus par exemple, et seulement dans une atmosphère froide (entre –5 et –25 °C). Selon leur taille, leur orientation, …de nombreux variantes du phénomène optique peuvent se voir. Quarante six variations sont ainsi recensées, avec des arcs tangentiels secondaires, les deux plus fréquent étant le halo 22° et le 46°. lls sont le mieux visible lorsque le soleil est situé entre 20 et 30° au dessus de l’horizon.

Ce sont ces halos qui sont les meilleurs candidats pour expliquer la représentation dans la tombe de Meryra. Les correspondances sont frappantes lorsqu’on compare les spectres colorés, même si la taille du disque solaire est beaucoup trop grande. Mais on imagine aisément que l’artisan égyptien ait choisi de représenter le disque en majesté pour des raisons idéologiques. Les conditions atmosphériques peuvent, rarement mais parfaitement, être réunies certains matins d’hiver en Amarna sur les falaises de l’Est. Par contre il devait faire froid ! Or si Néfertiti porte une robe plus serrée, Akhenaton lui n’a qu’un simple pagne.

Interprétation

Nous serions donc en présence de la représentation d’un événement, sans doute unique vu sa rareté, qui aurait certainement pu marquer suffisamment le souverain pour qu’il le fasse représenter. Peut être était il accompagné de Meryra ce jour là, ce qui expliquerait que c’est dans sa tombe qu’on trouve la représentation. Peut être même Akhenaton a-t-il jugé que ce phénomène constituait un signe pour la nomination de Meryra ?
Plusieurs autres personnes devaient cependant être aussi présentes car l’observation des couleurs et des arcs est étonnament précise.
Ce serait le manque d’espace sur la paroi de la tombe qui aurait alors obligé à une représentation schématique du phénomène.

Par contre on ne peut qu’être étonné de la banalité des commentaires dans le texte d’accompagnement. Celui ci ne fait que préciser deux fois que les rayons de l’Aton encerclent le monde. On ne peut pas non plus savoir si le phénomène a eu une influence sur la rédaction des fameux Hymnes à Aton attribués au roi.

D'autres phénomènes atmosphériques rares et étranges peuvent se produire en Égypte, ainsi le site rapporte la survenue le 7 mars 2006 d'un , phénomène dû à la mise en suspension par les vents forts de très petites particules de sable.