Les registres situÉs sous le ROB

Il s'agit de la zone en vert sur la . On peut la diviser, à visée didactique, en quatre sections, comme on peut le voir sur le dessin ci-dessous (détail de la pl. XXV)

1) - Zone jaune : culte à la statue

()

À gauche, la figure de Rekhmirê a été emportée dans une vaste lacune laissant subsister deux registres.
Premier registre : on trouve une cohorte de porteurs d'offrandes se dirigeant vers la gauche.

Second registre : la scène se déroule sous un édifice léger, montrant les restes d'une statue de Rekhmirê à qui un de ses fils tendait une longue tige de papyrus (synonyme de verdeur, renouveau, renaissance), à côté d'un empilement de provisions.

À sa droite, un petit encart montre un groupe de pleureuses communes qui semblent ainsi isolées () ; elles se trouvent toutefois à proximité du Château de l'Or où se déroule le ROB (auquel participe directement une grande pleureuse djeret comme nous l'avons vu). Certaines d'entre elles jettent leurs cheveux en avant, recouvrant ainsi leur visage : il s'agit du "geste nwn", illustrant la place particulière occupée par la chevelure dans la pensée funéraire égyptienne.

2) - Zone grise : repas funéraire rituel

Il occupe le registre le plus bas. Il est constitué par une succession d'hommes assis tendant la main vers une pile d'offrandes posées sur une table devant eux. Ce type de repas, qui ne laisse place à aucune fantaisie, commence à apparaître dans les tombes privées à partir du règne de Thoutmosis III puis disparaît un peu avant la période amarnienne. Il est spatialement et temporellement distinct des funérailles et se déroule en présence de la statue.

3) -Zone rouge : rites dans le jardin

Comme tous les très hauts fonctionnaires, Rekhmirê possédait pour son plaisir un étang dans son grand jardin. Celui-ci servait aussi à des pratiques rituelles sur la statue du défunt, comme ici. Les avis restent partagés quant au moment où avaient lieu ces cérémonies ; en tout état de cause ce n'était pas pendant les funérailles. Il est probable que la cérémonie ait été renouvelée chaque année, le défunt pouvait ainsi profiter à nouveau de la pièce d'eau, s'y abreuver, y pêcher et se sustenter des produits de ses arbres et jardins.

L’étang, entouré de murs, est rectangulaire, bordé de trois rangs d’arbres, des sycomores à l’extérieur (4e rectangle), puis alternativement des palmiers dattiers et des palmiers doums (3e rectangle), puis dans le 2e rectangle d’autres sycomores plus petits. Dans la logique de l'aspective, les arbres ont été rabattus vers l’extérieur. Dans l’étang recouvert de plantes aquatiques nagent des poissons. Dans le 4e rectangle, à gauche, se trouve une construction (kiosque ou chapelle) avec porte et corniche à gorge, sans lien avec l’étang (). Un jardinier cueille des dattes et deux autres amènent de l’eau pour irriguer les arbres ().

Une barque Nechemet est tirée sur l'eau par deux groupes de trois haleurs. En son milieu se trouvait la statue du vizir dans une chapelle ouverte ; la représentation a été effacée. Devant le naos, un prêtre fait une libation et un encensement, tandis que derrière, un prêtre se lamente les bras levés. À gauche, sur la rive, un homme attend la statue avec une tige de papyrus et des bottes d'oignons (). Il n'y a pas d'île, ni de stands de boissons et de nourriture, ni de débarcadère comme on peut en trouver dans d'autres tombes.

4) -Zone violette : le repas officiel offert aux fonctionnaires

(, ) Dans ce repas qu'on pourrait qualifier d'officiel, Rekhmirê remercie ses subordonnés de leur présence aux funérailles et peut-être aux rites annuels dans le jardin. La scène, largement détruite, se déroule sur trois registres dans un bâtiment à colonnes (une d'entre elles est représentée en blanc, voir ). Le vizir, qui a disparu sous un badigeon rouge, était assis, seul (la famille n'a rien à faire ici) devant une table d'offrandes, un peu en retrait pour montrer son rang ().
Seuls quelques rares convives sont encore visibles, assis à même le sol. Une foule de serviteurs s'affaire autour d'eux, apportant des denrées diverses : des pains de formes différentes, des légumes, des fruits (des figues par exemple : ), des viandes… et servant à boire ; l'agitation qui règne est bien rendue par l'artiste (, ). Des scribes sont également présents (, ).

Le banquet festif

() Deux représentations du couple viziral occupent toute la hauteur de la paroi du côté gauche, tandis que du côté droit se trouvent les participants, répartis sur huit registres, quatre pour le banquet des femmes et quatre pour celui des hommes. Nous sommes près de l'extrémité est de la paroi et cette fois le contexte est celui de la fête et non d'un repas de funérailles, ce que montrent bien l'iconographie et les textes. Les peintres se sont d'ailleurs permis ici quelques libertés, comme nous le verrons. Toutefois, la proximité des scènes funéraires indique que ce banquet a un sens rituel, tout comme l'ivresse des participants (voir ). Ces assemblées se tenaient le jour de certaines fêtes.

Le couple viziral

1) - Registre supérieur

Rekhmirê et son épouse Meryt sont assis sur des sièges posés sur une natte. Le vizir porte sa robe de fonction ; il tend la main gauche vers un sistre et la droite vers un collier menat. Meryt entoure ses épaules de son bras gauche, tandis que dans sa main droite elle serre des tiges du lotus de la renaissance, en fleur et en boutons. Texte d'accompagnement : "Se réjouir à la vue du bel événement : chanter, danser, faire de la musique ; être oint avec l'huile de myrrhe, frotté avec l'huile-qeb, une fleur de lotus à la narine ; avec du pain, de la bière, du vin, de la bière douce et toutes choses devant (lui). Pour le Ka du prince, du comte, du maire de la Ville, du vizir, Rekhmirê, Juste de Voix (et de) sa sœur (= épouse), qui est à ses côtés, l'aimée de son cœur, Meryt, Juste de Voix".

Devant le couple se trouvent deux de leurs filles, jeunes mais nubiles, qui tendent à leurs parents un sistre et un collier menat, deux symboles hathoriques en rapport avec la procréation (). De l'autre côté d'une table d'offrandes, deux autres de leurs filles, plus âgées, offrent également au couple des sistres () ; l'une tient aussi en main une coupe contenant un onguent ou un parfum blanc, solide (). Texte d'accompagnement : "Elles disent : Grande adoration au maire de la Ville. Puisse la fille de Rê (= Maât) te glorifier et te chérir ! Puisse-t-elle mettre sa protection derrière toi chaque jour tandis qu'elle t'entoure de ses bras ! Tu soutiens Sa Majesté tandis qu'elle met ses bras autour de tes épaules. Tu passes une longue et belle vie sur terre et vie, prospérité, santé t'enveloppent".
Devant ce premier couple on trouve les registres du banquet des hommes.

2) - Registre inférieur

Le couple a complètement disparu. Tout ce qu'on peut dire c'est qu'au moins un des fils, Amenhotep, présentait des fleurs. Les textes d'accompagnement, très proches des précédents, ont par contre survécu.
Au-dessus du couple : "Joie, jubilation, participation à la fête (avec) une fleur de lotus de (la saison) chemou pour la narine, de l'huile balsamique pour la couronne de la tête (= la perruque). Pour le Ka du prince, maire de la Ville, vizir, Rekhmirê (et) son épouse Meryt".
Au-dessus du fils : "Paroles dites : Prends les fleurs de lotus provenant de ton jardin irrigué, car tu n'en seras pas privé. Puisse-t-il te fournir toutes espèces de bons fruits et de bonnes choses qui y poussent afin que tu sois réconforté par ses douceurs et que tu te délectes de ce qu'il te fournit ; que ton cœur participe à sa jeune croissance, que tu sois rafraîchi par l'ombre de ses arbres et que tu puisses y faire ce que ton cœur désire, pour le temps infini et le temps éternel ". On comprend en lisant ce texte toute l'importance du jardin dans la vie de Rekhmirê (comme dans celle de tous les Égyptiens fortunés qui étaient fondamentalement des hommes de la terre, comme les Romains) et pourquoi cette scène jouxte la représentation du jardin vue plus haut.
Devant ce second couple se trouve le banquet des femmes.

Les convives

La scène du banquet est chez Rekhmirê une composition remarquable par sa qualité et son équilibre. Hommes et femmes sont séparés (ou du moins représentés comme tels). Tous sont assis sur une natte posée au sol, à l'exception de la mère du vizir, Bet, que son fils a voulu ainsi honorer. Chaque groupe dispose de ses propres musiciens.

1) - Le banquet des femmes

(, )

Il occupe les quatre registres du haut. Les invitées sont servies par des jeunes filles, parfois accompagnées de femmes plus âgées qui se tiennent en arrière (, ). Elles sont coiffées différemment de leurs aînées, avec des mèches longues sur le côté et le sommet du crâne, et elles portent des robes plus transparentes (). Elles offrent des fleurs de lotus, des colliers floraux qu'elles attachent autour du cou des dames (), des onguents dont elles les oignent (, ) et elles servent à boire (, , , ) en leur souhaitant "à ta santé !" : "À ton Ka ! Fais un jour heureux !".

On remarquera au milieu du second registre une image unique dans tout l'art égyptien : une jeune fille est représentée (approximativement) de trois quarts arrière () ; toutefois l'audace de l'artiste a ses limites : non seulement les pieds sont restés en vue latérale, mais ils sont stupidement croisés (). Autre curiosité, dans le registre du dessus, un peu à gauche se trouve une jeune luthiste. Vu sa position et celle de ses mains, elle ne peut pas être en train de jouer (d'ailleurs elle est séparée de l'orchestre) : elle accorde son instrument qui est montré de profil () à la mélodie et au registre des voix des chanteuses qui sont devant elle ; celles-ci ne sont pas en représentation puisqu'on leur offre à boire et des onguents (). Autre curiosité chez la luthiste : c'est le pied le plus proche du spectateur qui est en avant, contrairement à l'habitude. Les chanteuses s'interrogent : "Est-il possible que ce soit Maât devant qui on ressente une telle envie d'ivresse ?". On remarque aussi à l'extrémité du registre supérieur des jarres et vases ainsi qu'un système d'outre suspendue permettant de filtrer une boisson (probablement du vin) ().

Au début du second registre, sous les chanteuses, la mère de Rekhmirê bénéficie d'un traitement de faveur : c'est la seule personne assise sur une chaise et elle bénéficie de la nourriture posée sur une table devant elle. Une inscription l'accompagne: "Pour ton Ka ! Fais un jour de fête pendant que tu es sur terre. Ton seigneur Amon, qui t'aime et te favorise, te l'a octroyé".

L'orchestre est constitué d'une harpiste, d'une luthiste, d'une joueuse de tambourin et de deux femmes qui battent la cadence (). On remarquera que le luth est vu de face lorsque la musicienne en joue. La harpiste () chante : "De l'huile de myrrhe sur la perruque de Maât. Santé et vie auprès d'elle qui agit par mon intermédiaire" ; la luthiste : "Amon, le ciel s'est levé pour toi, la terre s'étale à tes pieds. Ptah a fait la double chambre de ses mains afin que le pays naisse pour toi" ; la joueuse de tambourin : "Vent du nord, viens ! On a vu que j'étais dans ma demeure (?) " ().

2) - Le banquet des hommes

(, , , , , ) Il présente la même organisation que celui des femmes, mais est un peu plus guindé et morne ; le peintre ne s'est permis aucune fantaisie. L'orchestre est composé d'un harpiste, d'un luthiste () et de chanteurs (, ). Il n'y a pas de tambourin.